Le garçon était agenouillé sur le sol humide de la forêt, tremblant de rage, hurlant de souffrance, complètement sous le choc du spectacle auquel il venait d'assister. La fille se tenait juste derrière lui, elle aussi sous le choc, des larmes perlaient de ses yeux bruns. Le rouquin était immobile quelques pas derrière eux, les yeux encore écarquillés, il fixait la tour d'astronomie, n'en revenant pas de ce qu'il venait de se passer.

Harry finit par se relever et avança d'une marche décidée vers l'école. Ron et Hermione échangèrent un regard inquiet, ayant bien conscience l'un comme l'autre que retourner au château maintenant n'était pas une très bonne idée.

« Reviens, appela Ron, Tu as bien entendu ce qu'il nous a dit, nous ne devons pas revenir tant que l'horcruxe n'est pas détruit !

Le brun l'ignora et continua d'avancer en direction de Poudlard.

- Harry !, hurla Hermione pour que sa voix se fasse entendre à travers le vacarme de la tempête, Reviens ici tout de suite ! Ça ne sert absolument à rien d'y retourner ! »

Le garçon ne répondit pas et se retrouva vite à la lisière des bois. La Gryffondor se mit alors à courir pour le rattraper, elle arriva vite à sa hauteur et lui agrippa le bras, l'obligeant ainsi à s'arrêter et à se retourner vers elle.

« Harry arrête s'il te plaît, il faut y aller... Ceux qui ont fait ça te cherchent et s'ils te trouvent on est foutu, appuya-t-elle.

- Mais je dois... Dumbledore, bredouilla-t-il le regard vide.

Hermione soupira.

- C'est trop tard Harry..., dit-elle d'un air désolé, Nous ne pouvons plus rien faire pour lui...

- On peut encore le sauver...ou au moins le venger !, riposta le garçon totalement hors de lui alors que les larmes s'échappaient de ses yeux, noyaient par la pluie qui lui battait le visage.

- Non Harry, je suis désolée mais c'est trop tard... la seule chose que l'on peut faire c'est d'écouter ce qu'il nous a dit et de nous enfuir au plus vite loin d'ici pour chercher l'horcruxe, expliqua-t-elle.

Il la regarda dans les yeux et Hermione put clairement voir la peine qui avait envahi le garçon.

- J'ai mal Hermione, répondit-il dans un souffle.

- Je sais... », répondit-elle dans un triste sourire compatissant en le prenant dans les bras.

Voir le corps inanimé du vieux directeur chuter du haut de la tour d'astronomie lui avait déjà fait du mal, alors elle n'imaginait pas la souffrance que son ami devait ressentir, lui qui était si proche du sorcier à la barbe blanche et au sourire bienveillant.

Elle serra le garçon de toutes ses forces et sentit sa respiration se calmer peu à peu alors qu'un soupire de soulagement passait la barrière de ses lèvres.

Un éclair transcenda à nouveau le ciel et les deux amis se séparèrent en sursautant. D'un regard entendu il repartirent en courant vers l'intérieur de la forêt retrouver Ron pour reprendre leur fuite de Poudlard.

La détonation de l'éclair résonna à l'intérieur de toute l'école au moment où les portes de la Grande Salle cédèrent aux attaques des mangemorts.

Tous les élèves se terrèrent au fond de la salle, se cachant derrière les professeurs qui, toujours surpris par cette attaque soudaine, n'en menaient pas large.

« Où est le garçon ?, grogna l'un d'eux.

Mcgonagall s'avança, la tête haute, à l'affut du moindre geste de la part des assaillant, prête à dégainer sa baguette à tout moment.

- Il n'est pas ici, répondit-elle d'une voix calme et assurée.

- Où est-il alors ?, redemanda le même homme.

Elle soupira.

- Pas ici, répéta-t-elle d'un ton las.

- Vous le cacher ?, aboya une voix criarde.

- Non, il n'est simplement pas ici, appuya-t-elle.

- Où ?! Où est le garçon ?, hurla cette même voix.

La sorcière à la robe émeraude s'apprêtait à répondre quand Rogue et Bellatrix, suivis de près par Greyback, Gibbon et les Carrow firent leur apparition.

- Minerva, dis-nous où est Harry s'il te plaît, ordonna Severus d'une voix glaciale.

- Malheureusement Severus, je n'en ai pas la moindre idée, répondit-t-elle avec un faux sourire.

- Vous l'avez caché ? Il est ici quelque part n'est-ce pas Minerva ?, demanda à son tour Bellatrix.

- Je n'en ai pas la moindre idée Black, répondit Mcgonagall d'un ton nonchalant.

Les mangemorts grommelaient face au manque de réponse de la professeure, ils n'attendaient qu'une autorisation de la part de Bellatrix ou de Severus pour attaquer.

D'un souple geste du poignet, Bellatrix projeta et immobilisa Minerva en hauteur contre l'un des murs.

- Tu en es sûre bien sûre ? Tu n'en as pas la moindre idée ?, insista la sorcière noire.

- Sûre et certaine, affirma la femme vêtue de vert.

- Très bien, dit Bellatrix avec un petit sourire agacée, Fouillez le château. », grogna-t-elle à l'adresse des mangemorts.

Tous obéirent et se hâtèrent de sortir de la Grande Salle pour aller explorer l'école minutieusement.

Minerva, Severus et Bellatrix échangèrent un regard complice en constatant que leur petite mise en scène marchait et permettait ainsi aux trois adolescents de prendre de l'avance.

« Où est Dumbledore ?, demanda alors Neville.

Les visages des trois professeurs se fermèrent et des chuchotements d'inquiétudes emplirent la salle.

- Mort, déclara-t-elle simplement, Dumbledore est mort. »

Tous se turent face à la révélation de Bellatrix, et un vent glacial sembla traverser la pièce.

--

Au bout de deux longues heures, la trentaine de mangemorts avait fini par revenir dans la Grande Salle, tous, les mains vides.

« Vous n'avez donc rien trouvé du tout ?, demanda Bellatrix visiblement énervée.

- Rien, répondirent plusieurs sorciers masqués.

