Chapitre 9 : Libre
À l'arrivée du Poudlard Express à la gare de King Cross, Severus attendait tranquillement Harry. Tous les yeux étaient tournés vers l'homme, il n'était pas courant de le voir, encore moins sur le quai de la gare en tenue décontractée. Les sorciers l'avaient longuement regardé, parfois admirativement, mais le plus souvent craintivement.
Quelques-uns avaient même eu l'audace de venir lui parler pour le remercier de sa contribution pendant la guerre, de l'avis de Severus, ils étaient très certainement des anciens Gryffondors pour oser l'approcher malgré son regard noir. Il n'y avait que Molly et Arthur Weasley pour avoir l'air aussi joyeux à côté de l'homme, il ne leur avait pas dit la raison de sa présence, mais le couple n'avait pas posé plus de question que cela. Après tout, Severus avait été un espion, personne ne pouvait lui faire révéler ses secrets. Mais le couple était bien loin de tous ces questionnements, leurs deux derniers enfants terminaient leurs études à Poudlard, c'était tout un pan de leur vie qui se terminait. Severus les écoutait d'un air distrait parler de la première fois qu'ils les avaient amenés à Poudlard.
Au loin, les contours du Poudlard Express se dessinaient tranquillement. Severus ne bougea pas d'un cil, il se demandait avec amusement ce que lui préparait son Gryffondor préféré. Ils n'avaient pas spécialement parlé de la façon dont ils allaient agir, outre le fait qu'ils allaient se mettre à découvert aujourd'hui. Severus ne doutait pas qu'Harry lui préparait quelque chose, et il avait hâte de voir ça !
Le bruit du train était assourdissant à son arrivée en gare, le Directeur de Poudlard s'était toujours demandé pourquoi le Ministère n'avait pas rénové cette antiquité, ou changée pour un modèle plus récent, plus rapide et moins bruyant. Personne ne pouvait contester la beauté de ce train, mais son bruit et sa lenteur par rapport à des modèles moldus bien plus récents étaient souvent mis en avant par les nés-moldus et sang-mêlé.
Les élèvent se mirent à sortir peu à peu du train, les valises volant derrière eux, les années inférieures souvent aidées des élèves majeurs pour éviter de porter leur lourde malle. Harry était dans les premiers, il n'eut aucun mal à le repérer parce que tout le monde avait les yeux tournés vers Severus, se demandant qui l'homme pouvait bien attendre. Une fois que ses amis furent descendus, Harry ne tarda pas une minute de plus à se diriger vers lui d'un pas déterminé. S'arrêtant à quelques centimètres de lui, Severus se demandait si le jeune homme allait l'embrasser, pas sûr de vouloir le faire devant tout le monde dans cette gare, mais déçu de ne pas pouvoir l'embrasser tout de suite.
- Enfin libre ! souffla Harry avec joie contre les lèvres de Severus juste avant de l'embrasser furtivement.
La gare n'avait jamais semblé aussi silencieuse à Severus, Harry ne semblait même pas avoir remarqué que tous les regards étaient maintenant braqués sur eux. Le jeune homme ne faisait que parler de tout et de rien, parlant joyeusement et faisait comme si personne ne s'était figé de stupeur.
- Tu l'as dit à tes amis, au moins, avant de faire… tout cet étalage d'affection en public ?
- Pour qui me prends-tu, Severus ? Bien sûr que oui ! Y'a environ dix minutes !
Le sourire de Severus était surprenant, mais passa presque inaperçu après tout ce que les sorciers pouvaient voir. Même le couple Weasley tout à côté d'eux ne faisait aucun effort pour cacher leur écoute, les yeux ronds et la bouche entrouverte.
- Aller, Severus ! Allons-y ! J'aimerais pouvoir m'installer tranquillement.
- Comme si ce n'était pas déjà fait, grogna Severus tout en prenant la main de son petit ami.
Harry diminua sa malle d'un coup rapide de baguette et se tourna vers ses amis, toujours sans lâcher la main de Severus. Désolé, on a encore quelques petites choses à régler, on se voit dans peu de temps ?
Severus admirait les amis de son fiancé pour essayer de ne pas avoir l'air aussi abasourdi qu'ils l'étaient vraiment. Après quelques salutations de plus et promesses de se voir prochainement, Harry se retourna vers lui pour l'embrasser une fois de plus et confirma qu'il était prêt pour le transplanage.
HPSS HPSS
- Je ne suis jamais venu dans un restaurant aussi chic, fit Harry en examinant la nappe brodée d'or. Je ne sais pas encore si cela me plaît vraiment. J'ai juste l'impression que c'est juste…
- Trop ?
- Exactement.
