Elle ne put même pas correctement définir ce sentiment de pur bonheur qui la submergea quand elle plongea son regard dans les deux yeux bruns.
Enfin elle était là. Après deux semaines d'attente insupportable à guetter son arrivée chaque minute de chaque jour, Hermione était enfin là, juste devant elle.
Quinze longs jours loin de la fille. Quinze journées à espérer en vain apercevoir sa petite bouille parmi les trouvailles des rafleurs. Quinze soirées horribles à s'inquiéter pour le sort de la Gryffondor. Quinze nuits éprouvantes, seule dans ce lit froid du manoir Malfoy, à se laisser hanter par ses plus infâmes cauchemars.
Ces deux dernières semaines avaient été atroces pour la sorcière noire, pour qui, chaque jour passait dans ce manoir était un supplice supplémentaire.
En cette matinée du 1er mai, la femme s'était donc présentée au portail comme elle le faisait tous les jours, lassée par avance de découvrir les mines inconnues et insignifiantes des prises des rafleurs. Pourtant cette fois son visage s'était éclairé quelques mètres avant d'arriver devant la grille tant l'identité des trois individus lui sautait aux yeux.
Dès l'instant où son regard croisa celui d'Hermione, Bellatrix eut l'étrange impression que tous ses problèmes et toutes ses responsabilités venaient de s'envoler. C'était comme si le simple fait de voir la jeune femme saine et sauve devant elle lui faisait penser que tout allait mieux, et que tout irait bien. Comme si Dumbledore ne lui avait pas laissé l'avenir de tout le monde des sorciers entre les mains, comme si elle se fichait de l'issu de cette guerre, comme si la poignée de gens à qui elle tenait ne risquait plus rien, comme si elle n'avait plus rien à craindre des intentions de Voldemort, comme si elle ne s'était pas rongée d'inquiétude de jour comme de nuit pour Hermione, comme si croiser Rodolphus plusieurs fois par jour dans le manoir ne la rendait pas malade, comme si les séquelles de son traumatisme n'étaient pas brutalement réapparues depuis deux semaines, comme si ses cauchemars ne lui faisaient pas monter la fièvre chaque nuit, comme si la peur d'échouer dans cette dernière mission ne l'obligeait pas à se faire vomir tous les matins, comme si elle arrivait encore à contrôler ses émotions, comme si ses anciens démons ne remontaient pas dangereusement à la surface, comme si le philtre de paix était encore suffisamment efficace, comme si une nouvelle crise n'avait pas menacé d'exploser un peu plus chaque jour passé au manoir et était maintenant prête à éclater au moindre petit incident...
« On a peut être trouvé le garçon, articula Greyback de sa voix grave.
Les paroles du loup-garou firent brusquement revenir la sorcière noire à la dure réalité. Peu importe l'immense joie et le soulagement que lui procurait la vue d'Hermione, elle devait se ressaisir et agir pour permettre au trio d'or de s'enfuir avant l'arrivée du Seigneur des ténèbres.
- Tu te moques de moi Greyback ?, répondit-elle sèchement, Il ne ressemble en rien au garçon.
- La fille lui a jeté un sort juste avant qu'on ne les attrape, se justifia-t-il, Je pense qu'elle a modifié son apparence.
Elle regarda tour à tour les deux garçons encore assommés puis Hermione qui emmargeait tout juste. Elle se devait de trouver un plan, et vite.
- Suivez-moi. », dit-t-elle avant d'ouvrir le portail en fer forgé.
Hermione se laissa porter tel un sac à patates par le loup garou qui s'avançait le long de l'allée menant à l'immense demeure des Malfoy. Elle observa le gigantesque manoir avec une certaine appréhension. Si l'habitation respirait la grandeur et le luxe, cela ne donnait absolument pas envie à Hermione d'y rentrer. Elle avait la sensation qu'il ne leur arriverait rien de bon dans cette maison et elle priait pour que Ron et Harry se réveillent au plus vite. Quand elle eut fini d'étudier le bâtiment du regard, la fille laissa ses yeux se perdre sur la gracieuse silhouette noire qui marchait quelques pas devant eux. Revoir Bellatrix l'avait troublé, les yeux étincelants d'amour avec lesquelles la femme l'avait regardé l'avaient totalement déconcerté.
