Bellatrix venait de se réveiller, elle regarda par la fenêtre, le ciel était sombre et gris, taché de nuages, la pluie battait contre la vitre.

Cela faisait plus de quinze jours que la pluie ne s'était pas arrêtée de tomber. Le mois de Novembre s'était installé et avait amené avec lui un temps exécrable. Pas un rayon de soleil n'avait percé l'épaisse couche nuageuse depuis des semaines.

La sorcière noire avait remarqué que ce temps morne semblait peser sur le morale de ses étudiants qui étaient moins joyeux et dissipés qu'à leur habitude. Elle avait également observé ce changement de comportement chez Hermione, elle semblait de plus en plus éteinte, comme si quelque chose la préoccupait.

Cependant, le déprimant mois de Novembre n'avait eu aucun effet sur Bellatrix. Au contraire, la femme se sentait particulièrement bien ces derniers temps. A son grand soulagement, le Seigneur des ténèbres ne l'avait toujours pas recontactée et le philtre de paix de Severus calmait toujours convenablement ses angoisses. Le jeu entre elle et Hermione n'était toujours pas fini, et taquiner et tenter la fille un peu plus chaque jour l'amusait toujours autant.

Pour Bellatrix, ce mois de Novembre ne présentait vraiment aucune ombre au tableau.

La détermination d'Hermione l'étonnait toujours autant. Elle voyait bien toute la force que le fille mettait pour ne pas céder à la tentation. Elle aurait pu la trouver ridicule de tant s'investir dans cette lutte vaine, mais au lieu de ça, elle voyait en elle une adversaire non pas redoutable, il ne fallait pas exagérer, mais tout de même une adversaire bien plus conséquente que prévu.

Au fil des semaines, Hermione maîtrisait de plus en plus l'Occlumancie. Bellatrix venait lui rendre visite presque tous les soirs et elle était ravie de voir son élève progresser séance après séance.

A chacun de leur rendez-vous, Hermione menaçait de craquer, de perdre le duel, mais à chaque fois, au dernier moment, alors qu'elles étaient dangereusement proches l'une de l'autre, la fille se dégageait de son emprise, elle résistait.

Au cours de ces trois dernières semaines, une routine s'était installée. Chaque soir, une fois son dîner terminé, Bellatrix quittait la grande salle, non sans lancer un dernier petit regard enjôleur à Hermione qui le lui rendait bien. Elle allait ensuite vaquer à ses occupations en attendant que l'horloge indique 21h. Lorsque l'aiguille se posait sur l'heure attendue, Bellatrix sortait de ses appartements en direction du 7ème étage de la tour Gryffondor. La grosse dame, sûrement par crainte de la mangemort, la laissait toujours passer sans poser de problème. Une fois dans la salle commune rouge et dorée, elle savait être discrète et se faufiler jusqu'à la chambre de la préfète sans jamais se faire repérer. Puis elle toquait à la porte, et à chaque fois la fille lui ouvrait le sourire aux lèvres, mais toujours dans un affreux pyjama...

Les deux femmes passaient alors leur soirée ensemble, Bellatrix devant forcer de plus en plus pour pénétrer l'esprit d'Hermione. Puis la sorcière noire se montrait un peu aguicheuse et Hermione se laissait prendre au jeu, sans toutefois céder complètement à la tentation. Alors, Bellatrix lui souhaitait une bonne nuit et quittait la chambre, en sachant très bien dans quel état elle laissait la fille. Et elle se jura que si elle ne cédait pas bientôt, la gamine finirait par mourir de frustration. Enfin, Bellatrix regagnait sa chambre, prenait une douche bien chaude avant de se glisser dans ses draps en satin noir, le visage paisible, se plaisant dans cette petite routine en compagnie d'Hermione.

