Les yeux bruns s'écarquillèrent et la main de la fille se plaqua sur sa bouche quand elle se rendit compte des mots qui venaient de lui échapper.
Les yeux noirs semblaient soudain vides et le poing de la femme était tremblant. Lentement elle desserra la main pour dévoiler une paume totalement ensanglantée et parsemée d'éclats de cristal.
Le regard d'Hermione fut très vite attiré par la main blessée et secouée de spasmes de Bellatrix. Elle s'approcha alors prudemment, fixant le visage de la femme pour essayer de deviner ce qu'elle pensait, cependant la mine impassible de la sorcière noire ne laissait rien paraître.
Sans un mot, Hermione attrapa délicatement le poignet de Bellatrix pour l'amener dans la salle de bain. La femme suivit son élève sans opposer aucune résistance et resta sagement assise sur le rebord de la baignoire pendant que la fille s'appliquait à nettoyer sa plaie en retirant les bouts de verre un à un.
Elles n'avaient échangé aucun mot et le silence commençait à devenir pesant pour Hermione. La jeune femme ne comprenait pas le manque de réaction de Bellatrix, elle avait déjà imaginé la scène des centaines de fois, prévoyant que la femme explose, ou qu'elle la rejette brutalement, ou encore, dans le meilleur des cas, qu'elle lui fonde dans les bras. Elle n'avait par contre pas envisagé le fait que la femme n'ait absolument rien à lui répondre.
Les yeux à moitié dans le vide, Bellatrix observait les entailles de sa main lentement se refermer sous la baguette de la fille. Le néant qui régnait dans son regard n'était rien par rapport à celui qui occupait son esprit. Les mots d'Hermione eurent l'effet d'un énorme coup de massue pour elle. La sorcière noire était royalement sonnée, parfaitement inapte à articuler un quelconque mot, dans l'incapacité totale de penser quoi que ce soit, complètement déstabilisée par les mots d'Hermione. Ces mots, d'abord elle ne les avait pas vu venir, mais surtout elle ne les comprenait pas et n'était même pas sûre de vouloir les comprendre...
« Et voilà, comme neuve !, s'exclama la Gryffondor en désignant la blessure dont la cicatrice était déjà pratiquement invisible.
La voix d'Hermione ramena Bellatrix à la réalité et elle papillonna des yeux avant de venir inspecter sa main avec attention. La fille fut rassurée de voir la femme sortir de l'état second dans lequel elle était plongée depuis de longues minutes déjà.
- Merci, tu t'es vraiment améliorée on ne voit presque pas la cicatrice, répondit la femme en souriant.
- Ça c'est parce que j'ai eu la meilleure des professeures, réplica-elle en lui faisant un clin d'œil.
Bellatrix lui offrit un grand sourire et s'approcha d'elle pour l'embrasser. Le baiser fut doux mais très bref et la femme se leva pour se diriger vers sa chambre.
- On va se coucher Saleté ? Je suis épuisée... »
Hermione fut surprise de voir Bellatrix agir comme si de rien n'était, mais elle s'en accommoda très vite car au fond cela l'arrangeait bien. Elle n'avait pas prévu d'avouer ses sentiments à la femme dans ces circonstances, alors si cette déclaration maladroite devait passer à la trappe, elle n'allait certainement pas s'y opposer.
La jeune femme rejoignit alors sa professeure et se glissa dans les draps en satin noir. Si c'était d'habitude dans les bras l'une de l'autre qu'elles trouvaient leur sommeil le plus paisible, cette nuit il n'en fut rien. Aucune des deux femmes ne parvint à s'endormir, trop tourmentées par les mots qui étaient sortis de la bouche d'Hermione et des conséquences qui les accompagnaient.
Si au début le fait que Bellatrix ne relève pas ses mots avait bien arrangé Hermione, après plusieurs heures de réflexion ce n'était plus le cas. Elle supportait difficilement de n'avoir eu aucun retour de la part de la femme. Après tout, même si elle ne lui avait pas fait une déclaration à proprement parler, elle lui avait tout de même avoué ses sentiments pour elle, et Hermione trouvait cela injuste que Bellatrix n'en tienne pas compte.
