Cela faisait une semaine que l'attaque avait eu lieu, une semaine que les mangemorts dirigeaient le Ministère, seulement une semaine et pourtant la terreur régnait déjà dans toute l'Angleterre. Les agressions sur les né-moldus se multipliaient dans les rues et un climat de peur commençait à envahir le monde des sorciers alors que chaque jour, comme l'avait prédit Voldemort, toujours plus de fidèles rejoignaient sa cause, certains par pure conviction, les autres par simple crainte. Si pour beaucoup une nouvelle guerre des sorciers n'était jusqu'alors qu'une grotesque rumeur, aujourd'hui plus aucun doute ne planait, il y aurait bien une seconde guerre, et elle venait de commencer...

Poudlard n'avait pas été préservée de la tension extérieure, l'ambiance générale s'était assombrie et l'inquiétude avait élu domicile dans la plupart des esprits. Les élèves se sentaient en sécurité entre les murs de l'école et étaient donc principalement inquiets pour leur famille. Peu d'entre eux avaient alors conscience que Voldemort voulait le garçon à tout prix, et que par conséquent Poudlard ne serait pas épargné...

En dehors de la guerre, une autre tension habitait l'école, un conflit entre deux femmes, un conflit entre Bellatrix et Hermione... En effet, elles ne s'étaient pas adressées ne serait-ce qu'un seul mot depuis leur altercation. Aucune des deux n'était revenue sur ses positions, Hermione en voulant trop à la femme, Bellatrix étant à la fois beaucoup trop fière et bien trop bourrée pour s'excuser auprès de la fille...

La mauvaise humeur qu'elles affichaient l'une et l'autre depuis maintenant une semaine était le témoin de leur manque mutuel, car malgré leur dispute, elles se manquaient terriblement.

Les deux premiers soirs, une fois le dîner terminé, Hermione s'était surprise à prendre le chemin des appartements de la femme, et ce n'était qu'une fois arrivée devant sa porte qu'elle se rappelait qu'elle n'avait rien à faire ici. Alors, la mine triste et le pas trainant, la fille repartait en direction de la tour Gryffondor pour retrouver son lit froid dans lequel régnait un grand vide. Elle cherchait ensuite le sommeil des heures durant, l'esprit totalement dédié à la sorcière noire qui occupait toutes ses pensées. Hermione avait mal, le fait d'envisager que la femme ne ressentait absolument rien pour elle, le fait de penser que ce qu'elle avait vu dans les deux yeux noirs n'était rien lui faisait cruellement mal.

De son côté, Bellatrix n'allait pas mieux. La tâche que lui avait confié le Seigneur des ténèbres l'obsédait complètement, elle avait beau tourner et retourner le problème dans sa tête, aucune solution ne lui semblait envisageable, peut importe ce qu'elle ferait, cela la conduirait sûrement à sa perte.

Elle craignait de ce qu'il adviendrait si elle ne tuait pas Dumbledore car elle avait peur que la protection du vieux directeur ne suffise pas à sauver Narcissa de la colère de Voldemort si jamais elle le trahissait. Elle avait également peur que Dumbledore ne respecte tout simplement pas sa part du marché. Après tout elle les avait déjà aidé pour les horcruxes, rien n'empêchait maintenant le vieux mage de retourner sa veste, et ça ne serait d'ailleurs pas la première fois qu'il l'abandonnerait lâchement.

Seulement si elle tuait Dumbledore, d'abord fallait-il qu'elle y parvienne, mais surtout une fois l'homme mort, Voldemort ne craindrait plus rien ni personne, le décès d'Albus signerait alors la victoire des forces du mal. Si à son arrivée à Poudlard la sorcière noire n'en avait que faire du camp gagnant, aujourd'hui elle ne pouvait s'empêcher de vouloir voir les forces des ténèbres s'éteindre. Ces six derniers mois, sa perception des choses avait bien changé et sa colère envers Dumbledore s'était calmée, elle en lui en voulait toujours beaucoup, mais elle savait ses intentions bien plus louables que celles du Seigneur des ténèbres. Pour elle, Dumbledore n'était certainement pas le gentil de l'histoire, mais elle n'avait par contre aucun doute sur le fait que Voldemort soit le méchant.

