Origine 32
Hong Kong
Plus tard cette même nuit, vers 1h du matin, Fei long parti pour le Genesys. Seul.
Il s'était changé et portait un sublime cheongsam entièrement noir, les cheveux relevés, une unique boucle d'oreille en onyx. Il respirait les ténèbres, dans cette tenue de deuil. Le départ d'Akira le plongeait ce soir dans une tristesse plus profonde qu'il n'aurait soupçonné.
Il avait eu peur de lui même, alors, et s'était résolu à fuir le manoir et l'opium qui ce soir plus que jamais lui tendait les bras.
Il entra à l'arrière du bâtiment, n'ayant aucune envie de sentir des centaines d'yeux se poser sur lui si il passait ostensiblement par l'entrée principale. Les gardes s'inclinèrent sur son passage. Son monde fonctionnait très bien: Baishe était une atroce machine bien huilée, et bien entretenue.
Le Genesys était le club le plus huppé de Hong-Kong. On n'y entrait exclusivement qu'avec une carte de membre, qui dans ces murs vous garantissait l'accés à presque tous vos désirs. Il y avait deux cartes: une noire, et une or. Les quelques membres qui pouvait se vanter de posséder cette dernière étaient rares, dans le monde entier. Ceux-là seuls était autorisés à pousser la porte du bureau de Fei Long, qui régnait sur son monde d'une main de fer, sans partage.
Ici tout était noir, du bois d'ébène aux marbres, incrustés d'or: une ambiance qui étrangement apaisa Fei Long alors qu'il se dirigeait vers son bureau au dernier étage.
Lorsqu'il pénétra dans la pièce, le souvenir d'une de ses premières rencontres ici-même avec Asami lui revint en mémoire et il réprima un frisson. Il aurait mieux fait à l'époque de le tuer ou de se tuer lui-même, plutôt que de tomber dans ses bras.
Dieu, l'aurait-t-il donc toujours dans la peau?
La sensation du corps du yakuza contre le sien l'envahi, et Fei long frémit. Ses mains se crispèrent et il ferma les yeux, s'abandonnant un instant à ce souvenir voluptueux.
Soudain il senti le contact d'un métal glacé contre sa tempe, et se figea.
...
"Salut, beauté. "
Le jeune chef de Baishe connaissait cette odeur boisée, et cette voix. L'adrénaline l'envahi, ses muscles se tendirent. Merde.
Il avait manqué de vigilance.
"Mikhail."
Dans son dos, le russe sorti de l'ombre et s'approcha jusqu'à frôler sa nuque, appuyant un peu plus le canon de son arme sur sa tempe.
"Pas de gestes brusques."
Il fit glisser doucement sa main sur la hanche du chinois, presque sensuel, jusqu'à atteindre le holster sur le haut de sa cuisse et récupéra le beretta d'un geste vif.
"Tu n'auras pas besoin de ça."
Fei long gronda, la respiration sifflante.
"Tout doux." ricana le russe dans son cou.
"Qu'est ce que tu veux, Mikhail?"
Le russe ne répondit pas, et d'une pression dans le dos le força à avancer. D'un geste brusque il poussa le jeune chef de Baishe dans un des fauteuils, pour finalement lui faire face. Il fit glisser doucement le canon de son arme le long du visage de Fei long, avant de l'appuyer à la base de son cou sous le menton, le forçant à relever la tête.
Leur regards se heurtèrent.
" Pas mal du tout... Tu as bien changé, Fei long. " lâcha le mafieux russe en glissant ses doigts dans l'opulente chevelure noire, un sourire cynique aux lèvres.
Il porta quelques mèches à ses lèvres, et inspira profondément leur parfum.
"Ah Боже мой..." (Bozhe Moï: mon dieu)
"Lâche moi, ordure." Le jeune chinois s'était raidi, les yeux étincelant de rage, tandis que le canon du Makarov se pressait plus violemment contre sa jugulaire.
"Non...ne me déçois pas. Moi qui ai toujours été charmé par ton élégance et tes manières.."
"Va au diable."
Le mafieux russe eu un ricanement, tandis que deux yeux ambrés lui revenaient en mémoire.
"J'en viens, justement."
Une mèche de cheveux dorés tombait devant ses yeux, qui au milieu de l'obscurité luisaient d'un bleu océan presque trop parfait. Mikhail Arbatov, le célèbre mafieux russe était une beauté aryenne dans toute sa glorieuse définition, si ce n'était des manières de play-boy arrogant qui venaient absolument tout gâcher... du moins aux yeux de Fei long.
"Si tu veux me tuer, fais-le Mikhail. Sinon, va-t-en...Je ne suis pas d'humeur."
