Chapitre 20


Akira saisi la seringue et le flacon qu'on lui tendait, et après avoir fait couler quelques gouttes de liquide pour évacuer toute trace d'air, enfonça lentement la longue aiguille de métal au creux du bras de Fei long.

Les autres hommes de main de Baishe attendaient près de la porte, indécis, mais Akira tourna son regard pâle vers eux:

"Dégagez."

Peu enclins à obéir à un japonais, ils hésitèrent un instant, et une vague de murmure réprobrateurs parcouru la chambre. Akira se leva alors, furieux:

"DEGAGEZ!"

La main sur son holster, il était prêt à mettre une balle dans la tête au premier qui s'interposerait. Il n'en eu pas besoin, et la porte se referma bientôt, le laissant seul avec Fei long.

Akira lui pris le pouls, qui semblait stable, la respiration elle aussi semblait s'accélérer. Le japonais pris un instant entre se doigt une mèches de ces cheveux noirs qui l'avaient toujours fascinés. Il aurait voulu en respirer le parfum...Plus que tout.

Il hésita, "Une seule fois, murmura-t-il, avant que tu ne te réveille, laisse moi...par pitié.."

Akira embrassa Fei long, se noyant ce jour-là dans la douceur de ses lèvres, pour la première fois. Il se sentait piégé par cette bouche superbe qui ne lui opposait aucune résistance. "Qu'est ce que tu fais...!" lui hurlait sa raison. Mais l'interdit était délicieux. Ce n'est que lorsqu'il rompit la volupté de son baiser qu'il vit les yeux noirs de son jeune maître grands ouverts, face à lui.

"Fei Long!"

"Sors" murmura le jeune mafieux. "Sors d'ici.".


Quelques jours plus tard, Fei long, élégamment vêtu, passait à la question un de ses plus proches serviteurs. Ses longs ongles manucurés glissaient sur l'ébène du bureau, en un ballet nerveux et fascinant.

"Dois je te renvoyer, ou encore m'arranger pour te faire disparaître comme Mei? Le destin semble cruel, que tu prennes aujourd'hui la place d'un garçon que tu as toi même assassiné il n'y a pas si longtemps."

Akira se tenait debout au milieu du bureau de Fei long, droit, le regard fixe et les mains derrière le dos .Il ne prononçait pas un mot, tout à fait conscient que son patron n'avait pas fini.

"Je suis fatigué, Akira. Que dois je faire de toi?"

Akira baissa enfin les yeux, et avança de quelques pas. Il hésita et s'assis finalement dans un fauteuil qui faisait face au bureau.

"Maître...J'ai toujours assumé mes actes. Quoi que vous décidiez, je ne m'y déroberais pas."

Fei long poussa un soupir exaspéré, et d'un geste fluide dégaina le 9mm q'il portait sous une veste de costume noir.

"Vous venez...tous autant que vous êtes...Jeter vos sentiments à mes pieds. Vous vous sentez mieux peut être, mais que dois je faire? Vous savez qui je suis...C'est sans doute la mort que vous venez chercher."

"Non, maître. Écoutez moi."

Le chinois se laissa tomber dans son fauteuil, et continua à tenir Akira en joug. Il attendait manifestement qu'on lui tienne tête, qu'on ne s'effondre pas à nouveau devant lui.

"Mais avec plaisir."

"Je ne crois plus utile de cacher mon attirance."

Akira passa une main dans ses cheveux, et accrocha le regard sombre de son patron avec ses yeux trop pâles. Il était conscient de jouer sa vie; mais il n'avait jamais été homme à avoir craint la mort, encore moins de la main de Fei long . Le doigt du jeune chinois se rapprocha de la gâchette.

"Sachez néanmoins que je sais rester à ma place. Je sais qui vous êtes et avec qui vous êtes. J'ai accepté de renoncer à vous le jours ou je suis devenu votre bouclier- je n'ai commis l'autre jour qu'une misérable erreur en croyant avoir failli à mon devoir."

Un long silence suivi sa déclaration; Fei long le regarda, sans jugement, et lentement, très lentement, le chinois posa son arme sur la table face à lui.

"Si un jour tu considères ne plus pouvoir travailler pour moi, sache que tu es libre de retourner au japon." fit il simplement.

Akira s'inclina, longuement; remplaçant en cela tout les discours et paroles inutiles.

Fei long resta seul.

Il se leva et rengaina son arme, tournant à nouveau ses regards vers l'horizon et ce soleil sombre qui disparaissait. Akira. Cet être étrange et troublant, attiré par lui...? Il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir flatté.

...

Deux semaines plus tard

Habillé en civil, le jeune mafieux marchait dans les rues de Hong Kong. Encore, à 22 ans passés, il reprenait parfois ses habitudes de gamin fugueur et fuyait seul le manoir pour se perdre dans la ville.

Vêtu d'un jean noir et d'une simple chemise, il avançait au hasard; jetant un regard amusé sur la vie autour de lui à travers le filtre monochrome de ses Ray-bans. On se retournait sur son passage, mais il ne s'en préoccupait pas. Les filles d'aujourd'hui se retournent sur n'importe qui.