Et puis il y avait elle, cette jeune femme à qui elle avait envie de raconter tous ses tourments, à qui elle avait envie de se confier sur ses doutes sans y être autorisée, car si elle disait tout à Hermione, sa couverture était en danger, si elle lui avouait la vérité, tout pouvait échouer. Elle avait hésité à lui dire, à tout lui dire, se disant que si la Gryffondor ne faisait part de rien à Harry, sa couverture resterait intacte, mais la femme s'était ravisée, se disant que c'était un risque inutile à prendre. Bellatrix avait en plus bien conscience que si le fait qu'elle cache des choses à Hermione avait causé certaines tensions entre elles, ce n'était pas vraiment pour ça que la fille lui en voulait. Si Hermione lui en voulait, c'était surtout parce qu'elle s'était conduite comme une garce avec elle en lui laissant penser qu'elle ne représentait absolument rien pour elle, en lui laissant penser qu'elle n'en avait que faire de sa confiance. Hors Bellatrix le savait, depuis quelques mois maintenant Hermione était devenue son pilier, sans doute le pilier le plus solide qu'elle n'ait jamais eu, et sans elle à ses côtés, tout devenait plus dur à supporter. C'est ainsi que le froid entre la fille venait se rajouter à la liste de ses préoccupations, et bien qu'elle ne l'avouerait certainement pas, être loin d'Hermione était certainement la chose qui lui faisait le plus de mal.

Alors pour supporter toutes ses peines, la femme était de nouveau tombée dans l'alcool, se noyant chaque jour un peu plus dans le whisky, qui à défaut d'effacer ses soucis, lui permettait cependant d'être assez saoule pour les oublier un peu.

Dès le lendemain de leur dispute, Hermione avait remarqué ses yeux vitreux et sa mine endormie, elle avait également constaté que la femme, sûrement incapable de se lever après avoir passé sa nuit à boire comme un trou, ne prenait plus la peine de se présenter aux petits-déjeuners. Bellatrix assistait cependant aux autres repas ce qui limitait l'inquiétude grandissante d'Hermione. Chaque jour, la fille hésitait à parler à la femme mais se ravisait en se disant que c'était à Bellatrix de s'excuser, que c'était à elle de faire le premier pas.

Cependant, quand au bout de sept jours sans lui adresser un mot, Hermione surprit la femme entrain de boire dans une flasque suspecte en plein milieu du cours, la Gryffondor décida d'aller lui parler, elle ne pouvait plus la regarder se détruire à petit feu sans intervenir.

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Il était 21h quand Hermione toqua à la porte de la sorcière noire. La femme n'avait pas assisté au dîner et cela n'avait fait que croître sa détermination à venir lui parler. Bien évidemment, lorsqu'elle frappa à la porte les deux premières fois, aucun réponse ne se fit entendre. Elle toqua alors une troisième fois et... toujours rien. La fille souffla autant d'impatience que d'appréhension de l'état dans lequel elle allait la trouver.

« Bellatrix ouvres... je sais que tu es là. », dit-elle tout fort contre la porte.

Encore une fois elle n'eut droit à aucune réponse et se résigna donc à partir en direction de sa propre chambre, sûrement aussi énervée qu'apeurée. Elle était inquiète que la femme soit trop ivre pour être capable de lui ouvrir, qu'elle soit dans un état semblable à la dernière fois... Mais d'un autre côté elle était profondément énervée contre elle, Hermione lui en voulait de la repousser et de recommencer à boire alors qu'elle avait tout fait pour la soutenir. Bien sûr, si la fille était vraiment énervée, son inquiétude pour la femme prenait de loin le dessus.

Arrivée devant sa chambre, elle poussa la porte et là... ce fut le choc. Hermione, les yeux écarquillés, avait l'impression de se trouver dans un des ses anciens rêves à l'époque où Bellatrix n'était encore pour elle qu'un fantasme.

