Quelques jours plus tôt; TOKYO-

Q-G du Kobayashi-kai

"Maître..."

"ASSEZ!"

Nakata Kobayashi frappa violement du poing sur la table, une lueur de haine pure et irrépressible dans le regard. Il se leva, et s'approcha des deux hommes qui se tenaient face à lui, derrière le bureau d'acajou.

"TRENTE-MILLIONS-DE-DOLLARS!" martela-t-il, le visage déformé par la rage.

Les deux hommes baissèrent la tête, visiblement terrifiés. Kobayashi s'approcha du premier, un homme au regard fuyant auquel il manquait 2 phalanges;

"Devrais-je t'étriper de mes propres mains, pour que tu me sois enfin d'une quelconque utilité...fusse-t-elle...décorative..."

Il tourna brutalement la tête.

"Et toi, Wang...Ce n'est pas par charité que notre clan a recueilli un traître de Baishe!"

La lame aiguisée d'un couteau fendit l'air; et les deux hommes se retrouvèrent marqués par une longue traînée sanglante sur chaque joue.

"Considérez cela comme un acte de pur charité." lança le mafieux en retournant s'asseoir derrière son bureau.

Il se pencha en avant et joignit ses longs doigts, jetant un regard dégoûté sur le sang qui coulait des deux cicatrices; Aucun de ses hommes n'avait esquivé.

"Wang."

Le chinois tomba à genoux, et baissa la tête.

"Maître?"

"Qu'y a-t-il entre Fei long et Asami?"

"..."

"Réponds."

Wang déglutit, mal à l'aise.

"...je ne suis pas sur, maître...Le massacre de mes compagnons, à Tokyo, à été décidé par eux deux, c'est certain. Mais je ne saurait pas dire s'il s'agit d'une alliance stratégique où...d'autre chose."

"Tu mens."

"Mais..."

"Jamais les yakuzas n'ont fait alliance avec les Triades. Jamais. Je connais Asami...Ce n'est pas dans ses habitudes de trahir le code de conduite de la mafia. Quelle raison à-t-il de protéger un chinois arriviste, parricide, meurtrier...?"

Un silence emplit la pièce, ou la tension se faisait si épaisse, si palpable que l'homme au regard torve prit soudainement la parole.

"Peut être est-ce tout simplement une affaire d'argent...?"proposa-t-il d'une voix grave. Notre situation aujourd'hui en est la preuve."

Kobayashi eu un léger rire.

"Au moins l'un des deux n'a pas oublié son cerveau. Mais comment expliques tu la présence de Fei long à Tokyo ces derniers mois, sans aucune recrudescence de l'influence des triades sur le marché? Il n'y était pas pour affaire."

Wang osa prendre finalement la parole.

"Prêteriez-vous foi...aux rumeurs, monsieur?"

Le yakuza se leva alors, et alluma un cigare d'un geste vif, énervé.

"Je sais déjà qu'ils n'agissent pas ensemble que sur le devant de la scène, pauvre crétin. Mais je me fous de savoir qui baise l'autre...En l'occurrence ce qui m'intéresse est de récupérer mes trente millions de dollars."

"Maître..."

"C'est ce que avons perdu cette année depuis qu'ils se sont appropriés les voies de contrebandes de Jiin jusqu'a Hainan... Si c'est un monopole qu'ils veulent, alors c'est la guerre qu'ils auront."

Wang pris soudain la parole, d'une voix fébrile.

"Maître...Je ne saurais assez vous mettre en garde contre Fei long. Ne vous laissez pas abuser par son apparence ou sa jeunesse...Il sait s'en servir comme une araignée tisse sa toile."

"Je sais. Mais aujourd'hui seul le Kobayashi kai à la puissance nécessaire pour mettre un terme à leur influence...et notre réplique doit être immédiate. Fei long n'a que 22 ans. Il n'est pas le plus dangereux."

"Maître, vous voulez dire...?" s'exclama le chinois en relevant la tête.

"Tout les regards seront tournée vers le nouveau chef de Baishe, samedi soir...Il sera intouchable. Alors occupons nous...de quelqu'un d'autre."


Comme dans un rêve ou un cauchemar, le corps sembla s'affaisser au ralentit, dans une étrange grâce. Passé un instant de fascination morbide, un cri retenti dans la salle muette de stupeur. Un cri rauque abominable, d'animal blessé, de souffrance pure.

Celui de Fei long, le visage ravagé par la fureur, qui se précipitait vers le corps qui venait de s'effondrer en contrebas, à quelques mètres de lui.

"Non..."

Plusieurs cris affolés avaient répondus au sien, et c'est dans la panique la plus complète qu'il se fraya un chemin.