Cependant, la sorcière noire avait bien pris en compte les propos de la Gryffondor, et elle ne put d'ailleurs pas s'empêcher de les ruminer dans sa tête tout au long de la nuit. Si au départ son esprit était semblable au néant, plus les heures passaient et plus il s'apparentait à un véritable capharnaüm. Tout un tas de questions tournait en boucle dans sa tête et elle espérait, sans vraiment y croire, qu'Hermione avait simplement dit ça sur le coup de la colère sans en penser un mot. Si elle n'avait jusqu'alors jamais imaginé rien qu'une seconde que la fille puisse éprouver un sentiment de la sorte pour elle, maintenant, cela lui semblait presque comme une évidence. Effectivement, plus Bellatrix essayait de se convaincre que les mots de la fille était des paroles en l'air, plus elle était amenée à penser le contraire...
Le soutien sans faille qu'elle lui apportait, la patience et l'indulgence dont elle faisait toujours preuve à son égard, tout le temps et l'attention qu'elle lui consacrait, l'espèce d'adoration qu'elle lui vouait même quand elle était loin de la mériter, et les deux yeux bruns qui la regardaient sans arrêt, parfois emplis d'un désir infernale mais le plus souvent d'une extrême tendresse... Plus elle réfléchissait au comportement de la fille et plus cela lui sautait aux yeux, il ne s'agissait plus d'un simple fantasme, ce n'était pas non plus un stupide béguin d'adolescent, cette jeune femme, cette Hermione Granger, était sans doute tombée amoureuse d'elle...
Bellatrix ne voulait cependant pas tirer de conclusion hâtive, peut-être avait elle faux sur toute la ligne, peut-être qu'Hermione ne pensait pas ce qu'elle avait dit, peut-être qu'Hermione ne ressentait absolument rien pour elle. Après tout, pourquoi cette gamine de tout juste 18 ans serait amène de ressentir pour elle un sentiment que la vie n'avait pas trouvé bon de lui offrir en 40 ans d'existence ?
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La nuit, bien que courte, avait porté conseil à Hermione. C'était décidé, ce soir elle avouerait ses sentiments à Bellatrix. Après l'incident de la veille elle ne pouvait pas rester plus longtemps sans parler à la femme, sans avoir une quelconque réponse de sa part. Ce soir elle rassemblerait tout son courage Gryffondor pour lui faire sa déclaration et quelle que soit sa réaction, bonne ou mauvaise, elle serait prête à y faire face.
« Bella j'y vais ou je vais être en retard, dit-elle en déposant un baiser sur la joue de la femme, Je te rejoins ce soir après le dîner..., ajouta-t-elle en ouvrant la porte, D'ailleurs il faudra qu'on parle. »
Hermione avait rapidement pris la fuite en finissant sa phrase et Bellatrix n'avait maintenant plus aucun doute sur le fait que les paroles qu'avait tenue la fille la veille étaient loin d'être des paroles en l'air.
La femme avait bien conscience que ce soir, elle devrait prendre une décision. Devait-elle rompre tout contact avec la fille et ainsi éviter qu'elle ne se fasse de faux espoirs en attendant des sentiments de sa part qui n'arriveraient jamais ? Ou devait-elle continuer à la fréquenter sans se soucier de la faire souffrir ? Bellatrix n'en savait rien, elle ne s'était jamais retrouvée dans ce genre de situation, jamais personne n'avait éprouvé de sentiments amoureux pour elle ou du moins jamais personne ne le lui avait dit. Elle s'était toujours contentée de relations sans charge émotionnelle et dès qu'elle se lassait de son amant, car elle finissait toujours par se lasser, elle passait tout simplement au suivant, sans réfléchir et sans se soucier une seconde des sentiments de l'autre parce qu'il n'avait jamais été question de ça, ou peut-être juste parce qu'elle s'en fichait complètement. Mais avec elle c'était différent. Bellatrix ne voulait pas lui faire de mal et elle ne pouvait pas l'expliquer, mais elle avait le présentiment que faire souffrir Hermione lui serait également extrêmement douloureux. Seulement si la fille était vraiment amoureuse d'elle, c'était trop tard, peut-importe son choix, tôt ou tard, Hermione en souffrirait.
Bellatrix souffla et se laissa mollement tomber dans son fauteuil. Toute cette situation lui paraissait maintenant affreusement compliquée et cela l'agaçait, elle venait à peine d'échapper à une semaine angoissante, alors elle n'avait clairement pas envie de se préoccuper de ça aujourd'hui. Elle décida alors de ne plus y penser et de s'en occuper quand elle y serait obligée, c'est-à-dire ce soir... Après tout qu'est-ce qu'elle y pouvait si Hermione était assez stupide pour être tombée amoureuse d'elle... Rien, elle n'y pouvait absolument rien, alors ce n'était certainement pas à elle de se tracasser à ce sujet.