Leur plat arrivèrent avec une cloche en argent sur le dessus, Harry était toujours dubitatif, avaient-ils besoin de tout ce clinquant pour manger un bon repas ? Severus non plus n'était jamais venu ici, Harry avait choisi cet endroit, car il en avait entendu parlé, il savait que c'était un endroit assez réputé et qu'il n'y avait peu de doute qu'une photo d'eux apparaîtrait dans la Gazette du Sorcier le lendemain matin. De toute façon, ils avaient été sur le Chemin de Traverse et à Pré-au-Lard une partie de l'après-midi, leur plan se déroulait parfaitement bien, pour le moment.
- De quoi sommes-nous censés discuter alors que nous nous attendons à être espionnés ? demanda Harry après quelques minutes de silence.
- Je ne sais pas, mais nous sommes à notre premier vrai rendez-vous. Nous pouvons peut-être en profiter aussi ?
- En profiter ? Severus, si je devais faire ce qu'il faut pour en profiter pleinement, nous serions renvoyés de ce restaurant avec l'interdiction de revenir.
Une légère rougeur apparut sur les joues de Severus, le regard affamé qu'il lança à Harry démontra qu'il avait parfaitement compris à quoi le jeune homme faisait allusion.
- Ma foi, il est déjà étonnant qu'une édition spéciale de la Gazette du Sorcier n'ait pas été publiée après ton étalage à la gare, nous serions ainsi à la une. La blancheur de ton postérieur jurerait grandement avec la couleur du tissu de cette table !
Si Harry voulait le taquiner, Severus n'était pas en reste non plus. Le repas se déroula ainsi, tranquillement et entre taquinerie et envie. La nourriture avait été un véritable ravissement pour leurs papilles, mais Severus et Harry ne se sentaient pas à l'aise dans un tel restaurant, ils étaient peut-être des héros de guerre aux yeux du monde, ils n'en restaient pas moins des sorciers simples.
Quand le serveur apporta l'addition, Severus tendit la main pour la payer. Le prix était assez onéreux, mais ce n'était pas très étonnant pour Severus.
- Nous pouvons partager, Severus.
- Bien sûr que nous pouvons. Mais je tiens à payer.
- Le prix doit être exorbitant, tu n'es pas obligé !
- Je sais. Mais, je ne dis pas que ça sera gratuit pour toi. Disons que j'attends que nous soyons dans un endroit un peu plus… privé, pour vous demander une petite compensation pour ma galanterie de ce soir.
Aucun doute quant à la compensation qu'allait lui demander Severus, pas qu'Harry allait rechigner, bien au contraire. Après tout, Harry avait grandement envie de son fiancé, maintenant qu'il avait enfin le droit de le gouter de toutes les manières possibles, il n'allait pas s'en priver.
- Alors, payons vite cette note, je déteste avoir des dettes, répondit Harry avec un sourire malicieux.
HPSS HPSS
Severus lisait distraitement la Gazette du Sorcier alors qu'Harry tournait son Chicaneur pour essayer de voir une plante, ou une créature magique, il ne savait pas vraiment.
- Alors ? Verdict ? demanda Harry calmement.
- Quelqu'un dit avoir réussir à faire éclore un basilic ! répondit Severus avec scepticisme.
- Severus !
- Tu as raison, la photo est de mauvaise qualité en plus. Sûrement un serpent lambda !
- Je te parle de la Une ! Tu sais, la photo en gros plan de nous marchant main dans la main sur le Chemin de Traverse !
- Ah ! ça ? Rien de bien intéressant ! Ils parlent simplement de notre rapprochement et d'une possible mise en couple.
- L'article fait trois pages, ils ne doivent pas dire que ça.
- Je résume !
Harry fut obligé d'arracher le journal des mains de Severus pour pouvoir lire l'article. Pas que ça l'intéressé vraiment de savoir ce qu'on pensait de lui, il en avait l'habitude, mais il ne voulait pas ternir la réputation précaire de Severus. À son grand étonnement, l'article restait assez neutre et détaillait simplement les deux hommes et ce qui les avait peut-être rapprochés. Contrairement à ce qu'il avait pensé, il n'était écrit nulle part que Severus l'avait drogué avec une potion d'amour, ou quoi que ce soit de répréhensible.
- Ils sont relativement neutres, c'est étrange.
- Pas vraiment, répondit Severus. Tu as vaincu le Seigneur des Ténèbres, j'ai été espion, nous sommes des Héros de guerre. Et je suis le Directeur de Poudlard. Personne ne voudrait nous mettre en colère tout de suite pour apporter de fausse accusation maintenant que notre opinion à autant de poids. Du moins, pas tant que Rita Skeeter est hors-jeu. Après trois mois à Azkaban pour être un Animagus non déclaré et six mois supplémentaires pour être entrée au Ministère sous cette forme, dans des procès privés, il y a peu de chance que quelqu'un la reprenne. Nous avons eu de la chance.
