Bonjour! me revoilà pour la suite de cette histoire. Bonne lecture!
Merci infiniment aux amis et reviewers...
Chapitre 14
Hong kong
Attablé devant une tasse de café, Mei, le frère de Jin, réfléchissait.
Le rez de chaussé du manoir des Liu n'était qu'une immense salle de réception, où le contraste des fusils mitrailleurs, des berretta et des grenades était du plus bel effet avec la soie milanaise des tapisseries.
Et devant une table basse, un garçon de 18 ans aux yeux verts y ruminait ses idées noires.
Une voix froide et sombre lui parvint à travers l'enchevêtrement de ses pensées. Ce n'était pas une jolie voix, non...Elle semblait provenir d'un violoncelle, elle en avait la puissance...Mais elle était glaciale, à bien y réfléchir. Etrange. Etrange et troublante, pensa le jeune homme.
C'est alors qu'il prit conscience que la voix répétait son nom.
"Mei Lung"
Le frère de Jin releva précipitamment les yeux, qui se heurtèrent au regard impassible de Fei long. Vêtu de pourpre et de noir, celui ci le dominait de toute sa hauteur et ne semblait pas se formaliser de son manque de réactivité.
Mei bondit néanmoins sur ces jambes, écarlate, et s'inclina profondément devant son patron.
"Veuillez m'excuser, maître. Vous désirez quelque chose?"
"Certes. Viens avec moi, nous devons parler."
"Maître...?"
"Dans mon bureau."
Le ton de Fei long ne souffrait aucun refus.
Pour quel motif, d'ailleurs?
Mei se leva sans un mot et le suivit.
Ce n'était jamais bon signe d'être convoqué par Fei long. Chacun le savait
"Je te rends ta liberté, Mei. A compter de maintenant, tu n'es plus à mon service."
Fei long avait parlé d'un ton neutre et professionnel, sans faire de sentiment. Comme sous l'effet d'un coup de poing, le garçon aux yeux verts recula d'un pas en fixant le mafieux aux cheveux noirs.
"Tu as quelque chose à ajouter peut être?"
"Maître...je ne comp..."
"Tu ne comprend pas? Sache que je peux pardonner ta jeunesse, Mei...C'est pour ça que je t'éloigne d'ici."
"Je...C'est au sujet de...Quand je me suis permis de..."
"Je ne suis pas dupe Mei. Je ne peux pas t'empêcher d'éprouver quelque chose pour moi, si tel est le cas. Mais c'est uniquement pas respect pour ton frère que je ne t'ai pas cassé le poignet hier. J'aimerais que ça soit clair."
"Maître, je vous en pr..."
"Ça suffit. Mes ordres ne sont pas discutables."
Mei baissa la tête, et enfonça ses ongles dans la chair tendre de ses paumes. Le regard de Fei long ne le quittait pas, brûlant et inquisiteur comme de la lave en fusion.
Alors il tourna les talons et courut littéralement vers la porte, malade, humilié. La voix de son maître le rattrapa alors qu'il posait sa main sur la poignée.
"Je ne suis pas fait pour être aimé, Mei...Profite de la vie qui s'offre à toi. Ne la gâche pas pour de mauvaises raisons."
Le jeune homme s'arrêta net, et brusquement abatti son poing sur la porte, laissant un trace sanglante sur la marqueterie en ébène. Le sang avait giclé, et coulait désormais du poing encore crispé de Mei. Il y porta un regard vague, sans ressentir vraiment la douleur.
5 ans plus tôt
"Regarde Mei. C'est notre jeune maître."
"Celui là? Il à l'air d'un crétin!" s'écria un tout jeune garçon de 13 ans.
Avec un grand sourire, il tourna ses yeux verts amusés vers son grand frère. Jin se contenta d'une pichenette, mais ne pu empêcher de rire à son tour
"Non, pas lui. Celui là, c'est son frère. Méfie toi de lui comme de la peste."
"Ah?"
Le deux frères se tenaient adossés aux murs de l'aile Est du manoirs Liu, les dépendances, où était logés les principaux serviteurs de Baishe, ceux dont on ne pouvait se passer au quotidien.
Les Lung, en tant que majordomes et gardes du corps d'élite de la Famille Liu, vivaient ici depuis déjà plusieurs générations.
Jin s'était vu affecté au service de Fei long depuis la naissance de ce dernier, ou plutôt, de son "adoption"; car il était de notoriété publique que le plus jeune des Liu n'était pas du sang le plus pur. Le vieux patriarche avait cependant étouffé l'affaire en envoyant son fils étudier à l'étranger, pendant presque 10 ans; et celui qui revenait d'Europe aujourd'hui n'avait plus rien à voir avec le jeune garçon timide que Jin avait connu.
Le garde du corps, si peu expressif d'habitude, n'en crut pas ses yeux.
