Origine 25


La relation qui unissait désormais Akira et Fei long était devenue plus que complexe.

Ils étaient profondément importants l'un pour l'autre, c'était une certitude. Paradoxalement, peut être même Akira était-il devenu la personne en qui Fei long avait le plus confiance. Par la force des choses, il était son amant.

Seul dans la bibliothèque, le japonais restait songeur. Quelle étrange vie ils vivaient aujourd'hui, côte à côte. Il porta naturellement les yeux sur son poignet, ou s'imprimait désormais le tatouage d'un serpent...La marque de Baishe.

Aujourd'hui, plusieurs semaines après sa trahison, Fei long et Akira travaillaient bien ensemble. Plus que bien d'ailleurs, gérant Baishe à eux deux, comme les deux facettes d'un même visage. Le chinois dans la lumière, le japonais dans l'ombre-une seule intelligence, efficace et impitoyable, les réunissaient.

Parfois, le jeune mafieux plaquait son subordonné contre un mur, le défiait du regard et laissait ses lèvres frôler les siennes, avant de l'embrasser à pleine bouche; comme pour signifier « Je suis ton maître». Il agrippait alors ses cheveux jusqu'à lui faire mal, passant ses mains sur les tatouages noirs qui serpentaient dans son cou.

Akira lui rendait ses baisers, l'accueillant entre ses lèvres comme un souverain, laissant ses mains se perdre sous la tunique de soie, ou dans les longues mèches de cheveux noirs.


De son côté, Park SunHyoo fut adopté par les hommes de Baishe avec une étonnante facilité. L'histoire de son arrivée au manoir avait fait grand bruit, et ceux qui n'avait pas été malmenés par ce nouveau venu trouvaient très drôle la façon dont il avait tenté de faire ses preuves.

Il avait un charme indéniable, toujours souriant et enjôleur…Sa belle gueule et sa jeunesse lui valaient de nombreux surnoms dans les couloirs. Mais surtout, très peu à part Akira et Fei long n'était au courant de ses véritable capacités.

Cela lui convenait très bien. Car Park SunHyoo était avant tout un assassin, et un des meilleurs.

Un jour, par curiosité et par jeu sans doute, Fei long était venu le trouver. Le jeune chef de Baishe était torse nu, les cheveux enroulés en chignon sur le dessus de la tête, et vétu simplement d'une sorte de hakama d'entrainement pour les arts martiaux. Avec un sourire en coin il lui avait tendu la main:

"Accepterais-tu un défi, Park?"

"C'est un honneur, Fei Laoban." sourit à son tour le coréen.

Leurs regards se rencontrèrent, sauvages, et chacun comprit que l'autre ne retiendrais pas ses coups.

Arrivés dans le dojo du sous-sol, les quelques hommes de Baishe qui s'entrainaient s'effacèrent pour leur laisser la place, s'inclinant sur le passage Fei long. Certain restèrent cependant au bord des tatamis pour admirer le combat.

"Quelles sont les règles de ce combat, maître?"

"Aucune. Montres-moi ce que tu as dans le ventre."

Fei long pris position, jambe avant pliée, jambe arrière tendue...les buste en avant, il avait opté pour une position offensive de Kung fu.

Le coréen lui restait sable, l'air serein et concentré.

Le jeune chef de Baishe attaqua en premier, sauvagement d'un coup de pied retournée que Park évita sans problème. Il pivota avec Fei long pour se retrouver dans son ombre et lui assena un premier coup dans les côtes. Le chinois eu un sourire douloureux.

"Bien..."

Il se jeta au sol pour balayer les jambes de Park qui perdit l'équilibre, mais prit appuis sur sa main gauche pivota dans les airs avant de retomber plus loin sur ses pieds.

"On dirait un mélange de capoera et de taekwondo,...C'est pas courant." murmura un des hommes qui observait.

Les deux adversaire en étaient arrivé au combat rapproché, et un coup de genoux latéral de Fei long venait d'envoyer rouler Park à quelques mètres. De nouveau, il se releva avant de vraiment heurter sol, d'un salto arrière impressionnant.

