Le regard brun fut d'abord attiré par les quelques fragments de cristal tombant au sol. Les yeux de la fille remontèrent ensuite progressivement pour trouver la main ensanglantée de la femme où le verre brisé avait fait des dégâts.
« Ne t'approche pas. », grogna Bellatrix à Hermione qui avait fait un pas en sa direction.
La jeune femme s'arrêta et quitta du regard la main meurtrie pour aller trouver les orbes sombres de la sorcière noire qui la figèrent sur place.
Elle pouvait voir passer plusieurs émotions dans les deux prunelles noires, de nombreux sentiments se mêlant et se faisant bataille.
La colère prédominait sans doute mais était tout de même tachée par une tristesse et une déception évidentes. Une certaine culpabilité venait s'additionner aux sentiments précédents, et enfin on pouvait également trouver un voile de doute couvrir le regard de Bellatrix. En revanche un paramètre était absent des deux yeux noirs, l'élément le plus important pour Hermione était indétectable. Cette fameuse étincelle qui lui était d'habitude destinée et qui brillait de mille feux dans le regard de Bellatrix, cette fameuse étincelle qui n'éclairait à présent plus le regard de la sorcière noire.
« Bellatrix ta main...
- Je vais m'en charger. », l'interrompit directement la femme d'une voix froide.
Hermione grimaça en observant la sorcière retirer un à un les fragments de cristal plantés dans sa paume. Bellatrix ne cilla pas et lorsque sa main fut libérée du moindre éclat de verre, elle commença à doucement refermer la plaie du bout de sa baguette. En tout juste quelques secondes, la blessure fut parfaitement cicatrisée et sans avoir vu la scène, on n'aurait pu deviner que l'épiderme venait d'être méchamment abîmé. La sorcière noire bougea et plia ensuite ses doigts pour vérifier qu'aucune douleur ne résidait dans sa main.
Visiblement satisfaite de la cicatrisation, elle se leva et se dirigea vers le grand buffet se trouvant à l'autre bout de la pièce. Clopinant pour se rendre jusqu'au meuble en bois massif, il était évident que sa jambe la faisait encore souffrir. Elle fouilla quelques instants dans le meuble afin de mettre la main sur le type de verres qui convenait le mieux à sa boisson de prédilection. Une fois trouvé, elle retourna s'assoir sur son fauteuil en cuir, relâchant ainsi la pression accumulée dans sa jambe en convalescence. Elle entreprit de remplir son verre mais elle remarqua alors en soufflant que la bouteille posée à ses côtés touchait à sa fin. Elle passa son regard à travers la pièce et repéra bien vite une autre bouteille de son précieux whisky posée sur l'une des étagères. Elle tendit le bras et d'un accio imprononcé elle attira la bouteille dont le goulot vint se loger au creux de sa main. Elle se servit ensuite un verre dont elle prit un grosse gorgée avant de laisser ses yeux se perdre à observer le liquide ambré.
Durant tout ce processus, la sorcière noire n'accorda pas un regard à la jeune femme qui, quant à elle, n'en loupa pas une miette.
D'interminables secondes s'écoulèrent et Hermione remercia le tourne disque de continuer à jouer sa musique, évitant ainsi à un lourd silence de prendre possession de la pièce.
«Bella...», osa-t-elle l'interpeller.
Les deux yeux acérés se levèrent pour venir la transpercer et avant qu'elle ait eu le temps de réagir, Hermione observa avec effroi le verre à whisky voler dans sa direction à une vitesse folle. Elle ferma les yeux et eut un léger mouvement de recul. Elle sentit le projectile la frôler avant de l'entendre s'écraser dans un fracas contre le mur.
Hermione comprit alors que la colère qu'elle avait vu dans les yeux de Bellatrix était le premier sentiment auquel elle serait confrontée.
«Ne m'appelle plus comme ça, reprocha la femme, Je te l'ai déjà dit.
- Je pense qu'il est temps que l'on parle Bellatrix, répondit la fille en s'approchant prudemment.
- Je n'ai rien à te dire, contra directement la sorcière.
- Et bien moi j'ai des choses à dire, insista Hermione.
- Je n'ai pas envie de les entendre, répliqua-t-elle, Tu sais Granger, je ne reviens pas sur ce que j'ai dit dans la lettre. Tout est terminé.