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Quand elle rentra dans la grande salle et qu'elle aperçut la chevelure rousse qui faisait face à Harry et Ron, le sang d'Hermione ne fit qu'un tour. Elle se rappela soudainement de ce qui avait provoqué son énervement la veille, ce qui était passé au second plan dans son esprit tout au long de la nuit mais qui venait de brutalement ressurgir: la menace de Ginny.
Si la rouquine s'était calmée la semaine dernière en remarquant qu'Hermione ne quittait plus sa chambre chaque soir pour se rendre dans les appartements de la sorcière noire, quand elle l'avait surpris la veille en train de se faufiler en dehors de la salle commune, la discussion était rapidement montée dans les tours entre les deux filles. Ginny avait conclu la dispute en posant un ultimatum à son amie: Hermione avait 24h pour quitter Bellatrix ou pour tout dire à Harry et Ron, sinon la benjamine Weasley leur raconterait tout elle-même.
Il était bien entendu hors de question pour Hermione de quitter Bellatrix, elle avait donc jusqu'à ce soir pour réussir à dissuader Ginny de tout raconter aux garçons. Comment allait-elle s'y prendre ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Mais elle devait trouver rapidement une solution car elle redoutait énormément la réaction d'Harry et Ron.
Elle s'approcha lentement de la table Gryffondor en tendant l'oreille, à l'affut de la moindre allusion de la part de Ginny, mais elle fut vite rassurée en entendant que ses trois amis discutaient simplement de Quidditch. Elle s'assit à leurs côtés et fit bonne figure en faisant semblant de ne pas sentir le regard de Ginny qui l'analysait de près. Et comme elle s'y attendait, à peine les deux garçons furent sortis de table que la rouquine commença son interrogatoire.
« Alors ?
- Alors quoi ?, demanda Hermione en levant les yeux au ciel.
- Tu comprends très bien ma question alors réponds, répondit Ginny en croisant les bras.
- Alors je ne l'ai pas quitté si c'est ce que tu demandes, articula la fille entre ses dents.
Ginny eut l'air déçue mais nullement surprise.
- Donc je suppose que tu as prévu d'en parler à Ron et Harry aujourd'hui ?
- Tu supposes bien. », répondit sèchement Hermione en quittant la table.
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Il était aux alentours de 15h quand la sorcière noire entra dans la bibliothèque à la recherche d'un livre pour un de ses cours du lendemain. Elle repéra très vite la Gryffondor en train d'étudier à l'une des tables. Elle l'étudia minutieusement du regard, la trouvant tout simplement adorable le visage penché sur son ouvrage, la mine concentrée et les lèvres bougeant silencieusement au rythme de sa lecture. Bellatrix alla même jusqu'à avoir un petit frisson quand lascivement, la jeune femme vint glisser une mèche de cheveux derrière son oreille tout en venant se mordiller la lèvre inférieure. Le regard de la femme resta obnubilé par Hermione de longues secondes, elle était complètement fascinée par la simple image de la fille plongée dans sa lecture.
En se rendant compte qu'elle était restée bien trop longtemps immobile debout au milieu de la bibliothèque à regarder la fille, Bellatrix secoua la tête pour revenir à la réalité. Elle se trouva alors tout bonnement ridicule de contempler ainsi Hermione comme si elle était la huitième merveille du monde. Elle se trouva d'autant plus bête quand elle vit les yeux bruns quitter l'ouvrage pour venir croiser les siens, signe que son regard avait dû être sacrément appuyé pour faire sortir le nez d'Hermione de son bouquin dans lequel elle semblait complètement absorbée.
En la voyant, le visage de la fille s'illumina directement et bien malgré elle, se trouvant alors encore un peu plus ridicule, Bellatrix ne put s'empêcher de lui sourire niaisement. D'humeur taquine, la femme s'approcha alors lentement de la table d'Hermione mais fut coupée dans son élan par une silhouette qui lui faisait dos et qui s'assit face à la Gryffondor. La sorcière devina l'identité de la fille à sa chevelure rousse et fut surprise de voir le visage d'Hermione se fermer brutalement en la voyant. Tout à coup prise d'une curiosité qu'elle attribuait d'habitude à la Gryffondor, Bellatrix fut incapable de refreiner son envie d'écouter la conversation et elle alla donc discrètement se glisser derrière l'étagère la plus proche, observant la scène entre deux livres et se concentrant pour réussir à capter les paroles de la rousse qui semblaient fortement contrarier Hermione.