Fei Long bondit sur lui et profita de son avantage l'attaqua à nouveau d'une série de coup de pieds. Le visage de Park ne devait être qu'à quelques millimètres de la zone d'impact lorsqu'il esquiva et plaqua Fei long au sol, d'un puissant coup d'épaule. Le jeune chinois l'observa un instant, moqueur, et son poing vint s'écraser contre la mâchoire du coréen dans un sinistre craquement. Fei long se dégagea sans peine, tandis que Park le fusillait du regard:

"C'était quoi, ça?"

Fei long ricana. "Allez!" Ils se jetèrent l'un sur l'autre, leur combat devenant de plus en plus furieux. Autour d'eux le dojo se remplissait de curieux sans que l'un ou l'autre ne s'en aperçoivent, chacun enfermé dans ce ballet d'une violence infernale.

D'un puissant coup à la poitrine, Fei long fit soudain basculer Park; son avant bras s'abbati sur son cou, cherchant à l'étouffer. Le jeune coréen eu un râle de douleur lorsque sa pomme d'adam commença à le faire souffrir.

"Aucune règles"

Alors Park saisi une longue mèche de cheveux noirs échappée du chignon de son maître, et tira en arrière de toutes ses forces, forçant Fei long a laisser échapper un grognement de douleur. Arquant son corps, il se libera rapidement et se remit en garde.

"Rahh!" grimaça le jeune chinois.

...

Cela faisait maintenant 30min que les deux homme s'affrontaient. Il étaient manifestement épuisés, la sueur ruisselant à grosse goutte le long de leur dos. Les cheveux de Fei long s'étaient détachés à l'occasion d'une prise plus violente que le autres, et collaient désormais à sa peau comme une peinture tribale. La salle autour d'eux bruissait de murmures , remplie à présent par la plupart des hommes de Baishe qui les regardait avec admiration. Il n'était jamais arrivé que quelqu'un tienne tête aussi longtemps à leur maître.

Reprenant leur souffle, les deux adversaire se tournaient autour comme de jeunes loups, cherchant une ouverture. Le coréen attaqua, bondissant sur Fei long pour le mettre à terre. Il avait compris qu'il ne pourrait gagner tant que son maître serait libre d'utiliser ses redoutables coups de pieds. Le chef de Baishe esquiva l'attaque, et alors que le poing de Park passait à quelque centimètres de lui, emporté par son élan, Fei long pivota pour se retrouver dans son dos. Il l'immobilisa d'une clef de bras.

"Abandonne" murmura-t-il au creux de son oreille.

"Vous voulez rire maître?!"

Il envoya un coup de coude en arrière dans le ventre de Fei long qui en eu le souffle coupé, et recula de quelques pas pour éviter à nouveau le poing du coréen. Sans perdre une seconde il se jeta au sol, cherchant à faire tomber son adversaire d'un large coup de pied dans les tibias. Park l'évita d'un salto arrière, mais il grimaça en se réceptionnant sur son poignet et s'écroula au sol en gémissant.

Avec un sourire résigné il leva aussitôt deux doigts en l'air, en signe d'abandon.

"Que t'arrive-t-il, Park?"

"Mon poignet est cassé." répondit il simplement. "Je ne suis pas assez fou pour continuer à me battre avec vous sans ma main droite."

Fei long le regarda un moment, alors que tous les hommes de Baishe retenaient leur souffle..

"Tres bien..." dit-il en lui tendant la main. "C'était un beau combat, Park."

Ils prirent alors conscience que le dojo était noir de monde.

"Reprenez vos poste!" grogna Fei long, mécontent.


Un mois plus tard

"Park!"

Tao Lung, un des principaux lieutenant de Baishe, venait d'interpeller le jeune coréen au détour d'un couloir.

"Lung Laoban?"

"Tu es de mission pour les 2 jours qui viennent. Akira devrait te donner plus d'information, va le voir.»

« Ah bon ?! »

Le jeune coréen retourna le manoir à la recherche d'Akira, n'ayant pas reçu précisément d'ordres de sa part. Le tout premier contrat qu'il effectuait pour son nouvel employeur...Il était étrangement excité de démontrer ses capacités, et inquiet de connaître l'identité de sa cible. Un vieux reste de morale, sans doute, qu'il balaya d'un revers de main.