Elle pénétra dans le hall d'entrée et s'avança jusqu'à la salle à manger, faisant claquer ses talons contre le sol en marbre noir à chacun de ses pas. D'un geste sec de sa baguette elle ouvrit les portes et rentra dans la pièce où Narcissa, Lucius et Rodolphus étaient installés.
« Ils ont peut-être trouvé Potter, leur apprit-elle, Cissy, Lucius, allez mettre les deux garçons aux cachots... quant à toi Rodolphus, sors d'ici, ordonna-t-elle.
Les Malfoy obéirent sans poser de question à la sorcière noire qui paraissait savoir ce qu'elle faisait.
- Je vais le prévenir, prévint Rodolphus avant de sortir de la salle à manger.
- Non, tu ne vas rien faire du tout, réplica-t-elle à la hâte.
Il se retourna vers elle et la regarda en fronçant les sourcils.
- Il a dit qu'il voulait être prévenu dès que nous aurions le garçon, répondit-il.
- Sauf que nous ne sommes pas sûrs que ce soit bien le garçon, rétorqua-t-elle.
- Tu as passé l'année dans cette école et tu n'es pas capable de reconnaître le garçon ?, demanda l'homme septique.
- La fille lui a jeté un sort pour déformer son visage, dit-elle, Alors ça peut très bien être Potter, comme cela peut être un illustre inconnu.
Le mangemort sembla convaincu par les explications de sa femme et abandonna l'idée de prévenir le Seigneur des ténèbres tout de suite.
- Et comment vas-tu faire pour être sûre que c'est bien le garçon ?, demanda-t-il.
- Je vais la faire parler. », affirma-t-elle en arborant un sourire sadique des plus convainquant.
Rodolphus lui rendit ce sourire vicieux avant de quitter la pièce pour rejoindre Lucius et Narcissa dans les cachots. La sorcière noire retourna dans le hall d'entrée afin de s'adresser à Fenrir et aux rafleurs:
« Greyback, amène la fille dans la salle à manger. Et vous... partez, leur dit-elle d'un ton méprisant.
Les sorciers commencèrent à reculer vers la porte d'entrée, mais le plus courageux du groupe, un certain Scabior, décida de tenir tête à la sorcière noire.
- Nous ne partirons pas avant d'avoir été payé pour notre prise, avança-t-il.
Bellatrix le regarda avec dédain.
- Payé ? Tu penses mériter d'être payé pour avoir attrapé trois gamins ?, se moqua-t-elle.
- Pas n'importe quel gamin, nous vous avons livré le garçon, insista-t-il en soutenant le regard de la femme.
- Nous ne sommes même pas sûrs qu'il s'agisse bien du garçon, contra-t-elle.
- Peut-être, mais après avoir interrogé la fille vous le serez. Alors on va rester ici bien sagement en attendant notre récompense, réplica Scabior plein de malice.
Bellatrix ricana méchamment face à l'audace du rafleur avant de poser sur lui un regard menaçant.
- Je vais être clémente et je vais vous donner votre récompense tout de suite, répondit-elle avec un sourire en coin.
Scabior ne comprit pas immédiatement l'ironie cruelle de la phrase de la mangemort. L'homme jeta alors un petit regard vantard à ses compagnons qui eux, semblaient vraiment effrayés.
- Et qu'elle est cette récompense ?, demanda-t-il en s'approchant de la femme.
Elle ne répondit pas et tendit sa baguette pour la pointer en direction du rafleur. Aussitôt, l'homme se retrouva étranglé par une force invisible qui le souleva en l'air. Scabior commença à se débattre et à planter ses ongles dans sa gorge où l'air ne passait plus. Les autres rafleurs se terrèrent dans un coin de l'immense hall, complètement tétanisés à l'idée de subir le même sort que leur leader.
- Je vais être généreuse, commença-t-elle d'une voix rieuse, Comme paiment pour ta prise, je te propose... de te laisser la vie sauve. Cela me semble être un prix plutôt juste, une récompense plus que suffisante pour la vermine que tu es... Cela te convient ? »
Scabior secoua vivement la tête de bas en haut.
« Tu es sûr ? », ajouta-t-elle cruellement en maintenant son sort.
Le rafleur secoua de nouveau la tête avec toute la force qui lui restait.