La femme l'attendait là, allongée sur le lit, le corps entièrement nu à l'exception du fait qu'elle portait une minuscule culotte en dentelle noire. Hermione eut à peine le temps de se délecter de ce fabuleux spectacle que Bellatrix, titubante, se leva et marcha jusqu'à elle. Elle remarqua les deux billes noires vitreuses alors que sans dire un mot, la femme avait passé les bras derrière sa nuque et que les lèvres rouge sang s'approchaient dangereusement des siennes. Hermione eut des frissons en sentant le souffle chaud de Bellatrix caresser ses lèvres et elle laissa échapper un gémissement quand leurs bouches se rencontrèrent. La femme glissa une jambe entre celles d'Hermione et la fille fit glisser ses mains le long du dos jusqu'à venir agripper les fesses de Bellatrix qui poussa un long soupir roque. Alors qu'Hermione était littéralement entrain de fondre dans ce baiser fougueux, un goût la rappela à la réalité, le goût qu'avait la langue de Bellatrix, le goût du whisky, un goût qui lui parut alors sacrément amer...

Si la scène qui se déroulait jusqu'à présent lui faisait penser à un rêve, elle venait à l'instant de prendre l'allure d'un cauchemar. La femme était complètement saoule et Hermione, peu importe à quel point cela la frustrerait, se devait de mettre fin à leur étreinte. L'emprise de l'alcool était telle que Bellatrix n'était sans doute pas maître de ses actes et Hermione ne se permettrait certainement pas d'en profiter.

Elle brisa le baiser et se recula pour regarder la femme.

« On ne peut pas faire ça, chuchota Hermione.

- Bien sûr que si, grogna Bellatrix en repassant ses bras derrière la nuque de la fille.

- Non Bellatrix arrête s'il te plaît...

- Mais j'ai envie de toi et je sais que toi aussi tu as envie de moi, dit-elle à son oreille d'une voix euphorique qu'Hermione ne lui connaissait pas et qui témoignait clairement de son taux d'alcoolémie.

La fille prit la femme par les épaules afin de la faire reculer pour la regarder dans les yeux.

- Bien sûr que j'ai envie de toi... mais pas comme ça. Pas alors qu'on ne se parle plus, pas alors que tu es complètement ivre, lui expliqua-t-elle d'une voix remplie de douceur.

Bellatrix fronça d'abord les sourcils, agacée par ce rejet, mais le regard doux que lui adressait Hermione eut vite raison de son agacement et la femme baissa alors les yeux, presque honteuse.

- Je ne veux pas dormir toute seule, je dors mal toute seule, chuchota-t-elle tout juste audiblement.

S'il restait encore un semblant d'énervement en Hermione, il venait de s'envoler...

- Tu ne vas pas dormir toute seule. », répondit-elle en la prenant tendrement dans ses bras.

La femme se laissa complètement aller contre le corps de son élève qui l'amena jusqu'au lit. Bellatrix enfouit sa tête dans la nuque d'Hermione et soupira de soulagement en sentant sa douce odeur sucrée qu'elle aimait tant. Totalement apaisée de se tenir entre les bras de la fille et l'esprit totalement embrumé par l'alcool, la femme ne résista pas longtemps à l'appel du sommeil contre lequel elle était incapable de lutter.

Hermione se posait, comme à son habitude, milles questions. La femme était elle venue parce qu'elle lui manquait, ou était elle simplement venue parce qu'elle était complètement bourrée et en manque de sexe... La fille ne le savait pas, mais était pourtant sûre d'une chose, pour la première fois depuis une longue semaine, elle se sentait bien. Cet effet de bien être était provoqué par la simple présence de Bellatrix, et Hermione n'eut pas longtemps la force de résister au sommeil dans ce lit qui, pour la première fois depuis sept nuits, était loin d'être vide et froid...

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Un intense mal de crâne l'irradiait et elle se sentait vaseuse, jusque là rien d'inhabituel avec ses autres réveils de la semaine, cependant elle le sentait, quelque chose clochait.