Après une heure de recherche, le coréen poussa un soupir exaspéré. Le japonais était décidément aussi insaisissable que Fei long. De toute façon ils étaient si souvent ensemble…rien d'étonnant. En désespoir de cause, Park SunHyoo résolu d'aller explorer les abords du bureau au 2e étage, dans l'espoir de croiser l'un ou l'autre. C'est au détour d'un couloir qu'il entendit enfin la voix du japonais et s'arrêta un instant, risquant un coup d'œil.

Akira parlait avec Fei long, par l'entrebâillement de la porte; apparemment il prenait congé.

« Je m'en occupe, il n'y aura aucun problèmes. »

« C'est ta responsabilité » répondit Fei long de loin, sûrement depuis son bureau

« J'ai l'impression de me reconnaître à son âge… »

Park SunHyoo marqua une pause. Attends, était-ce de lui qu'ils parlaient ?

« Tu es trop jeune pour jouer les nounous Akira. Il est ton subordonné. »

« J'en suis conscient. A plus tard, Fei long. »

Ça alors…En privé, ces deux là se tutoyaient ? Le japonais allait fermer la porte, lorsque le jeune homme décida de se montrer, un air nonchalant sur le visage.

« Tiens tiens… »murmura Akira. Une main sur la poignée, il hésita un instant, mais referma finalement le battant.

Le coréen fronça les sourcils. Il aurait bien voulu voir Fei long.

« Mes respects maître, dit il en s'inclinant, j'ai vu que j'étais affecté à une mission dès demain, j'aimerai savoir de quoi il s'agit ».

« Viens avec moi. »

Akira l'entraîna dans un petit salon qu'ils utilisaient parfois avec Fei long pour jouer aux échecs, et lui fit signe de s'asseoir. Le coréen, même après deux mois passés au manoir, était toujours étonné par le luxe de la résidence Liu, et ce salon en était un parfait exemple.

Rouge, baroque, tout invitait comme dans un piège à s'allonger dans le velours pour ne plus en sortir. Le japonais s'assit face à lui, un regard relativement bienveillant illuminait son visage, rendant ses traits harmonieux et séduisants.

Park SunHyoo resta un instant interdit…Akira était vraiment un bel homme.

...

« Est ce que tu te plais ici ? » lui demanda abruptement le japonais.

Avant de répondre, le jeune assassin sembla un instant se perdre dans ses pensées, puis eu un léger sourire.

« Oui maître, vraiment. Je suis infiniment reconnaissant à Fei Laoban de ses attentions à mon égard. »

Akira hocha la tête

« Hm, il faut dire que tu nous a fait forte impression. Quoi qu'il en soit…J'ai décidé de te confier une mission maintenant que tu es un membre à part entière de Baishe. »

Le japonais jeta un regard au poignet de Park SunHyoo, où s'imprimait désormais comme sur le sien, le tatouage noir de jais d'un serpent, la marque de Fei long.

« C'est un honneur » fit le coréen en s'inclinant.

….

« Je ne sais pas si tu le sais, mais je suis le responsable des marchés ici, après Fei-sama. Je gère l'économie de Baishe ainsi que la logistique sur le terrain. Comme tu es désormais à mon service, ton devoir…,

Akira alluma une cigarette qu'il fit jouer négligemment entre ses doigts,

… est d'éliminer tout ce qui serait susceptible de m'empêcher de faire correctement le mien. »

La japonais s'adossa tranquillement dans son fauteuil, exhalant doucement un nuage de fumée.

« Suis je clair ? »

« Parfaitement clair, maître »

Le coréen était néanmoins surpris de l'importance d'Akira au sein de l'organisation, et de la confiance aveugle que Fei long devait avoir en lui pour accepter de déléguer de telles responsabilités. D'un coup, son regard se chargeât d'un éclat fugace d'admiration et de respect, qu'Akira ne remarqua pas.

« Bien…Dès demain tu vas donc venir avec moi à Macao; Nous allons faire un peu de ménage dans une organisation russe qui vient de détourner à son profit quelques millions de dollars. Nous connaissons déjà personnellement leur chef, Mikhail Arbatov, car Fei long et lui maintiennent une espèce de statuquo élégant. Mais c'est de son premier lieutenant qu'il faut se méfier, Youri Boukov…Je veux les affaiblir. Je veux que tu me ramènes sa tête. »

Park SunHyoo haussa un sourcil

« Au sens figuré bien sur. » sourit Akira

« A vos ordres .»