« Tu leur as dit ?
Hermione souffla visiblement agacée.
- Non, c'est un peu compliqué vu qu'ils sont à leur entraînement de Quidditch depuis trois heures, soupira-t-elle en levant les yeux au ciel.
- Tu aurais pu leur dire à midi, répondit Ginny en croisant les bras.
- Oui bien sûr, quelle brillante idée !, s'exclama-t-elle avant de continuer d'un ton plus bas, Comme ça tout le monde aurait pu entendre Harry et Ron me reprocher de me taper une mangemort cinglée, complètement sadique et fanatique de Voldemort, dit-elle d'un ton rempli de sarcasme.
Malgré son presque chuchotement, Bellatrix avait réussi à entendre les paroles d'Hermione et fronça alors les sourcils en comprenant soudainement tout l'enjeu de la conversation.
- Ah ! Donc tu avoues finalement qu'elle est complètement folle et qu'elle marche avec Voldemort, répondit Ginny en souriant.
Hermione haussa les sourcils devant l'absurdité des propos de Ginny.
- Bien sûr que non...mais c'est ce qu'ils penseront alors je ne peux pas leur en parler.
Ginny perdit son visage souriant et le troqua contre un air agacé.
- Pourtant tu vas bien être obligée de leur dire, sinon tu sais bien que je le ferai, affirma-t-elle.
- Ginny, soupira Hermione, je leur dirai un jour je te le promets, mais pas maintenant, ce n'est pas le moment, ils ne vont pas comprendre et ça ne servira à rien. Alors s'il te plaît, si tu es vraiment mon amie, je t'en supplie, ne leur dit rien.
Ginny se leva et regarda gentiment son amie.
- Hermione si je fais tout ça c'est parce que justement, je suis vraiment ton amie. N'oublie pas, tu as jusqu'à 21h. »
La fille regarda la rouquine s'en aller avec un regard rempli de détresse avant de venir enfouir son visage entre ses mains. Hermione appréhendait la réaction des deux garçons et priait pour qu'un miracle se produise avant 21h. Elle n'avait alors pas conscience que le miracle était sur le point de se produire.
D'une démarche décidée, Bellatrix emboîta le pas à Ginny. La sorcière noire était profondément remontée contre la benjamine Weasley. D'abord parce qu'elle y avait réfléchit, dans l'hypothèse que Voldemort puisse fouiller dans l'esprit d'Harry, il était plus prudent que le garçon ne soit pas au courant de sa relation avec la Gryffondor, et c'est pour ça qu'elle allait empêcher Ginny de parler. Mais ce qui avait réellement provoqué la colère de la femme sans qu'elle ne puisse vraiment se l'expliquer, était de voir la détresse et la contrariété que Ginny venait de causer à Hermione.
Sur son chemin pour rejoindre la tour Gryffondor, l'attention de la rouquine fut attirée par un bruit de talons qui martelaient le sol et qui semblait se rapprocher petit à petit d'elle. Elle se tourna alors et écarquilla les yeux en voyant Bellatrix qui se tenait quelques mètres derrière elle avec un grand sourire effrayant scotché sur le visage. Ginny se retourna et accéléra le pas, ayant compris à l'expression de la femme que cette dernière la suivait.
« Tu penses vraiment qu'en te mettant à courir tu pourras m'échapper ?
Ginny se figea en entendant la voix glaciale de Bellatrix. Elle mit sa peur de côté et eut besoin de tout son courage Gryffondor pour se retourner et faire face à la sorcière noire.
- Je peux vous aider madame Black ?, demanda-t-elle en prenant sur elle pour faire comme si de rien n'était.
Bellatrix ricana méchamment et s'approcha lentement de Ginny en prenant bien soin d'arborer son air le plus maléfique.
- Oui effectivement je pense que tu vas pouvoir m'aider Weasley. », répondit-elle en venant caresser du bout des doigts la joue de la fille.
La Gryffondor, que le courage semblait avoir quitté, commença à trembler, complètement apeurée par cette soudaine proximité avec la mangemort.
