Chapitre 30


Park SunHyoo était debout devant la porte du bureau d'Akira, le souffle court . Jamais, dans toute sa carrière, sa main n'avait tremblé sur la gâchette d'une arme et pourtant aujourd'hui, au moment de frapper à cette porte, il frissonnait de tous ses membres.

Il était particulièrement beau ce jour là, ses cheveux mi-longs qu'il laissait d'habitude se perdre sur ses épaules était relevés en chignon, une chemise blanche en lin aux manches relevées laissait entrevoir les courbes de son torse, un simple jean bleu nuit, et des rangers de cuir complétait la tenue sobre du jeune coréen.

Il avait passé 3h à la trouver, avait changé d'avis 6 ou 7 fois, pour finalement revenir à son premier choix...Evidemment. Il se maudit de son comportement d'adolescent.

Il lui avait fallu plusieurs jours de rêves érotiques de plus en plus enfiévrés pour le décider à passer cette porte. Il craignait de plus en plus pour la vie d'Akira, et il avait réalisé avec violence que l'idée de sa mort lui était intolérable. L'aveu de Fei long quelques jours plus tôt lui avait laissé un gout amer, de colère et de ressentiment envers le jeune chef de Baishe. A quel titre pouvait-il bien prétendre si il acceptait sans un mot, sans un geste, que son bras droit se fasse assassiner? La peur de perdre le japonais s'était frayé un chemin dans son esprit jusqu'a lui faire admettre la vraie nature de ses sentiments.

"Pauvre imbécile..." murmura-t-il.

Il ne pouvait plus se réveiller ainsi, malade de désir au milieu de la nuit: il avait décidé de prendre le risque de se faire éconduire une bonne fois pour toute, et de faire enfin cesser ces folles insomnies.

...

"Entrez."

...

Akira releva la tête de ses dossiers, et un sourire bienveillant éclaira son visage lorsqu'il aperçu le jeune coréen. Celui-ci en fut touché, mais les battements de son coeur ne semblaient pas vouloir se calmer pour autant.

"Bonjour Park..Que veux tu?"

"Bonjour maître." répondit-il en s'inclinant. "Auriez-vous quelques instants à m'accorder?

"Bien sur Park."

Le jeune assassin esquissa un sourire. Sans répondre, il pris le temps d'aller s'asseoir sur la méridienne qui faisait office de salon dans un coin du bureau. Il n'aurait pas supporté de s'asseoir face à Akira séparé par un bureau.

"Maître...Accepteriez-vous...d'avoir une conversation privée?"

Akira délaissa définitivement ses dossiers, surpris, et passa une main lasse dans ses longs cheveux bouclés. Jetant un coup d'oeil au coréen, il eu un sourire sincère en le rejoignant sur la méridienne. Sans un mot, il attrapa au passage deux verres et une bouteille de whisky...A tout hasard.

Le jeune coréen accueillit avec gratitude le verre qu'Akira lui tendait. Il le vida d'un trait, et se tourna vers le japonais qui le regardait agir avec curiosité. Flegmatique comme à son habitude, il attendait simplement que Park se décide à prendre la parole.

"Maître je..j'espère...J'espère que Fei laoban vous a mis au courant du contrat qui..."

"Du contrat sur ma tête?" répondit Akira avec un sourire. "Oui...c'est une complication que nous n'avions pas prévue. J'aurais du me douter que tu l'apprendrais."

"Connaissez-vous le commanditaire?"

"J'ai mon idée, oui."

"Maître, qu'allez-vous faire? Vous êtes en grand danger."

Akira pris le temps de finir son verre, pensif:

"Merci de ta considération, Park,...mais cela ne regarde que moi et Fei laoban."

Un fin sourire éclaira un instant son visage, tandis que le jeune coréen sentait à nouveau son coeur s'emballer.

"Ne t'inquiètes pas pour moi, jeune homme. Je ne compte plus ceux qui ont essayé de me tuer, et tu vois..." Il chassa d'un main une boucle de cheveux noire égarée sur son front,

"..je suis toujours là."

Park SunHyoo le regarda un instant, tandis qu'un éclat de soleil illuminait la pièces.

"Ne m'appelez pas jeune homme, maître. Vous ne le savez surement pas mais nous avons le même âge."

Akira releva un sourcil, surpris. Il n'aurait même pas donné 24 ans au coréen, alors que lui en avait 30.

"Tu caches bien ton jeu." fit-il, amusé.