- C'est vrai. Finalement, Hermione a eu raison de la dénoncer.
- Gran-Hermione ? s'étonna Severus. Comment l'a-t-elle découvert ?
- Oh, c'était pendant le Tournoi des Trois Sorciers…
Sans Rita Skeeter et depuis la fin de la guerre, une grande partie des sorciers avait pris à cœur la demande de leur héros, le laisser vivre sa vie comme il l'entendait. Et bien qu'Harry ne pouvait pas se promener tranquillement sans être regardé et remercié, les sorciers avaient bien trop hâte d'oublier ces périodes de guerre pour s'attarder sur Harry Potter, bien qu'ils lui seraient éternellement reconnaissants. Cependant, quelques ns pensaient toujours avoir leur mot à dire. Dans ce lot, Ginevra et Ronald Weasley.
- Oh ! Qu'ils forment un joli couple ! s'exclama Molly Weasley en regardant le journal au-dessus de l'épaule de son époux. C'est surprenant, bien sûr, ils semblaient tellement se détester… Mais s'ils sont heureux !
- Heureux ? N'importe quoi ! Il lui a forcément donné une potion !
- Ça suffit, Ginny ! On les a vus et Harry n'avait pas l'air drogué !
- Il lui a sauté dessus en sortant du train, Maman ! Tu l'as bien vu puisque tu étais juste à côté.
- Exact, répondit Arthur. Et nous avons uniquement vu deux amoureux qui se retrouvaient enfin.
- Amoureux ? On aurait dit qu'ils allaient… enfin, vous voyez…
- Parfaitement. Et c'est souvent ce qu'on ressent quand on est jeune, fougueux et amoureux.
- Jeune ? Snape a plus du double de l'âge d'Harry !
- Et alors ? demanda Molly à ses enfants. Vingt ans de différence ne sont rien, en vérité, c'est assez courant ! Tante Muriel était avec un homme trente ans plus jeune, ils étaient fous amoureux… Le pauvre est mort dans un accident de transplanage. La pauvre ne s'en est jamais remise.
- Et il y a mon cousin Harvey ! Sa femme, Vicky doit bien avoir vingt ans de plus que lui, si ce n'est plus. Et ma propre mère avait quinze ans de moins que mon père. Nous vivons plus de cent cinquante ans, je ne vois pas ce qui est choquant.
- Mais et vous… et les parents d'Harry, de Neville…
- C'était la guerre. Nous étions et sommes toujours amoureux bien sûr, mais nous nous engagions bien plus rapidement pendant la guerre, par peur de ne pas pouvoir profiter de la vie. Avant la guerre, il était assez rare de voir deux sorciers se marier avant leurs quarante ans et même avoir des enfants. Les parents de James Potter avaient plus de soixante-dix ans, bien sûr, ils avaient eu du mal à concevoir, mais le premier enfant arrivait souvent vers la quarantaine.
- La quarantaine ? Mais toi et papa…
- Nous étions des précurseurs. Beaucoup voyaient notre union d'un mauvais œil et l'arrivée de Bill comme un événement précipité. C'est l'une des raisons qui fait que votre père n'a jamais eu de promotion, on ne le pensait pas apte à avoir des responsabilités professionnelles en plus d'avoir des enfants en bas âge. Cela commence tout juste parce que vous êtes grands et autonomes. Je ne pense pas que ce soit si mal de faire des enfants plus jeune, mais vingt ans est certainement bien trop jeune ! La guerre venait tout juste de commencer et la terreur était déjà bien présente. Si elle n'avait pas été déclarée, nous aurions certainement attendu !
- Oui, vers nos trente ans, histoire de profiter un peu de notre jeunesse ! répondit Arthur. Mais nous ne regrettons aucunement de vous avoir fait, même à vingt ans !
Les deux enfants Weasley regardaient leurs parents comme s'ils n'y croyaient pas. Leurs parents leur disaient de ne pas précipiter les choses ? C'était incroyable, et ils étaient bien trop jeunes pour comprendre les raisons d'attendre avant de s'engager et d'avoir des enfants. Ginevra Weasley avait fait trop de projets avec Harry comme mari pour les laisser de côté, et Ronald Weasley était aveuglé par sa colère contre Harry et Victor Krum pour réussir à se raisonner. Mais il allait bientôt apprendre que les autres n'allaient pas les attendre pour avancer, pour évoluer, pour grandir.
