Je suis désolée de ne pas écrire plus vite...

Chapitre 16


Il était nu, à l'exception d'une fine serviette blanche qui entourait sa taille. Ses muscles saillants laissaient deviner la puissance qui se cachait sous cette froideur de mafieux et de japonais.

Asami sortit de la salle de bain, et se servit un verre.

Il revenait tout juste du Sion, ou il avait reçu poliment toute les doléances de ses créditeurs, venus le voir comme toujours pour un conseil, une demande particulière... Asami n'avait pas fait profession d'être inaccessible; cela dépendait juste de quel côté de la loi où du crime vous vous trouviez.

Asami eu un sourire, debout face à l'immense miroir qui ornait le mur du salon, et passa une main sur ses cheveux mouillés pour les plaquer en arrière. Vieux réflexe.

Sa main effleura son épaule au passage, lisse...musclée...Il n'était pas tatoué.

Ses hommes, pourtant, tous sans exception portaient l'irezumi, ce tatouage rituel des yakuza. Mais pour Asami, il ne signifiait rien. Ni famille, ni symbole, ni allégeance...Il n'était pas un yakuza de la vieille école.

Passé de l'ombre à la lumière il y à 10 ans, il avait repris les rennes de la mafia dans le sang...il n'avais jamais eu à s'incliner devant personne. Et encore moins devant ces divinités légendaires que les yakuza affectionnent tant et dont ils se couvrent le corps. Il n'avait que faire de leur protection, et ne comptait que sur son Beretta et son intelligence pour le garder en vie. Il eu un sourire pour son reflet, moqueur, et tourna les talons. Dans sa chambre, il passa un yukata noir d'encre et retourna s'asseoir à son bureau...il ne dormirait pas cette nuit.

Les dossiers s'accumulaient sur la table en ébène, mais les affaires courantes ne l'intéressaient plus. Une cigarette trouva tout naturellement sa place entre ses lèvres entrouvertes, et Asami ferma les yeux...Quelle était cette sensation, bon Dieu...?

Voila maintenant plus d'un an qu'un être aux cheveux noirs avait fait irruption dans sa vie...Il avaient tué ensemble, négocié, fait l'amour, la guerre, encore l'amour; avaient tout deux rivalisé d'intelligence pour ne pas "perdre" l'un face à l'autre...Et finalement Asami avait vaincu.

C'est ce qu'il avait cru, du moins.

Quand Fei long s'était retourné vers lui dans cette chambre à Hong Kong, le regard fiévreux de désir et de colère et qu'il lui avait donné une année de sa vie, l'esprit cartésien du yakuza avait cru y trouver la jouissance et l'aboutissement d'un combat.

Ils avaient vécu au japon, après cela, mais Fei long en fin de compte ne lui avait jamais appartenu.

Asami l'avait aidé dans la remise à flot de Baishe, sans aucun altruisme et par pur intérêt; il l'avait instruit sur beaucoup de ruses du métier sans rien en laisser paraître...Le yakuza était très fort à ce jeu là.

Et aujourd'hui, alors qu'il avait permis au chinois de repartir quelque temps à Hong Kong...D'autres clans yakuza réclamaient sa tête.

Un de ses rivaux, le puissant maître du Kobayashi-kai* de Ginza, Kobayashi Nakata, lui avait proposé une alliance contre les Triades qu'il avait refusé; et de fait, Asami avait dévoilé au grand jour que le nouveau chef de Baishe était sous sa protection.

Ce qu'il voyait se profiler pour la cérémonie du lendemain n'était rien d'autre qu'un véritable bain de sang.

...

Lorsque le premier rayon de soleil illumina Tokyo, quelques heures plus tard, le yakuza n'avait pas bougé.

Un monticule de cigarettes s'entassait dans le cendrier face à lui, qu'il avait fumé sans même y prêter attention. Kirishima pénétra comme chaque matin dans l'appartement, pour y surprendre l'éclat de deux ces prunelles d'or qui se tournèrent vers lui.

"Asami-sama..."

"Viens ici."

Kirishima s'avança avec circonspection, posant prudemment une tasse de café et une pile de journaux sur le bureau. Il allait partir lorsque la voix froide du yakuza le retint, autoritaire et tranchante comme la glace;

"Assieds-toi."