Un corps chaud était blotti contre elle, quelque chose lui chatouillait le visage et en inspirant elle reconnut immédiatement cette délicieuse odeur sucrée et ainsi l'identité de sa propriétaire. Elle ouvrit brusquement les yeux, papillonnant des paupières pour s'habituer à la lueur matinale qui inondait la pièce et retira d'une main la mèche de cheveux d'Hermione qui lui barrait le visage. Elle étudia l'espace qui l'entourait du regard et comprit bien vite qu'elle n'était pas dans sa chambre mais bien dans celle de la fille.

Comment était elle arrivée là ? Elle n'en avait pas la moindre idée...

Elle essaya de se remémorer difficilement la veille.

Elle se rappela du premier évènement qui l'avait contrarié, quand lors du repas du midi, Severus avait commencé à lui dire à voix basse qu'il serait temps qu'ils parlent à Dumbledore. Elle avait refusé, voulant fuir à tout prix cette conversation, et avait donc rapidement écourté le déjeuner pour retourner boire un coup dans sa chambre avant les cours de l'après-midi. Sur un coup de tête, elle avait alors décidé d'emporter avec elle une flasque, ayant peur d'être trop angoissée si elle n'avait pas un petit remontant pour terminer l'après midi. Elle avait alors enseigné, complètement saoule, et comme tout au long de la semaine, tous les élèves n'y avaient vu que du feu, tous sauf elle bien entendu. Hermione l'avait même surpris le goulot de la flasque en bouche, et le regard qu'elle lui avait assené à ce moment là l'avait presque faite culpabiliser. Une fois ses cours finis, Bellatrix avait traversé le château pour regagner ses appartements, et sur le chemin, comme une piqûre de rappel à tous ses tourments, elle avait croisé Dumbledore et Rogue en pleine discussion. Prise de panique, elle s'était tapie dans un coin en entendant qu'ils passent avant de se précipiter pour rejoindre sa chambre. Arrivée dans son entre, elle se servit plusieurs verres, de nombreux verres, mais l'alcool ne parvenait pas à atténuer la tension qui l'habitait. Elle se rappelait alors s'être affalée dans son fauteuil dans un parfait état de détresse, voulant fuir ses responsabilités, voulant oublier les enjeux qui reposaient sur sa décision, voulant seulement souffler l'espace d'un instant, voulant se sentir bien, tout simplement...

Après ça elle ne se souvenait plus de rien, un gros trou noir.

Mais au vu du lit dans lequel elle venait de se réveiller, Bellatrix en déduisit bien vite que c'était Hermione qui, la veille, avait dû lui sembler la meilleure option pour souffler l'espace d'un instant, pour se sentir bien, tout simplement...

Seulement ce matin, en ayant désaoulé, elle ne sut pas si cela avait été une idée bien judicieuse. Elle avait beau n'avoir aucun doute sur le fait qu'Hermione lui ait offert la nuit de sommeil la plus paisible de sa semaine, elle ne se sentait tout de même pas d'attaque à faire face à la fille qui n'avait dû ravaler sa colère envers elle seulement parce qu'elle avait eu pitié de son état pitoyable.

Après une brève hésitation, Bellatrix décida de quitter discrètement la chambre avant que la jeune femme ne se réveille. Comme avec Dumbledore, elle savait la confrontation avec Hermione inévitable, mais cela ne l'empêchait pas de vouloir la retarder le plus possible. Elle se dégagea délicatement des bras de la fille et entreprit de se redresser rapidement, trop rapidement... La douleur qui lui transcenda le crâne fut telle qu'elle lui arracha un long gémissement de plainte, c'était raté pour la discrétion...

Le bruit réveilla Hermione qui se redressa brusquement et qui, en se frottant les yeux, articula à travers un bâillement:

« Mal à la tête ?

La femme se leva précipitamment et commença à enfiler sa robe qu'elle repéra vite au sol à côté de ses bottes à talons.

- Oui, mais j'allais y aller... passe une bonne journée, répondit-elle sans accorder un regard à la fille.

- J'aimerai que l'on parle Bellatrix, dit Hermione en se leva à son tour.