Park SunHyoo le regarda remplir une nouvelle fois leurs verres, pensif. Il ne savait pas comment dire à l'homme qui lui faisait face qu'il était devenu le centre de son monde. Il ne savait pas comment franchir les 50cm qui séparaient leurs peaux. Il ne savait pas comment lui avouer qu'il en était fou amoureux. Il ne savait pas lui dire à quel point il hantait ses nuits. Il ne savait pas lui dire à quel point il le désirait.

Akira reposa la bouteille, lui tendi à nouveau le cristal rempli de liquide ambré en s'adossa mollement aux coussins de la méridienne. L'attitude du coréen l'intriguait: il sentait que quelque chose le tourmentait, et lui brulait les lèvres...mais serein, il attendait. Ses longs cheveux glissaient sur le hauts de sa poitrine, comme une cascade d'eau noire et brillantes. Quelques boutons de sa chemise étaient ouverts, laissant deviner ses tatouages et ses muscles saillants, et à ses poignets brillaient 3 anneaux d'argents, cadeau de Fei long qu'il ne quittait jamais. Son visage était bienveillant, ses yeux doux et sa bouche esquissait un fin sourire.

Park SunHyoo se senti tout d'un coup terriblement impuissant face à la distance qui existait entre eux. Sociale, toute d'abord: car malgré tout il avait face à lui le numéro 2 de Baishe, et surtout physique. Les quelques centimètres qui séparaient leurs corps étaient dense comme de l'acier à cet instant, et Park SunHyoo se maudit de sa faiblesse. Il serra les poings. Non...Il ne reculerait pas maintenant, alors qu'il pouvait se délivrer à l'instant de son fardeau. Et puis merde. Putain de merde, qu'on en finisse.

Il planta ses yeux dans le regard pâle d'Akira, et après une demi-seconde d'hésitation, se jeta sur lui, l'embrassant avec fougue, tandis que disparaissaient les derniers remparts de son esprit et de sa volonté. Fiévreux, il glissa une main derrière la nuque, agrippant ses cheveux, et murmura au creux des boucles noires:

"Maître..Je vous aime...je vous aime.."

...

Akira n'avait pas réagi, trop abasourdi pour refuser ces lèvres qui s'étaient refermées sur les siennes. Elles étaient puissantes, et brûlantes de désir, il le sentait. Il sentait aussi la peur, presque la panique dans la fébrilité du corps qu'il sentait se presser contre lui.

Lorsque le jeune coréen lui avoua ses sentiments, d'une voix tremblante, le visage enfoui dans la chaleur de ses cheveux noirs, il y perçu une sincérité comme rarement il en avait connu. Il senti battre son propre coeur alors que ses propres sens se réveillaient: doute, rejet, surprise, excitation,..

Il agrippa le poignet du coréen, le forçant à rompre le contact, et le regarda comme si il scrutait son âme.

"Park.."

"Ne dites rien maître, je...savait bien que je n'avais aucune chance. C'est juste que...Je ne pouvais plus fermer l'oeil sans penser à vous, vous m'obsédiez..Je..Veuillez m'excuser."

Il se leva maladroitement, mais Akira le retint par le bras.

"Ne fuis pas. Assume un peu tes responsabilités." gronda-t-il.

Le jeune coréen retomba mollement sur le sofa, vaincu. Ses propres sentiments lui coupaient les jambes, et la peur surtout, la sombre peur du mépris d'Akira commençait à lui étreindre le coeur.

"Maître.."

"... Viens."

L'aveu enfiévré du jeune assassin avait surpris le japonais. Il avait peut être remarqué, en quelques occasions qu'il ne laissait pas le coréen indifférent, mais ce qu'il voyait étinceler dans ses yeux aujourd'hui n'avait rien d'une passade. Il y lisait la passion, cette même passion que peut être Fei long avait pu lire dans son regard lors de leur première nuit. Ce souvenir le troubla avec une rare violence, et son coeur se serra. ll leur resservi à tout deux un verre de whisky.

"Tu...es un homme surprenant, Park SunHyoo."

Il n'attendait pas de réponse. Il ferma les yeux un instant...Non...Il n'était pas prêt à revivre de tels tourments alors que son coeur appartenait toujours à Fei long. Néanmoins, il sentit touché plus qu'il n'aurait cru par l'aveu du coréen. Le japonais se sentait à la fois flatté, ému, gêné aussi, il devait bien l'avouer. Il reprit la parole d'une voix douce:

"Tu ne pouvais pas plus mal tomber."

"Pourquoi cela ..maître?"