HONG KONG, aéroport privé de Kowloon

Ils partirent le lendemain au crépuscule, empruntant le jet que Fei long avait mis à leur disposition.

Ce jour là sur le tarmac, le leader de Baishe fit également son apparition et s'entretint à voix basse avec Akira.

Contrairement à leur première rencontre, Fei long portait aujourd'hui un costume noir, très ajusté, avec un simple chemise blanche entrouverte. Ses cheveux étaient détachés, et encadrait de mèches rebelles l'ovale de son visage. Akira, lui, était en civil; un simple jean noir, un blouson d'aviateur en cuir, et une écharpe en soie ocre mettaient en valeur ses yeux trop pales et ses cheveux bouclés.

Fei long l'avait entraîné à l'écart pour s'entretenir avec lui, tandis que Park SunHyoo attendait au pied de l'avion. Il se demandait ce que ces 2 là avaient encore à se dire, étant donné qu'ils passaient déjà presque tout leur temps ensemble, mais se contenta de ramener sur son front ses Ray-bans.

Il ne parvenait pas à définir leur relation. Peut être d'ailleurs n'avait elle pas besoin d'être définie. Comme un couple étrange, ils dégageaient à eux deux une impression de puissance et de danger assez fascinante.

...

Dans l'avion qui les emmenait vers Macao, Akira resta fidèle à son flegme habituel et parla peu. Il avait l'esprit ailleurs, peut être encore auprès de son maître, pensa le coréen. En écoutant les hommes de Baishe, SunHyoo avait pu percevoir quelle fascination exerçait Fei long dans les esprits. Sa beauté, bien sur, mais également l'aura de mystère dont il aimait s'entourer, la distance qu'il érigeait volontairement entre lui et le reste du monde.

Le japonais semblait etre le seul immunisé contre ce magnétisme. A sa manière, le jeune coréen le trouvait presque plus fascinant encore. Il sursauta lorsqu'il prit conscience que le japonais l'observait en train de l'observer; et détourna brusquement la tête, troublé.

Akira ne releva pas.

...

Quatre hommes de mains les avaient accompagnés, pour veiller au bon déroulement de la mission, et contacter Hong Kong au cas où les choses tourneraient mal.

Officiellement, Akira se rendait à Macao en tant que représentant de Baishe, traiter avec les responsables d'une organisation concurrente. Personne ne s'intéresserait au personnel qui le suivait, encore moins à ce jeune homme discret qui cachait son regard derrière une paire de Ray-bans.

Park SunHyoo était en réalité bien plus âgé que son apparence ne le laissait paraître, puisqu'il allait déjà sur ses 29 ans, mais nul n'était censé le savoir…Feindre l'innocence était également une de ses armes les plus efficaces.

Le soir venu, Akira rencontra personnellement Mikhail Arbatov sur les quais, aux abords d'un entrepôt géré par l'organisation russe; Le japonais avait insisté pour que cette rencontre soit tenue secrète. Il voulait laisser le champ libre à son protégé.

« Heureux de vous recevoir à Macao, Akira Rin, le traître le plus célèbre d'Asie. Tu le sais, n'est ce pas? Ta désertion à fait grand bruit parmi les yakuza.»

Mikhail Arbatov était un homme grand, bien bâti et extrêmement séduisant. Un vrai tombeur dans la plus pure définition du terme: des cheveux blonds, mi-longs et à peine bouclés atténuaient ses traits rudes de sibérien, et ses yeux étaient d'un bleu azur absolument parfait. Une très belle réalisation de la nature, si ce n'était l'arrogance et l'orgueil qui exsudaient de lui... Il n'avait certainement pas l'élégance de Fei long où d'Asami, mais c'était un homme efficace, et puissant.

Le japonais s'inclina malgré tout devant lui. Après tout, il était ici en tant que messager, et n'avait absolument rien à faire de la qualité de sa réputation.