Asami se pencha en avant, dévoilant un visage qui jusqu'à maintenant était resté dans l'ombre.

"Je t'avais ordonné de surveiller le Kobayashi-kai...Qui s'en occupe?"

"J'ai mis mes propres hommes à l'écoute de la plupart de leurs lignes privées, en arrosant un peu la police et..."nos connaissances". Les hommes d'Akira-san restés au japon sont affecté à la surveillance de Nakata et de ses lieutenants."

"Quelles nouvelles? Je veux du concret."

"Il semble qu'il y ai des désaccords en interne. Votre refus de coopérer les inquiètes et les rumeurs se répandent vite, Asami-sama. Votre protection pour un chinois...Vous pourriez passer pour un traître parmi les yakuza."

"Je m'en fou, Kirishima. Vont-ils oui ou non tenter quelque chose ce soir?"

Asami perdait patience, et Kirishima blêmit. Il ne voyait que rarement son patron dans un tel état de fébrilité...Asami était visiblement à bout de nerfs.

"Nakata et son wakagashira s'affrontent sur ce terrain...Le premier veux faire couler le sang, mais son lieutenant redoute votre alliance avec Liu-sama."

Asami eu un ricanement.

"Tant que Fei long n'est pas officiellement à la tête de Baishe, sa puissance et son influence sont limités. On ne peut pas compter sur ses hommes. Ceux qui ont simplement eu peur se rangeront du côté du plus fort...Et Hong Kong n'est pas notre territoire."

"Peut être avez vous raison...Ne serait-il pas plus sage de ne pas y all.."

Asami frappa du poing sur la table.

"Fermes-là. Je ne te paye pas pour prendre les décisions mais pour te conformer aux miennes, c'est clair?"

Il avait prononcé sa tirade d'un trait, sans ciller, sans élever la voix; Kirishima se sentit instantanément pâlir confronté à une des rares et véritables colères froides de son patron. Il savait qu'un geste ou une parole déplacée aurait raison de sa tête...au sens propre ou figuré.

"Parfaitement clair, monsieur."

"Bien. Combien d'homme avons nous à Hong Kong?"

"Une centaine. J'ai envoyé des renforts dans la semaine, comme vous me l'aviez ordonné."

"Dis leur d'être prêt à tout. Je me fous qu'il ne reste que des ruines, mais si Nakata où un autre des ces bouffons esquissent le moindre geste, faites tout sauter."

"Bien monsieur."

"Je suppose que tu as compris que ce soir, tu vas mériter ton salaire."

"Je ne vous décevrai pas."


Plus tard, à Hong Kong

Il était 17 h 30 précise lorsque Fei long délaissa son bureau pour s'enfermer dans sa chambre.

Le manoir s'était transformé en une curieuse aberration de luxe et de violence latente qui le rendait malade. Non pas qu'il avait une quelconque aversion pour la violence; elle faisait partie de lui plus que toute autre chose; Mais cette impression de piège qui se refermait sur lui lui donnait un irrépressible sentiment d'impuissance.

Il avait passé les deux derniers jours à planifier, prévoir tout les scénarios possibles dans le seul but de rester en vie. Il avait confiance en son intelligence, mais la finesse n'était peut être pas l'apanage de ses adversaires...Poussant un soupir, il s'enferma dans la salle de bain et passa presque vingt minutes immobile sous un jet d'eau glacé, qui gommait ses cernes et tempérait l'adrénaline qui lui rongeait les os.

Lorsqu'ensuite il se regarda dans la glace, il fut surpris d'y trouver un homme.

Il avait toujours été un enfant prodige, mais son séjour à Tokyo l'avait transformé en adulte...Fei long ne pouvait plus le nier. Celui qui lui faisait face dans le reflet était cruel, sur de lui, impitoyable... Il sortit de la salle de bain, une serviette autour des reins, et se laissa tomber sur son lit. Ses yeux balayèrent rapidement la pièce, et il alluma son kiseru, remplit au 3 quart de tabac égyptien et d'une pointe d'opium...comme toujours.

"Depuis quand es tu ici?" demanda-t-il brusquement.

"C'est une visite de courtoisie. Inutile de s'annoncer."