Seulement ces derniers temps, le sourire d'Hermione était de moins et moins rayonnant. Bellatrix avait bien remarqué que quelque chose clochait, mais elle n'en avait pas parlé à la fille, se sentant illégitime de demander à la gosse de se confier à elle. Alors elle faisait comme si de rien n'était, comme si elle ne voyait pas son mal-être grandissant.

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Bellatrix était entrain de déjeuner tout en discutant avec Severus quand elle vit Hermione entrer dans la grande salle, accompagnée du brun et du roux.

Leurs regards se croisèrent, ce qui fit immédiatement sourire la professeure, son élève lui rendit son sourire, seulement Bellatrix sut voir qu'il était faux.

La sorcière noire passa le reste de son petit déjeuner à observer Hermione qui ne touchait pas à son assiette et qui se contentait de fixer la table de manière lasse. A force de la regarder, Bellatrix remarqua que les yeux bruns semblaient fatigués et rougis, comme si la fille avait passé la nuit à pleurer.

La femme maudit alors tous les amis de la Gryffondor qui l'entouraient sans prêter attention à la tristesse pourtant plus qu'apparente d'Hermione. Le rouquin semblait obnubilé par la montagne de nourriture qui se dressait dans son assiette, pendant que le brun et la rousse étaient trop occupés à se faire les yeux doux pour remarquer que leur amie allait mal. Car oui, elle en était persuadée, la fille était loin d'aller bien.

Bellatrix constata qu'elle ne devait pas être la seule à l'avoir remarqué quand elle vit une silhouette à la robe verte émeraude s'approchait d'Hermione. La sorcière noire fut soulagée que Mcgonagall se charge de la fille, car elle ne se sentait absolument pas capable de le faire elle-même.

Elle n'était pas à l'aise dans le fait de consoler les gens. Bellatrix se montrait souvent dure et même un peu antipathique, car elle ne permettait pas aux autres ce qu'elle ne se permettait pas elle même. Quand quelque chose n'allait pas, elle serrait les dents et gardait son malheur pour elle. Elle n'avait pas le besoin et encore moins l'envie d'aller se confier ou d'aller se plaindre de ses petits malheurs, non, la femme ne fonctionnait pas comme ça. La seule avec laquelle elle était assez indulgente à ce sujet était sa soeur Narcissa, qu'elle essayait de réconfortait le plus qu'elle pouvait, mais le moins que l'on puisse dire est que si la sorcière noire n'excellait pas dans un domaine, c'était bien celui là...

La sorcière noire commença à bouillir quand elle vit Hermione faire un non de la tête et Mcgonagall ne pas insister davantage en rebroussant chemin vers la table des professeurs. Elle avait envi de crier à cette vieille chouette que la fille lui mentait et n'allait pas bien. Mais il était injuste de blâmer la professeure alors qu'elle-même, qui passait pourtant toutes ses soirées avec la fille, n'avait toujours pas osé lui demander ce qui n'allait pas.

Elle eut alors envi de se lever au milieu de la grande salle, de bondir jusqu'à la table des Gryffondor et de secouer Hermione de toutes ses forces pour l'obliger à parler et à se ressaisir. Mais elle se retint, sachant très bien que ce n'était pas une très bonne idée...

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Quand elle vit la tignasse châtain avancer jusqu'à sa place au premier rang, Bellatrix eut la contrariété de constater que la fille ne semblait aller guère mieux que ce matin. Elle décida à ce moment là que ce soir, en la rejoignant dans sa chambre pour son cours quotidien d'Occlumancie, elle lui demanderait ce qu'il se passait, et elle insisterait jusqu'à ce que la fille se confie à elle. Peu importe si elle s'y prenait mal, car elle savait qu'elle s'y prendrait sûrement mal, elle allait quand même agir, puisque personne d'autre ne semblait être disposé à le faire.

Le cours se déroula comme d'habitude, Bellatrix étant aussi passionnante que d'habitude, et Hermione faisant bonne figure en participant activement et en renvoyant les sourires que sa professeure lui lançait.