- Et vous avez fouillé l'école de fond en comble ?, demanda à son tour Rogue.

L'ensemble des mangemorts acquiescèrent d'un moment de tête.

- Alors il a dû s'enfuir, déclara la sorcière noire.

- Il ne doit pas être bien loin, intervint Fenrir Greyback, Je suis sûr que je peux sentir sa trace, ajouta-t-il en quittant la salle pour se diriger vers l'extérieur du château.

- Suivez le, ordonna Severus à l'adresse des mangemorts, Et vous retournez tous dans vos dortoirs et n'en sortez pas, dit-il en s'adressant cette fois aux élèves.

Les mangemorts obéirent et partirent à la suite du loup-garou, les étudiants, eux, se montrèrent plus réticents à écouter le professeur de potion.

- Dépêchez-vous. », gronda la sorcière noire en les menaçant de sa baguette.

Les étudiants obtempérèrent et quittèrent à leur tour la Grande Salle en directions de leurs chambres. La plupart regardèrent les professeurs Rogue et Black avec un air mélangeant le doute, la peur et le dégoût. Une fois tous les élèves partis, Bellatrix ordonna aux professeurs de faire de même, ce qu'il firent après que Mcgonagall leur ait demandé d'obéir du regard.

La Grande Salle se retrouva alors bien vite vide avec pour seuls occupants restants les professeurs de métamorphose, de potion et de défense contre les forces du mal. Bellatrix libéra alors Minerva de son sort et la femme fût enfin à nouveau libre de ses mouvements.

« Vous pensez qu'ils ont pris suffisamment d'avance ?, demanda la vieille femme inquiète.

- Je l'espère, soupira Bellatrix en s'asseyant sur l'une des tables, Avec un peu de chance la tempête couvrira l'odeur de leur trace et Greyback ne les sentira pas.

- Et comment va-t-il réagir si vous revenez sans le garçon, questionna Minerva.

Bellatrix ricana nerveusement, imaginant déjà la punition que le mage noir pouvait lui réserver.

- Ça je n'en ai pas la moindre idée, dit-elle, il sera sans doute en colère...mais je ne sais pas qui subira les conséquences de cette colère, finit-elle dans un souffle.

Severus, captant très vite la détresse dans l'expression de la sorcière, essaya de la rassurer.

- Il ne s'en prendra pas à nous Bella, nous avons fait ce qu'il a demandé. J'ai fait rentrer les mangemorts... Tu as tué Dumbledore et tu lui ramènes la baguette, expliqua-t-il.

Le visage de Minerva se crispa à nouveau à l'évocation de la mort d'Albus.

- J'espère sincèrement que tu as raison Severus... », répondit la femme aux cheveux corbeaux en soupirant.

--

Depuis plusieurs heures maintenant, les trois Gryffondor courraient à travers les bois. La tempête n'avait pas désempli, ils étaient trempés jusqu'aux os et l'air glacial qui s'engouffrait entre les arbres leur était de plus en plus insupportable. Si l'adrénaline leur avait permis de tenir jusque là, quand les trois jeunes arrivèrent enfin au bout de la forêt, ils s'écroulèrent au sol, à bout de souffle et complètement gelés.

Ils restèrent là de longues minutes jusqu'à ce que leurs pouls et leurs respirations finissent par se stabiliser. Ils étaient rassurés d'être parvenus à sortir de la forêt avant la tombée de la nuit, mais ils étaient maintenant complètement perdus, que devaient-ils faire, où devaient-ils aller, les trois amis n'en avaient aucune idée. A vrai dire Dumbledore les avait un peu pris de court en leur annonçant cette nouvelle mission au dernier moment. Ils n'avaient pas eu le temps d'établir une quelconque stratégie ou le moindre plan, mais ils étaient sûrs d'une chose, ils étaient frigorifiés, épuisés et la nuit n'allait pas tarder à faire son apparition. Les trois Gryffondor convinrent alors d'installer la tente pour la nuit, de se reposer et de tout mettre en place pour la journée de demain qui marquerait le début de leur chasse à l'horcruxe.

Une fois la tente montée et la zone entourée de sorts de protection, les trois adolescents rentrèrent se réchauffer à l'intérieur. Ils se changèrent pour se vêtir d'habits secs et mangèrent près du poêle les provisions qu'Hermione avait prévue. Ils commencèrent à réfléchir aux hypothétiques endroits où Voldemort avait pu cacher son dernier horcruxe. Ils échangèrent sur leurs idées mais l'ambiance était étrange entre les trois amis qui se montraient distants. Harry était encore secoué par la mort de Dumbledore, Ron toujours sur les nerfs de sa découverte de l'après-midi et Hermione profondément inquiète pour la femme qu'elle avait laissé derrière elle en quittant Poudlard...

--

Bellatrix ne put retenir un soupir de soulagement quand les mangemorts revinrent dans la Grande Salle une nouvelle fois les mains vides. Les gamins avaient réussi à prendre de l'avance et la vie d'Hermione n'était donc plus en danger éminant, la sorcière noire dû contenir un sourire d'apaisement à cette pensée.

« Je n'ai pas pu le sentir à cause du temps, se justifia Greyback en s'approchant.

La femme se leva de la table où elle était assise depuis plusieurs heures maintenant, et quand le loup garou arriva à son niveau, elle ne put réprimer un visage de profond dégoût.

- Toi par contre tu sens le vieux cabot mouillé à des kilomètres Greyback, tu me dégoutes, dit-elle en détournant la tête de l'homme loup.

Plusieurs mangemorts ricanèrent et Fenrir grogna agressivement pour faire taire les moqueries.

- Qu'est-ce que l'on fait maintenant ?, demanda un des Carrow.

- Maintenant on... », commença Bellatrix avant d'être coupée par une douleur lancinante à l'avant bras.

En relevant la tête elle remarqua que tous les mangemorts ressentaient cette douleur, Voldemort les appelait tous. Peu à peu, les sorciers disparurent et de nombreuses trainées de fumée noire traversèrent la pièce, brisant les fenêtres pour disparaitre dans la nuit tombante. Après un bref signe de tête à Severus et Minerva, la sorcière noire prit elle aussi son envol en direction du manoir Malfoy où le Seigneur des ténèbres les attendait.