- Moi non, je n'ai rien à te dire, répondit-elle du tac au tac, s'attendant déjà à la demande de la fille.

Hermione fut déçue.

- Très bien... alors la prochaine fois que tu te retrouves complètement bourrée et en manque de sexe tu iras toquer à une autre porte, répondit-elle d'une voix froide, une voix qu'elle-même ne se connaissait pas.

Bellatrix écarquilla les yeux, comprenant alors qu'en plus d'être venue ici, elle avait apparemment sauté sur Hermione. Cela ne la surprit cependant pas, tout chez la fille lui manquait, et si elle s'écoutait elle lui sauterait de nouveau dessus maintenant.

- Je suis désolée de t'avoir importuné hier soir, la prochaine fois j'irai toquer à une autre porte ne t'en fait pas, répondit-elle d'un ton neutre en la regardant.

Hermione déglutit difficilement et se tourna de dos à la femme pour lui cacher sa peine.

- Si c'est tout ce que tu as à dire je voudrai que tu partes maintenant, dit-elle d'une voix qui se voulait ferme.

Heureuse de pouvoir échapper à la discussion, Bellatrix s'enquit de répondre d'un ton presque enthousiaste.

- Je n'ai rien d'autre à te dire.

- Et bien pars alors. »

La femme qui avait la main sur la poignée de la porte se stoppa net dans son élan en entendant la voix fébrile d'Hermione. Elle se détesta alors d'agir de manière si méchante et si immature avec la fille qui, bien que trop curieuse, se montrait toujours aussi adorable avec elle, et cela, même quand en pleine période de dispute elle avait débarqué complètement ivre dans sa chambre en lui sautant dessus.

Hermione fronça les sourcils en entendant les claquements des talons de Bellatrix sur le plancher se rapprocher d'elle. Ensuite, tout son corps tressaillit quand elle sentit la main de la femme se poser sur son épaule.

« Ecoute Saleté...je suis désolée de t'avoir dit que je m'en fichait que tu aies confiance en moi parce que c'est tout simplement faux... Je t'ai dit ça parce que j'étais énervée mais je n'en pense pas un mot. Je sais que c'est sûrement difficile pour toi de me faire confiance mais pour l'instant il y a certaines choses que je ne peux simplement pas te dire... Mais je voulais que tu saches que même si je ne peux pas répondre à toutes tes questions ça ne remet pas en cause le fait que tu es la personne sur laquelle je peux le plus compter ici, avec laquelle j'aime passé mon temps et en laquelle j'ai le plus confiance. »

Hermione n'en revenait pas de ce qu'elle venait d'entendre, et à vrai dire, Bellatrix ne revenait pas non plus de ce qui venait de sortir de sa propre bouche. Ce n'était certainement pas digne de la déclaration d'amour qu'elle voulait faire à la femme, ce n'était d'ailleurs en rien une déclaration d'amour, mais cela surpassait cependant tout ce que Bellatrix avait pu lui dire auparavant, et cela fit chaud au cœur d'Hermione. Elle esquissa un léger sourire et se retourna pour lui faire face.

En la regardant dans les yeux, elle perçut que la femme était elle-même assez déstabilisée par ses propres mots, et Hermione n'eut alors aucun doute sur la sincérité de Bellatrix. Elle s'approcha d'elle et vint poser une main derrière la nuque de la femme, amenant ainsi la bouche sanguine contre la sienne. Le baiser fut d'une tendresse exquise qui électrisa les deux femmes amoureuses, Hermione étant consciente de tout l'amour qu'elle mettait dans ce contact, Bellatrix seulement consciente que cela lui procurait un bien fou.

Quand elles se décollèrent pour reprendre leur souffle, Hermione hésita à prendre la parole, ne voulant pas briser leur fraîche réconciliation, mais ne voulant pas non plus rester avec des non-dits qui lui pesait elle se décida à poser sa question.