"Viens Mei. Il est de notre devoir d'aller lui présenter nos respects pour son retour en Chine."
...
Fei long sortit de la limousine lentement, comme si il avait encore du mal à assumer le costume Versace qu'il portait, les gardes du corps qui l'escortaient, et ce manoir qui n'avait jamais cessé d'être le sien.
Pendant 10 ans, il avait vécu en Europe la vie insouciante d'un étudiant; mais la seule ambition qui lui était autorisée désormais était de vivre celle d'un mafieux.
Loin de trouver ça d'une quelconque élégance, Fei long avait toujours trouvé ça infiniment réducteur. S'être ainsi abreuvé de connaissances, en droit, en langue, sociologie, économie, art, lettres...pour probablement se faire tuer dans une guerre de gang. Navrant. Pitoyable.
Il embrassa du regard la vieille bâtisse, imposante, baroque, étouffante comme une prison ou une forteresse; Le jeune chinois ne pu réprimer un soupir.
"Maître!, fit une voix dans son dos, Liu-sama, je suis heureux de vous retrouver. Vous avez merveilleusement grandi."
"Jin!" s'écria le chinois en se retournant, un large sourire s'imprimant sur son visage. Il s'élança en direction de son ancien garde du corps, se retenant de peu de le prendre dans ses bras.
Jin avait 24 ans maintenant, et il était devenu un homme, lui aussi. Il émanait toujours de lui cette aura si particulière de calme et d'assurance, qui s'accordait si bien avec ses traits de mandchou. Il était plutôt bel homme, tout en puissance; alors que Fei long incarnait l'élégance et la sensualité.
"Que tu es beau!" persifla Fei long, un rien moqueur, Tu es bien la seule personne que je suis heureux de retrouver ici..."ajouta-t-il à voix basse.
"Vous m'en voyez ravi. Le plaisir est partagé, maître. Ah..."
Jin se tourna vers l'enfant qui se tenait en retrait, impressionné sans doute par le nouveau venu.
"...je vous présente mon jeune frère, Mei. Il a cinq ans de moins que vous, il n'était qu'un bébé lorsque vous êtes parti pour l'Europe. "
Jin tendit la main
"Viens Mei. Je te présente Liu Fei long, notre maître qui est revenu de l'étranger. Tu lui dois obéissance et fidélité."
"Ne lui met pas la pression."
Il s'accroupit légèrement pour se mettre au niveau de l'enfant.
"Bonjour Mei. J'ai 17 ans, je ne suis pas tellement plus vieux que toi, n'est ce pas..." fit-il en inclinant légèrement la tête. Ses beaux cheveux, coiffés au carré, lui donnaient un air romantique et rêveur, accentué par la profondeur de ses yeux noirs.
Ce n'est que bien plus tard qu'ils deviendraient ces deux mers de laves destructrices, ayant fait l'expérience de la terrible nature humaine, du deuil et de la trahison. Mais en cet après midi d'automne, Fei long était simplement le plus bel adolescent du monde.
Et Mei, du haut de ses treize ans, venait de tomber amoureux pour la première fois de sa vie.
"Moi aussi je veux travailler pour vous!" s'écria-t-il.
"Ah oui? Pourquoi donc?"
Pour seule réponse, Mei devint écarlate, sans parvenir à prononcer un mot.
Fei long parti d'un éclat de rire intarissable, qui résonna en une cascade limpide dans le parc. Il chassa bientôt du bout des doigts l'éclat d'une larme sur ses longs cils, et reporta à nouveaux toute son attention sur Mei.
"Je te remercie, Mei Lung. Tu choisiras toi même ta voie lorsque tu auras 17 ans."
Et avec un sourire, il tourna les talons pour se diriger vers le manoir.
Pendant près de cinq ans, lui et Mei ne devaient presque jamais se revoir.
...
"Comment pouvez vous me dire une chose pareille..." gronda le jeune garçon, la tète baissée, le sang gouttant toujours en perles vermeilles de son poing crispé.
"Alors c'est tout? Vous vous débarrassez de moi..."Va te trouver quelqu'un d'autre"?"
Une larme de fureur glissa sur la joue du jeune chinois, qui n'eut pour effet que de faire sourire les lèvres fines de son patron.
"5 ans, j'ai attendu de pouvoir rentrer à votre service...de pouvoir vous voir tout les jours, être avec vous. Même si vous ne ressentez rien pour moi, vous n'avez pas le droit de me jeter dehors...ne me faites pas ça...pas maintenant...Je vous jure sur ma vie que vous n'aurez plus jamais à vous plaindre de moi."
Fei long se leva, et s'approcha lentement. Mei eu un mouvement de recul qui fit sourire le mafieux.
"Regardes-toi...Tu prétends m'aimer mais tu es terrifié..."