Rogue et Mcgonagall n'étaient pas dupes, Voldemort n'allait pas laisser Poudlard sous la seule surveillance de Severus et d'ici quelques heures de nombreux mangemorts seraient sûrement de retour pour régner sur les lieux. Les deux professeurs décidèrent alors de profiter de ce moment d'accalmie pour rendre un dernier hommage au directeur décédé.

A l'aide des autres professeurs, ils rassemblèrent tous les élèves à l'extérieur, au pied de la tour d'astronomie où reposait le corps inerte du grand sorcier. Minerva ne put retenir les larmes qui dévalaient ses joues à la vue de l'homme mort. Tous, élèves comme professeurs, avaient l'air terriblement peiné de voir le sorcier qu'ils respectaient tant mort à leur pieds. Plusieurs pleuraient en silence, d'autres n'osaient même pas regarder le cadavre, tous étaient à la fois triste de perdre le directeur, et inquiet de voir disparaitre un des plus grands sorciers de tous les temps, le seul qui, à leur connaissance, pouvait tenir tête au Seigneur des ténèbres.

Une fois qu'elle eut réussi à calmer ses pleurs, Mcgonagall entama un discours, un bref discours, mais un discours chargé de sens et d'émotions. Lorsqu'elle eut fini de parler, un affreux silence de mort emplie l'assemblée. La femme à la robe émeraude leva alors sa baguette illuminée en l'air, et petit à petit, toutes les personnes présentes firent de même.

La tempête s'était calmée, le vent s'était amoindri, la pluie avait cessé, mais la température n'avait pas augmenté et les nuages sombres tâchaient encore le ciel. En ce soir de deuil, la lune et les étoiles étaient invisibles et seule la marque des ténèbres éclairait le ciel de Poudlard. Les centaines de baguettes brillantes et dirigées en l'air sonnaient alors comme un espoir, comme la lumière au bout du tunnel, comme la possibilité que tout ne soit pas perdu. Le monde des sorciers venait de perdre l'un de ses plus grands mages, Poudlard venait de perdre son directeur, chacun avait perdu Albus Dumbledore, mais tous, absolument tous gardèrent l'espoir, la conviction qu'un jour prochain la lune reprendrait place dans cette étendue sombre, la certitude que les étoiles reviendraient, battant ainsi les ténèbres.

--

Elle entra dans la salle à manger du manoir Malfoy accompagnée de tous les mangemorts qui étaient à Poudlard. Elle constata bien vite que d'autres mangemorts attendaient déjà, installés autour de la longue table en bois. Voldemort n'était pas encore arrivé mais lui, celui qu'elle n'avait pas vu depuis des mois, le monstre qu'elle n'avait pas revu depuis le drame, il se tenait là, assis nonchalamment sur son siège et la regardait avec son sourire vicieux. Sans le contrôler, Bellatrix se mit à trembler violemment, elle bouillonnait intérieurement, son traumatisme venait de brusquement ressurgir et, se mêlant à la rage qui grondait en elle, cela n'allait pas faire bon ménage.

« Toi, grogna-t-elle entre ses dents tout en l'assassinant du regard.

- Bella, quel plaisir de te revoir après tout ce temps, répondit-il en se levant pour venir la saluer.

Il n'eut pas le temps de faire ne serait-ce qu'un unique pas vers elle qu'il se retrouva projeté contre l'une des colonnes en marbre de la pièce. Le choc fut d'une telle violence que le crâne de l'homme manqua de peu de se briser sous le coup. Des cordes surgirent et vinrent l'immobiliser. Elle s'approcha alors de sa démarche féline, comme une lionne prête à sauter sur sa proie pour lui briser la nuque. Tous les mangemorts avaient arrêté de parler, et tous s'étaient tournés vers le couple Lestrange pour assister au spectacle.

- Ce plaisir n'est pas partagé Rodolphus, articula-t-elle en le fusillant du regard.

- Ah oui ? Pourtant je t'ai fait ressentir beaucoup de plaisir la dernière fois que l'on s'est vu..., réplica-t-il en soutenant son regard.

Un voile de tristesse passa sur les prunelles noires et le mangemort ne manqua pas de le remarquer. Alors que les larmes commençaient à poindre dans les deux yeux noirs, le visage de Rodolphus s'orna de son plus grand sourire pervers. Quand elle l'entendit en plus ricaner, la femme en eut la nausée.

- Le seul plaisir que tu es capable de me donner est celui que je vais ressentir en te voyant mourir sous mes yeux. », dit-elle d'une voix d'une telle froideur que l'homme en frémit.

Les cordes se resserrèrent peu à peu autour du sorcier et celle qui passait autour de son cou lui coupa vite la respiration. Rodolphus perdit rapidement son sourire pour le troquer contre une expression de détresse. Il se débattait, il luttait de toutes ses forces pour échapper à cet étranglement mais tout cela était vain. S'il avait pu soumettre sa femme privée de ses pouvoirs, face à la magie de la sorcière noire, Rodolphus Lestrange ne faisait pas le poids. L'homme commençait progressivement à changer de couleur sous le regard satisfait de Bellatrix quand quelqu'un rentra dans la pièce.

« Bellatrix stop. », ordonna-t-il fermement.

La femme se retourna pour regarder son maître mais n'arrêta pas pour autant les cordes qui continuaient à se resserrer autour du mangemort qui venait de perdre connaissance.

« Bellatrix arrête tout de suite, tu pourras le tuer, mais pas maintenant. J'ai besoin de tous mes hommes pour gagner cette guerre, expliqua-t-il, Quand nous aurons gagné, il sera tout à toi... mais en attendant, je t'interdis de lui faire quoi que ce soit. »

La sorcière soutint le regard du mage noir de longues secondes avant de finalement lever son sort. Après une courte réflexion elle avait trouvé plus sage d'obéir à Voldemort et de ne pas le contrarier d'avantage alors qu'il allait déjà être suffisamment énervé par la fuite d'Harry. Elle regarda le corps évanoui de Rodolphus s'écrouler au sol et elle le gratifia d'un regard noir, se disant que ce qu'elle lui réservait dépasserait de loin une simple mort par strangulation.