« Si tu es vraiment sûr... Très bien. Partez maintenant. », dit-elle d'un ton satisfait en relevant sa baguette.
Scabior s'écroula au sol mais ne prit même pas le temps de reprendre sa respiration qu'il se leva et détalla à toutes jambes du manoir, suivi de près par le reste des rafleurs.
Bellatrix observa les hommes fuir en courant dans l'allée avec un sourire moqueur aux lèvres. Cependant son sourire s'effaça aussitôt qu'elle entendit un gémissement venir de la pièce d'à côté. Faire peur aux rafleurs avait bien amusé la sorcière noire, mais maintenant la rigolade était finie.
Hermione se débattait contre le loup-garou qui la tenait fermement contre lui. La bête la reniflait et posait sur elle un regard qui lui procurait un dégoût profond. La fille entendit la femme entrer dans la pièce grâce au bruit de ses talons martelant le sol. Elle aurait dû être rassurée que la sorcière vienne la sauver des griffes du loup, et pourtant elle ne l'était pas totalement. Elle avait tellement remis en question sa vision de Bellatrix durant les derniers jours, que la fille ne savait plus que penser de la sorcière noire.
« Greyback, enlève tout de suite tes sales pattes de la fille, gronda la femme.
Il ne lâcha pas Hermione et confronta son regard à celui de Bellatrix qui semblait jeter des éclairs.
- Qu'est-ce que tu vas en faire ?, demanda-t-il avec un sourire sournois.
- Je vais avoir une petite conversation avec elle, répondit Bellatrix.
Il eut l'air déçu.
- Rien qu'une conversation? Je ne sais pas si je vais te la laisser alors. J'ai des projets bien plus intéressants avec cette délicieuse petite sang de bourbe..., dit-il avant de venir lécher la joue d'Hermione qui ne réprima pas une grimace de répulsion.
Bellatrix grinça des dents.
- Ecoute-bien maintenant sale sac à puce, je...
- Tu n'as pas une impression de déjà vu Bellatrix ?, lui demanda-t-il sans attendre une quelconque réponse, Il me semble que ce n'est pas la première fois que je l'attrape et que tu veux me la piquer. Je t'ai laissé la prendre une fois... maintenant c'est à mon tour de m'amuser un peu avec la sang de bourbe, exigea-t-il.
- Amuse toi avec qui bon te semblera, attrape autant de sang de bourbe que tu veux, mais tu ne toucheras pas à celle-ci... Parce qu'elle, dit-elle en pointant Hermione du doigt, elle est à moi.
Greyback comprit que la sorcière noire ne plaisantait pas et il n'avait pas particulièrement envie de subir le même sort que dans la forêt interdite quelques mois plutôt. Il relâcha donc Hermione.
- Très bien Lestrange, elle est toute à toi... pour cette fois, parce que la prochaine fois que je l'attrape je me garderai bien de te la laisser. », grogna-t-il tout en quittant la pièce.
Le loup-garou passa à peine la porte que la sorcière noire la referma derrière lui d'un geste de sa baguette. Ensuite, Bellatrix ne perdit pas une seconde pour fondre sur la fille et pour l'inspecter de ses yeux inquiets.
« Tu vas bien ? Il ne t'a rien fait ?, demanda-t-elle avec empressement.
- Non... non, je vais bien, il...il ne m'a rien fait, balbutia Hermione complètement déboussolée par la situation.
Les yeux humides, un grand sourire aux lèvres, Bellatrix prit le visage de la jeune femme entre ses mains et lui caressa doucement la joue.
- Tu m'as tellement manqué Saleté... », chuchota-t-elle presque honteuse en tentant de masquer son euphorie de retrouver la fille.
Hermione resta sans mot et se contenta de regarder la femme avec de grands yeux perdus. Qu'elle ne fut pas sa surprise quand les lèvres sanguines se pressèrent avec besoin sur les siennes, engendrant ainsi un baiser plus que passionné. Au même titre que Bellatrix, et bien malgré elle, Hermione se noya directement dans ce baiser qui électrisa tout son corps et enflamma son cœur. La sorcière noire eut l'impression de respirer à nouveau au contact des lèvres de la Gryffondor, comme si la vie l'avait quittée ces deux dernières semaines et venait de brutalement et merveilleusement revenir en elle. Les doigts emmêlés dans la chevelure corbeau, la langue liée à celle de la femme, les narines respirants l'exquise odeur ambrée, Hermione oublia absolument tout, l'espace de ces longues secondes, tout ce qui comptait était ce doux et ardent contact entre Bellatrix et elle.