"Ne m'appelle pas ainsi. Fei long est ton maître." Akira leva les yeux vers lui, détaillant au passage son torse, son visage fin, ses yeux noirs en amandes, et l'amour pour lui qui y brillait. Il ressenti soudain beaucoup de tendresse pour ce jeune homme, assis face à lui et qui lui livrait son coeur. Alors brusquement, sur un coup de tête ou peut être même un caprice il ajouta avec un léger sourire:

"...Tu peux m'appeler Rin, si tu le souhaites. Mais uniquement en privé. "

Park SunHyoo resta interdit, essayant d'intégrer le fait qu'Akira venait de lui révéler son prénom. Dans la culture japonaise, il le savait, le prénom est quelque chose de trés intime, que seules les personnes aimées et proches peuvent utiliser.

Akira face à lui bu une gorgée de whisky, et le contempla longuement. Park Sunhyoo était vraiment un très beau garçon, mais à cet instant peu lui importait: il voyait aussi en lui une personnalité franche, pleine de contrastes et de puissance, mais sans tromperie. Il en fut heureux. Cet homme venait de se mettre son coeur à nu face à lui, pourquoi ne pas lui rendre la pareille...Après tout, dans ce manoir, Akira avait déjà tout perdu. En reposant son verre sur la table, il osa:

"Si je te disais que Fei-laoban et moi sommes amants, prétendra-tu encore m'aimer, Park SunHyoo?"


Le coréen accusa le coup. Il s'était attendu à un rejet pur et simple, mais pas à ça. Son coeur semblait sur le point de se briser...Putain...

Digérant l'information, il enfouit son visage entre ses mains. Evidemment. Seul un homme du calibre de Fei long pouvait posséder quelqu'un d'aussi précieux qu'Akira...A quoi avait-il bien pu rêver? Il prit un long moment pour répondre, jusqu'a être parfaitement certain des mots qu'il allait prononcer.

"Oui je vous aimerais encore, comment pourrais-je l'empêcher?... Je me dirais simplement que Fei-laoban a beaucoup de chance d'avoir su vous séduire." dit-il simplement.

Le japonais fut troublé. Ce garçon l'aimait avec tant d'honnêteté que cela lui serrait le coeur...il avait du souffrir de le lui avoir caché si longtemps.

"Pardonne moi Park, je t'ai menti. Fei long et moi...Cela appartient au passé."

Il se leva pour s'approcher de la baie vitrée, et plonger son regard dans les jardins. Ils étaient magnifiques, baignés par la lumière chaude d'un mois d'aout ensoleillé, et embaumaient le bureau de senteurs délicates.

"Pourquoi me dites vous cela..?

"Parce que j'ai confiance en toi, Park." répondit simplement Akira, perdu dans ses pensées.

"Akira-san..Rin...Si je me lève maintenant pour vous rejoindre à cette fenêtre, si je vous embrasse, si malgré tout je vous dis à nouveau que je vous aime...Me laisserez-vous faire?"

Akira resta silencieux un long moment, perdu, indécis.

"Je ne sais pas. Peut-être devrais-tu tenter ta chance.." murmura-t-il.


Akira lui rendit son baiser, mais cette fois avec tellement de tendresse que le jeune coréen aurait pu en pleurer de reconnaissance. Incrédule, il l'embrassa encore, glissant timidement ses mains avec dans les cheveux bouclés, sur son visage, ses paupières closes, rendant leur baiser de plus en plus brulant.

Il tremblait. Jamais , il s'en rendait compte maintenant, il n'était tombé amoureux à ce point, et ces lèvres contre les siennes lui faisaient perdre la raison. Il mourrait d'envie de glisser ses mains sous la chemise du japonais mais n'osait rien tenter, de peur de briser ce fragile équilibre.

Park trouvait Akira d'une telle perfection qu'il en était intimidé. Lui qui avait toujours été un grand charmeur, une grande gueule audacieuse, se retrouvait sans volonté sous les baisers de cet homme. Les mains du japonais elles, bien plus expertes, s'aventurèrent sous sa chemise, dessinant sans les voir les courbes des ses muscles saillants; bientôt la chemise du coréen glissa le long de ses épaules.

Park gémit, tant le moindre contact du tissus avec sa peau brulante le rendait fou. Qu'on en finisse... ici, maintenant, sur cette méridienne, par pitié.

"Akira-san...Je vous en supplie.." murmura-t-il dans la chaleur de ses boucles noires.

"Que veux tu?"

Le coeur du jeune coréen battait à tout rompre, la chaleur d'un irrépressible désir lui labourait les reins. Il embrassa Akira encore plus passionnément, comme si sa vie en dépendait:

"Laissez-moi vous faire l'amour, Akira-san, ou laissez-moi partir. Je ne pourrais pas...plus longtemps..." murmura-t-il dans un souffle, les yeux clos.