Le seigneur des ténèbres invita tous ses fidèles à s'attabler et Bellatrix prit place à sa droite.

« Alors ?, demanda-t-il en s'adressant à son bras droit.

- Dumbledore est mort, répondit-elle calmement, Et voici sa baguette, ajouta-t-elle en lui tendant l'objet.

Elle crut voir comme une étincelle passer dans les yeux reptiliens du sorcier. De sa propre baguette, il désarma Bellatrix puis vint prudemment se saisir de la baguette de Sureau. Il l'étudia un moment du regard, caressa le bois, essaya plusieurs prises de main autour de l'objet, avant de finir par la ranger dans sa cape, visiblement satisfait.

- Très bien Bella, je savais bien que tu ne me décevrais pas une nouvelle fois. Grâce à toi les Malfoy sont pardonnés et pourront se joindre à nous sans avoir à subir aucune punition, déclara-t-il.

Bellatrix sourit, elle avait réussi, elle avait sauvé sa sœur et son neveu.

- Je vous remercie mon Seigneur, dit-elle en inclinant son buste en avant.

- C'est moi qui te remercie Bella, tu ne peux pas savoir à quel point imaginer ce vieux sorcier mort égaye ma journée, répondit-il avec un sourire effrayant, Maintenant, dites-moi où est le garçon. », reprit-il en s'adressant cette fois au reste des mangemorts.

Voldemort remarqua bien vite l'air gêné qu'affichaient tous les sorciers et son sourire s'effaça instantanément.

« Et bien répondez , insista-t-il d'une voix dure.

Tous se regardèrent pour voir si quelqu'un allait enfin oser répondre.

- Il s'est enfui et nous avons perdu sa trace, répondit finalement Greyback.

L'expression du Seigneur des ténèbres se glaça.

- Vous êtes entrain de me dire que j'ai envoyé trente sorciers aguerris dans une école de gamins tout juste capables de lancer un Expelliarmus, que Bellatrix a éliminé le seul obstacle entre vous et le garçon, et que vous avez quand même été incapables de me le ramener ?, dit-il d'une voix glaciale mais dangereusement douce, une voix qui fit pâlir chacune des personnes présentes autour de la table.

- Nous sommes désolés maître, mais... », commença Macnair avant d'être coupé.

Des gémissements de douleur emplirent la salle, Macnair gesticulait alors qu'une main invisible semblait l'étrangler. Du bout de sa baguette, Voldemort fit léviter l'homme au dessus de la table et alors que la victime était proche de l'évanouissement, d'un brusque geste du poignet, le Seigneur des ténèbres lui brisa la nuque. Le craquement des os de l'homme résonna dans toute la pièce et tous les fidèles regardèrent apeurés le corps sans vie e s'écrouler au centre de la table.

« J'espère que vous ne pensez pas comme Macnair que vos excuses ou vos justifications m'importent. », grinça-t-il entre ses dents.

Tous baissèrent la tête, incapables de soutenir le regard de leur Seigneur.

«Vous et vous !

S'exclama-t-il en désignant la plupart des mangemorts qui étaient à Poudlard, dont Greyback.

Partez et ne revenez pas tant que vous n'avez pas retrouvé le garçon, patrouillez avec les rafleurs, cherchez de jour comme de nuit. Et quand vous l'aurez trouvé, amenez le ici et appelez moi immédiatement.

Vous !

Ajouta-il en désignant la dizaine d'hommes restants dont les Carrow faisaient partis.

Retournez tout de suite à Poudlard avec Severus et attendez de voir s'il revient pour sauver tous ses petits camarades. »

Tous s'exécutèrent à la hâte, pressés d'échapper au plus vite à la colère du mage noir.

« Nagini. », appela Voldemort.

L'immense serpent aux écailles sombres entra dans la pièce et glissa lentement au sol jusqu'à son maitre. Le Seigneur des ténèbres siffla quelques mots en fourchelangue et le serpent s'enroula autour du pied de la table pour monter sur celle-ci. L'animal continua ensuite sa route le long de la table sous le regard inquiet des mangemorts encore présents. Nagini termina sa course quand elle arriva au niveau du corps de Macnair. En un claquement de mâchoire qui provoqua une grimace de dégoût à Bellatrix, le serpent commença à engloutir le cadavre de l'homme. Tous durent assister au dîner complet du reptile avant que Voldemort ne les libère enfin. Avant de quitter la pièce, la sorcière noire se tourna une dernière fois vers le sorcier qui caressait la bête écailleuse comme si elle était la chose la plus précieuse qui lui restait. Bellatrix eut alors une révélation, son instinct la trompait rarement et elle en était donc intimement persuadée: le dernier horcruxe se trouvait sous les mains du Seigneur des Ténèbres et répondait au nom de Nagini.

La femme traversa le manoir Malfoy, cette demeure qu'elle détestait, mais dans laquelle elle allait être contrainte de séjourner si elle voulait pouvoir mettre la main sur le trio d'or avant Voldemort. Elle avança donc dans un des longs couloirs à la recherche de la chambre qu'elle allait occuper et un frisson descendit le long de sa colonne vertébrale quand elle passa devant une porte, la porte ouvrant sur une pièce, la pièce qui avait abritait un supplice, son supplice. Elle accéléra le pas, voulant s'éloigner au plus vite de cette maudite pièce où elle pouvait encore entendre résonner ses propres cris de détresses mêlés aux gémissements écœurant de son mari.