La jeune femme se mordit la lèvre et détourna le regard en essayant de contenir les larmes dont la chute menaçait.
- Peut-être que tout est terminé mais dans ce cas j'ai besoin d'avoir des explications, expliqua-t-elle, J'ai besoin de réponses.
- De réponses ?, demanda la femme en arquant un sourcil.
- A toutes ces choses que tu m'as caché tout au long de l'année et que tu avais promis de me dire dès que tu le pourrais. Toutes ces questions auxquelles tu n'as jamais répondu et qui m'ont fait douter de toi, reprocha-t-elle amèrement en passant que sans toutes ces stupides cachotteries elle n'aurait jamais fait l'erreur de manquer de confiance envers la femme.
- Oh je t'en prie, arrête tout de suite avec ta voix remplie de reproches !, s'échauffa Bellatrix, Il ne me semble pas que tu sois en position de faire la victime ici Granger. C'est toi qui m'as trahi, toi et toi seule ! Alors ne te cherche pas d'excuses.
Pleine de nerfs, elle prit une gorgée de whisky à même le goulot.
- Tu as raison, admit Hermione les yeux luisants, Mais je ne cherche pas d'excuses, je cherche des réponses. Alors je t'en prie donne m'en Bellatrix.
Elle la jaugea du regard.
Devait-elle des explications à la Gryffondor ? Sans doute.
Allait-elle lui en donner ?
Elle hésitait encore.
Malgré toute sa rancoeur pouvait-elle vraiment lutter contre la fille presque suppliante qui se tenait devant elle ?
Peut-être pas.
Ressentait-elle le besoin de se confier enfin à Hermione ?
Évidemment.
- Très bien tu veux des réponses alors je vais t'en donner, consentit-elle, Assieds-toi et écoute.»
Hermione obtempéra et alla s'assoir sur le sofa en velour noir. Bellatrix éteignit le tourne-disque et le salon se gorgea brusquement d'un profond silence. La sorcière prit alors une nouvelle gorgée de liquide ambré pour se donner la force d'entamer son récit qui ne remurait pas que de joyeux souvenirs.
«Je vais commencer depuis le début, ça risque d'être long alors ne m'interromps pas.», prévint-elle.
La jeune femme opina de la tête et Bellatrix, après s'être raclée la gorge, commença à lui raconter toute l'histoire la liant à Voldemort comme à Dumbledore, toute son histoire.
«La première guerre du monde des sorciers a commencé lors de ma première année à Poudlard. C'était une période sombre où l'on dénombrait chaque jour de nouveaux morts et de nouveaux partisans de Lord Voldemort. Je ne défendais pas ses idées mais elles ne me choquaient pas. J'ai été élevée avec la même idéologie alors je trouvais ça presque normal.», commença-t-elle à expliquer à une Hermione plus qu'attentive.
«Un jour il a sonné à la porte du manoir Black et mes parents l'ont accueilli comme s'il était un roi, alors il est revenu, encore et encore. Très vite mon père a reçu la marque des ténèbres et mes parents sont devenus de plus en plus investis dans sa cause. Dès que l'on rentrait de Poudlard on n'entendait parler plus que de lui et de ses exploits. Je me rappelle encore du soir où je l'ai rencontré. C'était un soir d'hiver pendant les vacances de Noël de ma troisième année. J'étais assise à table avec mes deux sœurs, on venait de terminer de dîner. Il a salué mes parents et mon père s'est empressé de l'entraîner dans le salon. Il ne voulait pas ennuyer le mage noir en lui présentant ses trois bonnes à rien de filles.», continua-t-elle.
Au ton rempli d'amertume que Bellatrix employait, Hermione n'eut pas de mal à comprendre toute la rancœur que la femme gardait encore envers son père.