Asami se tenait immobile, dans le recoin sombre d'une fenêtre. Il semblait fixer l'horizon, mais le sourire au coin de ses lèvres le trahissait.

"Je croyais que les invitations étaient pour 20 h."

Asami détourna finalement la tête et se rapprocha du lit. Il défia Fei long du regard, et porta une cigarette à ses lèvres. Son regard de braise arpentait sans retenue toute les courbes du corps nu face à lui, un corps qu'il n'avait pas touché depuis bientôt un mois.

"Alors disons que je suis venu admirer la vue"

Fei long sourit, et se leva lentement.

"J'ai mieux pour toi, si tu aimes les belles choses."

Il s'approcha du dressing de sa chambre et saisi doucement une longue boite de laque noire, situé sur la plus haute étagère. Avec mille précautions, il la posa sur son lit.

La boite était une merveille de marqueterie, incrustée d'or et de pierres précieuses qui étincelaient à la lumière.

Même Asami la contempla avec intérêt.

"Ce symbole..."

"Oui, c'est celui de la dynastie Qing. Ceci est sans doute la chose la plus précieuse que je possède."

Fei long ouvrit la boite avec précaution, et déplia un tissu de velours qui protégeait son contenu. Il respira profondément en dévoilant un sublime cheongsam noir entièrement brodé d'or. Plus qu'un vêtement, c'était un véritable travail d'orfèvre et de joaillerie.

La soie noire d'encre mettait en valeur des dragons entrelacés et des arabesques flamboyantes où brillaient des onyx.

Asami se permit un sourire appréciateur.

"Je me suis toujours juré de ne jamais le porter.." murmura Fei long laissant courir ses doigts sur l'étoffe. "Il appartenait au fils de l'empereur Huan-Li."

Devant le regard interrogateur d'Asami, le jeune chinois eu un sourire.

"Non, je ne te dirais pas comment il est entré en ma possession."

"Charmant."

Fei long retomba sur les oreillers et sourit en passant un bras sous sa tête. Il laissa son regard se perdre, fixant le plafond de sa chambre sans le voir, et tourna imperceptiblement la tète.


L'instant d'après, le dos collé au mur, il labourait de ses ongles la nuque d'Asami plaqué contre lui.

Il n'avait pas résisté lorsque le yakuza s'était emparé de son bras et l'avait défié du regard. Il n'avait pas résisté lorsque son dos avait heurté le mur glacé, et qu'il s'était retrouvé nu offert aux regards de cet amant infernal, et maintenant que le yakuza scellait sa bouche sous un baiser impérieux, Fei long se sentait enfin vivant. Il glissa ses mains sous la chemise entrouverte du yakuza, et se troubla lorsqu'il ressenti à nouveau la puissance de ces muscles contre ses paumes.

Il gémit profondément, offrant son cou aux baisers ou aux morsures.

"C'est peut être la dernière fois..."

Le yakuza ne répondit pas. Un étrange rictus glissa imperceptiblement sur son visage, et sans aucune once de douceur, il écarta violemment les cuisses du chinois qui retint un cri.

Asami le pénétra, brusquement, douloureusement, sans autre désir que celui de la possession, et Fei long enfonça ses ongles dans son dos.

Ils se faisaient mal...

Inéluctablement mal.

Délicieusement mal.

Collés par la sueur, les longs cheveux du chinois couraient sur son torse et le rendaient plus féminin que jamais...Mais aujourd'hui, ses yeux trahissaient son age et son rang.

S'il acceptait la douleur, il n'acceptait pas la soumission; Asami le savait, et cet amant si sauvage, si peu commun avec les beaux garçons qui partageaient d'habitude son lit, portait son désir à son paroxysme. La violence avec laquelle il lui fit l'amour ce jour là était sans commune mesure avec ce que le corps du chinois pouvait endurer; et les cris de plaisir se mêlèrent aux cris de douleurs.

Lorsqu'Asami se retira, le laissant inerte et haletant, Fei long se laissa glisser le long du mur jusqu'à s'effondrer sur le sol.

...

Avant de sortir, sans prononcer un mot, Asami laissa tomber sur le sol le cheongsam noir et or.

"Mets-le."