Le franc-parler du jeune homme plut au japonais, qui ferma les yeux et lui rendit ses baisers. Après tout..si ce magnifique garçon le désirait à en crever, pourquoi refuser ce cadeau, si passionnément offert?

Peut-être soigneras-tu ma peine, songea-t-il, en faisant glisser d'un geste lent sa propre chemise sur le sol.

...

Le jeune coréen était d'un naturel passionné, un peu sauvage, et Akira se surprit à prendre avec lui un plaisir qu'il n'aurait jamais soupçonné. Il ressentait dans chaque fibre de son corps l'adoration que le vouait le jeune homme, et il y trouvait une satisfaction égoïste, celle de la puissance, du pouvoir absolu sur un autre être humain. Peut être était-ce la chose dont il avait le plus besoin maintenant, d'un amant à l'amour inconditionnel, quoi qu'il arrive, quel que soit son passé, ou même son avenir. L'inverse de Fei long, somme toute, qui n'avait jamais eu besoin de lui, ni du plaisir qu'il pouvait lui donner, ni de son amour.

Park était tellement à l'écoute du corps et des réactions d'Akira qu'il se révéla vite un amant assez exceptionnel. Le japonais lui même se sentit basculer dans une folie brulante lorsque le jeune coréen délaissa ses préliminaires pour enfin le pénétrer. Il n'avait pas tellement l'habitude d'être passif, mais à cet instant cela lui convenait, et se sentir à ce point aimé, passionnément désiré lui procurait un plaisir absolu et nouveau.

Le jeune coréen glissa en lui assez facilement, tant il avait réussi préparer sa venue à force de caresses. Akira devait l'admettre, le sentir en lui était délicieux et lui faisait oublier un instant la réalité, Asami, Fei long, le monde entier... tout. Park commença à se mouvoir lentement, guettant les réactions de son amant. Celui-ci agrippa ses cuisses, le forçant à le pénétrer plus profondément, plus violemment.

"Ne faites pas ça, Akira-san, je pourrais vous..."

"J'en ai envie." murmura Akira, fébrile.

Alors le jeune coréen se mordit les lèvres et laissa libre cour à sa passion, s'ancrant en lui avec force, lentement d'abord puis de plus en plus vite, haletant sous l'effort. Akira gémit longuement, de plaisir, de trouble aussi, lorsque l'assassin agrippa violemment ses cheveux, basculant sa tête en arrière pour chercher le contact de ses lèvres. Il n'aurait jamais cru le coréen si expert dans l'art de donner du plaisir, tant il l'avait toujours considéré comme un adolescent.

"Rin...Je..."

Akira eu un sourire. Personne dans ce manoir, à part Fei long ne connaissait son prénom, et encore moins l'utilisait. Il devait l'admettre, il ne l'avait jamais révélé qu'a ceux qu'il aimait. Avait-il été fou, de donner ainsi une part si intime de lui même à un assassin, un des plus terrible qui plus est? Non...cette étreinte était enveloppante, à la fois puissante et douce, et il se sentit étrangement en paix, profondément en confiance sous les baisers brulants de ce nouvel amant. Il pouvait bien mourir demain ou dans l'heure, peu importait car sa vie avait été à la hauteur de ses attentes les plus folles.

"Aaah.."

Il sentit le coréen fébrile, proche de l'orgasme. Lui même se sentait brulant, emplit d'un désir brut pour ce corps puissant, mat de peau, et ces yeux en amande.

Dans un souffle Akira baissa la tête, agrippant au hasard le dossier de la méridienne comme pour se raccrocher à la réalité alors que lui même basculait dans le plaisir total.

"...Rin..."

C'est en murmurant longuement son prénom que le jeune coréen le rejoignit dans la jouissance.


Akira se leva le premier, s'arrachant paresseusement à la douceur du velour noir du canapé. Le soleil commençait à décliner sur l'horizon, et illuminait son bureau et leurs corps de magnifiques teintes rouges. Ils étaient restés un long moment immobiles, Akira fumant une cigarette alors que la tête du jeune assassin reposait sur ses cuisses. Ils n'avaient besoin d'aucune parole, après s'être déja livrés corps et âme l'un à l'autre en cette journée d'été.

Akira, perdu dans ses pensées, jeta un coup d'œil au jeune coréen et constata que celui ci s'était endormi.

"Lucky devil...", murmura-t-il.