Un sol en marbre noir. Une tapisserie sombre parsemée de motifs dorés. De larges fenêtres cachées derrière de lourds rideaux en velours noir. De nombreux cadres en or accrochés aux murs. Un énorme lustre en cristal suspendu au plafond. Un élégant escalier d'ébène s'imposant au milieu de la pièce.

En détaillant du regard le lieu qui l'entourait, Hermione comprit qu'elle avait réussi à transplaner. La fille le devina aisément, elle se trouvait à présent dans le somptueux hall d'entrée du Manoir Lestrange.

De ses yeux bruns, elle observa attentivement la pièce, trouvant la décoration sublime sans pourvoir s'empêcher d'être impressionnée par la grandeur des lieux. Sa contemplation fut cependant vite interrompue par le petit geignement de plainte qui résonna dans son dos.

Elle se retourna et découvrit avec horreur l'origine du bruit. Bellatrix était étendue sur le sol froid, la mine pâle, les yeux clos, la chevelure en bataille, le corps grelottant. La femme n'avait pas fière allure.

Il faut dire que l'énergie qu'elle avait dû donner pour ce transplanage n'avait pas fini d'arranger son état déjà lamentable.

« Bella ? », appela doucement Hermione.

Aucune réaction de la part de Bellatrix ne se fit en retour.

« Bella est-ce que tu m'entends ? », demanda-t-elle à nouveau en s'approchant.

Toujours sans aucune réponse, Hermione s'agenouilla auprès de la femme. Son visage baignait dans la sueur. Ses lèvres, d'habitude naturellement teintées d'un rouge sang, étaient blanchâtres. Son magnifique teint porcelaine était devenu livide. Et si son corps n'était pas secoué de frissons, on aurait aisément pu la croire morte.

La fille posa délicatement sa main sur le front de Bellatrix et sursauta en remarquant à quel point il était chaud. La femme était bouillante et la température de son corps contrastait drastiquement avec la froideur du marbre. La blessure à la jambe combinée à l'épuisement avaient provoqué une fièvre fulgurante qui gardait Bellatrix inconsciente.

Hermione se trouva un peu démunie face à l'état inquiétant de la sorcière alors qu'elle se retrouvait livrée à elle-même dans cette maison qu'elle ne connaissait pas.

Elle décida qu'elle devait à tout prix calmer la fièvre de la femme. Précautionneusement, Hermione plaça ses mains sous les genoux et derrière le dos de Bellatrix. Elle fit ensuite attention à ne pas trop bouger la jambe blessée quand elle la souleva du sol.

Une fois qu'elle eut calée la femme correctement dans ses bras, Hermione s'aventura dans l'ascension des larges escaliers. Le poids de Bellatrix n'étant pas accablant, la jeune femme arriva sans grand mal au premier étage où elle continua d'avancer à la recherche d'une chambre. Par chance, la première porte qu'elle poussa révéla ce qui semblait être une chambre d'ami, mais qui par le mobilier coûteux, donnait pâle allure à la chambre de préfète de la Gryffondor.

Elle rentra dans la pièce et déposa Bellatrix sur les draps en coton vert foncé qui recouvraient le lit. Hermione retira ensuite les bottes de la sorcière et délaça le corset noir, espérant ainsi offrir un peu plus de confort à la femme souffrante.

Elle se mit ensuite à la recherche d'une salle de bain qu'elle trouva rapidement après avoir ouvert quelques portes du long couloir. En fouillant dans une étagère elle mit vite la main sur une bassine qu'elle remplit d'eau fraîche et sur un gant de toilette qu'elle plongea dedans.

Hermione retourna dans la chambre et, après l'avoir essoré, elle déposa le gant sur le front toujours brulant de Bellatrix. Elle voulut ensuite vérifier l'état du membre meurtri et elle ne put réprimer un hoquet de surprise en constatant que les chairs de la jambe étaient de nouveau à vif. La cicatrisation du sortilège de soin n'avait pas suffit à supporter les mouvements que la sorcière avait été contrainte de réaliser lors de cette guerre. La peau s'était déchirée, et où Hermione avait laissé une cicatrice légèrement boursouflée, résidait maintenant une vilaine plaie purulente.

Elle comprit alors que sauter l'étape de la désinfection n'avait pas été des plus futés, et qu'elle devait maintenant s'affairer à stopper l'infection si elle ne voulait pas qu'elle se propage dans tout l'organisme de la sorcière noire.

Elle quitta alors la chambre et s'activa à chercher dans l'immense manoir l'endroit où pouvait être rangé les potions. Elle espérait seulement qu'il y en ait un.

