Chapitre 22
Deux jours plus tard, Akira réapparu au Japon.
En lui venait de se jouer un long conflit intérieur: il ne souhaitait pas seulement quitter le service du yakuza-Sa conduite à Hong Kong n'était rien de plus qu'une trahison. Il avait décidé de rester aux côtés de Fei long, et s'était résigné à accepter le rôle que le chinois lui avait proposé en échange de ses sentiments; il protégerait sa vie comme il avait protégé celle d'Asami, sans rien attendre en retour.
Un traître, oui. Traître à ce tatouage sacré qui lui couvrait le corps et pour lequel il avait souffert, traître pour un ennemi, pour un chinois... pour un gamin de 22 ans.
Au volant d'une berline qu'il conduisait dans les rues de Tokyo, Akira se permit un sourire.
« Sois maudit Fei Long… »
Sa nuit passée dans WanChaï l'avait profondément troublé.
Il n'avait jamais fait profession de vivre en ascète, mais son flegme et sa trop grande intelligence le poussait plus à fuir ses semblables qu'à rechercher leur contact. Il devait l'avouer, depuis longtemps-trop longtemps peut être- ses mains ne s'étaient pas posées sur un corps d'homme. Akira braqua soudainement le volant et fila vers Shinjuku.
Si pour son obsession il devait s'opposer à Asami lui-même, il le ferait.
Hong Kong
Fei long était depuis 2 jours en proie à une grande lassitude.
Il ne savait pas quoi penser du départ d'Akira, précipité et silencieux. Le japonais éprouvais des sentiments pour lui, c'était évident...Mais avec trop de sagesse et d'intelligence pour se laisser envahir par eux et devenir un fou de plus rampant à ses genoux.
"Tsss."
Fei long siffla d'énervement. Il s'était attaché malgré tout à cet être étrange qui le secondait comme une ombre. Si les circonstances avaient étés différentes, il serait devenu le successeur de Jin, et au fil du temps sans doute un ami précieux.
Fei Long regarda distraitement par la fenêtre et se perdit à réver de deux yeux aux iris trop pâles, aussitôt remplacés par deux pupille ambrées.
On frappa à la porte.
Voila plus de 2 mois que Fei long avait exécuté les lieutenants de Kobayashi. Maintenant qu'Asami était sauf, le moment était venu de procéder à une leçon de discipline encore plus...instructive.
"Entre."
Tao Lung, le second lieutenant de Baishe entra, escortant le yakuza déchu. Il le poussa sans ménagement devant Fei long, puis se retira rapidement près de la porte.
"Nakata Kobayashi, susurra le jeune chinois.
Vous n'avez pas bonne mine. Je vous en prie...Asseyez vous."
Le yakuza fronça les sourcils et pris place, affrontant sans frémir le regard sombre qui le toisait. Fei long fit le tour de son bureau pour se rapprocher de lui. Inclinant la tête, il passa négligemment deux de ses ongles le long de ses lèvres et sourit.
"Vous ne m'aimez pas." dit il tranquillement.
"En effet."
"Vous ais-je offensé personnellement dans le passé?"
"Non."
"Ma famille vous a-t-elle nuit d'une quelconque manière?"
"Non."
"Bien... Alors, pouvez vous m'en apprendre un peu plus sur votre envie de tuer Asami Ryuichi?"
"Non."
"Préfèreriez-vous une balle dans la tête? Je suis très fort à ce jeu là."
"Certainement. Bien que mourir de votre main me répugne."
"Développez?"
"Je hais les immondices dans votre genre, vous et Asami...Quelle honte. J'ai voulu le faire disparaître, j'ai échoué; je paierai pour cela. Mais quand à vous, sachez que votre liaison perverse est connue de tous. Vous, Liu Fei long, êtes un être abject, et chacun sait comment vous êtes parvenue à la place que vous occupez!"
Kobayashi cracha au visage de Fei long, qui détourna à peine le regard. Un lourd silence empli la pièce, tandis que les lieutenants de Baishe se regardaient, gênés. Fei long se leva, et s'approcha de son prisonnier. Il essuya très lentement sa joue avec le revers d'une manche de son kimono de soie.
"Je n'ai rien à prouver, Nakata Kobayashi, et surtout pas à vous. Ma personne, pour lequel vous semblez avoir tant de haine et d'intérêt, a sans doute combattu plus que vous et vos hommes au cours de toute une vie. Asami vous tenait pour sage, mais vous n'êtes que vieux, stupide et arrogant."
Kobayashi eu un regard de mépris, et Fei long reprit:
"Je suis lassé de devoir faire mes preuves, je n'en ai pas besoin. De plus, la vie que je mène avec Asami ne vous regarde en rien." Il s'approcha et enserra le cou du yakuza de ses longs doigts, effilés comme des serres.