«Pendant que nos parents discutaient avec Voldemort, nous nous sommes disputées avec Andromeda et Narcissa comme nous le faisions à chaque fois. De simples chamailleries d'enfants mais mon père a dû trouver ça trop bruyant. Il est revenu en trombe dans la salle à manger et il m'a vu la baguette en l'air pointée sur Cissy que je maintenais suspendue au plafond alors qu'Andromeda s'évertuait à essayer d'enlever le sort de mutisme que je lui avais jeté. J'ai vu dans son regard qu'il était furieux alors j'ai annulé mes sorts et je me suis tapie dans un coin de la pièce en sachant que je n'échapperai pas à la punition. Seulement cette fois il n'y a pas eu de punition. Voldemort se tenait dans l'encadrement de la porte et il avait tout vu. Il a demandé à mon père et à mes sœurs de sortir de la pièce, il a dit qu'il voulait s'entretenir seul à seul avec moi. Mon père m'a lancé un regard noir mais il a obéit. Voldemort a passé la soirée à discuter avec moi, à me demander de lui montrer les sorts que je maitrisais, à me poser des questions sur tout et sur rien. Avant de partir ce soir là il m'a dit que ma magie était puissante, il m'a dit que l'on ferait de grandes choses ensemble. Il m'a dit que j'étais spéciale.», énonça-t-elle les yeux brillants.
Hermione le savait, en lui disant ces mots ce soir là, Voldemort avait marqué la vie de Bellatrix. Il avait donné un espoir à la jeune fille de treize ans. Il lui avait fait miroiter la lumière avant de l'emmener avec lui dans les ténèbres.
«Après ça il a commencé à m'enseigner la magie noire. Tout ce que je n'ai pas appris à Poudlard je l'ai appris de lui. Je passais presque l'entièreté de mes vacances avec lui, à m'entraîner dur et sans relâche. Il vantait sans cesse mes mérites et il disait à qui voulait bien l'entendre que malgré mon jeune âge j'étais déjà une sorcière d'exception et que bientôt je serai la plus puissante de ses fidèles. Pour la première fois mon père était fière de moi, pour la première fois j'étais fière de moi. Ces quelques années à étudier la magie noire et l'art du duel à ses côtés ont sans doute été les plus joyeuses de ma vie. Je m'épanouissais dans la magie et j'avais l'impression d'être enfin pleinement moi.», expliqua-t-elle alors que ses yeux pétillants devenaient de plus en plus mornes.
Cette période avait été comme une lumière au bout du tunnel pour Bellatrix. Hermione devina que la lumière avait cependant dû être brève et que le prochain tunnel avait été bien plus sombre.
«Pour fêter mes seize ans, mes parents avez convié plusieurs familles de sang-pur à un banquet. Il était aussi invité. C'était un bel anniversaire, sûrement mon plus beau d'ailleurs. Je me rappelle même que je portais une magnifique robe bustier en velours vert foncé...»
Hermione pensa immédiatement à la photographie de Bellatrix qu'elle avait trouvé dans son dressing la veille.
«C'est ce soir là qu'il a choisi de me faire la marque. Il m'a dit que j'étais prête et il m'a dit que j'en étais plus que digne. Je me rappelle de la fierté que j'ai ressenti en cet instant. Tout juste seize ans et je devenais officiellement une mangemort. J'étais alors sa plus jeune recrue et la seule femme à avoir l'honneur de porter la marque des ténèbres. Quand je suis retournée à Poudlard après avoir été marquée, Dumbledore m'a directement convoqué dans son bureau et il a essayé de me raisonner. Tous ses efforts se sont avérés vains. Il pouvait bien me dire tout ce qu'il voulait, cela ne servait à rien, c'était Voldemort mon maître. C'était mon mentor et j'avais confiance en lui. J'ai pourtant bien vite compris que j'avais eu tord.»
Le visage de la femme était maintenant complètement éteint et Hermione se prépara à entendre les pires horreurs.
«C'est durant l'été qui précédait ma septième année qu'il m'a emmené pour la première fois avec lui et les autres mangemorts. Je les ai alors vu tuer, torturer, massacrer de nombreux innocents qui étaient seulement coupables de ne pas avoir un sang-pur. Je savais déjà que c'était ce qu'ils faisaient, je n'étais pas ignorante de leurs actes, mais c'est seulement en les voyant faire que j'ai compris toute l'atrocité que cela représentait. Et c'est lorsque qu'il m'a obligé à tuer mon premier moldu que j'ai vraiment compris que je n'avais rien à faire là, que ce n'était pas ce que je voulais faire. Seulement il était déjà trop tard, j'avais la marque, je lui appartenais.»
Hermione eut des frissons en entendant cette dernière phrase.