Quand la sonnerie retentit, la classe se vida, et Hermione s'approcha du bureau professoral.

« Mme Black.

– Oui Granger ?

– Pour ce soir je préfèrerai que l'on annule.

– Et pourquoi ça ?, demanda Bellatrix en fronçant les sourcils.

– J'ai beaucoup de devoirs en retard que je dois rendre dans la semaine.

La sorcière noire n'y crut pas une seconde, Hermione étant en retard dans son travail ? Cela était totalement absurde.

– D'accord comme tu voudras... à demain alors Granger, enfin si ça tient toujours pour demain soir ?

– Oui à demain Mme Black, bonne soirée. »

La fille s'enfuit vite de la salle de classe, laissant une Bellatrix en pleine réflexion.

Devait-elle attendre de voir la fille demain, ou devait-elle quand même se rendre dans sa chambre ce soir. D'un côté elle se disait que si elle passait voir la fille à l'improviste ce soir, peut-être qu'elle la surprendrait entrain de pleurer et ainsi Hermione ne pourrait pas nier que quelque chose n'allait pas. Cependant cela pouvait aussi avoir l'effet inverse, et en se rendant dans sa chambre sans y avoir été invitée, Bellatrix se retrouverait peut-être face à une Hermione complètement braquée. La sorcière noire était donc en pleine hésitation.

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Le fait qu'Hermione ne se présente pas au dîner ce soir là aida fortement Bellatrix à se décider. A 21h précise elle irait la retrouver dans sa chambre, comme elle le faisait depuis maintenant plus de trois semaines, et que la fille le veuille ou non, elle la forcerait à se ressaisir.

Bellatrix toqua à la porte à 21h pétante. Rien ne se passa. Elle retoqua, et n'eut droit à aucune réponse. Elle commença à s'impatienter.

« Granger, c'est moi, ouvre. »

Aucune réponse.

« Je te promets que si tu ne m'ouvres pas dans 3 secondes je fais exploser cette foutue porte. », dit-elle légèrement agacée en gardant cependant un ton calme.

Toujours aucune réponse.

« Très bien tu ne me laisses pas le choix... », elle était maintenant profondément irritée.

« Un... », dit-elle d'une voix menaçante.

Rien.

« Deux... », gronda-t-elle.

Elle entendit de petits pas s'approcher et la porte s'entrouvrit légèrement pour laisser apparaître le visage d'Hermione qui affichait un léger sourire. En voyant ses joues rougies et ses yeux humides, Bellatrix comprit que si la fille avait pris autant de temps à venir lui ouvrir, c'est parce qu'elle essayait de cacher le fait qu'elle était en train de pleurer.

« Qu'est-ce que vous faites là ? On avait annulé ce cours..., dit-elle d'une petite voix.

Bellatrix ne se voyait pas dire à la fille qu'elle venait voir comment elle allait.

– Oui mais j'ai bien réfléchi, et je pense que cela pourrait freiner ton apprentissage de l'Occlumancie, affirma-t-elle en essayant de paraître convaincante.

Hermione fronça un sourcil, septique.

– Je ne pense pas que de louper un seul entraînement aura de grandes conséquences...

– Je pense le contraire, trancha-t-elle sèchement.

– Je suis désolée mais comme je vous l'ai déjà dit, j'ai des devoirs en retard que je dois absolument rendre cette semaine.

– Ce n'est pas mon problème, il fallait mieux t'organiser, maintenant laisse moi rentrer. »

Hermione ne bougea pas.

« C'est un ordre Granger.», ajouta froidement la femme.

Hermione céda et ouvrit entièrement la porte pour laisser rentrer sa professeure.

Bellatrix écarquilla les yeux.

Pour la première fois, la jeune femme ne portait pas un de ses horribles pyjamas. Elle était vêtue d'une petite nuisette blanche, pas particulièrement courte ou particulièrement évocatrice, mais qui laissait tout de même apparaître sa silhouette harmonieuse et élancée.