La femme aux boucles noires finit par rompre le baiser pour regarder de ses yeux amoureux la fille qui se trouvait enfin de nouveau dans ses bras. Hermione prit un moment à se remettre de ses émotions et resta les yeux clos, appréciant sans le vouloir sentir la respiration tiède de Bellatrix lui caresser le visage. Dès l'instant où la fille se décida à ouvrir les paupières, la sorcière noire comprit immédiatement que quelque chose n'allait pas.
« Qu'est-ce qu'il y a ?, demanda-t-elle prudemment sans retirer ses mains des joues d'Hermione.
- Tu me demandes vraiment ce qu'il y a ?, répondit la fille en haussant directement le ton et en se repoussant de l'étreinte de la femme.
- Oui Saleté, je t'avoue que je ne comprends pas vraiment ce qui te prend...
- Oh arrête avec ce surnom débile! Tu sais j'ai peut-être été assez idiote pour rentrer dans ton jeu tout ce temps mais c'est fini maintenant, je ne suis plus dupe. Je sais que tu mens à tout le monde depuis le début, je sais que tu me mens depuis le début ! Je sais qui tu es Bellatrix.», cria-t-elle laissant ainsi découler la colère qu'elle gardait en elle depuis quinze jours.
Les yeux grands ouverts, les sourcils haussés, la bouche défaite, Bellatrix stupéfaite, resta muette un instant.
« Quoi? Tu es aussi surprise d'être enfin démasquée ?!, ria méchamment Hermione alors que les larmes lui montaient.
- Qu'est-ce qui a bien pu se passer ces deux dernières semaines pour que tu te mettes toutes ces conneries en tête ?, demanda la femme totalement effarée par le comportement de la Gryffondor.
Hermione complètement à cran se laissa tomber à genoux et fondit en larmes. Bellatrix se baissa à ses côtés et lui caressa tendrement le bas du dos.
- Ne me touche pas, grinça agressivement la fille.
Bellatrix, toujours plus surprise par l'attitude d'Hermione, eut un mouvement de recul.
- Raconte-moi... s'il te plaît dis moi tout, parce que là... je ne comprends absolument plus rien. », réclama-t-elle à voix basse.
Voyant que la jeune femme ne semblait pas disposée à lui répondre, Bellatrix s'osa à lui demander:
« Si tu ne veux rien me dire, est-ce que tu me laisserais regarder par moi même ?
Hermione soupira, le regard cloué au sol.
- De toutes façons, même si je te dis non, je ne suis pas assez douée en Occlumancie pour t'en empêcher, répondit-elle froidement.
Bellatrix leva les yeux au ciel en soufflant. Elle glissa ensuite deux doigts sous le menton d'Hermione et lui fit relever la tête, captant ainsi le regard brun de ses yeux noirs.
- Si je te pose la question, c'est parce que je compte respecter ta volonté, affirma-t-elle d'une voix douce.
Une part d'Hermione voulait crier à Bellatrix d'aller se faire foutre, mais l'autre partie de la jeune femme était tiraillée par ce baiser, par ses yeux tendres, par cette voix douce, par tout l'amour qui semblait émaner de la sorcière noire.
- Tu peux regarder... », laissa-t-elle échapper dans un souffle sans vraiment être sûre de ce qu'elle faisait.
