~Flashback 2 mois plus tôt~

Bellatrix se tenait assise bien droite au fond de son siège, elle attendait, un soupçon d'inquiétude se dissimulait sur son visage. A sa droite, Narcissa était également assise bien droite mais son visage laissait complètement transparaître son angoisse. Lucius quant à lui était complètement recroquevillé au fond de son siège, la mine renfrognée, il avait perdu toute son allure suffisante, son arrogance naturelle semblait lui avoir été volée.

Bellatrix se tourna et posa délicatement sa main fine sur celle de Narcissa en lui lançant un regard qui se voulait réconfortant. La benjamine Black continua de regarder dans le vide, son angoisse croissait un peu plus chaque seconde. La sorcière aux boucles noires leva les yeux de sa sœur pour lancer un regard assassin à Lucius. Elle ne l'avait jamais apprécié, mais maintenant elle le haïssait profondément, il n'était qu'un sale lâche qui au lieu d'assumer les conséquences de son échec avait préféré jeter son fils en pâture.

Ils étaient tous rassemblés autour de la longue table dans la salle à manger du manoir Malfoy, une vingtaine de mangemorts attendant patiemment l'arrivée de leur maître et avec lui, le verdict de la mission qu'il avait confié à Draco.

Pourtant tous savaient déjà que le garçon échouerait. C'était évident, en envoyant seul le gamin de 17 ans pour tuer Albus Dumbledore, Voldemort lui-même n'espérait pas un succès. Le jeune homme blond avait été envoyé par pur sadisme de la part du Seigneur des ténèbres qui voulait seulement faire payer un peu plus Lucius. Il voulait le détruire d'avoir été trop lâche, trop pathétique, pour faire face à son échec cuisant qui avait eu lieu un an plus tôt, lors de la bataille au Ministère quand il n'avait pas été capable de lui ramener la prophétie. Seulement, Voldemort n'avait pas trouvé la torture suffisante, il avait donc puni Malfoy en lui retirant tous ses privilèges et en le ridiculisant continuellement devant les autres mangemorts. Au bout d'un an, Lucius Malfoy paraissait complètement anéanti, il n'était plus que l'ombre de lui-même, pourtant cela ne satisfit pas le Seigneur des ténèbres. Il décida alors d'accentuer encore la punition en envoyant Draco dans une mission impossible.

Cela faisait bientôt cinq longues heures que le garçon blond était parti, Narcissa était prête à craquer d'un moment à l'autre quand enfin les portes de la pièce s'ouvrirent. Voldemort entra en faisant léviter un Draco paralysé du bout de sa baguette.

Toutes les personnes présentes autour de la table s'inclinèrent lorsque le mage noir entra, toutes, sauf Narcissa, qui resta figée, la bouche entre-ouverte en fixant son fils avec inquiétude. Très vite il alla s'assoir à sa place, en bout de table, entouré par Bellatrix à sa droite et Severus Rogue à sa gauche, il commença d'un ton cruel :

« Je suppose que personne n'est surpris d'apprendre que le jeune Malfoy est, tout comme son bon à rien de père, un tout petit sorcier faible et lâche qui n'est même pas parvenu à faire sortir ne serait-ce qu'une étincelle de sa baguette quand il faisait face au vieux Dumbledore. »

Voldemort rangea alors sa baguette, laissant Draco s'écraser brutalement sur la table en bois massif. Narcissa laissa échapper un petit cri. Bellatrix resserra un peu plus sa main sur celle de sa sœur.

« Lève-toi maintenant. »

Draco se redressa avec difficulté, puis tenta de se relever, mais ses jambes tremblaient trop, il s'écroula à nouveau, étendu sur la table. Tous les mangemorts scrutaient le jeune blond, certains avec des yeux effrayés, tandis que d'autres arboraient un sourire sadique.

Narcissa désespérée se leva pour aider son fils, mais d'un bras de fer Bellatrix la recloua au fond de son siège. La plus jeune des deux sœurs fixa son ainé avec rage.