Elle trouva refuge dans la chambre situé tout au bout de l'aile et elle verrouilla rapidement la porte avant de se laisser glisser contre celle-ci. Tous ses membres tremblaient, sa respiration était saccadée et son cœur battait à tout rompre. Elle eut alors la mauvaise surprise de découvrir que son traumatisme n'était finalement pas encore tout à fait derrière elle. Si vivre à Poudlard aux côtés d'Hermione les avait fait taire, maintenant qu'elle se retrouvait seule dans ce sinistre endroit, les souvenirs de son viol ainsi que ses vieux démons lui revenaient brutalement en pleine face. La femme se retrouva tout à coup complètement dépassée par tous les sentiments destructeurs qui bouillonnaient en elle, vivre ici avec les mangemorts, même une poignée de jour seulement, lui semblait insurmontable. Bellatrix essaya tout de même de rationaliser la situation en se disant que, maintenant que Voldemort avait levé ses menaces sur les Malfoy, sa sœur Narcissa ne tarderait pas à la rejoindre. La simple pensée de retrouver sa petite sœur permit à Bellatrix de suffisamment se calmer pour être capable de se lever et d'aller jusqu'au lit.

La sorcière s'écroula sur le matelas et se faufila toute habillée sous la couette. Elle se recroquevilla et essaya de calmer les tremblements qui secouaient encore son corps. Elle se sentait mal, affreusement mal, pour tout et pour rien. Comme si la bulle de bonheur dans laquelle elle venait de passer les deux derniers mois venait d'éclater, comme si tous ses problèmes ressurgissaient d'un coup, comme si après avoir goûté quelques temps à la joie elle devait maintenant en payer le prix fort. Elle ne pouvait s'expliquer ce soudain coup de cafard, était-il dû à l'inquiétude qu'elle avait pour Hermione, au fait que la fille soit soudain loin d'elle, au brusque passage d'un Poudlard chaleureux à ce Manoir glacial, à sa confrontation avec Rodolphus qu'elle n'avait pas vu depuis des mois, ou encore à toutes les responsabilités que Dumbledore lui avait légué aujourd'hui bien malgré elle... Bellatrix n'arrivait pas vraiment à le déterminer, c'était sans doute un peu de tout ça, mais en tout cas cela lui pesait énormément sur le moral, tellement qu'elle avait peur que le Philtre de Paix amélioré de Severus ne suffise plus très longtemps...

--

Le jour se leva en ce 16 avril et réveilla avec lui le trio d'or qui n'avait pas passé sa meilleure nuit sous cette tente. Malgré le manque de sommeil, c'est motivé qu'ils se levèrent tous les trois, prêts à en découdre avec Voldemort. La journée d'hier et la mort de Dumbledore n'avaient fait qu'accroitre leur détermination. Les trois Gryffondor comptaient bien faire leur maximum pour détruire au plus vite l'horcruxe et ainsi libérer Poudlard et tout le Royaume Uni des griffes du Seigneur des ténèbres.

Alors qu'ils défaisaient leur campement, Hermione alluma la radio en espérant en apprendre plus sur la situation dans laquelle se trouvait l'école de sorcellerie.

« Nous dénombrons une dizaine de nouvelles attaques et un total de 162 morts pour la journée d'hier à Londres. Les agressions se multiplient dans toute l'Angleterre, sorcière comme moldue, et un climat de terreur règne depuis plusieurs jours dans la capitale où un épais brouillard semble s'être installé depuis le début de la guerre.

Nos sources travaillants au Ministère de la magie aux côtés des mangemorts nous ont appris dans la nuit que Poudlard a été attaquée hier midi. L'attaque a été commanditée par Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom dans le but d'atteindre Harry Potter. Le garçon a réussi à prendre la fuite et on ne connait pas sa position actuelle. Néanmoins, les mangemorts contrôlent maintenant Poudlard et tous les élèves et professeurs de l'école sont retenus en otage. On dénombre une unique mort de cette attaque, celle d'Albus Dumbledore, sorcier légendaire et directeur de Poudlard qui, toujours selon nos sources, aurait été abattu froidement par nulle autre que la célèbre mangemort Bellatrix Lestrange... », la voix de l'informateur continua à sortir de la radio mais Hermione n'en entendit plus un mot.

La tête lui tournait et elle n'y voyait plus clair. Son cerveau avait du mal à assimiler cette nouvelle et son cœur en était tout simplement incapable. Le choc était tel qu'elle eut peur de s'évanouir et se laissa alors tomber assise au sol. Son souffle s'était coupé, sa vision brouillée, ses oreilles bouchées. Dans son trouble elle crut entendre Harry hurler de rage « Je vais la tuer, je le savais, je vais tuer cette salope ! ». Elle laissa son buste s'écrouler en arrière et son dos s'écrasa sur l'herbe humide. Le regard vide, elle fixait le ciel grisé de nuages. "Comment avait-elle pu faire ça ?", était la question qui résonnait dans sa tête.

« Hermione ?!, appela Ron en secouant doucement la fille qui se trouvait dans un état second, Est-ce que ça va ?

Hermione cligna plusieurs fois des yeux, elle se concentra sur la silhouette flou à la tignasse rousse qui lui parlait et réussit finalement à revenir à elle.

- Oui ça va, répondit la Gryffondor en se relevant difficilement, Je vais aller marcher deux minutes pour m'aérer l'esprit, ajouta-t-elle en remarquant qu'Harry était également parti ruminer sa colère un peu plus loin.

- Ça doit faire mal non ?, demanda alors le rouquin alors qu'elle venait de lui tourner le dos.

- De quoi ?, répondit-elle en se retournant vers lui les sourcils froncés.

- Ça doit faire mal d'être amoureuse de la femme qui a tué Dumbledore, énonça-t-il d'un ton dur, Je vous ai vu hier dans le couloir vous embrasser et vous dire des mots doux, ajouta-il méchamment en voyant son amie écarquiller les yeux.

- Alors c'est pour ça que tu étais exécrable hier Ronald ? Tu étais juste jaloux c'est ça ?, se moqua-t-elle pour décrédibiliser le rouquin qui venait de lui exposer la dure réalité, à savoir qu'elle était effectivement bien amoureuse de la coupable de tant d'atrocités.

- N'essaie pas de retourner la situation Hermione, s'agaça Ron.

Elle baissa les yeux en sentant les larmes lui monter.

- Tu as raison, je m'en prends injustement à toi alors que tu n'y es pour rien, je suis désolée... S'il te plaît ne dis rien à Harry, implora-t-elle en entendant le brun continuer de crier sa rage à la lisière du bois.