Mei recula encore, les yeux indécis. Son dos heurta le mur alors que son patron n'était plus qu'a quelques dizaines de centimètres de lui.
"J'aimerais que les choses soient bien claires, Mei. Tu n'es, et ne sera jamais fait pour quelqu'un comme moi. Je te détruirai. J'ai déjà commencé, d'ailleurs..., dit il en appuyant ses mains sur le mur, de chaque côté du visage apeuré de l'adolescent aux yeux verts, ...C'est une chance, que je te donne. Je t'en prie comprends le, et pars. Loin. Refais ta vie."
"Vous croyez que je suis un être pur? Qu'on peux broyer d'un simple claquement de doigts?, répondit Mei, la voix vibrante de colère, Je n'ai pas peur de vous!"
L'instant d'après, ses lèvres emprisonnaient celles de Fei long dans une morsure, plus que dans un baiser. Brûlantes, elles semblaient avides, malades de désir; mais seul un léger ricanement leur répondit. La main de Fei long s'était frayé un chemin à travers les cheveux de Mei, et c'est avec colère qu'elle les empoigna et tira brutalement jusqu'à forcer le garçon à rompre le baiser.
Le mafieux maintint le visage de l'adolescent levé vers le ciel, crispé par la douleur.
"Satisfait?"
L avoix de Fei long semblait pleine de colère, de cynisme et de dépit.
"Est ce que mes lèvres ont le goût du sang?"
"Oui elles l'ont!"éructa Mei. "Je sais qui vous êtes. Je l'ai toujours su...Et je ne vaux pas mieux que vous."
"Tais-toi. Tu ne connais pas ta chance...Si tu veux gâcher ta vie, je ne pourrais pas t'en empêcher. Mais je n'ai pas besoin d'un amoureux transi à mon service, et je ne veux pas de toi non plus dans mon lit. Vas-t-en."
"Je ne suis sans doute pas assez japonais!"
"Je te demande pardon?!"
"Je sais qu'Asami-sama, lui, a bien supporté un amoureux transi à son service." lâcha Mei, le regard étincelant.
Fei Long le gifla alors, avec une rare violence.
...
"Par amour pour ton frère, je vais faire comme si tu n'avais jamais osé prononcer cette phrase. Pauvre gamin, que peux tu bien savoir de ma vie!?"
...
Le soudain mépris et la haine dans les yeux de Fei long fit l'effet d'un coup de poignard au jeune garçon. Le mafieux tourna les talons, et retourna s'asseoir, le visage impassible.
"J'étais prêt à t'offrir tout ce que tu voulais, pour que tu ais cette chance, de refaire ta vie hors de la mafia. Sais tu seulement tout ce que le monde a à offrir bon dieu?! Mais la nature humaine ne cessera jamais ne me surprendre." Tournant son fauteuil vers la fenêtre, il alluma son kiseru et le glissa entre ses lèvres; Il prit le temps de respirer de longues bouffées de ce tabac égyptien mêlé d'opium qu'il aimait tant.
"L'expérience m'a appris que l'amour n'est jamais très éloigné de la haine, tu sais. Mais il n'y a rien de pire que l'indifférence. Alors aujourd'hui, j'aimerais que tu entendes ceci."
Fei long tourna à nouveau son fauteuil vers le garçon, qui se tenait toujours contre le mur et se mordant les lèvres.
"Tu m'es totalement, irrémédiablement indifférent. Tu peux faire ce que tu veux, à partir de maintenant, tu n'existes plus pour moi. Ta mère sait où me trouver si votre famille à besoin de quoi que ce soit."
Un long silence suivit, où chacun s'observait.
Mei s'élança vers la porte au moment où il ne pu plus contenir ce flot de larme ininterrompu qui lui brûlait les yeux.
Resté seul dans le bureau, Fei long plongeait son regard dans l'immense parc du manoir.
Bon sang qu'il détestait ce qu'il venait de faire. Il avait voulu faire ça pour Jin, il avait voulu protéger son petit frère de cette vie ignoble, il avait voulu le protéger de lui même...
Fei long laissa échapper un léger rire face à cette pensée. La situation devenait Dantesque. La soirée de son arrivée officielle à la tête de Baishe était prévue pour dans 3 jours...Et un nouvel élément se greffait désormais à la longue liste des risques engendré par l'évènement: Mei allait il se venger? C'était a envisager.
Fei long ferma les yeux en exhalant une nouvelle bouffée d'opiacé.
"J'aurais du le tuer, n'est ce pas?"
"Vous auriez du."
"Je ne pouvais pas faire ça à Jin."
"C'est lui qui risque de vous tuer, maintenant."
"J'en suis conscient."
"Qu'allez vous faire?"
"Je ne sais pas."