« Il y a quelques minutes j'étais tranquillement à recherche d'un livre dans la bibliothèque quand j'ai surpris une scène...une scène m'a fortement déplue, articula-t-elle froidement en plongeant son regard noir dans les yeux verts de Ginny.
-Je...je ne vois pas de quoi vous voulez parler, répondit-elle d'une petite voix chevrotante.
Un sourire en coin se dessina sur la bouche rouge sang et les ongles vernis de noir s'enfoncèrent dans les joues de la rouquine.
- Et si je te disais que la scène en question impliquait une jolie petite Gryffondor aux cheveux châtains qui avait l'air bien ennuyé de se faire disputer par une autre Gryffondor à la tignasse rousse, est-ce que tu verrais plus ce dont je veux te parler si je te disais ça ? , demanda-t-elle ironiquement d'une voix toujours très froide.
- Ce n'est pas du tout ce que vous croyez..., se défendit Ginny.
- Ah bon ? Alors tu n'as pas obligé Granger à tout avouer aux deux imbéciles sur elle et moi ?, demanda-t-elle en haussant les sourcils.
La rouquine écarquilla les yeux.
- Alors elle vous l'a dit ?!
La sorcière noire, toujours en empoignant d'une main de fer le visage de Ginny, la poussa brutalement pour l'adosser au mur.
- Elle ne m'a rien dit du tout...j'ai juste une ouïe excellente, grogna-t-elle, Maintenant tu vas ouvrir grand tes oreilles et tu vas m'écouter attentivement. Quand je te lâcherai tu iras sagement voir Granger et tu annuleras ton stupide ultimatum. Ensuite, tu regagneras tranquillement ta chambre et tu feras comme si tu n'étais au courant de rien, comme si tu ne nous avez jamais vu dans la salle de bain des préfets. Tu ne parleras ni aux deux imbéciles, ni à personne et tu ne feras plus chier Granger avec ça...C'est bien compris ?
Ginny déglutit difficilement avant de prendre la parole pour répondre.
- J'aimerai vous dire oui, mais je ne peux pas...je ne laisserai pas Hermione entre vos sales griffes, articula-t-elle en soutenant le regard noir, usant ainsi du peu de courage qui lui restait.
Bellatrix ferma les yeux, se mordit la lèvre supérieur et soupira lourdement, prenant sur elle pour ne pas exploser de rage au visage de la benjamine Weasley. Elle resserra un peu plus sa prise sur les joues de la fille et plongea son regard assassin dans le sien.
- Très bien... permets moi d'être un peu plus claire... Ce n'était pas une proposition, c'était un ordre... »
Elle glissa sa main libre le long de sa cuisse pour venir récupérer sa dague. Les yeux de Ginny manquèrent de peu de sortir de leurs orbites en voyant la lame dangereusement s'approcher d'elle. Un sourire vicieux plaqué aux lèvres, Bellatrix vint délicatement poser la pointe de la dague au creux de la gorge de la rouquine. Ginny devint tout à coup blême et bloqua sa respiration. La sorcière noire s'approcha un peu plus du visage apeuré de la fille pour venir lui chuchoter d'un ton menaçant:
« A moi de poser un ultimatum maintenant... soit tu fais ce que je t'ai dit... soit une nuit, quand tu t'y attendras le moins, je te réveillerai en posant la lame de ma dague exactement comme elle l'est maintenant... sauf que cette fois je ne me contenterai pas d'effleurer ta peau mais j'appuierai un peu plus...
En disant cela elle commença à doucement faire pression contre le cou de Ginny, pas assez pour percer la peau, mais suffisamment pour faire monter les larmes à la fille.
Et encore un peu plus, jusqu'à ce que la peau cède passage à la lame et que la dague transperce ta carotide... Tu te videras de ton sang en quelques secondes et j'aurai fait une bonne action, débarrassé le monde d'une agaçante petite Weasley qui se mêle un peu trop de ce qui ne la regarde pas... »
Brusquement, Bellatrix lâcha Ginny et se recula. La fille pris une grande inspiration et sentit son corps se secouer de tremblements. La femme fière de son effet se mit à sourire de plus belle et avant de tourner les talons, elle prit un air glacial pour rajouter:
« Et Weasley, ce n'est pas une menace...c'est une promesse. »
Une larme dévala la joue de Ginny en regardant la sorcière noire s'éloigner de sa démarche féline. Elle n'avait d'autre choix que de prendre au sérieux les menaces de la femme. Au vue de la réputation qui la précédait et du tas d'horreurs qu'elle avait déjà fait, qu'elle vienne vraiment l'égorger dans son lit n'étonnerait pas Ginny une seconde. Après tout, tuer tous ceux qui se mettaient au travers de sa route ne devait être qu'une simple formalité pour le bras droit de Voldemort.