« Je comprends que tu ne veuilles pas répondre à toutes mes questions... mais j'aimerai que tu répondes au moins à celle-ci... Est-ce que la dernière fois Voldemort t'as convoqué pour quelque chose qui touche de près ou de loin Harry ou cette école ?

Hermione sentit la femme se tendre sous ses doigts et elle se recula alors un peu pour étudier l'expression de son visage. Bellatrix su garder le visage neutre alors que son cerveau fonctionnait en accéléré pour choisir quoi répondre.

- Non, finit-elle par mentir en regardant la jeune femme dans les yeux.

Hermione essaya de décrypter la moindre trace de mensonge dans les deux prunelles noires mais n'y vit rien.

- D'accord... Et est-ce que tu me promets de tout me dire quand tu le pourras ?

Cette fois Bellatrix n'eut ni à réfléchir, ni à mentir pour répondre à Hermione.

- Je te le promets.

Hermione sourit de toutes ses dents et se rapprocha un peu plus des lèvres de la femme.

- Alors ça me va. »

Les bouches se scellèrent à nouveau dans un baiser cette fois beaucoup plus passionné qui alla même jusqu'à se prolonger sur le lit de la Gryffondor, et l'une comme l'autre remercièrent alors le samedi matin d'être dénué de cours...

--

Le soir même, Bellatrix attendait aux côtés de Rogue devant le bureau de Dumbledore.

En voyant la femme sortir de la tour Gryffondor à la fois complètement sobre et de bonne humeur, Severus n'avait pas laissé l'occasion s'échapper et avait vraiment insisté pour que la confrontation ait lieu ce soir. Si Bellatrix avait finalement cédée, c'est surtout parce qu'il ne lui en avait pas vraiment laissé le choix, allant jusqu'à la menacer de tout dire lui même au vieux directeur.

En attendant que la porte s'ouvre, Bellatrix se surprit à triturer nerveusement les pans de sa robe, cela ne lui ressemblait pas, elle n'était pas de nature stressée puisqu'elle n'en avait que faire de la plupart des choses. Elle se dit alors que le fait de devoir annoncer au seul sorcier pouvant rivaliser avec Lord Voldemort qu'elle avait été chargée de le tuer, devait sans doute être un élément assez conséquent pour réveiller son stress.

C'est tout sourire, comme à son habitude, que Dumbledore leur ouvrit:

« Severus, Bellatrix, je vous en prie entrez. Que me vaut le plaisir de votre visite ?, il était intéressé de découvrir l'objet de cette entrevue, sachant très bien que les deux professeurs n'étaient pas du genre à faire une visite de courtoisie.

- La semaine dernière, pendant que les forces des ténèbres attaquaient le Ministère, nous avons été convoqués par le Seigneur des ténèbres et il nous a confié une nouvelle mission concernant l'attaque de Poudlard qui est prévue pour le 15 avril, commença Rogue de son ton habituel.

- Je vois, répondit Albus qui sans surprise n'était pas étonné des projets de Voldemort, Et donc, dites m'en plus sur cette attaque ? Sur cette mission ?

Rogue regarda Bellatrix et cette dernière prit une grande inspiration.

- Je ne vais pas passer par quatre chemins, elle regarda alors Dumbledore dans les yeux, Il veut que Severus permette l'accès de Poudlard aux mangemorts, et il veut... il veut que je vous tue.

Un court silence se fit entendre et Bellatrix comme Severus furent étonnés du calme olympien qu'affichait Albus.

- Je vois, et comment comptez vous vous y prendre ?, demanda-t-il d'une voix tout aussi calme.

Bellatrix écarquilla les yeux.

- Attendez ?! C'est là votre seule réaction ? Vous avez bien compris ce que je vous ai dit ?!, s'exclama-t-elle.

- Vous devez me tuer, oui j'ai bien entendu Bellatrix.

- Pourquoi est-ce que vous n'avez pas l'air surpris ?, interrogea-t-elle.

- Parce que je ne le suis pas, répondit-il simplement, Je suis bien conscient que Voldemort me considère comme le seul véritable obstacle se dressant entre lui et Harry, se dressant entre lui et le retour de son pouvoir d'antan, il n'est donc nullement surprenant qu'il demande à son bras droit de me tuer, expliqua-t-il.