Bellatrix lui offrit un sourire rassurant et lui prit délicatement la main avant de pénétrer dans son esprit. Une fois dans la tête de la fille, la légilimens survola les deux dernières semaines d'Hermione en s'attardant un peu plus sur certaines scènes qui attiraient son attention. Au fil des souvenirs de la fille, la sorcière noire se décomposa. Sa réaction quand elle avait appris la nouvelle à la radio, toutes ses pensées négatives à son sujet, son rapprochement avec Ron et le baiser échangé avec ce dernier. Bellatrix fut la témoin de tout cela, et malheureusement elle ne fut épargnée de rien. Elle avait l'impression de visionner un cauchemar. De toutes les hypothèses qu'elle avait eu en voyant Hermione se comporter aussi étrangement avec elle, celle-ci était sans doute la pire, la plus cruelle, la plus douloureuse. A peine la fille avait-elle appris son implication dans la mort de Dumbledore qu'elle avait été persuadée d'une alliance avec Voldemort. Dès l'instant où elle avait entendu "Bellatrix Lestrange" à la radio, Hermione n'avait pas cherché à comprendre et l'avait directement condamné. Elle avait tout remis en question sans prendre le temps de réfléchir. Elle avait absolument tout remis en cause, que ce soit ses intentions dans cette guerre ou son amour pour la fille, tout y était passé. La Gryffondor n'avait même pas pris la peine de douter, non, au son de cette radio, elle avait cessé de croire en elle, tout simplement. Et Bellatrix, nageant dans la noirceur depuis maintenant quinze jours, se retrouva totalement incapable de relativiser, cela la dépassait complètement. La jeune femme, celle qu'elle aimait de tout son cœur, celle qu'elle avait pleuré de jour comme de nuit, cet unique être auquel elle avait accordé toute sa confiance, elle n'avait pas cru en elle rien qu'une seconde. Et face à cette vérité, Bellatrix eut l'impression que l'on arrachait son cœur encore battant de sa poitrine.
Le cœur de la sorcière noire éclata en mille morceaux comme l'aurait fait un verre de cristal en rentrant en contact avec le sol en marbre froid.
Tremblante, ayant tout vu et en ayant sans doute trop vu, la légilimens sortit de l'esprit de la fille. Les yeux humides et perdus dans le vide, elle retira brusquement sa main de celle d'Hermione, comme si la peau de la jeune femme la brûlait. Elle ouvrit et referma la bouche à plusieurs reprises, elle avait tellement de choses à dire et en même temps elle ne savait pas par où commencer ou quels termes employer.
Elle qui pensait qu'Hermione serait le rayon de soleil qui viendrait combattre ses ténèbres, la fille s'avérait être au final un nuage grisâtre de plus dans le ciel de Bellatrix.
Hermione observa attentivement la femme et son coeur se serra à la vue de son état. Les larmes dévalaient ses joues, sa mine était complètement défaite, sa lèvre inférieure était tremblotante, ses poings étaient tellement serrés que ses jointures avaient blanchi, tout son corps était secoué de spasmes. Bellatrix était dans un état lamentable et la fille n'eut aucun doute sur la cause de son état, c'était elle, elle en était la cause.
« Bella..., murmura-t-elle en posant sa main sur l'épaule de la femme.
Bellatrix se releva brusquement et se tourna dos à Hermione.
- Comment est-ce que tu peux m'appeler comme ça alors que tu penses toutes ces choses horribles à mon sujet ? Comment oses-tu m'appeler comme ça après tout ce que j'ai vu ?, énonça-t-elle de sa voix la plus glaciale.
Hermione se leva à son tour. Elle s'en voulait, elle ne savait pas exactement pourquoi mais elle s'en voulait. Elle était en fait entrain de doucement se rendre compte, qu'elle avait sûrement eu faux sur toute la ligne...
- Je... je ne sais même pas quoi te dire, avoua-t-elle à voix basse, parfaitement confuse.
- Et bien ne dis rien alors. », répliqua aussitôt la sorcière noire.
Les tremblements qui secouaient la femme se montraient de plus en plus violents et elle peinait à ravaler ses larmes. Elle sentait toutes ses émotions bouillonner en elle, elle sentait ses sentiments entrer en ébullition dans tout son corps. Elle perdait le contrôle, elle le ressentait. Bellatrix le savait, la crise qu'elle était parvenue à contenir jusqu'ici n'allait plus pouvoir être étouffée bien longtemps. L'explosion qui menaçait depuis quinze jours allait bien avoir lieu, elle en était sûre. La goutte d'eau venait de tomber, le vase débordait, la crise arrivait.
Hermione remarqua les signes qui ne trompaient pas. Elle brisa alors les deux pas qui la séparaient de Bellatrix et elle se colla au dos de la femme. Elle passa rapidement ses bras pour enlacer la fine silhouette de toutes ses forces. Elle se fichait que la sorcière se débatte, si la femme ripostait, Hermione la serrerait d'autant plus fort, car elle savait qu'elle en avait plus que besoin.