Après de longues minutes à parcourir les différentes pièces qu'abritait la demeure, Hermione tomba finalement sur le dit-endroit. C'était sûrement l'une des plus petites salles du manoir et des étagères débordant de potions en tous genres recouvraient l'entièreté des murs. La Gryffondor se perdit dans la quantité de flacons plus farfelus les uns que les autres mais elle finit tout de même par trouver les deux potions qui l'intéressait.

A son retour dans la chambre, Bellatrix n'avait pas bougé d'un poil et était toujours assommée par sa fièvre qui n'était pas descendue. Heureusement, la fille avait mis la main sur un remède qui devait rapidement réguler la température de la femme. Elle souleva avec douceur sa nuque avant de faire couler dans sa bouche la potion anti-fièvre. Elle partit ensuite se munir de serviettes qu'elle trouva dans une armoire avant de venir nettoyer la plaie. Elle trempa le linge dans la bassine et vint délicatement tamponner la blessure. Elle répéta ces gestes à plusieurs reprises, et à chaque fois que le tissu humide rentrait en contact avec la chair suintante, le visage de Bellatrix se crispait de douleur. Lorsqu'elle versa la potion désinfectante sur la plaie, le corps de la femme se tordit dans tous les sens et Hermione eut beaucoup de mal à supporter l'image de souffrance que renvoyait la sorcière noire.

Après s'être cette fois assurée de la propreté de la blessure, la jeune femme s'attela à la refermer du bout de sa baguette. Elle fut satisfaite de son travail quand elle vit que la cicatrice était plus belle que celle qu'elle avait réalisé sur le champ de bataille. Néanmoins Hermione n'était toujours pas rassurée par l'état de cette jambe gauche qui, en plus d'être entièrement recouverte d'hématomes, avait aussi méchamment enflé. Elle suspectait la présence de fractures mais elle n'avait aucune idée de comment les soigner et elle n'était pas particulièrement emballée à l'idée de s'essayer à des expériences hasardeuses sur le corps de sa bien aimée. Elle jugea alors plus sage d'attendre que la femme se réveille avant de tenter quoi que ce soit.

Hermione tira une chaise pour la placer au chevet du lit et s'assit là pour surveiller la sorcière, pour s'assurer que son état ne s'empirait pas. Si regarder la mine blafarde et souffrante de Bellatrix n'était pas une vue des plus agréables pour la fille, quand elle vit peu à peu les traits de la femme se détendre, signe que la fièvre retombait, Hermione laissa échapper un soupire de soulagement.

Elle se plut alors à admirer le visage reprendre doucement des couleurs pendant que la nuit commençait quant à elle à lentement s'inviter par la fenêtre. Elle se pencha légèrement en avant et, d'un geste doux et affectueux, elle caressa la joue tiède de Bellatrix. Sous le tendre contact d'Hermione, un sourire d'apaisement se dessina sur les lèvres de la sorcière noire encore endormie. En étant témoin de ce merveilleux spectacle, les yeux de la fille se mirent à pétiller de bonheur. Et c'est l'esprit allégé par ce simple sourire, qu'assise au chevet de la femme qu'elle aimait, elle se laissa happer par le sommeil.

--

Elle ouvrit les yeux, il faisait noir. Elle essaya de bouger sa jambe mais elle en fut incapable et dut se mordre la lèvre avec force pour ne pas hurler de douleur. Elle tenta alors de se redresser mais elle comprit rapidement que c'était une très mauvaise idée. Apparemment sa jambe gauche n'avait pas été la seule victime de l'éboulement, et si la douleur du membre mutilé avait jusque là couvert les autres, ce n'était absolument plus le cas. Bellatrix pouvait à présent sentir très clairement une pointe lancinante transpercer sa cage thoracique et elle devina que quelques unes de ses côtes n'avaient pas dû résister au choc.

Mais où était-elle au juste ?

Son dernier souvenir était d'avoir tenté de transplaner jusqu'à son manoir, et au vue de la tapisserie qui lui faisait face et qu'elle reconnut comme étant celle d'une de ses chambres d'ami, la sorcière en conclut qu'elle avait réussi. Cependant une pensée la troublait encore, elle était allongée sur un lit, qui avait bien pu la mettre au lit ?

Elle tourna la tête, un des seuls mouvements qui ne lui était pas douloureux, et elle ne fut pas surprise de la personne qu'elle trouva assise à côté de son lit.

Qui d'autre que cette insupportable petite Hermione Granger pour transplaner avec elle ? Qui d'autre que cette agaçante gamine Gryffondor pour s'endormir à son chevet ?

Qui d'autre qu'elle ? Cette stupide jeune femme qui lui causait bien du mal et pourtant tant de bien.