« Liu Fei long vous envoit ses respects, monsieur, dit il tranquillement, ainsi que ses avertissements »

« Oh, la poupée chinoise pense à moi…", fit le russe avec un sourire rusé, portant la main à son coeur. "Comment va-t-il ? La dernière fois que nous nous sommes vus, la cérémonie avait été quelque peu mouvementée je crois. Ce fut charmant. »

«Il va parfaitement bien, monsieur. Mais je ne suis pas ici pour faire des politesses. Votre organisation doit à Baishe le montant de 3 millions 45200 dollars, ainsi que la restitution des réseaux de contrebandes que vous prétendez vous attribuer. Vous avez trois heures pour me restituer la somme et vous rétracter, et nos deux organisations reprendront leurs activités en bonne entente. »

Akira avait prononcé son discours calmement, parfaitement habitué à ce genre de négociations. Ses yeux pâles ne cillaient pas, le vent jouait doucement avec les boucles de ses cheveux et son écharpe de soie.

Arbatov le regarda avec un rictus.

"T'es pas mal, comme mec. Pas étonnant que Fei long t'ai mis le grappin dessus."

« Cette affaire n'a aucun rapport avec moi. » le coupa sèchement le japonais.

« Peu importe, traître. Avant que nous parlions business, raconte moi un peu pourquoi tu as déserté ton poste au japon, pour te jeter dans les griffes de Fei long. Je crois que tu as perdu au change, à moins que...»

« Je ne ferai aucun commentaires sur ma vie privée, monsieur. »

«Tu couches avec lui.. ? »

« Monsieur Arbatov cette conversation devient ridicule » répliqua Akira, toujours flegmatique. Il alluma une cigarette, qu'il porta à ses lèvres de façon étrangement provocante.

« Si vous êtes intéressé par cette question, je vous suggère de vous rendre à Hong Kong demander directement à mon maître ce qu'il en est. Vous aurez sans doute votre réponse."

D'un geste de la main, le japonais indiqua le tarmac de l'aéroport, tout proche,

Je vous en prie, mon jet est à votre disposition. »

Arbatov eu un regard meurtrier l'espace d'un instant, mais haussa les épaules. Il alluma à son tour une cigarette, sous le regard impassible du japonais.

« Tu es un drôle de personnage Akira Rin. Peut-être que tu es fait pour travailler avec Fei long en fin de compte.»

Il exhala une bouffée de fumée bleue, et laissa presque aussitôt tomber le mégot entier sur le sol.

« Quoi qu'il en soit, dis bien à la jolie poupée que nous gardons l'argent et que j'ai hâte de le voir tomber de son piédestal. Si il n'est pas content, il n'a qu'a venir me trouver en personne, je me ferais une immense joie de le revoir…Vraiment. » lança-t-il, narquois, en montant à l'arrière de sa berline. Alors qu'il s'éloignait, un vent glacé se leva dans le port de Macao, emportant avec lui le rire et les allusions cyniques du mafieux russe.

Resté seul sur les quais, Akira ricana et prit le temps de fumer intégralement sa cigarette avant de tourner les talons.

Tout se déroulait parfaitement.


Dans la berline aux vitres teintés qui le ramenait à sa résidence, Mikhail Arbatov ne savait quoi penser de la mise en garde du japonais; et à travers lui, de la mise en garde de Fei long.

Le chinois n'était pas un tendre, mais il n'était pas arrivé au pouvoir depuis longtemps…Il n'oserait pas s'attaquer à Macao. Le russe pouvait sans doute continuer à s'amuser avec les comptes de Baishe encore un peu.

Lorsqu'ils arrivèrent, Mikhail se tourna vers son adjoint.

« Я могу поговорить с Вами наедине…? (Je peux te parler en privé?) »

« Да . (oui)» répondit aussitôt Youri Boukov en hochant la tête. Le bras droit d'Arbatov était une montagne de muscle taillée à la hache. Mi-russe, mi-mandchou, Youri Boukov n'avait aucune finesse mais était bien plus intelligent qu'il n'y paraissait. A son entrée à son service, Mikhail Arbatov l'avait tout de suite remarqué et lui avait donné la chance de faire ses preuves. Depuis maintenant deux ans, Youri était son bras droit, et son plus proche conseiller.

Les deux mafieux s'installèrent dans la bibliothèque, s'adossant à de vastes fauteuils de cuir noir.

« водка! (Vodka !) » fit Arbatov en direction du garde à l'entrée.