Ron soupira.

- Ne t'en fais pas je ne comptais rien lui dire, je ne pense pas qu'il ait besoin de ça en ce moment, dit-il.

- C'est sûr..., confirma Hermione en rigolant tristement, Et pour répondre à ta question, ajouta-elle en levant ses yeux humides pour capter le regard de Ron, Oui, ça fait affreusement mal... »

--

« Bella. », entendit-elle dans son sommeil.

« Bella, réveille toi. », entendit-elle à nouveau.

C'est quand elle sentit quelque chose lui caresser la joue que Bellatrix se réveilla dans un sursaut.

« Enfin, rigola la femme aux mèches blondes, J'ai bien cru que je n'arriverai jamais à te réveiller.

- Cissy !, s'exclama-t-elle en se jetant dans les bras de sa sœur, Tu vas bien ?

- Oui je vais bien et je peux te remercier pour ça d'ailleurs, répondit Narcissa en souriant, Et toi tout va bien ?, demanda-t-elle en l'étudiant attentivement du regard.

Elle baissa les yeux.

- Oui, dit-elle d'une voix pas vraiment convaincue.

Narcissa fronça les sourcils.

- C'est un petit oui ça... je pensais que tuer Dumbledore t'aurait soulagé..., avança-t-elle en sachant que sa grande sœur tenait Albus pour responsable de sa détention à Azkaban.

La sorcière noire releva le regard pour le planté dans celui de Narcissa, elle resta sans un mot un moment à réfléchir. Devait-elle tout dire de son alliance de cet été avec Dumbledore ou est-ce que c'était plus prudent de le garder pour elle.

- Oui tu as raison ça m'a fait du bien..., dit-elle le regard fuyant, Mais ce qui me fait surtout plaisir c'est que Draco et toi soyez maintenant en sécurité.

Narcissa lui sourit et se leva du lit où elle s'était assise.

- Je te laisse te préparer, on t'attend en bas pour déjeuner.

- On ?, questionna-t-elle avec appréhension.

- Lucius et moi, il ne reste plus que nous trois, les autres sont repartis au Ministère, expliqua la femme.

- D'accord, je me dépêche et j'arrive.», soupira Bellatrix, soulagée de savoir que Rodolphus ne se trouvait plus sous le même toit qu'elle.

--

C'est dans un champ en périphérie de Londres que les trois Gryffondor établirent leur campement pour la nuit. Cette première journée de recherche était un échec cuisant. Ils avaient décidé le matin même de transplaner dans la capitale afin de se rendre à l'orphelinat où avait grandi Voldemort. Ils espéraient trouver là bas au mieux l'horcruxe, au pire quelques indices, mais rien, il ne restait absolument rien. L'orphelinat n'était maintenant plus qu'un grand bâtiment abandonné où ne résidait plus aucune trace de Tom Jedusor.

Harry alla se coucher tôt. Il avait passé la journée à pester contre la sorcière noire et était maintenant contrarié du manque de résultat de leurs premières recherches. Ron avait bien remarqué l'abattement d'Hermione et il profita d'être enfin seul avec elle pour lui en parler.

« Ça va ?, demanda-t-il en venant s'assoir à ses côtés.

- Est-ce que ça à l'air d'aller ?!, répondit-elle sèchement.

- Pas besoin d'être agressive, se défendit-il, Je m'inquiète juste pour toi...

Elle leva les yeux au ciel.

- Je suis sûre qu'au fond de toi tu jubiles de la situation, réplica-t-elle.

- Tu penses vraiment que je pourrais jubiler de ton malheur ?, demanda-t-il l'air effaré.

- Franchement je pense que tu préfères me voir malheureuse à cause d'elle plutôt que de me voir heureuse avec elle...

- Comment est-ce que tu peux penser une chose pareil Hermione ?!, se scandalisa-t-il alors qu'au fond de lui il le savait, elle n'avait pas tout à fait tord.

La Gryffondor éclata en sanglots.

- Je suis désolée, je me défoule sur toi alors que tu ne mérites pas ça, dit-elle d'une petite voix.

S'il ne supportait pas d'imaginer Hermione avec quelqu'un d'autre que lui, d'autant plus avec Bellatrix, Ron n'aimait pas non plus voir la fille aller si mal. Il se rapprocha un peu plus d'elle et passa un bras derrière son dos.

- Ça va aller, essaya-t-il de la consoler.

Hermione se laissa aller contre Ron et posa sa tête sur l'épaule du garçon.

- J'ai mal Ron... j'ai tellement mal, chuchota-t-elle alors que les larmes dévalaient ses joues, Je lui en veux tellement... mais je crois que je m'en veux encore plus... Comment est-ce que j'ai pu être aussi bête ? J'ai cru qu'elle n'était pas celle que tout le monde pensait, je croyais qu'elle était la femme formidable qu'elle m'a fait miroiter depuis Septembre. J'en étais même sûre et certaine. J'ai vraiment cru à tout son petit manège... Je n'arrive même pas à comprendre comment j'ai pu me tromper à ce point, comment j'ai pu la laisser se servir de moi comme ça... Je n'en reviens pas, je lui faisais confiance, malgré tous les doutes que j'avais au début j'ai fini par lui faire totalement confiance... Et c'est au moment où j'étais prête à lui confier ma vie qu'elle décide de me planter un couteau dans le dos... Je suis minable Ron, complètement minable... Je me déteste... Je la déteste... , elle s'arrêta dans sa tirade pour prendre le temps de respirer avant de rajouter dans un souffle, Je la haie et pourtant je ne peux pas m'empêcher de l'aimer de tout mon cœur...

Elle s'accrocha à la nuque du garçon et continua à pleurer de longues minutes, la tête enfouie dans son cou. Ron était profondément énervé contre Bellatrix. Si sa jalousie l'avait déjà bien remonté contre la sorcière noire, le fait que la femme fasse souffrir Hermione à ce point le contraria d'autant plus.