« Je t'ai dit de te lever il me semble ? Tu n'es pas capable de ça non plus ? Alors laisse moi t'aider mon garçon... ENDOLORIS ! »

Draco hurla et convulsa sous la douleur. Ses cris furent presque recouverts par ceux de sa mère qui se débattait avec le bras de Bellatrix qui la maintenait toujours assise.

Après ce qui fut bref mais qui sembla durer une éternité, le mage noir releva sa baguette. Draco cessa d'hurler, mais continua quand même à convulser à cause de la douleur encore présente dans tout son corps. Bellatrix consentit alors à libérer sa sœur qui fondit sur Draco, des larmes coulaient le long de ses joues alors qu'elle serrait son fils contre elle. Voldemort regarda la scène avec dégoût, puis reprit la parole, s'adressant à l'ensemble de ses fidèles et ignorant délibérément les Malfoy :

« J'aurai dû t'écouter Severus, j'aurai dû t'envoyer avec le garçon. Je ne sais pas ce qui m'a pris de refaire confiance à un Malfoy, je me suis montré bien naïf de croire que le fils serait plus vaillant que le père... Et maintenant je me retrouve avec plus de problèmes. Dumbledore devrait être mort à l'heure qu'il est, et nous ne devrions pas être dans ce manoir grotesque, nous devrions être en train d'assiéger Poudlard... Draco devait également réussir sa mission pour racheter son ordure de père... Mais au final je me retrouve avec un échec de plus de la part d'un Malfoy... »

Narcissa avait repris sa place et Draco, toujours tremblant, s'était assis à droite de son père qui avait le regard tellement vide qu'on aurait presque pu le croire mort. Voldemort s'adressa alors à eux avec un grand sourire sournois:

« Vous êtes pour moi une grande perte de temps et de ressources... Je pense que je vais devoir me séparer de vous... A moins que vous ayez une idée de comment vous racheter à nouveau? »

Au vu du ton qu'il employa, toute la tablée compris que c'était une question rhétorique, cependant Bellatrix sembla réfléchir intensément à une réponse. Et lorsque son maître leva sa baguette d'un air menaçant en direction de Lucius, de sa sœur et de son neveu, la sorcière se leva en trombe et prit la parole d'une vive voix :

« Mon seigneur, j'ai une idée qui... »

Au son de la voix, Voldemort avait immédiatement dévié la direction de sa baguette qui jeta un éclair rouge vif sur Bellatrix. La sorcière fut expulsée au sol sous le choc, mais au contraire de son neveu, pas un cri ne passa la barrière de sa bouche et pas une convulsion ne traversa son corps. Elle se contenta de fermer les yeux, de serrer les poings et de se mordre la lèvre.

Le mage noir maintint le sortilège Doloris bien plus longtemps qu'il ne l'avait fait pour Draco. Quand il stoppa enfin le sort, Bellatrix sentit un liquide métallique lui couler dans la gorge, c'était son propre sang. Elle avait mordu sa lèvre tellement fort que ses dents avaient marqué sa peau en profondeur. Ce fut le même constat quand elle desserra ses poings, ses ongles avaient marqué des entailles conséquentes dans ses paumes, laissant du sang s'échapper le long de ses avant-bras. Enfin elle rouvrit les yeux, puis se leva avec souplesse avant de rejoindre son siège, juste à la droite de son récent bourreau.

Avant de s'assoir elle s'inclina devant son maître, et ce dernier éclata d'un rire cruel qui fut imité par toute l'assemblée de mangemorts. Il voulait finir de l'humilier, après l'avoir torturée avec SON sort, il la ridiculisait maintenant en se moquant d'elle aux yeux de tous.

Quand il eut fini de rire, il s'adressa à elle sans lui accorder un regard :

« Qu'est-ce qui t'as pris Bellatrix de t'adresser à moi sans ma permission ? Je sais que tu as complètement perdu la tête, mais je pensais qu'il te restait tout de même un peu de bon sens... Je vais pardonner ton geste et mettre ça sur le fait que tu ne t'es toujours pas totalement remise de ton petit séjour à Azkaban. »

Bellatrix dû vraiment prendre sur elle pour ne pas exploser, après l'avoir humiliée devant toute cette floppée d'incapables, il appelait maintenant les quatorze et terribles années qu'elle avait passé à Azkaban, ''un petit séjour''. C'était trop pour la mangemort qui dû discrètement planter ses ongles avec force dans sa cuisse pour se retenir de répondre méchamment à son maître.

