Origine; Chapitre 23


Lorsque Akira quitta définitivement le japon, ses hommes se retrouvèrent sans chef.

Ils étaient une cinquantaine sous ses ordres, preuve de la confiance que lui avait toujours témoigné Asami. Aucun, bien sur, n'était au courant des raisons qui avaient poussé leur jeune chef à les quitter, lui qui était pourtant promis à un bel avenir aux côtés du yakuza.

Dans l'avion qui le ramenait vers Fei Long, Akira ne pensait plus qu'a sa nouvelle vie. Il était parti subitement, comme un voleur...Aucune garantie après tout que le chinois veuille encore de lui. Il deviendrait ronin, alors...Comme ces anciens samurais qui erraient sur les routes, à la recherche d'un maître à servir.

Il sourit à cette pensée.

...

Il réintégra le manoir Liu de la même façon qu'il en était partit, se coulant à nouveau dans l'organisation de Baishe comme si rien n'était arrivé.

N'osant pas se présenter à lui, Akira attendit patiemment la convocation de Fei Long à le rejoindre. Le lendemain un garde lui confirma que le patron l'attendait, et que son ordre ne souffrait aucun refus. Akira devait se l'avouer, sa main était tremblante lorsqu'elle se posa sur la poignée du bureau; fermant les yeux un instant, il entra comme probablement l'on entre dans une arène.

Fei Long l'attendait debout, une marque de reconnaissance qui le toucha et atténua un instant les violents battements de son coeur. Il s'inclina profondément.

"Maître"

"Te voila de retour...,Siffla Fei Long, Qui sers-tu à présent Akira?"

"Je suis à votre service, Fei laoban. Je vous en prie, traitez moi comme un fidèle serviteur de Baishe et...comme le vôtre."

Akira releva vers Fei long ses yeux pâles et offrit son regard sans peur. Il avait affronté Asami avec ces mêmes yeux, il préférait désormais les garder pour la contemplation. Fei Long n'était pas dupe. Akira avait assassiné Mei par pure jalousie, il le savait et l'avait toujours su.

Et pourtant, peut être malgré lui, il avait fermé les yeux sur ce crime, ne pouvait s'empêcher de ressentir de l'intérêt pour ce japonais qui finalement lui ressemblait. Durant cette semaine ou Akira avait disparu de sa vie, qu'il n'était plus son ombre fidèle, Fei Long s'était senti étrangement seul.

Tous ces serments inutiles, ces regards lourds de sens qu'ils échangeaient parfois; "Je te connais" semblaient-ils dire.

Fei Long détestait par dessus tout a solitude, où il se désincarnait en une marionnette sans âme. Il avait besoin d'un compagnon, de cette ambiguïté dont il savait si bien s'entourer et qui le rendait vivant. La présence d'Akira à ses côtés l'avait toujours troublée, et au bout de longs mois il en était venu à apprécier ces yeux presque blancs, ces boucles de cheveux noires, ce visage indolent et cet esprit irrémédiablement criminel.

Un meurtrier est plus indulgent envers ses semblables sans doute...Et cette passion dévorante qu'il voyait étinceler parfois au fond des iris pâle, surprise dans des moments d'inattention...Fei Long eu un sourire.

Oui, Akira le méritait.

...

Il s'approcha de lui, et posa lentement sa main sur sa joue, et le japonais tressailli. Un sourire de compréhension, presque amical se dessina sur les lèvres du jeune chinois, qui s'approcha encore jusqu'a sentir le souffle saccadé de son serviteur contre sa bouche.

Il l'embrassa alors, ceignant sa nuque de ses mains et attirant son visage vers lui, possessif. Leur baiser fut brûlant, incompris mais enveloppant comme une soie noire.

Leurs lèvres se cherchèrent, bientôt Akira glissa instinctivement ses doigts dans la cascade de cheveux noirs. Depuis combien de temps désirait-il Fei Long comme un fou...? Cela n'avait plus d'importance en cet instant. Leurs lèvres se chevauchaient avec envie et fébrilité, comme muettes d'incompréhension mais avides de plaisir. Ce fut Fei long qui rompit le baiser, reprenant son souffle en fermant les yeux. Leur front se touchèrent, et ils sentirent chacun le trouble laisser place au désir, à cette chaleur impérieuse qui s'impose au corps.

Le jeune chinois avait voulu jouer de son pouvoir, mais il se sentait piégé par les lèvres d'Akira, il en voulait encore. Alors il affirma sa prise sur la nuque du japonais et plaqua à nouveau sa bouche contre la sienne qui l'accueilli comme une oasis. Ils laissèrent leur langue se chercher, se découvrir; leurs mains s'égarèrent le long de leurs nuques, agrippant ça et là un vêtement, des boucles de cheveux noirs.