Cette vision du corps de la jeune femme provoqua en Bellatrix une sensation étrange. Une sensation qu'elle ne pensait plus être capable de ressentir. Une sensation qui avait longtemps brûlé en elle, mais qui avait fini par s'éteindre avec Azkaban. Cette sensation lui paraissait presque inconnue car elle avait fini par l'oublier avec le temps. Pourtant, cette sensation, Bellatrix la connaissait très bien, et elle la reconnut directement.

Une vague de chaleur la submergea et inconsciemment elle se mordit fortement la lèvre, tellement fort qu'un goût métallique imprégna sa bouche. Alors, après de longues secondes de débauche, la femme détourna son regard du corps d'Hermione le temps de reprendre ses esprits. Une fois totalement remise, elle recommença à la regarder, cette fois en gardant le total contrôle de la situation.

« Et bien je vois qu'il faut que je vienne sans y être invitée pour avoir la chance de te voir dans autre chose qu'un gros pyjama hideux, dit-elle de sa voix joueuse en regardant la fille de haut en bas, Cette nuisette te va plutôt bien Saleté... »

Hermione croisa les bras, gênée, et s'empressa d'aller enfiler sa robe de chambre en polaire bordeaux sous le rire moqueur de Bellatrix.

La sorcière noire s'avança jusqu'au lit et s'y assit avant de pointer du doigt le bureau vide d'Hermione.

« C'est bizarre, pourquoi ton bureau est-il vide alors que tu étais censée être en plein travail ? », demanda-t-elle d'un ton faussement étonné.

Hermione essaya de trouver une excuse, mais Bellatrix la coupa rapidement.

« Ecoute Granger, si je suis venue ce soir ce n'est pas pour notre cours d'Occlumancie, je... je voulais te demander ce qui n'allait pas.

Hermione se braqua aussitôt.

– Tout va très bien, dit-t-elle sèchement.

– Tu mens, répondit la sorcière noire en soutenant le regard de la Gryffondor.

– Non je ne mens pas.

– Si tu mens... tu crois que je suis aveugle? Ce n'est pas parce que tes abrutis d'amis n'ont rien voulu remarquer que moi je n'ai rien remarqué. Tu es de plus en plus éteinte, tes sourires sonnent de plus en plus faux ces derniers temps. Aujourd'hui tu es arrivée au petit déjeuner les yeux rougies par les pleurs et tu n'as pas touché à ton assiette. La vieille Mcgonagall est venue te demander si quelque chose n'allait pas et tu lui as dit que tout allait bien, comme tu viens de me le dire maintenant. Seulement moi je sais que c'est faux, si tout va très bien comme tu dis, tu n'aurais pas annulé notre cours de ce soir pour pleurer sur ton lit comme une madeleine.

Hermione fut vraiment confuse que la femme ait remarqué tout ça.

– Je ne pleurais pas, fut la seule chose qu'elle trouva à répliquer.

– Oh je t'en pris ! Ton oreiller est tâché de larmes et ton visage bouffi te trahit à des kilomètres... Alors maintenant cesse de nier et dis moi ce qui ne va pas.

– Pourquoi est-ce que je vous le dirai à vous ?, demanda la fille sur la défensive.

– Parce que je te le demande et parce qu'apparemment tu n'as trouvé personne d'autre à qui te confier. »

La sorcière noire avait raison, la fille ne savait pas à qui parler. Elle n'avait pas envi de se confier à Ron qui était trop occupé à tourner sans arrêt autour de Lavande.

Ginny qui était l'une de ses meilleures amies n'avait même pas remarqué qu'elle allait mal, l'esprit sûrement trop préoccupé par sa romance avec Harry.