Si la présence de la fille ne l'étonnait pas le moins du monde, la femme ne pouvait pas nier le réconfort que cela lui procurait. Observer les doux traits d'une Hermione endormie éclairée par les rayons de lune était sans doute l'une des images dont Bellatrix avait le plus besoin en cet instant. Elle regarda longuement la jeune femme endormie et même si elle lui en voulait toujours autant, les pensées négatives à son égard ne furent pas les plus fortes cette nuit là. Cette nuit là, alors qu'elle était épuisée, lessivée, alors que tout son corps lui faisait affreusement mal, cette nuit la simple vision d'Hermione ne fut que pur soulagement pour la sorcière noire, que pur anesthésiant pour la femme cruellement abîmée.

--

Un grognement la tira de son sommeil. A en juger par la pièce ensoleillée, le jour s'était bien levé et le mauvais temps avait finalement quitté le Royaume-Uni.

Elle papillonna des paupières pour s'habituer à l'intense luminosité et s'étira pour détendre ses muscles endoloris par la nuit qu'elle venait de passer assise. Maintenant qu'elle y voyait plus clair elle comprenait d'où venait le bruit qui l'avait réveillé.

Bellatrix était entrain d'essayer vainement de se redresser, et en étant témoin de la rudesse de ses mouvements, Hermione n'arriva même pas à imaginer la douleur que la femme devait s'infliger à elle-même.

«Bella arrête, tu vois bien que tu te fais mal, soupira la Gryffondor en se levant.

- Je ne compte pas m'arrêter tant que je n'aurai pas réussi à m'assoir, réplica-t-elle sans prendre la peine de regarder la fille.

Hermione s'empressa d'aider la femme à se redresser avant que celle-ci ne retente l'un de ses mouvements désespérés.

- Voilà, maintenant arrête de gesticuler, dit-elle d'une voix douce mais qui se voulait ferme.

- Merci, souffla Bellatrix, agacée de ne pas avoir pu s'assoir toute seule.

- Ta plaie à la jambe s'était réouverte et infectée, alors je l'ai nettoyée, je l'ai désinfectée et je l'ai refermée, l'informa-t-elle, La cicatrice est assez propre donc je ne pense pas qu'elle reposera problème. Tu avais aussi de la fièvre hier, alors je t'ai donné une potion et je crois que c'est retombé, ajouta-t-elle en posant par reflexe sa main sur le front de Bellatrix pour vérifier sa température.

Alors que leurs peaux étaient en contact, un frisson les parcourut et leurs regards s'alignèrent, l'espace d'une seconde, avant que la fille ne retire sa main et que la femme soupire lourdement.

- Merci beaucoup, dit-elle sincèrement avant de laisser sa fierté prendre la parole, Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Tu ne devrais pas être là, ce n'est pas parce que je suis en position de faiblesse que tout ce qui s'est passé avant s'efface et...

Elle fut contrainte de s'arrêter, coupée par la main d'Hermione qui se plaqua fermement sur sa bouche.

- S'il te plaît Bellatrix ne dis rien de plus. Je sais que rien n'est effacé, je sais que tu m'en veux, je sais que les choses ne se sont pas miraculeusement arrangées entre nous, énonça-t-elle le cœur lourd, Mais s'il te plaît ne parlons plus de ça, pas maintenant. Parce que maintenant la seule chose qui compte c'est que tu as besoin de soins, et que tu le veuilles ou non, tu as besoin d'aide. Je vais t'aider, et pas parce que je veux que tu me pardonnes mais simplement parce qu'il faut t'aider et que je veux le faire.

Quand elle eut fini elle retira sa main de la bouche de la femme qui avait l'air surprise tant par le discours d'Hermione que par le ton déterminé qu'elle avait employé.

- D'accord, répondit-elle simplement, s'avouant bien malgré elle que la fille avait raison.

- Très bien !, s'exclama la jeune femme satisfaite de n'avoir pas eu à insister, Alors dis moi ce qu'il faut faire pour ta jambe, ajouta-t-elle en soulevant la robe de Bellatrix, Je ne suis pas sûre...mais en la voyant je pense qu'elle doit être cassée.

- Elle est cassée, affirma la femme sans le moindre doute.

- Comment est-ce que tu peux en être sûre ?, s'étonna Hermione.

- Si tu ressentais la douleur que je ressens en ce moment crois-moi que tu n'aurais pas de doute non plus, ricana-t-elle en serrant les dents, D'ailleurs je suis quasiment sûre que j'ai aussi quelques côtes cassées... », rajouta-t-elle en sifflant de douleur.

Hermione écarquilla les yeux, elle se demandait bien comment la femme avait pu tenir tout le combat et vaincre Voldemort en étant aussi mal en point.