"Il ne manquerait plus que les ordures comme vous...", Il accentua sa prise,"...jugent les ordures comme moi."
Kobayashi suffoqua. Fei Long eu un rire carnassier et referma inexorablement ses doigts sur la gorge de son prisonnier. Dans ces moments là, il basculait complètement; l'odeur du sang et le goût du meurtre le rendaient fou. Il avait toujours aimé ça.
Le yakuza quand a lui ne se débattait pas. Le chinois l'étranglait lentement avec une force démesurée, son visage d'ordinaire si pur déformé par la rage. Il faisait durer le supplice mais le japonais ne laissait échapper aucune plainte au fur et à mesure que les couleurs quittaient son visage.
Les hommes de Baishe détournèrent les yeux.
"Amenez-moi un couteau." gronda Fei long.
Shinjuku
Akira frappa à la porte du bureau d'Asami.
Il brûlait soudain de l'étrange envie de le revoir, de se jeter à ses pieds en lui avouant tout les sentiments contradictoires qui le hantaient, d'implorer son pardon.
"Entrez."
La voix grave du yakuza le tira de ses pensées, et il entra.
"Merci d'être revenu parmi nous." dit simplement Asami, "Je sais que c'est un choix qui a pu être difficile."
Le yakuza regardait son employé avec des yeux de rapace, inquisiteur et impitoyable. Manifestement il se doutait de quelque chose et semblait déterminé à lire en lui comme dans un livre ouvert. Akira avança, le visage fermé; arrivé près du bureau, très lentement, il se mit à genoux et posa son front à terre. Il ne prononça pas un mot, et un lourd silence emplit la pièce. Cette posture implorait soit le pardon, soit la clémence...
Asami fronça les sourcils.
"Je t'écoute."
"Asami-sama, je vous demande l'autorisation de rejoindre officiellement le service de Liu Fei Long."
"..."
Asami sembla tout d'abord surpris, puis eu un léger rictus et se servit lentement un whisky. Il se leva et s'avança vers la large baie vitrée qui dominait Shinjuku et laissa son regard se perdre sur l'immensité de son propre royaume.
"Pour quel motif demander l'autorisation de me trahir, Akira?"
Akira accusa le coup.
"Maître...non...Je suis à vous, je vous ai mainte fois juré fidélité. Je ne le renie pas."
"Dans ce cas..."
Asami se retourna vers lui, et se heurta au regard pâle et tourmenté du jeune japonais. Il en avait eu l'intuition, maintenant il en était certain.
"Bon sang, Fei Long..."murmura-t-il.
Il bu une nouvelle gorgée.
"Tu ne peux pas travailler efficacement pour lui si tes sentiments ne sont pas professionnels."
Akira leva les yeux, surpris et troublé qu'Asami l'ai si vite percé à jour. Puis il baissa la tête, résigné.
"J'ai entendu sa mise en garde autant que la votre. Mais...je sais où sont mes limites."
"Il m'a dit que tu étais son bouclier...Je comprend que tu ais voulu l'enchaîner à toi de cette manière." rétorqua Asami
Akira voulu protester, mais le yakuza coupa court.
"Ne mens pas. Je ne suis pas dupe. Un bouclier et son maître son liés par un contrat tacite...Et l'un dépend de l'autre. Crois tu pouvoir l'approcher jusque dans son lit, imbécile?"
Le jeune japonais pâli. A quoi s'attendait-il après tout... à une bénédiction? Asami était possessif, puissant, impitoyable, et la relation entre eux était connue de tous.
"Jamais maître, je..."
Mais Akira repensa à sa nuit dans WanChai, dont le souvenir l'inonda comme un fleuve, une brûlure, insurmontable. Alors il osa:
"Oui, j'avoue avoir pu l'espérer."
Contre toute attente, Asami resta silencieux. Finissant son verre, il retourna s'asseoir et prit finalement la parole.
"Fais comme tu l'entends Akira. Je ne vois pas à quoi tu pourrais encore me servir. Si Fei Long veut de toi, arranges-toi pour combler ses...désirs." dit il avec un cynisme indécent.
Akira le regarda longuement et sorti sans un mot. Il aurait juré avoir vu pourtant un éclat de haine pure traverser les prunelles ambrées du yakuza.
Ce qu'il n'avait pas vu, c'était le Beretta braqué sur son dos alors qu'il traversait la pièce et passait la porte. Asami sentait un sentiment de haine et de jalousie parcourir son bras tendu, jusque dans le moindre de ses muscles. Il aurait été si simple d'appuyer...Un simple petit mouvement de doigt et Akira ne reverrait plus Fei Long.
Soudain, une violente douleur déchira son épaule et il repris conscience, portant la main à ses blessures. Pour la première fois de sa vie, Asami détesta son comportement.
Rangeant rapidement l'arme dans son holster, il se replongeât dans le travail.