Et contre toutes attentes, Bellatrix n'eut ni la force, ni l'envie de se dégager de l'étreinte de la fille. Elle avait beau lui en vouloir terriblement, la jeune femme qui venait de lui causer bien du mal était aussi la seule à pouvoir lui faire du bien en cet instant. Elle ferma les yeux, se concentra, et essaya de ralentir sa respiration. Petit à petit, les tremblements s'atténuèrent et elle se décida alors à sortir des bras d'Hermione pour la regarder intensément.
Au même moment dans les cachots, les deux garçons commencèrent à s'éveiller sous les regards mauvais de Rodolphus et Lucius, et sous les yeux inquiets de Narcissa.
« Je vais aller prévenir Bellatrix, s'avança-t-elle.
Rodolphus la coupa dans son élan en la retenant par l'épaule.
- Non reste ici, je vais y aller. »
La sorcière aux mèches blondes n'argumenta pas et laissa le mari de sa soeur aller la prévenir.
Bellatrix, le regard ancré dans celui d'Hermione, décida de pratiquer une nouvelle fois la Légilimencie. Cette fois non pas pour fouiller dans les souvenirs de la fille, mais au contraire pour lui montrer l'un des siens. Elle choisit de lui révéler une bribe de son entretien du 15 avril avec Dumbledore. Le souvenir fut bref, il n'en montra pas suffisamment à la fille pour lui permettre de tout comprendre, mais juste assez pour lui révéler que le vieux directeur avait en réalité arrangé sa mort avec son assassin.
Face à cette révélation, Hermione n'eut plus aucun doute, elle avait bien eu faux sur toute la ligne. Elle avait remis en question, complètement ruiné, tout ce qu'était Bellatrix et tout ce que représentait leur relation pour un événement dont elle ne savait en fait rien. Elle se sentit alors bien bête, affreusement honteuse, et cruellement coupable.
Bellatrix, toujours dans un état pitoyable, soutint le regard d'Hermione pour lui dire d'une voix dont même la froideur ne parvenait pas à cacher les fêlures:
« Tu avais promis Hermione... Tu avais promis, et à la première difficulté tu as brisée cette promesse... »
Hermione inspira un grand coup alors que ses yeux se remplirent de larmes. Bellatrix avait raison, elle avait entièrement raison. Elle lui avait juré une confiance éternelle, et au premier moment de doute elle n'avait plus cru en la femme. Cela fit mal à Hermione, très mal. Cependant le pire n'était pas dans la véracité des propos, le pire résidait dans la voix et le ton que la sorcière noire avait employé. Hermione avait clairement entendu Bellatrix se briser en énonçant ces paroles. La femme venait de se briser et c'était de sa faute, de sa faute à elle comme la sorcière noire l'avait bien souligné en prononçant son prénom pour la première fois.
Elles étaient face à face, le silence régnait dans la pièce et Hermione s'apprêtait à s'expliquer, à s'excuser auprès de Bellatrix qu'elle venait de blesser. C'est ce moment que choisit Rodolphus pour les interrompre.
« Les garçons sont réveillés, je te les amène ?, demanda-t-il en s'approchant de sa femme.
Le simple fait de sentir sa présence et d'entendre sa voix firent reprendre les tremblements de Bellatrix de plus belle.
- Sors d'ici tout de suite, grinça-t-elle entre ses dents.
- Tout va bien Bella? », demanda-t-il en posant sa main dans son dos.
Son corps se figea sous la main assassine et Bellatrix explosa. Rodolphus venait de déclencher la bombe...
D'un large mouvement de baguette, le sorcier se retrouva expulsé dans le hall d'entrée où il s'écrasa de tout son poids sur le sol de marbre. La porte de la salle à manger se verrouilla aussitôt derrière lui, piégeant ainsi la Gryffondor dans la tornade Bellatrix.
La sorcière noire envoya valser bon nombre d'objets du bout de sa baguette. Elle détruisait absolument tout sur son passage, et Hermione partit se terrer dans un coin de peur de se recevoir de plein fouet les chaises en bois massif qui commençaient à voler à travers la pièce.