Ce dernier, bien qu'il passait le plus clair de son temps à papillonner avec la benjamine Weasley, avait tout de même vu que sa meilleure amie n'était pas au meilleur de sa forme et était venu lui parler. Seulement, Hermione ne s'était pas sentie capable de raconter ses petits malheurs à Harry, lui qui avait tant souffert n'avait pas à entendre des pleurnicheries venant d'elle qui avait eu une vie plus qu'heureuse. Elle ne pouvait pas se morfondre au sujet de ses parents auprès du garçon, ce serait bien trop cruel.

Alors Hermione préférait garder son chagrin et ses craintes, quitte à se renfermer de plus en plus sur elle-même. Elle avait d'ailleurs réussit à enfouir ses préoccupation jusque là, mais le déprimant mois de Novembre avait eu raison d'elle, et la fille était en plein coup de blues.

Alors quand la femme avec qui elle passait le plus clair de son temps, de qui elle se sentait le plus proche en ce moment, lui offrit de se décharger de sa déprime, elle n'hésita pas longtemps. N'ayant alors pas encore conscience que s'il y avait bien une personne qui avait beaucoup plus souffert que Harry tout au long de sa vie, c'était bien Bellatrix.

« Je...je...mes parents me manquent, parvint à articuler Hermione, les yeux se chargeant de larmes.

Bellatrix retint un rire et haussa les sourcils.

– Tu te moques de moi ? Tu veux dire que tu pleurniches comme un bébé parce que tes parents te manquent ? Arrête de faire ton cinéma Granger, les vacances de Noël sont dans à peine un mois, je pense que tu peux tenir sans voir papa et maman jusque là, lâcha-t-elle d'un ton dur, étant agacée de voir la fille s'apitoyer pour si peu.

– Vous pensez vraiment que je pleure parce que je n'arrive pas à attendre un mois pour revoir mes parents ?!, s'insurgea Hermione.

– Apparemment c'est le cas, répondit-elle froidement.

– Vous ne comprenez pas.

– Explique moi alors, répondit Bellatrix en croisant les bras.

– Mes parents ne savent même plus que j'existe, je...je les ai oubliettés cet été parce que je ne voulais pas qu'ils souffrent si jamais je venais à mourir de cette guerre. », laissa échapper Hermione dans un souffle en baissant les yeux.

Bellatrix était jusqu'alors profondément contrariée de voir son élève se montrer aussi faible, mais suite à ces révélations, elle fut presque impressionnée par le courage d'Hermione, et elle comprit que le choixpeau avait eu raison de la désigner Gryffondor plutôt que Serdaigle.

Hermione regardait Bellatrix, attendant sa réaction avec appréhension.

« C'est vraiment très brave Saleté. »

La Gryffondor éclata en sanglot, les propos et le doux sourire de la femme ayant fini de l'achever.

Bellatrix se tendit quelque peu, n'appréciant guère se trouver dans ce genre de situation, mais perdue pour perdue, elle finit par tendre son bras pour attraper doucement la main d'Hermione, de sorte à amener la fille sanglotant à s'assoir à côté d'elle sur le lit.

Voyant que les pleures d'Hermione ne désemplissaient pas, Bellatrix se décida à reprendre la parole.

« Tu sais Granger, le Sortilège d'Amnésie est réversible, certes le sort inverse est plus compliqué, mais correctement lancé, il fonctionne dans la grande majorité des cas. Alors tu n'as pas à t'en faire, cette situation n'est que temporaire...

Hermione releva ses yeux humides pour croiser le regard de Bellatrix.

– Il est beaucoup plus difficile de rendre la mémoire à un moldu ayant subi l'Oubliette, qu'à un sorcier... Il n'y a que très peu de chances que le sort inverse fonctionne sur mes parents..., dit-elle entre deux sanglots.

La sorcière noire le savait, mais elle voulait juste que la fille arrête de pleurer.