« Je suppose que si tu m'as coupé la parole c'est parce que tu penses avoir trouvé une idée qui puisse racheter ta traître de sœur, son fils et son mari ? C'est bien ça non Bellatrix ? Mais penses-tu vraiment que ces lâches méritent ma clémence ?

- Euh...non...mais...

- Mais quoi ?!,il l'a coupa agacé.

- Je pense avoir trouvé une solution qui pourrait à la fois vous débarrasser d'Albus et qui permettrait également aux Malfoy de se racheter...

- Oh Bella, tu me parais bien ambitieuse...mais vas-y, présente-moi ton idée, il ne la prenait clairement pas au sérieux.

- Et bien, je pense que je pourrai réussir à me faire engager en tant que professeur à Poudlard et à gagner la confiance de Dumbledore petit à petit, ainsi je pourrai vous apporter toutes les informations que Severus n'est pas capable de soutirer..., Rogue la gratifia d'un regard noir, ce qui nous permettra de prendre l'avantage et d'atteindre le garçon. »

Bellatrix sentit qu'elle n'avait pas été convaincante, elle ne s'était même pas convaincue elle même. Malheureusement, en si peu de temps, elle n'avait pas été capable de trouver quelques chose de mieux.

« Je suis un peu déçu Bella, ton plan, si on peut appeler cela un plan, est très flou et tu ne m'expliques même pas comment tu comptes t'y prendre... Comment vas-tu faire pour que le vieillard te laisse pénétrer Poudlard ? Et pourquoi crois-tu que tu serais capable de me ramener plus d'informations que le fait déjà Severus ?

- Je n'aurai qu'à jouer la petite mangemort en perdition qui cherche à se racheter, comme l'a fait Severus. Et je pense que je pourrai facilement lui faire croire que suite à l'échec de Draco, vous m'avez également laissé tomber. Puis une fois que j'aurai infiltré Poudlard, je ne pense pas qu'il me sera bien compliqué de faire un meilleur espion que Severus... il suffira que je mette un peu de bonne volonté. »

Rogue lui lançant à nouveau un regard assassin, et Voldemort ne lui répondit pas, il semblait être dans une profonde réflexion. Bellatrix se dit alors qu'elle avait au moins réussi à intéresser son maître à son idée absurde.

« Sortez tous ! Rentrez chez vous, vite! Je n'ai besoin d'aucun d'entre vous maintenant, je veux m'entretenir seul avec Bellatrix. »

En quelques secondes, tous les mangemorts avaient quitté le manoir, et les Malfoy, toujours tremblants, étaient montés à l'étage.

Voldemort se tourna vers Bellatrix et la regarda droit dans les yeux.

« Bella, ton idée est affreusement bancale... mais si tu parvenais à infiltrer Poudlard et à bénéficier de la confiance de Dumbledore, les résultats pourraient être colossaux... Je vais donc te donner deux mois, deux mois pendant lesquels tu auras carte blanche pour essayer de te faire engager à Poudlard... Si tu réussis cette mission je pardonnerais ta sœur et ses incapables de fils et mari..., les yeux de Bellatrix s'illuminèrent, Cependant si dans deux mois tu n'es pas parvenue à le convaincre de te laisser intégrer Poudlard... je torturerais Draco devant Narcissa jusqu'à ce que mort s'en suive... puis juste après, elle aura droit au même sort devant tes yeux..., elle tressaillit de tout son être, Est-ce que c'est bien clair ?

- Oui mon seigneur, c'est extrêmement clair, merci pour...

- Epargne-moi toutes tes belles paroles, contente toi d'agir, d'agir avec succès. Je crois en toi Bella, je sais que tu en es capable. », de sa longue main froide, il lui caressa la joue avant de disparaître en une épaisse fumée noire.