Le boucan assourdissant alerta Narcissa et Lucius qui se hâtèrent de monter les escaliers pour retourner au rez-de-chaussée, laissant ainsi derrière eux Harry et Ron dans les cachots.
Voyant que la sorcière commençait à se blesser elle-même dans sa destruction de la salle à manger, Hermione se décida à intervenir.
« Bellatrix, calme toi s'il te plaît, tu vas finir par te faire mal, dit-elle totalement impuissante et dépassée par la violence de cette crise.
La femme en furie se retourna pour assassiner la fille de ses pupilles acérées.
- Toi!, vociféra Bellatrix, Ne t'avise plus jamais de m'adresser la parole!
Victime de son courage Gryffondor ou peut-être de l'insouciance liée à sa jeunesse, Hermione ne se tut pas et réessaya de parler à la femme qui était complètement hors d'elle.
- Bella... »
Hermione ne put dire une seule syllabe de plus. La fille se retrouva plaquée au sol, foudroyée par un puissant éclair rouge jaillissant de la baguette incurvée. Elle se mit alors à ressentir une douleur indescriptible tant elle était vive et lancinait l'entièreté de son corps. Si elle devait mettre des mots là dessus, elle dirait qu'elle avait l'impression que l'on retirait la peau de ses os, en arrachant et déchirant au passage ses muscles, ses tendons, et ses organes. Elle était victime du sort de prédilection de la sorcière noire, celui qui avait grandement participé à sa tragique renommée, le fameux sortilège du Doloris.
« Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça ! », hurla la sorcière hystérique alors qu'elle maintenait son sort sur Hermione qui se tordait de douleur.
Les hurlements de souffrance de la Gryffondor résonnèrent dans toute la demeure. Si bien que les cris furent parfaitement audibles au niveau des cachots où Harry et Ron paniquaient, cherchant à tout prix un moyen de sortir pour aller secourir Hermione.
Narcissa tambourinait à la porte, suppliant sa soeur d'arrêter, et lorsque Bellatrix entendit la voix de la cadette, enfin elle retira son sort et dans un mouvement brusque et incontrôlé, elle balança sa baguette à l'autre bout de la pièce. Laissant une Hermione secouée de soubresauts et de sanglots allongée sur le sol.
« Bella, ouvre cette porte. », lui demanda la benjamine Black.
Bellatrix commençait doucement à reprendre ses esprits, la crise n'était pas finie mais commençait à s'atténuer. Elle s'apprêtait donc à obéir à sa soeur et à déverrouiller la porte quand elle entendit une autre voix, sonnant beaucoup plus désagréablement à son oreille.
« Ouvre nous Bella ! », entendit-elle Rodolphus s'exclamer.
Sans qu'elle ne le voit venir, sans qu'elle ne puisse rien contrôler, la crise recommença à monter dans les tours. Elle se retourna alors vers Hermione qui, encore victime de la douleur que le Doloris lui avait infligé, peinait à se relever.
La simple vue de la jeune femme fit grimper alors davantage l'orage qui grondait chez Bellatrix et la femme se jeta sur la fille. Elle l'épingla au sol, les genoux de part et d'autre de ses hanches et dans sa folie elle eut une idée, une idée sadique et cruelle.
Le cœur d'Hermione battait à tout rompre, sa respiration était saccadée. Le Doloris n'avait duré que quelques minutes, et pourtant la douleur électrisait encore chacun de ses muscles. Une sueur froide coulait dans son dos, sur son front et les larmes ne cessaient de perler de ses yeux bruns. Elle tremblait maintenant d'appréhension et laissa échapper des gémissements de peur en voyant la femme sortir une arme, sa monstrueuse dague...
La sorcière noire approcha la redoutable lame empoisonnée du bras d'Hermione et la laissa trancher superficiellement la peau de la fille sur deux ou trois centimètres. La Gryffondor laissa échapper un sifflement de douleur en sentant le poignard percer son épiderme.
« Arrête ! Bellatrix je t'en prie arrête ! Je sais que tu ne veux pas faire ça alors s'il te plaît arrête ! », supplia la fille entre deux sanglots.
La femme tiraillée entre la voix apaisante qu'elle aimait tant et la crise qui bouillonnait toujours en elle se mit alors à rigoler frénétiquement, incapable de s'arrêter.