« Je suppose que l'adrénaline a anesthésié la douleur sur le moment, répondit-elle sans s'en rendre compte.

- Mais comment... Bella ne me dis pas que tu viens de regarder dans mon esprit ! Je t'ai déjà dit que je ne voulais plus que tu le fasses, s'énerva Hermione.

- Et moi je t'ai déjà dit que je ne voulais plus que tu m'appelles comme ça. », répliqua la femme du tac au tac, blessant par la même occasion la fille qui baissa les yeux pour cacher sa peine.

Elles se rendirent alors compte qu'il allait être bien plus difficile que prévu de faire abstraction de leurs rancœurs et de leurs émotions. Tout était trop frais pour l'une comme pour l'autre. Bellatrix était loin d'avoir digéré la trahison d'Hermione. La fille était toujours bouleversée par la lettre de la femme.

Un silence pesant s'était imposé dans la chambre alors qu'elles évitaient de se regarder. Ce silence fut cependant troublé par le hibou noir de Bellatrix qui toqua à la vitre. Hermione se leva pour aller lui ouvrir et elle prit le journal qui se trouvait dans le bec de l'oiseau. Le hibou repartit aussitôt et le regard de la fille fut directement attiré par le gros titre de "La Gazette du sorcier":

"Héro de guerre, une mangemort tue le Seigneur des ténèbres."

Elle leva les yeux du journal et vit le regard interrogateur de Bellatrix, elle recommença alors sa lecture de l'article à haute voix:

« Héro de guerre, une mangemort tue le Seigneur des ténèbres.

Bellatrix Lestrange, ancienne mangemort, fugitive échappée d'Azkaban, meurtrière d'Albus Dumbledore et bras droit de Voldemort, s'est illustrée lors de la Bataille de Poudlard d'hier comme étant la sauveuse du monde des sorciers.

La sorcière était jusqu'ici connue pour être l'une des mangemorts les plus fidèles et impliqués dans la "cause" du Seigneur des ténèbres. Son talent pour le duel et ses capacités impressionnantes en magie noire étaient connus de tous, mais sa réputation reposait également sur son effrayante folie et sur sa cruauté jugée sans limite.

Nous avons donc tous étaient plus que surpris lorsque nous avons appris qu'elle intégrait l'équipe de professeurs de Poudlard lors de la rentrée dernière. La mangemort était-elle sur la voie de la rédemption ? Avait-elle conclu un marché avec Dumbledore ?

C'est ce que nous avons tous supposés alors qu'aucune information ne nous était donnée de la part du directeur de l'établissement.

Cependant, la regrettée journée du 15 avril avait annulé toutes nos hypothèses.

En tuant Albus Dumbledore, Bellatrix Lestrange certifiait son engagement auprès du Seigneur des ténèbres. C'est donc avec un grand étonnement que tous les sorciers présent hier à Poudlard ont assisté au duel entre la fidèle et son maître. Alors qu'Harry Potter peinait à venir à bout de Voldemort, c'est Bellatrix Lestrange qui l'a soudainement affronté puis tué, libérant ainsi tout le Royaume-Uni de la menace des ténèbres.

Ce mystérieux acte bienfaiteur est-il le résultat de la folie de la sorcière ? Ou est-ce que tout cela était prévu depuis le début ?

C'est la question que nous nous posons maintenant et à laquelle nous espérons bientôt répondre.

Selon des témoins présents sur les lieux, après avoir gagné son duel contre Voldemort, Bellatrix Lestrange aurait transplané. Nous restons à l'heure actuelle sans connaissance de l'état de la sorcière ou de sa localisation.

- C'est tout ?, demanda la sorcière noire visiblement ennuyée par l'article.

- Non, répondit Hermione, Il y a aussi un autre article sur la bataille.

La bataille de Poudlard comptabilise de nombreux morts dont nous n'avons toujours pas le nombre exact. Le combat a aussi causé beaucoup de blessés qui ont été pris en charge à la fois à l'infirmerie de l'école de magie, mais également à l'hôpital Saint Mangouste pour les cas les plus graves.

La plupart des élèves ont été évacués de l'école et confiés à leur famille alors que les professeurs s'activent à fouiller Poudlard et ses environs à la recherche de potentiels morts et blessés qui n'auraient pas encore étaient retrouvés.

Si les ténèbres ont enfin quitté le ciel et que le soleil brille au dessus de l'école, c'est un sentiment de deuil qui pèse sur Poudlard où les pertes ont été lourdes.

Du côté de l'armée des forces du mal, quelques mangemorts restent introuvables et auraient donc réussi à prendre la fuite, mais la plupart ont été capturés et envoyés directement à Azkaban par les aurors présents. Les familles des membres actifs des mangemorts ont été amenées au Ministère de la Magie dans l'attente d'un jugement.