Une fois remise de ses émotions, Ginny obtempéra et se dirigea sagement vers la bibliothèque. La rouquine avait la boule au ventre, elle ne voulait pas faire ce que la mangemort lui avait demandé, mais voulait encore moins qu'on la retrouve allongée la gorge ouverte sur son matelas imbibé de sang au petit matin...
Hermione souffla d'agacement en voyant son amie s'assoir à sa table. Cependant, en la regardant de plus près, la fille remarqua vite que la rouquine semblait toute chamboulée. Son teint était presque livide et ses yeux étaient rougis.
« Ginny tu vas bien ?, demanda-t-elle un peu inquiète.
- Oui oui, tout va très bien ne t'inquiètes pas, répondit-elle à la hâte, Je voulais juste te dire que... que tu avais raison. Je suis vraiment ton amie et en tant qu'amie je dois respecter tes choix... même lorsqu'ils me semblent parfaitement absurdes... alors tu n'as plus rien à craindre de ma part, je ne dirai rien à Harry et Ron, ni à personne et j'attendrai que tu te décides à le faire toi même.
Hermione était surprise, mais agréablement surprise.
- Je... Merci, merci beaucoup!, s'exclama-t-elle en la prenant dans ses bras.
Ginny finit par briser l'étreinte et se recula pour regarder Hermione avec un air à la fois sérieux et suppliant..
- Mais Hermione je t'en prie fais très attention à toi, ne baisse jamais la garde et ne lui accorde pas non plus toute ta confiance... Je sais que tu la connais sans doute bien mieux que moi... mais n'oublie pas la personne qu'elle était avant Poudlard sous prétexte que tu aimes celle qu'elle nous montre depuis Septembre... »
Hermione se contenta d'hocher la tête de haut en bas. Elle ne pouvait pas en vouloir à Ginny de s'inquiéter pour elle, surtout parce que ses inquiétudes n'étaient pas totalement infondées. Elle était au contraire reconnaissante envers Ginny d'enfin respecter son choix. La fille était également infiniment reconnaissante envers le miracle qui avait fait changer d'avis à la rouquine qu'elle savait pourtant têtue.
C'est donc l'esprit léger qu'Hermione se replongea dans ses révisions. Elle était maintenant libérée de toutes ses préoccupations... ou presque, en effet sa déclaration de ce soir continuait de lui trotter en tête...
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Sur les coups de 21h, Hermione toqua à la porte et laissa échapper un hoquet de surprise en voyant la porte s'ouvrir directement.
« Et bien dis donc il faut sabrer le champagne !, rigola-t-elle.
- Pourquoi ?!, demanda Bellatrix en fronçant les sourcils.
- Je n'ai eu à toquer qu'une seule fois pour que tu m'ouvres et ça crois moi ça relève de l'exploit, expliqua-t-elle d'une voix moqueuse.
- Mais c'est que tu es un vrai clown ce soir dis moi Granger... Maintenant dépêche toi de rentrer avant que je te laisse toquer éternellement... », dit-elle en tirant Hermione à l'intérieur.
A peine eut-elle refermé la porte que Bellatrix se jeta sur Hermione. La fille fut surprise mais se laissa faire quand la femme la souleva pour la déposer sur la table. Cependant quand la sorcière commença à lui retirer son haut, la Gryffondor l'arrêta.
« Tu n'as pas envie ?, demanda Bellatrix la moue boudeuse.
- Non, la femme haussa les sourcils, Enfin si, bien sûr, mais je ne suis pas venue pour ça, il faut que l'on parle d'abord, expliqua-t-elle en se levant.
Bellatrix souffla, bien évidemment elle avait envie d'Hermione, mais si elle lui avait directement sauté dessus, c'était surtout parce qu'elle espérait ainsi éviter leur conversation.
- D'accord si tu insistes... mais laisse moi me servir un verre d'abord, je sens que je vais en avoir besoin... »
Hermione ne fit aucune réflexion, se disant également qu'en effet, la sorcière noire en aurait certainement besoin...
Une fois son verre de whisky rempli, la femme alla s'assoir dans son fauteuil, faisant ainsi face à son élève qui avait pris place sur le canapé.