La main de Fei Long, plus jeune, plus impatiente, trouva le chemin du torse du japonais et écarta violement la chemise qui le gênait. Elle dévoila des épaules toutes en muscles, qu'elle caressa avec délice avant de s'aventurer plus avant; Mais la peau devint bientôt noire sous ses doigts, puis rouge...Le corps d'Akira était recouvert de tatouages, rituel immuable des allégeances yakuzas.

Fei long se figea alors et suspendit ses caresses. Reprenant ses esprits, il se détourna violement et passa une main sur son visage, troublé.

"Pardonnes-moi.."murmurra-t-il

Akira ouvrit lentement les yeux, et reboutonna sa chemise, parfaitement conscient de l'effet qu'avait produit sur Fei Long l'irezumi rituel qui couvrait son corps, signe douloureux de son service pour Asami.

Le chinois avait appuyé ses paumes sur le bords du bureau et courbait la tête, laissant ses pensées se perdre loin de Hong Kong, sa peau elle même ne se rappelait que trop ces étreintes, ces yeux d'ambres.. Une main se posa sur son épaule et glissa un instant dans ses cheveux.

"Nous avons tout deux une allégeance envers lui, mais sachez maître que la mienne a pris fin."


La porte claqua derrière lui et Fei Long se laissa glisser à terre, tremblant et oubliant toute contenance.

Qu'aurait-il fait si le tatouage ne s'était pas interposé entre eux? Se serait-il offert ainsi à Akira, à un autre homme, par jeu, par manque...Par désir?

Car il éprouvait du désir pour cet homme, il ne pouvait plus le cacher après avoir ressenti si profondément la chaleur et l'ivresse de ses lèvres.

Ce n'était pas l'adoration maladive qu'il ressentait pour Asami, non...Mais un désir plus ténu, plus subtil peut-être, l'envie de partager le plaisir plutôt que celle de le subir. Voila bientôt 3 semaines qu'il avait entendu la voix du yakuza pour la dernière fois, 6 mois qu'ils avait fait l'amour ensemble, violemment, contre le mur de sa chambre...Cela lui paraissait aussi lointain qu'une autre vie.

Ils se reverraient, c'était pour Fei Long une certitude, tout son corps réclamait ces bras puissants, ces lèvres froides et ces yeux meurtriers qui lui faisaient perdre toute superbe et toute morale.

Mais devait il pour autant ne connaître que lui...?

...

Dans ce manoir qui était à la fois son refuge et sa prison, les sentiments devenaient violents, la vie en autarcie les rendaient insurmontables, infernaux; la frustration, le désir de ceux qui résidaient en permanence au manoir Liu donnait à l'endroit une atmosphère tendue où un rien s'embrase et devient incendie.

Cette nuit là, Fei Long ne pu fermer l'oeil, le souffle court. La chaleur d'un désir irrépressible lui labourait la peau et les reins, et lorsqu'à 3 h du matin une main frappa doucement à la porte de sa chambre, il ne pris pas la peine de s'habiller pour ouvrir. Il savait.

Il accueilli Akira entièrement nu, refermant lentement la porte derrière lui. Sans attendre, leur épargnant d'inutiles paroles, Fei Long lui prit les mains et les posa lui même sur son torse, guidant ses caresses jusqu'à ce que le trouble s'estompe. Akira leva les yeux et se noya dans ces iris noirs, profond comme les abysse, qui semblaient l'accueillir cette nuit avec bienveillance. Il écarta d'un geste une mèche de cheveux de Fei long et l'embrassa à pleine bouche, furieusement, sauvagement. Le jeune chinois glissa ses doigts dans les boucles de cheveux noirs qui balayaient les épaules d'Akira, ce dernier retint son souffle et laissa aller sa tête entre les mains puissantes de Fei long, le cou offert.

Le jeune chef de Baishe effleura de ses lèvres le menton, la jugulaire, les clavicules et les mamelons qu'il embrassa avec passion, faisant longuement gémir Akira, de trouble et de plaisir. Tout cela ne pouvait pas être réel. Un être comme Fei long ne pouvait pas lui appartenir...Et pourtant. Incrédule il ramena le chinois à sa hauteur et l'observa un instant, le souffle court.

"Utsukushii..." murmura-t-il en l'embrassant à nouveau, malade de désir. Fei long eu un sourire, tandis que ses mains ne semblaient pas vouloir lâcher les boucles noires du jeune japonais. Akira avait une odeur subtile de cèdre, chaude et enveloppante qu'il trouva délicieuse en embrassant son cou, sa nuque ornée de motifs rouges sang.

"Montre moi" murmura Fei long.

"hm?"

"Tes tatouages.."

Akira hésita un instant et délaissa à regret ce corps superbe pour se redresser. Il se retourna, offrant son dos à la curiosité de son jeune maître qui se leva à son tour. L'irezumi était d'une telle beauté que Fei long en eu le souffle coupé.