«Ce même été on m'a marié à Lestrange parce que c'était un sang-pur, un mangemort, un bon parti et parce que ma mère trouvait cette famille digne de nous. Elle voulait que ce soit lui et pas quelqu'un d'autre. Voldemort a aussi encouragé cet union parce que les Lestrange étaient des membres très actifs parmi les mangemorts. Je me suis alors sentie prise au piège, à la fois dans ce mariage mais aussi et surtout dans cette guerre où je m'étais engagée du mauvais côté.»
La peine d'Hermione était immense à l'écoute de cette vie tragique qui était celle de la femme qu'elle aimait.
«Dès la rentrée je suis allée trouver Dumbledore, je lui ai dit qu'il avait raison et que je ne voulais plus continuer, que je voulais tout arrêter. Il m'a alors dit ce que je savais déjà, que c'était trop tard, que j'avais la marque et que tout arrêter n'était plus une possibilité. Il a ensuite ajouté que tout n'était pas perdu, que je pouvais toujours faire quelque chose de bien mais que pour cela j'allais devoir prendre de gros risques. C'est là qu'il m'a proposé de faire partie de l'Ordre.»
Hermione écarquilla les yeux, jamais elle n'avait imaginé les choses ainsi.
«Il voulait faire de moi son espion. Je devais continuer de jouer mon rôle auprès de Voldemort et devenir le bras droit qu'il attendait que je sois. Et en même temps je devais rapporter toutes ses idées, toutes ses actions à l'Ordre. Je n'ai pas eu à réfléchir longtemps pour accepter. De toutes façons j'étais déjà condamnée à tuer pour Voldemort pendant le restant de ma vie ou bien à voir ma famille se faire tuer avant de mourir moi-même si jamais je m'opposais à lui. J'ai donc préféré continuer à jouer mon rôle parmi l'armée des ténèbres pour servir secrètement l'Ordre dont je trouvais les actions plus louables et les idées plus sensées. Albus m'a directement fait confiance. En y repensant j'ai l'impression que si Voldemort croyait en la puissance de ma magie, Dumbledore croyait peut-être simplement en moi. Il ne s'est pas méfié de moi une seconde et je pense d'ailleurs que s'il l'avait fait je n'aurais pas réussi à lui faire confiance à mon tour.»
Quand Bellatrix évoquait Dumbledore, Hermione avait le sentiment que la femme était partagée. Elle pouvait à la fois ressentir une forme de respect et de reconnaissance, et à contrario elle pouvait aussi sentir une réelle amertume.
«C'est donc pendant ma septième année que j'ai rejoint l'Ordre. J'œuvrais en alliance avec eux alors qu'aux yeux du reste du monde je m'illustrais comme une mangemort cruelle et redoutable. Hormis les membres de l'Ordre, personne n'était au courant de ma couverture. Par prudence je ne l'ai même pas dit à mes sœurs, j'aurais peut-être dû d'ailleurs... L'été suivant Andromeda a quitté la maison pour s'enfuir avec Tonk. Elle ne m'avait rien dit de ses projets, elle était persuadée que j'étais devenue pire que nos parents. On ne s'est jamais reparlé depuis...», la dernière phrase sortit de la bouche de Bellatrix dans un souffle tout juste audible aux oreilles d'Hermione.
Cela sauta aux yeux de la fille que la sorcière noire gardait de lourds regrets quant à sa relation avec sa sœur Andromeda.
«Je me suis alors confiée à Cissy par peur de la perdre elle aussi. C'est la seule et unique personne que j'ai mise au courant.»
Un léger et discret sourire se dessina sur les lèvres d'Hermione. La relation entre Bellatrix et Narcissa avait l'air belle et forte. Sa petite sœur semblait être l'un des seuls soutiens que la femme n'ait jamais eu.
«Les années ont passé, les horreurs de la guerre n'ont cessé de croître. J'ai continué à agir pour l'Ordre tout en m'accommodant à tuer et à torturer pour Voldemort. Lorsque j'ai été obligée de commettre mon premier meurtre à seize ans je ne l'aurai jamais cru, mais finalement on s'habitue à tuer, on s'habitue à faire du mal. On s'y habitue tellement qu'à force on ne ressent plus rien en le faisant. A force de le faire encore et encore on ne ressent plus, ni la douleur de faire du mal à l'autre, ni la culpabilité de l'acte infâme perpétré. C'est comme tout finalement, on apprend simplement à vivre avec...Et si je dois être complètement honnête, je dirais même que j'ai fini par prendre un certain plaisir à faire du mal. », avoua-t-elle à demi-mots.