"NON...!" Fei long tomba à genoux, et brusquement releva la tête sans prêter plus attention aux convives qui se pressaient en hurlant vers la sortie.

"AKIRA!"

L'employé se fraya un chemin vers le chinois, aussi rapidement que le lui permettait la panique désordonnée des invités.

"Liu-sama!"

"Qui était-ce, Akira?"

"...Un homme de main du Kobayashi-kai, Liu-sama. J'en suis certain."

"Fort bien...Prends des hommes avec toi! Tuez-les, massacrez les! Mais Nakata..."

Le regard de Fei long se voila, en l'expression de cruauté la plus pure, la plus monstrueuse qu'il ai jamais eue..."Laisse le moi."

Ce jour là, et pour la première fois de sa vie, Akira eu réellement peur de quelqu'un.

...

Asami gisait sans connaissance entre ses bras. Fei long s'aperçut que ses mains était recouvertes de sang. Quel était ce masque de fureur glacée, pétrifiante qui lui collait au visage?

"Non..Asami...non.."

Seuls ses doigts fins le trahissaient, fébriles, rouges du sang du yakuza dont il agrippait inconsciemment la chemise.

Comment son intelligence avait elle pu le tromper à ce point? Ils passa lentement ses doigts tremblants sur le visage de son amant, mais seule une traînée de écarlate vint maquiller les paupières closes.

Comment avait il pu oublier si facilement qu'il n'était pas l'unique homme à abattre ce soir?

Ces lèvres froides comme le marbre, ces yeux si puissants qui l'avaient réduit en esclavage...Le chinois poussa un hurlement en frappant du point sur le sol en marbre, les phalanges éclatées laissèrent à leur tour échapper un liquide ocre qui ne lui apporta aucune satisfaction.

Impuissant, malade de fureur, il se jeta comme un fou contre le torse de son amant, si ce n'était son maître, et enfoui son visage dans le creux de son cou. Il y respira longtemps cette odeur de cèdre et de musc, mêlée désormais à celle du sang.

Fei long se sentait basculer. C'est peut être la main de Kirishima, fermement posée sur son épaule, qui l'empêcha de sombrer dans la folie cette nuit là.

"Liu-sama."

La voix du japonais se fit plus grave, plus autoritaire; et la pression sur son épaule se fit pressante.

"Écartez-vous."

Lorsque Fei long lâcha prise, il aperçu comme dans un rêve son propre poignet d'où le sang s'écoulait toujours depuis la cérémonie avortée. Il eu un léger sourire avant de s'écrouler à son tour sur le sol, comme une poupée de porcelaine dans une mer de soie.


Il ne se réveilla que le lendemain soir.

Un océan de blanc immaculé le força à refermer les yeux, et un gémissement franchit ses lèvres.

"Liu-sama!"

Du blanc...encore du blanc...L'inquiétude se lisait dans les iris pâles d'Akira qui s'était précipité à son chevet.

"Liu-sama..."

Fei long mit plusieurs minutes à reprendre ses esprits, comme si une foule d'informations contradictoires assiégeait les portes de sa conscience.

"Akira...combien de temps..."

"Vingt-quatre heures, monsieur. Vous êtes tombé dans le coma."

Fei long se redressa en gémissant, l'air sombre.

"Quelle pitié..."

Il regarda un instant autour de lui.

"Et je suis...?"

"Dans notre clinique privée des quartiers ouest, monsieur. C'était l'endroit le plus sur et le mieux équipé pour...les blessures par...balles..."

"Par balles? Mais je ne suis pas bl...je.."

...

Les yeux de Fei long s'agrandirent sous l'effet de la surprise, et son coeur se mit à lui transpercer la poitrine.

"ASAMI!"

Fei long agrippa violemment Akira par le col de sa chemise.

"Où est-il?"

Sans lui laisser le temps de répondre, Fei long arracha la perfusion du creux de son bras et bondit hors de son lit.

"Vêtements!" dit il d'une voix sèche.

Akira le regarda un instant, hébété, avant de finalement lui tendre une tunique bleue nuit aux reflets noir et un pantalon.

Fei long s'habilla devant lui, sans se soucier le moins du monde de sa nudité où de l'ambiguïté de la scène.

Akira tourna la tête, troublé.


Une fois vêtu, Fei long se laissa soudain tomber sur le lit, et parla alors, d'une voix qui ne tremblait pas.

"Akira...si je sors de cette chambre pour aller le retrouver..."

Le jeune chinois leva les yeux vers son serviteur...Akira y lu pour la première fois de la mélancolie, de la douleur aussi;

"...dois je me rendre au niveau -1?"

Seule la morgue se trouvait là. Le japonais eu un pâle sourire, et secoua légèrement la tête.

"Non, monsieur."