Les parfums des vieilles ruelles de Hong Kong, Proustiennes, lui rappelaient l'insouciance de sa jeunesse à son retour d'Europe.

Aurait-il pris les rênes de Baishe sans Asami...?

En aurait-il seulement eu la volonté... Non, Il serait sans doute mort dans ce même bureau qu'il occupait aujourd'hui, un an et demi plus tôt, en même temps que Jin.

Arrivé par hasard aux environs de la clinique où se trouvait Asami, Fei long passa sans s'arrêter. Il n'avait plus la force d'aller dans dans cette chambre où le japonais reposait, plus la force de percevoir cette âpre lutte entre vie et mort qui se jouait devant lui.

Et puis surtout, comme une intime conviction, Fei long savait qu'il n'était en ce moment d'aucune utilité à son maître et amant.

Son overdose 15 jours plus tôt lui en avait fait prendre conscience; il ne se rendrait plus fou d'impuissance, il ne ferait plus de cauchemars.

Baishe avait besoin de lui, et de son intelligence.

...

Avec un sourire il tourna dans une ruelles déserte et disparu brusquement; tandis qu'une ombre se faufilait derrière lui.

"Salut Akira." ricana Fei long, le faisant sursauter en lui barrant la route.

"Ah! Par pitié, j'aimerais que vous m'informiez de vos sorties, maître. Je suis bien assez occupé à vous sauver la vie pour composer avec vos lubies." déclara sans ambages le japonais, visiblement tendu.

Fei long amusé posa une main sur son épaule.

"Excuses moi, j'avais besoin d'un peu de solitude. Allez rentrons."

...

Les aveux d'Akira les avaient finalement rapprochés. Plus la distance s'amenuise, ainsi va la gène, la fascination et l'attirance.

Au bout de quelques semaines, Fei long fit officiellement d'Akira son bras droit.


Une infirmière s'affairait dans la chambre, rangeant manifestement un nécessaire à perfusion. Elle tournait parfois son regard vers l'homme immobile étendu dans le vaste lit. Elle se sentit rougir en remarquant une nouvelle fois à quel point il était beau.

C'était une toute autre beauté que celle de son patron, qu'elle avait jusque là considérée comme parfaite; Non ce n'était pas la beauté androgyne de Fei long, c'était bien plus que ça.

C'était une impression de puissance et de virilité, des traits harmonieux, un corps musclé habitué au combat. Une légère impression de sauvagerie, indomptable se dégageait de cet homme...Dont elle ne connaissait d'ailleurs ni le nom ni l'identité.

Trois médecins avaient étés affectés à ses soins exclusifs par Fei long, ce qui lui laissait à penser qu'il s'agissait de quelqu'un d'extrêmement important.

Elle avait vérifié, en cachette; aucun tatouages.

"Un politicien, peut être..."pensa-t-elle.

En tout cas, elle était impressionnée par la résistance physique de son patient. Malgré les soins, les opérations, les médecins ne lui avaient diagnostiqué qu'une infime chance de survie; mais en prenant soin de lui, jours après jours, elle avait vu cette lutte intérieure qui s'opérait en lui.

Il avait quoi, une trentaine d'années?

Elle mouilla une compresse, et la passa sur le visage du japonais qui semblait dormir. Elle lui fit comme chaque jour une injection d'épinéphrine pour stimuler le coeur et la circulation, et finalement le laissa seul.

Une lumière rouge sang inonda la chambre d'Asami, reflet d'un soleil couchant sur les buildings de Hong Kong; lorsque soudain les doigts du japonais frémirent et se crispèrent.

Et c'est finalement lentement, très lentement, qu'il ouvrit les yeux.


Il se sentait épuisé et une douleur insupportable lui déchirait la poitrine. Passant lentement une main près de son coeur, il grimaça en sentant la compression des bandages. Des images lui revenaient par bribes; Fei long dans une robe de soie, un poignard, Nakata, Akira, la foule, la surprise de sentir couler son propre sang...

Asami poussa un soupir exaspéré.

Depuis quand était il ici? Ses premières pensées se tournèrent vers le business, et il espéra que Kirishima en son absence avait mérité son salaire exorbitant. Il ne craignait pas de reconquérir le milieu, il était jeune, il était puissant.

Un léger ricanement lui arracha aussitôt une grimace de douleur

Il pensa alors à Fei long. Il entrevoyait 2 possibilités...Soit le jeune chinois s'était effondré, et dans ce cas Asami était résolu à le détruire.

Soit Fei long avait retenu son enseignement, et en avait profité pour se relever et renforcer son autorité.

Quoi qu'il en soit, ils ne se reverraient pas avant longtemps.


Il lui fallait partir d'ici.

Un simple regard par la fenêtre lui confirma qu'il se trouvait toujours à Hong Kong...Il devait rentrer au japon. Maintenant.

Le téléphone à côté de son lit ferait l'affaire. Il composa un numéro, et attendit un moment la communication avec l'autre côté du pacifique.

"C'est moi. Kirishima, écoute moi attentivement."