Bellatrix souffla de soulagement en entendant que Narcissa et Draco n'avaient pas été envoyé à Azkaban.

- Je suis sûre que les aurors sont déjà à ma recherche, réagit-elle finalement, Si le manoir n'était pas protégé par un sortilège d'invisibilité, je suis sûre que j'aurais déjà retrouvé ma cellule à Azkaban.

- Mais pourquoi est-ce que tu voudrais qu'ils te cherchent ?, interrogea Hermione en fronçant les sourcils.

- Peut-être parce que je suis une mangemort qui s'est échappée d'Azkaban et qui a en plus tué Albus Dumbledore, répondit sarcastiquement la femme.

- Tu es surtout celle qui a tué Voldemort et qui a sauvé le monde des sorciers de sa menace, corrigea la fille.

Bellatrix ricana.

- C'est peut-être ce qu'ils disent maintenant, mais attends que l'euphorie de la victoire retombe et tu verras très vite que ma noirceur prendra le dessus sur ma blancheur aux yeux de tous, dit-elle, Je suis sans doute un héro de guerre comme ils s'amusent à dire, mais je suis surtout la mangemort folle et sadique qui a commis un nombre incalculable d'atrocités.

- Arrête de dire n'importe quoi, tu n'es ni folle, ni sadique et même si les gens pensent le contraire, moi je sais que tu n'es rien de tout ça, affirma Hermione.

Bellatrix plongea ses yeux dans ceux de la fille.

- Ah bon ? Pourtant c'est exactement ce que tu pensais de moi durant les deux dernières semaines, asséna-t-elle d'un ton glacial.

Hermione baissa les yeux sous le poids de la honte et de la culpabilité.

- On avait dit qu'on ne parlerait pas de ça maintenant, articula-t-elle d'une petite voix sans relever le regard.

- Oui c'est ce qu'on avait dit, mais c'est très difficile à respecter quand tu joues les sales hypocrites Granger, grogna Bellatrix alors qu'une pointe lui transperçait la cage thoracique.

- Est-ce que ça va ?, s'inquiéta Hermione en voyant la femme se tordre sous la douleur.

- Est-ce que ça a l'air d'aller ?, répondit-elle agressivement.

La fille leva les yeux au ciel.

- Est-ce que tu as une potion qui répare les os ?

- Oui je crois, répondit Bellatrix entre ses dents, Mais ce n'est pas de ça dont j'ai besoin maintenant. »

Hermione l'interrogea du regard.

« De whisky. C'est de whisky dont j'ai besoin. Il doit y en avoir dans le grand buffet du salon au rez-de-chaussée, informa-t-elle.

- Je ne sais pas si la douleur te fait perdre la tête, mais ne t'imagine pas une seconde que je vais t'amener ce whisky. Te saouler est la dernière chose dont tu as besoin maintenant.

Bellatrix souffla. Elle était de plus en plus contrariée par ce refus.

- La potion qui ressoude les os est douloureuse, extrêmement douloureuse, expliqua la femme, Alors oui, j'ai bien besoin de whisky, d'abord parce que ça va un peu anesthésier, mais surtout parce que j'en ai envie et que j'ai mérité ce putain de whisky, aboya-t-elle alors que ses côtes lui faisaient de plus en plus mal.

- Je suis sûre qu'avec toutes les potions que tu as je vais bien réussir à en trouver une pour anesthésier la douleur, réplica Hermione.

Bellatrix souffla. Elle commençait vraiment à bouillir.

- Si tu ne veux pas aller me chercher ce foutu whisky je vais être obligée d'y aller moi même, menaça-t-elle.

Hermione savait que toute la bonne volonté du monde ne suffirait pas à Bellatrix pour sortir de ce lit.

- Et bien vas-y alors. », provoqua la jeune femme.

La sorcière noire serra les poings de rage avant d'avoir une illumination qui égaya son visage.

Elle claqua des doigts et un elfe de maison apparut aussitôt, faisant sursauter Hermione.

« Bonjour madame Lestrange, que puis-je faire pour vous servir ?, demanda timidement le petit elfe en se penchant pour saluer sa maîtresse.

- C'est Black. Madame Black, corrigea Bellatrix d'une voix sévère.

- Oh! Veuillez m'excuser madame Black, s'empressa-t-il de répondre.

- Vas me chercher une bouteille de whisky, exigea-t-elle.

- Oui madame. »

L'elfe disparut avant de réapparaitre presque immédiatement, une bouteille de whisky pur feu et un verre en cristal entre les mains.