Au même titre que les cris de douleur d'Hermione un peu plus tôt, le rire hystérique de Bellatrix résonna dans tout le manoir jusqu'à se faire entendre dans les cachots.
« Tu penses qu'elle va la tuer ? », demanda Ron que l'inquiétude commençait à ronger.
Les deux garçons désespéraient de sortir de ces cachots à temps pour sauver Hermione des griffes de la sorcière noire. Et c'est au moment où ils avaient quasiment perdu tout espoir que Dobby apparut comme par magie un sourire malicieux aux lèvres.
« Dobby sera toujours là pour sauver Harry Potter. »
Hermione capta de son regard les yeux noirs dans lesquelles la folie virevoltait à son aise. Au risque de subir un nouveau châtiment, elle était quand même prête à tout pour stopper la crise qui dévorait Bellatrix.
« Bella, regarde moi et écoute moi. Tu es capable d'arrêter cette crise, alors je t'en prie fais-le, la pria-t-elle d'une voix qui se voulait assurée mais dont les tremblements étaient facilement perceptibles, Je crois en toi. »
Les mots d'Hermione eurent raison de l'orage et firent enfin cesser la tempête. La crise était finie.
Bellatrix était encore secouée de spasmes et prit un moment pour retrouver ses esprits. En se rendant compte de ce qu'elle venait de faire son sang se glaça et la tête lui tourna. Elle se détestait, et si cela était possible, elle jura qu'elle avait encore plus mal qu'avant. Elle n'osa même pas regarder dans quel état se trouvait Hermione et se releva sans lui accorder un regard. La fille se releva en suivant, tenant difficilement debout sur ses jambes faibles, et alors qu'elle s'apprêtait à dire quelque chose, la porte explosa dans un énorme fracas.
Bellatrix se jeta sur Hermione et lui plaqua la lame de sa dague contre la gorge. La fille déglutit difficilement tout en observant le nuage de poussière retomber pour révéler Harry, Ron accompagné de Dobby qui tenait trois baguettes dans sa main. En arrière plan se trouvaient le couple Malfoy et Rodolphus qui semblaient furieux d'avoir été désarmés par un elfe.
« Lâche Hermione tout de suite Lestrange, ordonna Ron.
- Pose ta dague par terre ou je te tue, menaça Harry.
- Baissez vos baguettes ou je l'égorge devant vous. », replica-t-elle.
Dobby disparut tout à coup pour réapparaître en haut du lustre qui surplombait la salle à manger et qui se trouvait par un beau hasard juste au dessus de Bellatrix et Hermione.
La femme glissa du bout des doigts une pierre dans la main de la fille en lui chuchota tout juste audiblement:
« Donne la à Harry et dis lui qu'il ne doit jamais s'en séparer. Rentrez directement à Poudlard et allez voir Severus.»
A peine eut-elle dit ces quelques mots que le lustre se détacha. Bellatrix poussa alors Hermione en avant avec vigueur tout en se reculant. Dans un fracas assourdissant l'énorme lustre en cristal s'explosa par terre.
Hermione, Harry, Ron et Dobby se trouvaient maintenant d'un côté de la salle et Bellatrix leur faisait face à l'autre bout de la pièce.
« De quel droit toi, vulgaire elfe de maison, tu désarmes trois sorciers ? De quel droit toi, grossier serviteur, tu essaies de me tuer moi ?
- Dobby n'est le serviteur de personne, Dobby est un elfe libre, et Dobby sera toujours là pour sauver Harry Potter et ses amis. »
Dobby fit ensuite un discret clin d'œil à Bellatrix avant de claquer des doigts et de transplaner avec le trio d'or.
Dans un dernier geste, Bellatrix lança sa dague qui vola à toute vitesse dans l'exacte trajectoire, mais qui atteignit sa cible une fraction de seconde trop tard...
Rodolphus et Lucius qui avaient retenu leur respiration le temps du lancé la relâchèrent en affaissant leurs épaules, conscients qu'ils venaient de commettre une grave erreur qui ne risquait pas de plaire aux Seigneur des ténèbres.
Narcissa quant à elle regarda la sorcière noire avec de grands yeux suspicieux. Elle connaissait bien sa sœur, et si elle savait bien une chose, c'est que Bellatrix ne manquait JAMAIS sa cible...