Un rictus féroce déforma les lèvres du sibérien, qui appuya le canon de son arme jusqu'à lui faire renverser la tête sur le dossier en velour. Il se pencha sur lui lentement, jusqu'à ce que leurs lèvres ne soient plus qu'a quelques millimètres l'une de l'autre.
"Oh ne me tente pas, Fei long. Après tout tu m'as fait beaucoup de tort, récemment."
D'un geste brusque, il retourna la crosse de son makarov et frappa violemment.
Fei long s'effondra, le souffle court. Le russe avait une force peu commune et il lutta un moment pour ne pas perdre connaissance, un liquide chaud coulant le long de son visage.
"Tu sais que j'ai dû refuser une offre très alléchante, pour tes beaux yeux. Je ne te dirais même pas combien de zéros il y avait sur ce bout de papier."
"..."
Le jeune chef de Baishe reprenait ses esprit, toujours étendu sur le sol. Il ne parvenait pas à comprendre un traître mot de ce que racontait Mikhail, mais là tout de suite peu lui importait. Il sentait le sang couler le long de sa tempe, et teinter de rouge le tapis en soie. Dans une pensée assez absurde, il se fit la remarque que personne n'avait fait couler son sang depuis très longtemps...il reporta lentement son attention sur le russe qui le toisait:
"...Satisfait, Mikhail?"
" Pas vraiment. Tu ne me facilite pas la vie, a vrai dire."
Le blond délaissa sa contemplation pour se laisser tomber dans le second fauteuil en face de lui. Moqueur, il sorti une carte de la poche de sa chemise. Dorée à l'or fin. La clef qui ouvrait toutes les portes du Genesys.
"Tu ne devinera jamais à qui j'ai volé cette petite merveille. Enfin d'après ce que j'ai compris, tu n'as plus tellement envie de le revoir...Tant mieux pour moi."
Fei long fronça les sourcils, alors que le russe se penchait vers lui:
"Tu vois Fei long...Si on m'avait demandé il y a encore 6 mois ce que je désirais le plus au monde, j'aurais sans doute dit que c'était de t'avoir dans mon lit."
...
Un ricanement lui répondit, tandis que le chef de Baishe se relevait lentement. Il porta les doigts à sa tête et les examina, tachés de sang. Le sibérien face à lui l'observait, fasciné.
"...Et maintenant, tu as tué mon bras droit, et je suis obligé de jouer au grand méchant russe devant au monde entier pour ne pas perdre la face. L'honneur, et toutes ces conneries... Putain ce que tu me fais chier, Fei long! Tu aurais juste du accepter une de mes invitations à dîner."
" Ah...Désolé Mikhail, mais tu n'es pas mon genre."
" Tu as des goûts de chiotte, si tu veux mon avis."
Le russe alluma une cigarette, et en aspira quelques bouffées avant de poursuivre.
"Alors quoi, je t'ai piqué quelques millions de dollars. Hé poupée that's the game. Maintenant tu me mets dans une position difficile. J'ai envie de te baiser, pas de t'abimer."
"..Ne me fais pas rire. Toi et moi, ça n'arrivera jamais. Alors autant me tuer tout de suite."
" Si Asami Ryuichi a réussi, pourquoi pas moi?" répondit en souriant Arbatov, cynique derrière ses boucles de cheveux dorées. Il était beau, puissant, et il le savait. Il le savait tellement qu'aux yeux de Fei long cela le rendait détestable.
Le chef de Baishe s'autorisa un rictus de pur mépris.
"Tu ne lui arrives pas à la cheville, Mikhail. Ni aujourd'hui, ni jamais." murmura-t-il, son visage si parfait maculé de sang, et ses yeux noirs étincelant de haine dans l'obscurité.
"Tu sais beauté, il ne faut jurer de rien. Une nuit avec moi, et je te garantie que tu réviseras ton jugement."
Le lendemain, Aéroport International de Hong-Kong
« Passport please, sir… ? »
« Delmas. Jean Delmas. »
Surprise d'entendre le jeune homme répondre avec un accent français impeccable, la jeune femme leva les yeux et rougit jusqu'aux oreilles. Ses doigts tremblaient légèrement au moment de saisir le carnet de cuir, « République Française » imprimé en lettre d'or sur la couverture.
« Quel était le motif de votre séjour à Hong Kong, monsieur Delmas ? » demanda-t-elle, plus curieuse que sa fonction ne l'exigeait d'habitude.
Rarement elle avait vu un homme aussi séduisant. Ses cheveux noirs, longs et bouclés cascadaient sur ses épaules, ses traits étaient fins, mais sa mâchoire carrée et une musculature certaine apportait de la virilité à ce troublant tableau. Elle déglutit avec peine.