« Bien, je t'écoute...qu'est-ce que tu voulais me dire ?
La Gryffondor prit une grande inspiration avant de se lancer, sachant pertinemment qu'une fois qu'elle aurait dit tout ce qu'elle avait sur le cœur, aucun retour en arrière ne serait possible...
- Je... je sais que tu as entendu ce que je t'ai dit hier quand le verre s'est éclaté dans ta main... Et je t'avoue que je ne voulais pas dire ça, du moins pas comme ça... Parce que ce que je t'ai dit je le pensais et je le pense toujours d'ailleurs...mais je n'arrivais pas à te le dire alors c'est sorti tout seul sur le coup de la colère... Alors je voulais te le redire correctement maintenant. Bellatrix, je...je...
- Tu ?
- Je t'aime. »
Le cœur de Bellatrix rata un battement alors qu'elle savait pourtant très bien ce que la fille allait lui dire. Cependant, entendre ces trois mots sortir de la bouche d'Hermione lui fit contre toute attente un effet presque fou. Une intense chaleur avait envahi tout son corps alors que sa peau s'était recouverte de frissons. Et si elle se concentrait suffisamment, elle pourrait sans doute entendre son cœur marteler dans sa poitrine et les papillons battre des ailes dans son ventre.
Hermione essaya d'analyser le visage de la femme mais elle n'y décela rien. En effet, si ses mots avaient littéralement fait imploser Bellatrix, la femme n'en laissait absolument rien paraître.
« Tu...tu en es sûre ? Je veux dire tu n'as que 18 ans Saleté, je suis sûre que tu t'emballes un peu trop et...
- J'en suis sûre et certaine, affirma-t-elle, Je n'ai aucun doute là dessus et en plus mon Amortentia sentait ton odeur...
- Comment ça ?, demanda Bellatrix en fronçant les sourcils.
- En octobre Rogue nous a fait préparer notre propre Amortentia, la mienne sentait ton odeur... et je m'en suis rendue compte le soir où j'ai mis fin au duel... J'ai pris peur et je t'ai fuit en essayant de me convaincre que j'avais sûrement raté ma potion, seulement à la remise des bulletins le jour du bal d'hiver j'ai découvert ma note qui était...excellente...
Pour Bellatrix qui comptait décrédibiliser les sentiments d'Hermione en mettant l'accent sur son inexpérience et son jeune âge c'était ratée. Si la fabrication de potions n'avait jamais était la discipline de prédilection de la femme, elle savait quand même que l'odeur de l'Amortentia était synonyme de réels sentiments amoureux. La sorcière noire était maintenant certaine de la véracité des sentiments d'Hermione à son égard, mais cela n'allait tout de même pas l'empêcher de faire preuve de sa mauvaise fois légendaire...
- Mais tu es sûre que ton Amortentia sentait mon odeur ? Je veux dire tu ne peux pas en être certaine, argumenta-t-elle.
Hermione leva les yeux au ciel.
- Bien sûre que j'en suis certaine, je connais très bien ton odeur Bella, répondit-elle en souriant.
- Mais...
- Il n'y a pas de mais, la coupa-t-elle, Admettons que tu aies raison si ça peut te faire plaisir, même si mon Amortentia ne sentait pas ton odeur, je n'ai pas besoin, ou plutôt je n'ai plus besoin d'une stupide potion pour savoir que je suis folle amoureuse de toi. »
Bellatrix ne sut que répondre et baissa le regard tout en prenant une grosse gorgée de whisky. Hermione s'approcha prudemment et d'une main douce, elle vint relever le menton de la femme de sorte que le regard ténébreux se plonge dans ses yeux amoureux.
« Ecoute Bella, je comprends que ça fait beaucoup à encaisser et je n'attends pas que tu me dises quoi que ce soit en retour. Je voulais juste être honnête avec toi et avec moi-même et cela passait par le fait de t'avouer mes sentiments...
Décelant la petite étincelle dans les yeux de la femme, Hermione s'osa à aller plus loin dans sa déclaration.