« Tu peux disposer. », dit-elle à l'elfe en ouvrant la bouteille.

La femme se servit le verre en narguant la fille de regard.

« Tu penses vraiment que ça va te faire du bien ?, demanda Hermione.

- Je ne le pense pas, j'en suis sûre. », répondit-elle en s'exaltant du délicieux liquide qui coulait dans sa gorge.

Hermione leva les yeux au ciel.

« Tu sais de quoi j'ai envie maintenant ?, demanda Bellatrix en se servant un second verre.

- Non..., soupira la fille, se préparant déjà à entendre une absurdité sortir de la bouche de la femme.

- J'ai envie de manger et de prendre un bon bain chaud. », dit-elle avant de reprendre une gorgée de whisky.

Hermione réalisa à ce moment là que c'était exactement ce dont elle avait envie, ce dont elle avait besoin. Elle était affamée et se sentait sale. Elle rêvait à présent de se laver et de manger.

« Vas te laver, pendant ce temps je vais demander à l'elfe de nous préparer le repas, lui dit Bellatrix qui n'avait pas eu besoin d'utiliser la Légilimancie pour deviner les pensées de la fille.

- Mais tu ne préfères pas que l'on s'occupe de ta jambe et de tes côtes avant ?, s'inquiéta Hermione.

La sorcière vida son verre d'un seul trait avant de répondre.

- Quand je vais boire la potion, je vais passer une dizaine d'heures à souffrir le martyr en attendant que mes os se ressoudent. Alors j'aimerai me sentir propre et rassasiée avant ça. Maintenant vas te laver dans l'une des salles de bain et tu trouveras des habits propres dans la pièce tout au bout du couloir de gauche.

- D'accord, accepta Hermione, Tu n'auras besoin de rien en attendant ?

- Ne t'inquiète pas, j'ai déjà tout ce dont j'ai besoin. », répondit la sorcière noire en brandissant sa bouteille, faisant ainsi rouler les yeux d'Hermione.

La fille sortit de la chambre pour se rendre dans la salle de bain la plus proche pendant que la femme appelait l'elfe de maison pour lui commander le repas.

--

La douche avait fait un bien fou à Hermione et elle se dirigeait maintenant vers la pièce située au bout du couloir de gauche. Quand elle ouvrit la porte, elle resta scotchée sur place. Bellatrix n'avait pas menti sur la quantité de vêtements qu'elle possédait. Le dressing était immense et débordait d'habits plus élégant les uns que les autres et dont la couleur dominante était bien entendu le noir. Cependant ce ne furent pas les vêtements qui attirèrent l'œil de la jeune femme.

Sur le sommet des placards bourrés d'affaires étaient disposés plusieurs cadres contenant des photos, dont l'une qui capta toute l'attention d'Hermione. Elle attrapa le cadre pour étudier de plus près la photographie sur laquelle une jeune femme posait devant un mur en pierre où s'emmêlaient des branchages. Cette jeune femme c'était Bellatrix et elle ne devait pas avoir plus de 18 ans sur ce cliché.

Un teint porcelaine, des yeux noirs et envoutants, une séduisante bouche rouge sang, de divines boucles ébènes retombant en cascade sur ses délicates épaules dégagées, une silhouette à la taille marquée vêtue d'une magnifique robe bustier en velours d'un vert presque noir. Et alors que l'image s'animait légèrement, on pouvait remarquer l'éclat de malice qui traversait les yeux noirs alors qu'un discret sourire enjôleur prenait place sur les lèvres rouges.

Hermione n'avait jamais rien vu de tel. La jeune femme sur la photographie était d'une si grande beauté que même la déesse Aphrodite n'était pas à la hauteur. Si le physique de Bellatrix n'avait aujourd'hui rien à envier à personne, il était incontestable que sa beauté avait néanmoins fanée au cours de ces dernières années. Ce ne fut cependant pas ça qui préoccupa Hermione.

C'est ce que révélait l'animation de la photo qui perturbait la fille. Cet élan de vie que possédait la jeune Bellatrix avait complètement disparu chez la Bellatrix du présent, et cela fendit le cœur de la Gryffondor.

Qu'avait-il bien pu se passer pour que la ravissante jeune fille de l'image devienne la femme brisée qu'elle connaissait aujourd'hui ?

--

Elle avait été incapable de l'attendre avant de commencer à s'empiffrer de tous les délicieux plats que l'elfe avait apporté, et elle manqua de peu de s'étouffer avec sa nourriture quand elle la vit apparaitre dans l'encadrement de la porte.

Hermione avait mis une robe verte à bretelles d'une simplicité totale, et pourtant Bellatrix jura qu'elle l'avait rarement vu aussi belle. La robe seyait divinement bien à la fille et sa chevelure châtain encore humide qui tombait lascivement sur ses épaules eut raison de la sorcière noire.