Ces propos firent froid dans le dos d'Hermione. Elle avait mal au coeur, la femme avait été formatée à tuer, comme beaucoup avaient dû l'être au cours de cette guerre, et elle trouvait cela horrible.
«Je suis devenue le bras droit de Voldemort, j'étais celle en qui il avait le plus confiance. Son erreur a sans doute été de trop m'avoir entraînée dans certains domaines. Grâce à lui je suis devenue une excellente occlumens et cela m'a aidé à préserver ma couverture durant toutes ces années. Ma réputation a aussi beaucoup aidé à renforcer ma couverture. Aux yeux de tous j'étais la fidèle mangemort dediée à son maître qui était prête aux pires actes de cruauté pour le satisfaire. J'étais la folle sorcière sadique qui maniait le Doloris avec excellence. J'ai tellement joué de ce rôle que personne ne pouvait se douter de mon lien avec l'Ordre. Toutes les actions que j'ai faite à l'encontre de Voldemort, tous ses plans que j'ai réussi à déjouer en prévenant l'Ordre, tout est resté dans l'ombre et jamais il n'a eu le moindre doute en ma fidélité.»
Hermione n'en revenait toujours pas. Elle avez encore du mal à assimiler l'alliance de Bellatrix avec l'Ordre du phénix.
«Et puis le 31 octobre est arrivé et il a disparu. Mais il n'est pas mort, je le savais, les mangemorts le savaient, Dumbledore le savait, tout le monde le savait.»
Hermione observa la sorcière noire frotter inconsciemment et de manière frénétique son avant-bras gauche maintenant vierge de toute marque.
« La population fêtait la fin des ténèbres, les mangemorts cherchaient Voldemort et les aurors traquaient les mangemorts. J'étais une mangemort et, à part pour Dumbledore et les membres de l'Ordre, je n'étais qu'une mangemort. Alors comme tous les fidèles actifs de Voldemort j'étais une cible des aurors. J'aurais pu fuir, j'aurais dû fuir, mais bêtement j'ai cru en l'espoir d'être graciée d'une peine à Azkaban si Albus témoignait en ma faveur. Je n'avais alors pas conscience que cela n'était pas dans ses projets. J'ai alors continué de vivre avec les mangemorts. Quoique survivre serait plus exact. Nous étions sans cesse traqués par les aurors alors que les plus dévoués continuaient à chercher notre maître disparu sans relâche. Certains d'entre-eux continuaient les massacres mais moi je n'y prenais plus part. Je n'avais plus d'intérêt à servir, plus de réputation à entretenir. Je n'avais d'ailleurs plus grand chose à vrai dire et je me faisais doucement à l'idée que la guerre était terminée et avec elle mon alliance avec l'Ordre. »
Hermione savait ce qui venait ensuite. La torture des Londubat et la condamnation à Azkaban étaient les prochaines étapes.
« Près d'un an après la fin de la guerre je n'avais plus une once d'espoir. Ni Dumbledore, ni les membres de l'Ordre ne me seraient d'aucune aide. J'étais décidée, j'allais fuir le Royaume-Uni, peut-être même fuir le continent. Je préparai mon départ lorsque l'évènement a eu lieu. Rabastan Lestrange est venu me prévenir, ils étaient sur le point de découvrir ce qui était arrivé à notre seigneur. Ne voulant pas éveiller les soupçons sur mon futur départ je l'ai bêtement suivi. Ce fut sans doute l'une de mes plus belles erreurs. Lorsque je suis arrivée sur place avec Rabastan nous avons trouvé Rodolphus et Barty Croupton Junior l'air mécontent. Au sol gisaient Frank et Alice Londubat, ils avaient été torturés jusqu'à la folie, torturés avec le Doloris, mon sortilège signature. A peine arrivée sur les lieux que les aurors étaient déjà là. Ils étaient une bonne vingtaine et ils nous ont attrapé tous les quatre. Le procès a eu lieu et comme je l'avais deviné, ni Dumbledore ni les membres de l'Ordre n'ont témoigné en ma faveur. J'ai été condamnée. J'avais à peine vingt-quatre ans et j'entrais à Azkaban pour y passer le reste de ma vie. »
Les poings d'Hermione se serrèrent à ce moment du récit, elle en voulait à Dumbledore et à l'Ordre pour ça.