Hermione était complètement anéantie, elle était totalement dépassée par les évènements. Elle qui s'était d'abord inquiétée pour Bellatrix en quittant Poudlard, ne s'était pas doutée une seconde que la sorcière noire était en réalité la meurtrière. Quand elle avait entendu le présentateur de radio prononcer le nom «Bellatrix Lestrange», une véritable douche froide s'était abattue sur Hermione. C'était comme si le ciel venait de s'écrouler, comme si tout ce qu'elle pensait savoir se révélait en fait complètement faux, comme si tous ses repères venaient de brusquement disparaître, comme si tout son monde était tout à coup remis en question. Hermione était brisée, entièrement brisée, Bellatrix l'avait brisée.

Elle avait beau faire confiance à la femme, dès l'instant où la radio lui avait révélé la tragique nouvelle, Hermione n'avait eu aucun doute, Bellatrix l'avait bien fait. Elle ne se l'expliquait pas mais elle savait que la sorcière noire avait tué Dumbledore. Si elle y réfléchissait bien ça tombait sous le sens, tout le monde avait eu raison, Bellatrix était tout simplement du côté de Voldemort depuis le début. Elle ne voulait pas y croire et pourtant elle ne pouvait plus penser le contraire. Elle avait passé la journée à cogiter, à considérer et reconsidérer la chose, elle voulait une Bellatrix innocente, une femme qui avait une bonne raison, mais cela était trop gros et irrationnel. Elle arrivait donc toujours à la même conclusion, une conclusion qu'elle détestait et pourtant la seule qu'elle trouvait plausible, celle d'une sorcière manipulatrice, d'une mangemort prête à tout pour satisfaire son maître.

Hermione se sentait cruellement trahie par la sorcière noire, elle ne pouvait pas concevoir que cette femme au service des ténèbres, tueuse de Dumbledore, soit la même femme qui les avait aidé tout au long de l'année avec les horcruxes, celle qui lui avait donné espoir, celle qui lui avait dit toutes ces belles choses, celle dont elle était tombée amoureuse... Non pour Hermione il était presque impossible que ces deux femmes soient la même personne, une de ces deux facettes était forcément fausse. Elle s'était alors mise devant l'évidence que la facette de Bellatrix qui lui plaisait tant, celle qu'elle aimait, n'était en fait qu'illusoire...

Concevoir que la femme n'ait jamais rien ressenti pour elle la blessait profondément. Imaginer n'avoir jamais compté pour la sorcière était complètement atroce pour Hermione. Penser que sa relation intime, sa relation amoureuse avec Bellatrix soit fausse avait provoqué une cassure dans le coeur de la jeune femme, dans ce coeur qui ne battait que pour une seule et unique personne.

Les récentes déclarations de Bellatrix et sa demande de confiance éternelle restaient maintenant bien amères dans la tête d'Hermione, cette jeune femme blessée qui n'était plus capable de voir plus loin que le bout de son nez.

--

Bellatrix avait passé la journée à apprécier la compagnie de sa sœur et à tolérer celle de Lucius. Quand elle rentra dans la salle à manger à l'heure du dîner, elle eut la mauvaise surprise de voir une grosse dizaine de couverts disposés. Elle s'attabla à côté de sa sœur, sans un mot, et très vite plusieurs mangemorts, dont Rodolphus, se joignirent au dîner. Bellatrix comprit alors que cette journée de tranquillité n'était qu'un coup de chance et qu'elle allait devoir s'habituer aux allées et venues des mangemorts et de son mari.

Elle sentit le regard pesant de l'homme sur elle tout au long du repas et elle dut lutter pour ne pas lui jeter un petit sortilège de mort entre le plat et le dessert. Elle se sentait mal en sa présence et doutait de ses capacités à rester calme ces prochains jours si le sorcier se décidait à continuer ses visites au Manoir.

Narcissa remarqua bien vite l'attitude étrange de sa sœur en présence de Rodolphus et la questionna à ce sujet. La sorcière noire ne lui révéla rien et nia tout en bloc, ne voulant pas en parler et se sentant d'ailleurs incapable d'en parler à quelqu'un d'autre qu'Hermione.

Seulement Hermione n'était pas là pour lui servir de confidente, pour la soulager de ses craintes et angoisses, pour l'aider à évacuer la pression, pour lui faire oublier tous ses problèmes. Non la fille n'était pas là, et cela constituait d'ailleurs un autre de ses tourments. La sorcière noire se retrouvait alors à nouveau seule, toute seule pour lutter contre l'explosion d'une hypothétique nouvelle crise, qui, chaque jour passé dans le Manoir Malfoy, se montrerait plus menaçante.

--

Voilà déjà une quinzaine de jours que le trio d'or vagabondait dans la campagne anglaise à la recherche de l'horcruxe. Ils suivaient chaque matin de nouvelles pistes et essuyaient chaque soir de nouveaux échecs. Leur moral était au plus bas et ils commençaient à désespérer d'y mettre un jour la main dessus. Ils avaient l'impression d'avoir déjà cherché partout, mais n'avaient pourtant absolument rien trouvé. En plus de cela ils voyaient la guerre gronder de plus en plus sur tout le Royaume Uni. Les dégâts croissaient et les morts augmentaient drastiquement et ils se sentaient tous les trois les témoins impuissants mais coupables de cette catastrophe.

La veille, Harry s'était réveillé à la suite d'un rêve en étant persuadé que l'horcruxe se trouvait dans le village où habitaient ses parents. Ils s'étaient donc rendus à Godric's Hollow et c'est là bas qu'ils avaient perdus leurs derniers espoirs. Alors que les trois amis étaient persuadés que cette fois était la bonne, qu'ils allaient enfin mettre la main sur l'horcruxe, ils s'étaient finalement retrouvés en plein piège du Seigneur des ténèbres. Attaqué par le serpent du mage noir alors qu'ils pensaient rencontrer Bathilda Toursesac, une ancienne amie de Dumbledore, les trois Gryffondor avaient échappé de peu à l'arrivée de Voldemort ou de ses fidèles en transplanant. Ils avaient atterri dans des bois qui leur étaient inconnus, mais complètement épuisés et démoralisés, ils s'étaient contentés de monter leur campement et d'aller se coucher.