Je t'aime de tout mon être et bien malgré moi j'aime absolument tout chez toi... Plus je passe du temps avec toi et plus j'aime la personne que je découvre... Ce que je ressens pour toi est tellement fort que j'ai l'impression que je ne vivais pas pleinement avant toi. Et je sais que c'est étrange et sûrement un peu ridicule mais si avant je n'avais pas à me plaindre de ma vie, aujourd'hui et grâce à toi elle est tout simplement devenue magique... »
Hermione attendit un instant mais aucun mot ne sortit de la bouche de Bellatrix. Néanmoins, la fille n'avait jamais vu les deux prunelles noires aussi pétillantes, alors tout doucement, elle approcha son visage de celui de la femme et elle vint tendrement fondre ses lèvres aux siennes. Bellatrix répondit directement au baiser en posant affectueusement ses mains sur les joues d'Hermione. La fille savoura le contact, elle était complètement soulagée d'avoir tout avoué à la femme et se sentait maintenant tellement légère qu'elle jura qu'elle aurait presque pu s'envoler. Bellatrix se délecta de ce délicieux baiser dans lequel elle sentit tout l'amour qu'Hermione lui portait transparaître. Elle se rendit alors compte que se sentir aimer, se sentir autant aimer par quelqu'un était un sentiment plus qu'agréable et qu'elle serait bien bête de ne pas en profiter.
Lorsque le souffle leur manqua, les deux femmes se séparèrent et restèrent là à se contempler l'une l'autre. Les yeux noyaient dans ceux d'Hermione, le cœur de Bellatrix rata à nouveau un battement. Si d'habitude elle était la reine dans le déni de ses sentiments, la sorcière noire venait de réaliser quelque chose, quelque chose qui lui mit la chair de poule tant cela l'effrayait, quelque chose qu'elle ne se sentait pas prête à affronter...
Hermione eut un mouvement de recul en voyant l'expression de la femme changer brusquement.
« Qu'est-ce qu'il se passe ?, demanda-t-elle d'une voix inquiète.
- Il se passe que je pense que l'on va s'arrêter là, répondit Bellatrix le regard fuyant.
- Quoi ?! Mais pourquoi ?, interrogea Hermione complètement interloquée.
- Parce que je n'ai pas envie de te gérer, dit-elle sèchement.
- De me gérer ?! Qu'est-ce que tu veux dire ?, demanda Hermione alors que les larmes commençaient à inonder ses yeux.
- Je veux dire que je ne veux pas continuer notre... notre liaison maintenant que je sais ce que tu ressens pour moi.
- Notre liaison ? Pourquoi est-ce que tu dis ça comme s'il n'y avait que du sexe entre nous ?!, demanda-t-elle totalement bouleversée.
- Parce qu'il n'y a que du sexe entre nous Granger, du moins de mon côté. Maintenant que je sais que ce n'est plus le cas de ton côté, je préfère qu'on arrête là.
- Tu te moques de moi là ?!, dit-elle en haussant la voix, choquée de ce soudain retournement de situation.
- Pas le moins du monde, réplica la femme du tac au tac.
Les larmes commencèrent à tremper les joues d'Hermione.
- Bella regardes moi, chuchota-t-elle alors que sa gorge la tiraillait, Dis moi ce qui ne va pas...
Bellatrix dut faire un effort presque surhumain pour relever les yeux et pour fondre son regard à celui d'Hermione.
- La seule chose qui ne va pas c'est que tu as été assez stupide pour tomber amoureuse de moi, répondit-elle d'une voix glaciale en arborant un visage sans émotion aucune.
Hermione éclata en sanglot, elle avait l'impression de nager en plein cauchemar. Elle était en colère contre la femme et elle était en colère contre elle-même également. Elle se trouvait maintenant bien niaise d'avoir cru rien qu'une seconde que Bellatrix ressentait le moindre sentiment pour elle.
- Et bien tu sais quoi, tu as raison je me suis montrée bien ridicule d'avoir cru que tu n'étais pas un monstre dénué de toute émotion, parce que maintenant c'est évident, je me suis vraiment trompée sur ton compte. »
La Gryffondor sortit de la pièce et dès qu'elle claqua la porte Bellatrix éclata en sanglot. Tremblante de colère contre elle même, n'acceptant pas une seconde l'évidence des sentiments qui grondaient en elle, dans un éclat de rage, la femme balança son verre qui se brisa en mille morceaux en rencontrant le mur.
Elle se détestait, elle était complètement en rogne contre elle-même. Elle pensa alors que si Hermione aimait tout chez elle, elle au contraire, se haïssait de tout son être.
Si la sorcière noire trouvait finalement acceptable de se laisser aimer par Hermione, le fait d'être tombée elle aussi folle amoureuse de la gamine l'était beaucoup moins...