« Granger, le fait que tu ne t'habilles pas tous les jours comme ça est un véritable crime, lâcha-t-elle spontanément alors que ses yeux restaient vissés sur le corps d'Hermione.

Le visage de la jeune femme prit une teinte de rouge alors qu'une petit sourire se dessinait sur ses lèvres. Elle fut rapidement gênée de sentir ses joues chauffer à cause de ce simple compliment, et elle se pressa donc de changer de sujet.

- Je vois que tu ne m'as pas attendu pour manger, dit-elle en s'asseyant au pied du lit et en commençant à se servir dans le plateau garni.

- Non tu étais bien trop longue et la nourriture était bien trop appétissante. », plaisanta la femme en essayant de masquer sa douleur qui ne cessait de s'accentuer.

Hermione n'était pas dupe une seconde, elle voyait très bien que Bellatrix avait de plus en plus de mal à supporter ses blessures et la fille se dépêcha donc de manger pour aller mettre le bain à couler.

« Surtout dis-moi si je te fais mal, dit-elle en s'avança pour passer ses mains sous les jambes et derrière le dos de Bellatrix.

- Tu ne pouvais pas plutôt me faire léviter, se plaignit la femme tout en se laissant faire.

- Si, mais je n'ai pas envie de prendre le risque de te blesser davantage, se défendit la fille.

- Si tu le dis... », soupira la sorcière noire, réellement ennuyée par cette proximité avec Hermione et avec tout ce que cela provoquait chez elle.

Alors qu'elle se faisait porter jusqu'à la salle de bain, Bellatrix dut fortement se concentrer pour ne pas se laisser envouter par la douce odeur sucrée que dégageait la fille, ou encore par la mèche de cheveux revêche qui lui chatouillait le visage et qu'elle n'avait pas le cœur à déplacer. Elle était impuissante face l'emprise que la jeune femme avait sur elle. Elle détestait que tout chez Hermione lui donne envie de se replonger à corps perdu dans leur histoire qu'elle savait pourtant finie.

« Je vais t'aider à te déshabiller si tu es d'accord ? »

La voix d'Hermione coupa Bellatrix dans ses pensées. Elle se savait incapable de retirer seule sa robe, alors la sorcière acquiesça d'un mouvement de tête pour autoriser la fille à l'aider. Lorsque ses habits furent retirés, elle vit Hermione grimacer en observant son buste. Elle baissa alors la tête pour se regarder et grimaça également en voyant les énormes bleus qui recouvraient ses côtes. L'éboulement n'avait vraiment pas épargné la sorcière noire.

Un sifflement de douleur se fit entendre alors qu'elle rentrait difficilement dans la baignoire à l'aide d'Hermione. Puis un soupire de bien-être prit le relais lorsque le corps de Bellatrix plongea lentement dans l'eau bouillante. Elle se laissa complètement submergée par l'eau fumante qui détendait agréablement ses muscles tout en apaisant un peu ses douleurs. Elle pencha la tête en arrière, laissant l'eau chaude imprégner ses cheveux. Elle se sentait bien, extrêmement bien. Comme si une pause lui était enfin accordée.

Elle se dit alors que ce bain ne pouvait être plus plaisant, mais elle se rendit compte qu'elle avait tort dès l'instant où elle sentit de fins doigts se frayer un passage à travers ses cheveux pour venir lentement lui masser le crâne. Un gémissement roque passa la barrière des lèvres sanguines et aussitôt les doigts se stoppèrent, sans pour autant se retirer.

« Tu veux que j'arrête ?, demanda prudemment Hermione qui avait peur que son geste n'ait pas plu à Bellatrix.

- Non continue. », murmura la femme d'une voix suave qui provoqua de violents frissons chez la fille.

Les doigts se remirent alors au travail et Bellatrix en profita pleinement. Hermione se perdit à admirer le visage détendu de la femme et continua son massage pendant près d'une heure. Quand elle s'arrêta, le bain avait perdu de son agréable chaleur et Bellatrix commença à se savonner, ne voulant pas rester plus longtemps dans l'eau tiède. Hermione, ayant très bien conscience que la femme en serait incapable, se mit à laver les cheveux ébènes. Elle était entrain de les démêler quand elle sentit Bellatrix se tendre brusquement.

Les orbes noirs étaient fixés sur l'avant-bras gauche. Elle n'en croyait pas ses yeux, elle ne parvenait pas à enregistrer ce qu'elle voyait, ou plutôt, ce qu'elle ne voyait pas. Sa peau porcelaine n'était plus tâchée de noir. Son bras était nu, débarrassé de toute trace. Son corps avait été libéré de son fardeau, la marque des ténèbres avait disparu avec son seigneur.