Le lendemain matin, Harry s'était levé le premier et, comme tous les jours, il s'était assis à côté de la radio, écoutant avec attention les informations, priant pour ne pas entendre un nom qui lui était connu parmi la liste des morts de la veille . Ron s'était ensuite réveillé et, comme tous les matins, il s'était assis sur le bord du lit de camp d'Hermione qui était prise de sanglots, comme à chacun de ses réveils depuis les quinze derniers jours. Fidèle à leur récente routine, le rouquin caressait alors doucement le dos de la fille pour l'aider à se calmer et la Gryffondor prenait sur elle pour ne pas se laisser engloutir par la tristesse qui la rongeait. Cependant un élément vint rompre le rituel du réveil instauré entre les deux amis, effectivement, écoutant seulement son cœur et ignorant sa raison, Ron se pencha au dessus d'Hermione et posa ses lèvres sur celles rosées de la fille.

Il se recula rapidement, surpris par son propre geste, mais ne le regretta pas une seconde car au fond de lui, il en mourrait d'envie. Hermione resta bête de longues secondes, les yeux écarquillés et la bouche entre-ouverte. La jeune femme se surprit à trouver dans ce geste inattendu un certain réconfort. Elle qui se noyait dans sa peine depuis des jours et des jours trouva dans ce baiser comme une bouée de sauvetage. Alors, complètement aveuglée par le mal qui l'oppressait, ne pensant égoïstement qu'à soulager sa souffrance, Hermione s'accrocha un instant à cette bouée...

La fille se redressa, attrapa le visage du rouquin entre ses mains et amena la bouche du garçon jusqu'à la sienne. Ron, bien que totalement sous le choc, ne perdit pas une miette du baiser qu'Hermione venait d'initier. Le rouquin mit dans ce contact tout l'amour qu'il portait à la fille, alors que cette dernière se contenta de tout prendre sans rendre en retour, juste parce que l'espace d'un instant ça lui faisait du bien, ça la faisait se sentir mieux.

Le baiser prit fin lorsque Ron entreprit de glisser ses mains sous le teeshirt d'Hermione. La jeune femme se détacha brusquement du garçon et elle se rendit immédiatement compte de la bêtise qu'elle venait de faire.

« Ron je suis vraiment désolée je n'aurais jamais dû faire ça, s'empressa-t-elle de dire.

Le visage du rouquin se crispa.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?, demanda-t-il.

La fille soupira avant de se décider de jouer la sincérité, car après tout Ron méritait bien cela.

- Je sais ce que tu ressens pour moi et je t'ai embrassé égoïstement parce que je me sentais mal mais je ne... je ne t'aime pas et je..., elle n'eut pas la force d'aller plus loin.

- Et tu l'aimes encore, finit Ron d'un ton dur avant de se lever.

- Ron je suis désolée.», ajouta-t-elle d'une petite voix alors que le rouquin énervé sortait de la tente.

Les larmes perlèrent de nouveau sur les joues d'Hermione. Elle se trouvait affreusement nulle, pathétique, faible. Elle avait pensé qu'embrasser Ron la soulagerait au moins un petit peu mais elle se sentait encore plus minable. Elle dut alors se faire à la déchirante vérité que le seul baiser qui pourrait vraiment l'apaiser était celui de la femme qui lui causait toute cette souffrance...

Après de longues minutes, Hermione finit par se lever et elle rejoignit Harry dans l'autre pièce de la tente. Le garçon la regarda mais ne lui dit rien. Il savait qu'elle n'allait pas bien, mais lui non plus n'allait pas bien, et il comprenait donc que ça ne servait absolument à rien d'en parler maintenant.

Les informations à la radio prirent fin au profit de la musique et le garçon augmenta un peu le volume avant de se lever.

Harry tendit une main à Hermione et il la regarda avec un tendre sourire. Elle l'observa de ses yeux humides et sans aucune hésitation elle lui prit la main. Les deux amis se regardaient dans les yeux et se tenaient fermement les mains, bougeant en rythme sur les paroles et l'air de O'Children de Nick Cave. Aucun des deux n'était dupe de la peine et du mal que ressentait l'autre, mais ils ne dirent rien et se contentèrent de se soutenir mutuellement et silencieusement. Elle comme lui dansaient pour survivre, pour continuer à tenir. Parce que c'était la guerre, parce qu'ils étaient tristes, parce que c'était déjà trop dur et qu'ils se préparaient pourtant au pire. Alors ils s'accordèrent l'un comme l'autre cette danse comme si elle était une bouffée d'oxygène alors que l'air leur manquait. La musique défila lentement mais pourtant sans doute un peu trop vite. Les mines attristées laissèrent place à de légers sourires accompagnés de rires timides. Les deux amis partagèrent cette danse, parce que l'un comme l'autre avaient besoin de se sentir soutenu, de se sentir compris, de se sentir aimé. Ce moment de paix au milieu des ténèbres fut bref et prit fin quand la musique s'arrêta... et quand les cris de Ron résonnèrent dans le sous-bois.

Ils sortirent de la tente et coururent en direction des bruits. Ils virent bien trop vite un groupe de rafleurs qui détenaient déjà Ron, et Hermione reconnu immédiatement Fenrir Greyback parmi les individus. Au vu du regard qu'il lui assena, le loup-garou semblait également l'avoir reconnu. Alors que les sorciers n'étaient plus qu'à quelques dizaines de mètres d'eux, la Gryffondor eut le réflexe de jeter un sort à Harry pour déformer son visage. Elle eut à peine le temps de se tourner pour regarder le résultat de son sortilège sur le garçon qu'elle fut elle-même frappée d'un sort qui lui fit perdre connaissance.

Elle entendait des voix d'hommes mais elle n'arrivait pas à distinguer leurs mots. Une vive odeur fortement désagréable emplissait ses narines. Elle entendit un nouveau bruit, cette fois pas une voix mais un claquement, un claquement qu'elle ne connaissait que trop bien. Malgré ses paupières lourdes elle fit alors l'effort d'ouvrir les yeux, et là elle vit deux prunelles noires, ses prunelles noires...