– C'est vrai... Mais c'est loin d'être impossible, alors il faut que tu gardes espoir et que tu te ressaisisses Granger. Ce que tu as fait est très courageux. Tu as privilégié le bonheur de tes parents au tien, mais maintenant tu ne peux pas te permettre de rester triste comme ça, je ne pense pas que c'est ce qu'ils aimeraient pour toi. »

Bellatrix qui pensait être de loin la pire pour consoler les gens, n'avait pas conscience de l'inestimable réconfort qu'elle venait d'offrir à Hermione. La fille n'avait quant à elle pas conscience de l'immense effort que la sorcière noire avait fourni pour l'apaiser, effort qu'elle n'avait jusque là accordé à personne d'autre qu'à sa petite sœur.

Les larmes s'estompèrent doucement des yeux d'Hermione, et un timide sourire se dessina sur son visage rosi. Sans prendre la peine de réfléchir plus que ça, elle sauta au cou de la femme, enfouissant sa tête dans les cheveux noirs, à la recherche de l'ultime réconfort dont elle avait besoin pour sortir de son état de déprime.

Bellatrix se crispa sous ce contact inattendu. Contact qui semblait être la preuve que la fille laissait enfin s'échapper toute la détresse qu'elle avait retenu jusque là.

Après un moment qui lui parût interminable, la sorcière noire finit par se détendre un peu, et alla même jusqu'à offrir du bout de ses doigts, de douces caresses consolatrices au dos de la jeune femme. Bellatrix ne se reconnaissait pas dans toute la bienveillance qu'elle offrait en cet instant à Hermione. Elle essaya de ne pas trop réfléchir, pour ne pas se montrer plus déstabilisée qu'elle ne l'était déjà.

Cette étreinte eut l'effet escompté pour Hermione qui éprouvait maintenant un énorme soulagement. Le simple fait de se confier à Bellatrix avait eu raison de sa baisse de morale, et elle lui en était infiniment reconnaissante.

« Merci.», chuchota Hermione.

La sorcière noire ne lui répondit pas, mais continua tout de même à caresser délicatement son dos. Alors Hermione ne desserra pas son étreinte, décidant de profiter ainsi un peu plus de ce contact tendre qui lui faisait tant de bien.

Les boucles noires qui lui chatouillaient le visage firent sourire Hermione. La jeune femme, noyée dans la chevelure ébène, prit une grande inspiration, et eut la satisfaction de constater que l'odeur de Bellatrix était tout simplement sublime. Au moment où elle aspira l'exquise fragrance , le corps d'Hermione fut pris d'une violente chaleur, presque fiévreuse, et un picotement afflua dans son ventre. L'odeur de la femme était à la fois douce et intense, si cela était possible, dégageant un délicieux arôme ambré...

Les yeux d'Hermione se défirent quand elle se rendit compte que cette odeur ne lui était pas inconnue.

Elle recula violemment la tête et s'échappa immédiatement du contact de la femme. Bellatrix lança des yeux d'incompréhension en voyant la mine déconfite de la fille qui venait de brusquement se dérober.

« Qu'est-ce qui te prend ? »

Hermione fixait un point dans le vide, le cerveau en ébullition, elle n'entendit même pas la femme parler.

« Je te parle Granger, dit la sorcière en agitant sa main devant le regard vide de la Gryffondor.

La fille sortit de sa réflexion et son regard se tourna en direction de Bellatrix, sans pour autant oser la regarder dans les yeux.

– Je veux arrêter le jeu, articula-t-elle simplement.

Bellatrix fronça les sourcils, ne comprenant pas vraiment ce que la fille voulait dire et pourquoi elle parlait de ça maintenant.

– Pardon ?

– J'arrête le duel.

Bellatrix haussa les sourcils, toujours aussi surprise par la réaction d'Hermione. Elle se mit alors à ricaner du ton assuré que la fille avait employé.

– Tu ne peux pas décider d'arrêter comme ça Saleté. Un duel ne se termine que lorsque l'un des deux participants perd et que l'autre gagne.

Hermione ne se démonta pas.

– Très bien alors je déclare forfait, vous êtes donc la gagnante et ce jeu est fini.