Une larme perla sur la joue de la sorcière noire. Une larme de bonheur peut-être, une larme de délivrance sans doute.

--

Bellatrix but la potion et en voyant son visage écœuré, Hermione comprit que le breuvage devait être infecte.

« Vas te coucher maintenant Granger, il y a une chambre juste en face.

- Tu es sûre que tu ne préfères pas que je reste avec toi ?, s'assura la Gryffondor.

- Non, tu en as déjà assez fait, maintenant c'est à toi de te reposer, insista-t-elle.

- D'accord, alors bon courage et bonne nuit, dit doucement Hermione en se rapprochant.

Elle déposa un baiser furtif sur le front de la femme qui eut pour effet d'électriser les deux corps.

- Bonne nuit Granger. », chuchota Bellatrix en voyant la fille, dont les joues avaient rougi, sortir à la hâte.

La sorcière noire souffla, prête à affronter cette nuit éprouvante qui l'attendait.

--

La douleur était devenue insurmontable, cela faisait des heures qu'elle luttait, qu'elle prenait sur elle, mais c'était trop dur, elle ne pouvait plus s'empêcher de crier plus longtemps.

Les hurlements de plainte résonnèrent dans tout le manoir. La femme en sueur et secouée de spasmes serrait ses poings et sa mâchoire de toutes ses forces, allant jusqu'à faire saigner ses paumes et l'intérieur de ses joues.

Elle avait l'impression qu'on la poignardait, encore et encore, sans jamais s'arrêter. Elle était impressionnée par la violence de la potion. Elle avait déjà eut des fractures mais jamais la guérison ne lui avait fait aussi mal. L'effondrement avait dû mettre sa jambe et ses côtes en bouilli pour que la douleur soit si foudroyante.

Sa vision se troubla peu à peu. Elle ne sut dire si c'était à cause de ses larmes ou si elle était entrain de perdre connaissance. Tout était flou, beaucoup trop flou. Son esprit divaguait et elle ne put savoir si la main qu'elle sentit se poser délicatement sur sa joue était bien réelle ou le simple fruit d'une hallucination.

--

La main était bien réelle. Elle avait vraiment sentit ces caresses sur sa joue. C'est ce que Bellatrix conclut en trouvant la fille encore endormie à son chevet.

Les effets indésirables de la potion s'étaient arrêtés, plus aucune douleur de la sorte ne transperçait son corps.

Elle essaya de se redresser.

Elle y arriva.

Elle essaya de se lever.

Elle y arriva également.

La potion avait bien fonctionné, ses os s'étaient ressoudés. Les ecchymoses rendaient toujours sa jambe et son thorax extrêmement sensibles, mais cela était dérisoire par rapport à la douleur qu'elle avait dû supporter la veille.

Elle vit que la fille semblait dormir profondément et elle ne voulait pas la réveiller, ou du moins, elle ne voulait pas l'affronter maintenant. Alors Bellatrix quitta la pièce sur la pointe des pieds, redoutant le moment où elle devrait de nouveau faire face à Hermione.

--

Le jour filtrant à travers les rideaux la réveilla. Hermione bondit de sa chaise en remarquant que la femme n'était plus dans le lit. Elle commença à paniquer, se demanda où elle avait bien pu passer, s'inquiéta que quelqu'un l'ait enlevé. Puis une fois qu'elle fut correctement réveillée, Hermione se calma en réalisant que l'hypothèse la plus probable était que la potion avait réparé les os de Bellatrix qui avait simplement dû se lever.

Son hypothèse se confirma quand elle entendit de la musique qui semblait venir du rez-de-chaussée. La fille s'aventura alors hors de la chambre, descendit les escaliers puis se laissa guider par le bruit jusqu'à arriver devant une porte ouverte qui donnait sur une pièce, l'immense salon de la demeure Lestrange.

Bellatrix était là, assise sur un large fauteuil en cuir. Les yeux fermés, elle tenait dans sa main un verre de whisky et chantonnait par dessus la musique qui sortait d'un imposant tourne disque.

Si elle n'avait pas l'air complètement saoule, Hermione devina à son visage que la femme avait pleuré.

« Bellatrix ? », appela-t-elle pour s'annoncer.

Aucune réaction ne se fit de la part de la femme qui ne l'avait pas entendu.

« Bella ? », dit-elle cette fois plus fort, sans faire attention au surnom employé.

Les prunelles sombres se révélèrent brusquement alors que le verre en cristal éclata dans la main de la sorcière noire.

Cette fois c'était sûr, elle l'avait bien entendue...