Des carpes koï se mouvaient avec grâce le long de ses omoplates, épousant subtilement la musculature harmonieuse de son dos. La pièce centrale était un samouraï d'ukiyo-e au visage féroce, enlacé de dragons et de symboles shinto.

Plus bas, deux sirènes s'allongeaient langoureusement le long de ses jambes, dans une composition d'une sensualité troublante.

"Quelle beauté.." sourit Fei long, les yeux brillant, glissant ses doigts le longs du joli visage des deux sirènes. Akira fut troublé et gémit, sentant son jeune maitre s'aventurer à l'intèrieur de ses cuisses.

Il ne bougea pas , laissant le chinois explorer son dos, ses fesses, et ses jambes à sa guise, le souffle court, les yeux clos, le sexe tendu et douloureux. Finalement, Fei long sourit et délaissa son admiration, l'attirant vers le lit. Il s'allongeât sous lui et retrouva sa bouche, le corps brulant, frémissant sous les caresses.

"Akira.." murmura-t-il

"Rin".

Fei long haussa un sourcil et Akira sourit.

"Rin. C'est mon prénom. "

"Tu l'écris avec le Kanji de phosphore...?" Akira acquiesça silencieusement. "C'est beau...Rin.." murmura le jeune mafieux en le faisant basculer contre sa bouche.

Le japonais agrippa ses hanches, glissant ça et là sur un muscle saillant, la courbe irréelle de ses cuisses, se délectant de tant de beauté. Il se demanda un instant si son jeune maître accepterai qu'il lui fasse l'amour cette nuit, car seule la possession apaiserait les désirs de son coeur, il le savait. Mais quand Fei long se cambra et glissa sur le ventre, toujours sous lui, il comprit que son voeux serait exaucé. Agrippant son dos, il enfoui son visage dans la soie de ses cheveux noir au moment où tout son corps brulait d'entrer en lui.

"Fei long..est-ce que..."

Pour toute réponse le jeune chinois agrippa d'une main le bassin d'Akira, le forçant à le pénétrer.

Il gémit longuement, d'une voix rauque, tandis que son amant commençait lentement à se mouvoir contre son bassin. Ils ressentaient le moindre de leurs gestes, le moindre frémissement de l'autre...Fei long, l'esprit enfiévré par le désir, fut surprit un instant par cette osmose si rare lors d'une première fois.

Cette nuit là, Akira semblait le connaître lorsqu'il embrassait avidement ses lèvres, bougeait en lui lentement, profondément. Fei long gémissait dans ses bras, ressentant en lui ce nouvel amant qui le comblait; plus tendre, moins farouche qu'Asami, il l'apprivoisait lentement par sa sensualité; et lorsqu'il se retira pour prendre Fei long dans sa bouche, le jeune chinois se cambra, vaincu. Ils crièrent chacun leur plaisir au creux de la nuit, d'abord Fei Long puis Akira, faisant l'amour encore et encore jusqu'a ce que l'orgasme les prenne ensemble et les épuise.

Ils s'embrassèrent longuement, sans serments, sans promesses, simplement parce que ce contact était un pur délice. Lorsque les paupières de Fei Long devinrent lourdes de fatigues et de baisers, Akira laissa sa tête reposer sur sa cuisse.

Le souffle court, il se redressa et alluma une cigarette, contemplant son jeune maître qui s'endormait.

Il savait que pour Fei Long cette nuit ne signifiait pas grand chose, sauf peut être un désir pour lui qu'il lui avait soigneusement caché. Akira repensa alors à sa nuit dans WanChaï, prémisses de celle qu'il venait de vivre. Jamais il n'aurait imaginé étreindre un corps plus parfait que celui qui glissait dans le sommeil auprès de lui. Fei Long était un être infiniment sensuel, Asami avait il seulement prit la peine de s'en apercevoir, de cultiver cette nature si instinctivement faite pour l'amour?

Non, sans doute...Pensa le japonais. Asami était pour Fei Long un empereur qui trouvait en lui sa terre conquise; jamais il n'avait eu à demander, tout lui était offert au moindre de ses regards.

Akira exhala un nuage et fumée et serra les poings. Alors même qu'il tenait l'objet de son désir entre ses bras, il ressentit une jalousie déferlante pour toute ces fois ou le jeune chinois s'était offert au yakuza, toute ces fois ou il l'avait pénétré, ou il s'était fondu en lui là où on l'acceptait comme un maître.

Caressant ses cheveux d'ébènes, le japonais sentie la mélancolie naître en lui, implacable; et il regretta de n'avoir pas lui aussi suivit son jeune amant dans le sommeil.

"Oublie le, Fei Long, je t'en supplie..."murmura Akira.