Bellatrix ricana d'autant plus en prenant un air glacial. Elle était profondément agacée de ce brusque changement de situation.

– Granger, je crois que tu n'as pas saisi, j'ai toujours gagné tous mes duels mais je n'ai jamais gagné par un forfait, et ce n'est pas près d'arriver. Je ne me contenterai jamais d'une si maigre victoire, est-ce que c'est bien clair ?

– Pourtant cette fois vous allez devoir vous en contenter, déclara la jeune femme avec toute l'assurance dont elle était capable.

Bellatrix commença à bouillir face à l'audace presque insolente dont Hermione faisait preuve en osant lui tenir tête.

– Non Granger, je ne me résignerai pas à cela, le jeu continue, ce duel n'est pas encore fini. », trancha-t-elle.

Hermione comprit alors que la sorcière noire ne flancherait pas. La Gryffondor, dont le cerveau était torturé et dont tout le corps était en feu depuis qu'elle avait senti l'odeur de Bellatrix, se sentit alors piégée. Elle commençait à paniquer et à étouffer, elle ne pouvait pas supporter la présence de la femme qui causait ce chao en elle.

Elle voulait fuir, elle devait fuir.

Toujours sans regarder les deux prunelles noires, Hermione s'avança rapidement, approcha son visage de celui de la femme et posa brutalement ses lèvres sur celles rouges sanguines, puis se décolla aussitôt. Bellatrix écarquilla les yeux, toujours plus surprise par l'attitude de son élève.

Ce n'était même pas un vrai baiser, et pourtant, Hermione fut comme transpercée d'un éclair quand elle toucha les lèvres de la femme, alors que Bellatrix fut prise d'une intense chaleur quand les lèvres de la fille la touchèrent.

« Voilà, j'ai perdu, vous avez gagné. Le jeu est terminé maintenant. »

"... tout est terminé maintenant", rajouta Hermione dans sa tête.

Bellatrix n'eut pas le temps de dire quoique ce soit que la fille s'était déjà enfuit en courant, la laissant ainsi seule dans la chambre.

La femme laissa tomber son dos contre le matelas en soupirant. A partir du moment où Hermione avait brusquement brisé l'étreinte qu'elle avait pourtant elle-même initiée, Bellatrix n'avait plus rien compris. Elle ne comprenait rien, plus rien. Une multitude de questions se bousculaient dans sa tête.

"Pourquoi la fille a-t-elle soudainement changé d'attitude ?

Pourquoi a-t-elle commencée à parler du duel alors que la situation ne s'y prêtait même pas, alors que je n'essayais même pas de la tenter ?

Pourquoi elle qui s'évertue depuis plus d'un mois à résister à la tentation a-t-elle brusquement voulu y mettre fin ?

Pourquoi a-t-elle voulu déclarer forfait alors qu'en perdant elle pouvait enfin goûter ma bouche qu'elle avait tant désiré ?

Pourquoi ne m'a-t-elle même pas vraiment embrassé et s'est-elle contentée de se débarrasser de ça comme si elle n'en avait plus envi ?

Pourquoi cela me dérange-t-il tant que ça ?

Pourquoi est-ce que tout mon corps est bouillant ?

Pourquoi est-ce que mes lèvres me brûlent-elles ?"

De son côté, Hermione n'avait qu'une question en tête : "Mon Amortentia était-il réussi ?"

Elle ne pourrait le savoir qu'au moment de la remise des bulletins qui aurait lieu juste avant les vacances de Noël... c'est à dire dans un long mois.

Pour la toute première fois de sa vie, la Gryffondor espérait avoir une mauvaise note.

Le duel était fini, Bellatrix avait gagné, mais pas comme elle l'aurait voulu et Hermione avait perdu, mais pas comme elle l'aurait souhaité.

Dans tous les cas le jeu avait pris fin, et il n'avait pas été sans conséquence pour les deux femmes...