- Et vous n'avez aucun problème avec ça ?, demanda-t-elle toujours déconcertée par l'air paisible qu'il arborait.

Dumbledore sentit immédiatement que la femme était à la fois tendue et préoccupée.

- Je n'ai pas dit que j'allais me laisser mourir Bellatrix, je simplement dis que je savais qu'un jour ou l'autre il chercherait à le faire. Maintenant que je sais quand et comment, j'ai un mois et demi pour trouver une solution, une solution pour tous et toutes, y compris quant à la sécurité de votre sœur, ce qui est certainement plus que suffisant.

- Vous pensez que cela est évitable ?, demanda Rogue.

- Bien sûr que je le pense, vous pouvez donc vous détendre Bellatrix, ce n'est pas demain la veille que vous aurez le plaisir de m'ôter la vie, plaisanta-t-il.

- Vous m'en voyez déçue. », répondit-elle pleine d'ironie.

C'est une Bellatrix soulagée d'un poids qui regagna sa chambre ce soir là. Comme l'avait prévu le vieux directeur, ses dires avaient réussi à détendre la sorcière noire qui pensait alors qu'elle n'aurait pas à tuer le vieux mage et qu'elle n'aurait en même temps rien à craindre pour Narcissa.

Elle s'affala dans son fauteuil en cuir noir et se servit un verre de whisky pour fêter le fait qu'en ce samedi, elle avait réussi à résoudre les deux problèmes qui lui avaient pourri la semaine. Elle se jura cependant que ce verre serait le seul et l'unique de sa soirée, elle n'en avait pas besoin ce soir et en plus elle savait qu'Hermione devait la rejoindre. Ce qu'elle ne savait pas par contre, c'est qu'Hermione serait complètement agacée par les nouvelles menaces de Ginny...

Alors qu'elle buvait tranquillement son verre, elle ouvrit la porte à une Hermione remontée comme une horloge.

« Tu bois ?, demanda-t-elle visiblement irritée.

- Juste un verre, répondit Bellatrix avec un sourire rassurant.

- Oui c'est ça, tu te mens peut-être à toi-même mais moi je n'y crois pas une seconde, répondit-elle sèchement.

Bellatrix avala difficilement sa gorgée mais se reprit vite et garda son calme, se surprenant elle-même de ce self-control inhabituel.

- Pourtant tu devrais me croire, je bois juste un verre pour fêter cette journée particulièrement réussie, dit-elle en faisant un clin d'œil à la fille.

Toujours sur les nerfs, Hermione ne s'arrêta pas là.

- Je ne pense pas que tu puisses te permettre ce genre de luxe, réplica-t-elle d'une voix cinglante.

- Et pourquoi est-ce que je ne pourrai pas ?, questionna Bellatrix que le calme commençait doucement à quitter.

Hermione choisit de continuer de défouler sa colère envers Ginny sur Bellatrix, en ayant très bien conscience qu'elle le regretterait sûrement très vite.

- Parce qu'avec toi ça ne s'arrête jamais à un verre... Tu sais que l'alcoolisme n'est pas une légende urbaine n'est-ce pas Bellatrix ?

L'agressivité et l'insolence avec laquelle la fille s'adressait à elle clouèrent Bellatrix sur place avant de venir l'agacer profondément. Si elle n'était pas autant énervée qu'Hermione, la colère commençait tout de même à gronder chez la femme.

- Je ne suis pas alcoolique, articula-t-elle en serrant son verre plus que de raison, Et puis même si je l'étais qu'est-ce que tu peux en avoir à foutre ?

Hermione dans sa colère, eut soudain une pulsion de sincérité, une pulsion sans doute un peu trop forte.

- Tu me demandes sérieusement ce que j'en ai à foutre ?! C'est vrai ça, pourquoi j'en aurai quelque chose à foutre de voir se détruire à coups de whisky la personne que j'aime de tout mon cœur ! »

Le verre en cristal se brisa dans la main de la sorcière noire.