« J'y étais pour affaires. »
« Vous parlez un excellent mandarin, M. Delmas. »
« Merci mademoiselle.»
La jeune femme tamponna son passeport, rouge pivoine.
«...Bon retour en France monsieur. »
Elle le regarda s'éloigner avec un pincement au cœur. Son métier était bien triste parfois. Elle leva les yeux vers le voyageur suivant qui se présentait à la douane.
Son cœur failli à nouveau manquer un battement. Elle n'aurait pas su dire si celui-ci était plus beau que l'autre.
« … Passport please ? »
Le nouveau venu eu un bref sourire en lui tendant le carnet vert. Republic of Korea .
« First time in France, mister.. ? »
« Kim. Yes. Visiting family. » lui sourit le jeune homme, radieux. Elle se sentit fondre. Il n'avait rien à voir avec le sublime brun ténébreux qui l'avait précédé...Au contraire, le coréen tenait plutôt du soleil, avec son sourire charmeur et ses grands yeux en amande qui semblaient rire intérieurement. Ses cheveux étaient assez long, eux aussi, et lui arrivait presque aux épaules…
« C'est ma journée.. » sougea-t-elle, troublée.
Elle tamponna le passeport sans même y prêter attention, se noyant dans les yeux sombres du jeune homme face à elle.
« ..Thank you sir…Enjoy Paris. »
Le coréen s'éloigna avec un sourire.
...
"Tu lui a tapé dans l'oeil!"
"Pour l'amour du ciel."
"Akira, ne restons pas à découvert. Viens."
Park SunHyoo entraina le japonais d'un pas rapide vers le premier café venu, la table au fond ferait l'affaire, à l'abri des regards.
Quitter Hong-Kong via un vol commercial était un défi pour leur anonymat, mais les faux passeport qu leur avait fourni Fei long s'avéraient jusqu'ici encore plus convaincant que des vrais. Lunettes de soleil sur le nez, jean et T-shirt sobres complétaient leur panoplies de M. "tout le monde".
"Merde, Akira. Tu vas nous faire repérer."
"Ben voyons."
Park était tendu. Il scrutait autour de lui chaque visage, chaque mouvement- il savait d'instinct qui surveiller. Ses sens en alerte, les sourcils froncés il poursuivit:
"Je hais les aéroports."
Akira eu un sourire bienveillant. A la différence du jeune coréen, il n'avait pas peur de mourir. Si les milles précautions qu'ils avaient prises pour arriver jusqu'à l'aéroport sans se faire repérer s'avéraient inutiles alors...Ainsi-soit-il.
Il avait l'impression qu'une partie de lui était déja morte, restée prisonnière de Fei long et de ses magnétiques yeux noirs.
"Tu connais Paris, Park?"
"Non. C'est comment?"
"Sublime."
Le coréen se détendit légèrement et esquissa un sourire:
"Sublime, vraiment?"
Akira ne répondit pas, se contentant d'un sourire nostalgique.
Il n'avait pas revu Paris depuis plus de 15 ans, et revenir dans sa ville natale apaisait un peu le poids qui pesait sur son coeur. Il en était parti adolescent, sans but, pour finalement trouver son accomplissement dans l'esprit samuraï si singulier des yakuza. Et même après avoir trahi Asami, il devait bien avouer qu'il ne regrettait rien. Il avait vécu avec une intensité que peu de gens pouvait se vanter d'avoir jamais connu.
Le jeune coréen le regardait, mélancolique.
"Tu penses à Fei long."
"Oui...et non. Je repense à ces deux dernières années. Asami, Fei long..et toi."
Le jeune assassin esquissa un sourire:
"C'est une liste dans laquelle je ne vaux pas grand chose. Écoute Akira...Je sais...du moins je présume que pour toi notre nuit ensemble n'était qu'une histoire sans lendemain. Mais..si par miracle tu... "
La sonnerie du portable d'Akira l'interrompit. Le jeune coréen eu un regard suspicieux. Les portables étaient neufs, personne à part Fei long et Tao Lung, le premier lieutenant de Baishe ne pouvait les contacter.
L'assassin réagit le premier, se levant d'un bond les sens en alerte.
"On est grillés. Ne répond pas."
"Attends" Parfaitement calme, Akira posa une main sur son bras et le força à se rasseoir.
Après un instant d'hésitation, il décrocha.
Lorsqu'il reposa le téléphone sur la table, son calme olympien l'avait abandonné et l'air lui manqua.
"Akira? Akira qu'est ce qu'il se passe?"
Penché vers lui, le jeune assassin semblait inquiet. Le japonais ne trahissait pas facilement ses émotions, et là son visage défait et sa respiration sifflante lui indiquait que la situation était grave.