Cet aveu de la part de Fei long surprit Akira qui marchait à ses côtés. C'était pour le moins...inhabituel.
La nuit était tombée depuis longtemps sur Hong Kong, mais les sens aiguisés de Fei long le maintenaient dans un état de fébrilité tel que la simple idée du sommeil lui paraissait incongrue.
"Pourrais je vous parler un moment, Liu-sama, avant que vous ne sortiez?"
"C'est ce que nous sommes en train de faire."
"Seuls à seuls."
"Certainement."
Ils remontèrent le couloir du 2e étage d'un pas tranquille, se dirigeant vers le bureau. Les couloirs étaient calmes, à cette heure de la nuit, excepté les gardes qui se relayaient, kalachnikov à la main et s'inclinait respectueusement sur le passage de Fei long.
Les meurtres de tous les traîtres de l'organisation avaient manifestement marqués les esprits.
Arrivés dans le bureau, Akira resta debout, attendant comme il se doit que Fei long l'autorise à s'asseoir.
Ce dernier eu un léger rire.
"...Cette coutume n'est pas utile ici. Assieds toi."
"Autant pour moi."sourit le japonais en s'installant dans un fauteuil de cuir noir.
Fei long se servit un verre de scotch avant de s'adosser au bureau. Il était vêtu d'un costume anthracite, très ajusté, qui mettait en valeur les courbes parfaites de son corps; Ses cheveux étaient attachés en une queue de cheval, haut sur le crâne. Cela lui donnait une allure élégante et moderne, qui contrastait avec les habits traditionnels qu'il affectionnait tant.
Il s'apprêtait à partir pour le Genesys lorsqu'il avait rencontré Akira, qui manifestement, tenait à lui parler.
"Tout d'abord...Dois je comprendre que tu souhaites me parler en ton nom ou en celui d'Asami?"
"Disons que les torts sont partagés."
Fei long sourit et lui fit signe de poursuivre. Il aimait bien ce japonais, dotés d'une grande intelligence et d'un humour pince-sans rire...D'aucun auraient pu affirmer qu'une certaine ressemblance existait entre eux.
"Étant désormais à votre service, il me parait nécessaire de vous informer des risques que vous prenez...Par exemple ce soir. Je sais que vous ne supportez pas les escortes trop nombreuses, ou de poser ostensiblement en chef de clan mais...vous alliez partir seul, si je ne m'abuse? Si vous tenez réellement à vous déplacer sans escorte, Liu-sama...alors je désire être votre bouclier."
"Hors de question."
"Ce n'était pas vraiment une demande, à vrai dire."
"Tu te prends pour qui?!"
"Je mourrai de toute façon s'il devait vous arriver quoi que ce soit. Si ça vous donne bonne conscience, songez que je cherche aussi à sauver ma peau." répondit Akira, un léger sourire aux lèvres.
Fei long le regarda un instant, stupéfait. Mais bon Dieu, il allait le descendre pour insubordination. Ici et maintenant.
"Je croyais que les japonais étaient les moins susceptibles d'avoir un problème avec l'autorité!"
"Je suis à moitié français." répliqua Akira, du tact au tact.
Fei long malgré son agacement ne pu réprimer un éclat de rire. Il s'assit sur le bureau, et se força à avaler le restant du scotch; il en avait assez.
"La seule et unique personne qui ait demandé à être mon bouclier est morte il y a plus d'un an."
"Je sais. Je sais aussi que je ressemble à ce fameux Jin, dont tout le monde parle."
"C'est vrai."
"Je ne cherche pas à le remplacer. D'ailleurs, c'était un ami pour vous, n'est ce pas? Je ne suis pas votre ami. Peut être est ce pour ça que je pense pouvoir faire mon travail correctement."
"Tu sous entends que notre amitié l'a poussé vers la mort?"
"Oui. Une trop grande confiance mutuelle amène à prendre de trop gros risques. Je dis cela sans jugement , Liu-sama."
"Non...et tu as tout à fait raison."
Fei long reposa son verre, et inclina la tête, réfléchissant les sourcils froncés comme dans un mauvais rêve. Au bout d'un long moment, il releva la tête et fixa le japonais de ses yeux d'onyx.
"Fort bien. Je t'autorise à être mon bouclier, si tu le désires."
"J'en suis profondément honoré." dit il en s'inclinant.
Ils s'observèrent un moment, troublés.
Le lendemain, un cadavre était découvert par la police dans les bas fonds de Hong Kong.
Le jeune garçon était mort d'une balle dans la tête. Aucune famille, rien...il n'était personne...La police vit le tatouage de serpent sur son poignet. Le nom de Baishe fut murmuré dans les couloirs. L'enquète fut immédiatement fermée.
"Il devait avoir du succès, avec ses grands yeux verts..." déplora le légiste.
De retour au manoir, Akira affichait un air serein.