….

Celui çi sortit et revint presque aussitôt, posant deux verres et une bouteille face à eux. Après avoir vidé plusieurs gorgées d'un trait, Arbatov se décida enfin à entamer la conversation.

« Que penses-tu de ce japonais, Akira…? »

« C'est un mec dangereux Mikhail. Je l'ai vu dans ses yeux.., le russe porta le verre à ses lèvres, et je sais ce que mec dangereux veux dire.»

« Tu parles. C'est Fei long qui tire les ficelles. »

« Je sais ce que je dis. »

«C'est notre chance de faire enfin tomber Baishe, pourtant.»

« Évidement. Mais Mikhail...Ne les sous-estimes pas. Nous pourrions y perdre beaucoup.»

Le mafieux se servit à nouveau un verre, l'air contrarié.

«Je n'ai jamais sous estimé Fei long...Mais enfin...Il n'a que 22 ans bordel, tout le monde crève de trouille de s'élever contre lui alors que ce mec ressemble plus à une femme que mes maîtresses!»

«Calmes toi.»

«Asami n'est plus derrière lui pour lui sauver la mise, que je sache? Donc profitons en.»

Arbatov bu son verre d'un trait, aussitôt imité par son serviteur et alluma une cigarette avant de reprendre. Un léger bruit se fit entendre, comme le chuintement d'un insecte. Le mafieux n'y prêta aucune intention et poursuivit

« Peut être que je devrais rendre une petite visite à Asam…Hé, Youri ?! »

Mais le russe ne l'entendait plus. Il était mort à l'instant même, les yeux étrangement fixes, comme s'il s'apprêtait encore à dire quelque chose.

« Nom de Dieu !YOURI ? » s'écria Arbatov se précipitant vers lui.

Il examina aussitôt les verres, craignant un empoisonnement; mais il s'agissait bien de vodka. Il prit le pouls de son serviteur, fébrile- Là, derrière l'oreille…Un impact de balle dont le sang commençait tout juste à s'échapper.

Minuscule, mais bien placé. Un regard vers la fenêtre lui indiqua qu'elle était à peine entrouverte

Pour atteindre son but avec un silencieux aussi puissant et une balle aussi fine, l'assassin avait dû tirer presque à bout portant.

Bon dieu il n'avait rien vu.

«Fei long…», D'un coup de poing rageur il fendit littéralement en deux la table basse. La fureur le submergea, alors même que le sang de son serviteur se répandait sur le sol.

Mikhail lui ferma les yeux.

«Мой друг… (mon ami).»


Shinjuku

Au même instant, Asami était mis au courant quasiment en tant réel du meurtre de Youri Boukov.

Kirishima face à lui s'était permis de le déranger au beau milieu de la nuit.

« Tu en es sur ? »

« Absolument. Notre agent à Macao certifie que les soupçons se portent sur Baishe, et sur…hm…le bras droit de Fei long-sama.

« Akira… murmura Asami, un sourire moqueur au coin des lèvres. Décidément celui là était loin d'être stupide. Je regretterai presque de l'avoir laissé partir. »

Kirishima ne sut quoi répondre, et préféra attendre les instructions du yakuza. Asami alluma une de ces éternelles cigarettes et regarda Tokyo par la baie vitrée de son appartement. Le moment d'agir était-il venu..?

Sa blessure était plus lente à guérir qu'il ne l'avait espéré, et c'était un état de fait sur lequel il ne pouvait rien. La balle était d'ailleurs passée si près de son cœur que sa simple rémission tenait du miracle, mais le yakuza savait qu'il valait mieux que ça. Il était jeune, il était fort…Son corps ne le trahirait pas.

« Kirishima. »

« Maître ? »

« Prends 3 hommes avec toi. Nous partons pour Hong Kong dans une heure. »

« A vos ordres. »

….

Asami passa rapidement sous une douche glacée, avant de revêtir un costume noir d'encre. Une cravate, noire également termina sa tenue. Il passa machinalement le holster de cuir sur ses épaules, vérifia le chargeur de son beretta qui trouva tout naturellement sa place contre sa poitrine.

Un regard à son reflet lui assura que sa convalescence n'avait rien terni de sa sombre beauté… Satisfait, il claqua la porte.