Ce fut plus qu'elle ne pouvait supporter, trop d'émotions d'un coup. Bellatrix qui se retrouva seule dans la pièce sentit sa nouvelle crise arriver. Elle grondait en elle depuis le début de la journée, menaçant d'exploser à chacun des évènements qui avaient ponctué l'après-midi et la soirée. La sorcière s'était contrôlée tout au long de cette réunion qui avait durée de longues heures. Maintenant c'était trop, elle ne parvint plus à la contenir, sa crise déborda, son hystérie prit le dessus et la sorcière explosa.

Narcissa était assise auprès de son fils qu'elle regardait dormir depuis que la réunion avait pris fin, quand soudainement, un rire fou et malade résonna dans tout le manoir. Elle comprit immédiatement ce qu'il se passait. Quand elle descendit les escaliers, elle entendit des bruits lourds, comme si de gros objets étaient balancés sur le sol, elle entendit aussi le son du verre qui se brise, ces bruits étaient additionnés au puissant rire maléfique qui sonnait encore dans toute la propriété. Quand elle ouvrit enfin les portes de la salle à manger, ce qu'elle vit la laissa sans voix.

L'énorme table en bois avait été retournée et mystérieusement coupée en deux, la plupart des chaises avaient été explosées sur le sol, une cependant était maintenue en l'air, les quatre pieds plantés dans le mur. Le grand buffet était renversé par terre, et le sol de la pièce était jonché de milliers d'éclats de verre et de vaisselle. Bellatrix se tenait là, debout au milieu de la salle à manger, au milieu du carnage, toujours entrain de rire. Elle jeta la dernière assiette qu'elle tenait dans les mains, cette dernière s'explosa contre le mur. Tout le corps de la femme était recouvert de coupures, et elle ne semblait même pas s'en rendre compte. Ne trouvant plus rien à casser dans la pièce, Bellatrix, qui n'avait toujours pas remarqué que sa sœur se tenait dans l'encadrement de la porte, pointa sa baquette en l'air et un énorme jet de flammes jaillit.

Narcissa qui était jusqu'alors resté figée face à la scène, se précipita sur sa sœur dès qu'elle aperçut la première flamme fuser. Bellatrix qui tournait sur elle-même en agitant sa baguette ne remarqua pas sa sœur arriver, elle sentit seulement un poids se jeter sur elle, la plaquer au sol et lui arracher sa baguette. La sorcière noire émit un grognement de mécontentement qui stoppa enfin son rire fou. Narcissa se dépêcha d'éteindre les flammes avec la baguette de sa sœur. Une fois tout le feu éteint, la benjamine regarda son ainé qu'elle maintenait toujours au sol. De près, cette dernière paraissait encore plus en piteux état, les coupures qui recouvraient le petit corps délicat étaient pour certaines dangereusement profondes.

« Bella, pourquoi est-ce que tu t'infliges autant de mal ? »

Narcissa sanglotait en tenant le corps presque inerte de sa sœur. Bellatrix sortit progressivement de son état de crise, et quand elle eut totalement recouvert ses esprits, elle regarda lentement la pièce qu'elle venait de détruire et elle sentit en même temps la centaine de coupures qui couvraient son corps la bruler. Une unique larme perla sur sa joue.

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Quand elle se réveilla le lendemain matin, presque toutes ses coupures avaient disparues, seules quelques-unes, sûrement trop profondes, avaient été recouvertes de bandages. En se redressant, Bellatrix vit Narcissa endormit dans un fauteuil au coin de la chambre. Elle comprit alors que sa petite sœur avait dû passer une bonne partie de la nuit à soigner les blessures qu'elle s'était infligée elle-même.

Bellatrix se détestait pour ça. Elle se détestait de ne plus être capable de se contrôler. Elle avait toujours été d'un tempérament très impulsif, un peu destructeur et parfois même légèrement cruel, mais elle avait surtout joué de l'image de sorcière folle furieuse.

Seulement, depuis Azkaban, elle était incapable de contrôler ses émotions, tout ce qui l'entourait pouvait soudainement déclencher une crise d'hystérie chez elle. Des pulsions de violence et de cruauté pouvaient la submerger à tout instant, et une fois lancée, elle ne pouvait plus s'arrêter...