"...Fei long a été enlevé."
"Quoi?"
"Il a disparu cette nuit, on a retrouvé des traces de sang dans son bureau au Genesys."
"...Mais...enfin le Genesys est une forteresse, qui..?"
Akira senti son coeur s'effondrer dans sa poitrine. La vision de Fei long mort, ou torturé quelque part lui était intolérable et ses poings se crispèrent.
"Je t'en supplie ne fais pas ça!"
Akira ne répondait pas, le visage fermé, une sombre détermination brillant au fond de ses yeux pâles.
Dans son dos, le coréen le retenait, une main posée sur son épaule.
"Je t'en prie Akira, il faut partir, tu ne peux rien pour lui maintenant. Par pitié viens! "
Le désespoir qu'il senti dans la voix de Park le troubla.
Le vol pour Paris, son salut, sa nouvelle vie, décollait dans moins de 10min, et pourtant le japonais ne pouvait se résoudre à le prendre. C'était de sa survie qu'il s'agissait, il le savait parfaitement. Livré à lui même, sans la protection de Baishe et de Fei long, il ne passerait pas 2 jours avant qu'un chasseur de prime ne puisse réclamer son million de dollars à Asami.
Mais peut-être 2 jours seraient-t-ils suffisants...?
"Si Fei long devait mourir..., je mourrais avec lui, Park."
Le jeune assassin accusa le coup, face à l'impitoyable franchise, et sa main retomba le long de son corps, inerte.
"...Il n'y a rien que je puisse dire ou faire qui t'empêchera de te lancer à sa recherche, n'est-ce-pas?"
Le japonais se retourna, pour lui faire face. Park le regardait, paniqué, le visage défait.
"...Je suis désolé."
"Dieu, j'aurais donné cher pour être lui."
Le japonais observa Park un instant, indécis, et soudain l'attrapa violemment par le bras. Rapide, il l'entraîna sans ménagement à travers les long couloirs, pour finalement bifurquer dans un recoin sombre, loin du passage de la foule et des portes d'embarquements.
"Akira, qu..?"
Il plaqua violemment le coréen contre le mur, et ecrasa ses lèvres sur les siennes.
"Hm!"
D'une main dans sa nuque il l'attira vers lui, puissamment, son torse contre le sien, lui arrachant un nouveau gémissement. Son autre main, brûlante, glissa sous le tee-shirt, agrippant la peau mate en y imprimant la trace de ses doigts.
Lorsqu'Akira senti le coréen faiblir entre ses bras, ses lèvres se firent brutales, sa langue et ses mains plus audacieuses encore, descendant de plus en plus bas jusqu'à ce que Park lui-même se presse à leur rencontre.
A travers le pantalon, le japonais effleura le sexe gonflé .
« Aah..Rin ! »
Le jeune assassin gémissait, terrassé par sa bouche, ses yeux pâles et sa peau brûlante. Akira était tout sauf tendre, et le fit taire en emprisonnant a nouveau ses lèvres sous les siennes, pressant, jusqu'à ce qu'un nouveau gémissement lui réponde.
Une simple caresse sur le sexe qu'il sentait dur désormais sous le tissu, et Park manqua de s'effondrer entre ses bras. De la pointe de ses doigts, il glissa lentement sur les lèvres humides qui s'entrouvrirent, le suppliant d'entrer, de reprendre totalement possession de sa bouche.
Mais Akira n'était pas disposé à lui donner satisfaction. Il saisi à pleine main les cheveux noirs, et bascula la tête du coréen en arrière, découvrant sa gorge, se retenant de le mordre jusqu'au sang, avec toute la rage de son désespoir.
"Ahh..je..ne.."
Akira plaqua brutalement sa main sur sa bouche, etouffant ses gémissements et remonta le cou offert de la pulpe de ses lèvres. Sentant Park sensible à cette caresse il la fit durer, encore et encore, le marquant jusqu'à sentir le jeune homme trembler entre ses bras.
Alors les lèvres d'Akira remplacèrent sa main contre sa bouche.
C'était délicieux.
Park pensa soudain à Fei long, qui avait été l'amant du japonais...Il les imagina ensemble et la vision dans son esprit fut d'un érotisme si torride qu'il lui arracha un râle de plaisir.
C'est alors que le japonais rompit leur baiser, le frôla une dernière fois de ses lèvres, presque tendrement. Une lueur sombre brillait au fond de ses yeux pâles.
« Ce sont mes adieux Park. Mon dernier baiser à un million de dollars. » murmura-t-il.
...
L'instant d'après, il avait disparu dans la foule mouvante et Park se laissa lentement glisser le long du mur; une main plaquée sur sa bouche pour étouffer un cri de rage.