« J'y ai passé quatorze ans, les quatorze pires années de ma vie. J'en fais encore des cauchemars. Le froid glacial, l'humidité rongeante, la faim tiraillante, les rats grouillants, les cris et hurlements incessants, la torture des détraqueurs, la perte de tout espoir, l'extrême solitude, l'envie de vivre qui s'estompe, la folie qui s'installe. Tout ça me hante et me hantera sans aucun doute toute la vie. », raconta-t-elle.
Le traumatisme qu'avait laissé Azkaban sur Bellatrix était flagrant et Hermione en voulut d'autant plus à tous ceux qui n'avait rien fait pour la sortir de là.
«Et puis un jour la marque s'est de nouveau agitée et les étages les plus hauts de la tour ont explosé. J'étais enfin libre et c'était grâce à celui que j'avais pourtant trahi. », ricana-t-elle douloureusement.
« Je n'étais plus moi-même quand je suis sortie d'Azkaban. Ma dégradation physique était flagrante et pourtant mon esprit était d'autant plus abîmé. J'ai brusquement récupéré ma magie en sortant de cette prison et c'est là que mes crises ont commencé. J'en faisais tous les jours. Plusieurs par jour. Elles étaient d'une violence extrême, bien pires que celles que tu as pu voir. Et puis il y avait ce bourdonnement incessant. Si j'avais longtemps joué de l'image de sorcière hystérique, je l'étais maintenant vraiment. J'étais en colère, j'étais furieuse, j'étais blessée, j'étais malade. Et lui était toujours là. Celui que je n'attendais pas est finalement celui qui m'a sauvé. C'est à partir de là que j'ai commencé à le servir pleinement. J'avais déjà aidé les soit-disant bons et cela ne m'avait pas réussi. J'ai donc commencé à servir mon maître sans entretenir le moindre lien avec l'Ordre ou Dumbledore.»
Hermione ne comprenait pas pourquoi le vieux directeur n'avait rien fait pour Bellatrix.
« Puis il y a eu la bataille au ministère et je les ai tous revu. J'avais accumulé une haine immense envers eux, je leur en voulais énormément. Une crise menaçait d'éclater, elle bouillonnait en moi et là j'ai combattu Sirius. Après Dumbledore c'est sûrement à lui que j'en voulais le plus. C'était mon cousin, on n'était pas très proche mais ils savait et comprenait mieux que personne à quel point la vie était dure en grandissant chez les Black. Alors j'étais un peu plus en colère contre lui. On s'est jeté des sorts. On s'est balancé nos reproches à la figure. Je l'ai touché d'un Stupéfix. Il a fait un pas en arrière, et c'était trop tard. Je ne voulais pas le tuer mais je ne peux pas non plus dire que je lui voulais du bien. »,dit-elle honnêtement.
Hermione se remémora cette scène tragique dont elle pouvait encore visualiser tous les détails.
« Puis Albus est arrivé et il a essayé de me parler. Il m'a dit que j'avais encore un rôle à jouer, il m'a dit qu'il avait encore besoin de moi. C'est là que j'ai appris qu'il m'avait laissé croupir à Azkaban parce qu'il voulait que je conserve ma couverture lorsque Voldemort reviendrait. Je lui ai alors ri au nez et je lui ai dit que moi je n'avais plus besoin de lui. Je ne savais alors pas qu'un an plus tard j'allais en fait avoir besoin de lui. »
Hermione se redressa sur le sofa, elle savait que la prochaine étape du récit de la sorcière noire serait son arrivée à Poudlard en tant que professeure.
« Les mois ont passé, je me suis peu à peu réhabilitée au monde extérieur mais mes crises ont continué. Je suis restée vivre au manoir Malfoy auprès de ma sœur et nous recevions régulièrement tous les mangemorts pour des réunions dirigées par Voldemort. Il en voulait énormément à Lucius pour son échec au Ministère et il voulait lui faire payer, alors il a décidé d'envoyer Draco dans une mission suicide, tuer Dumbledore. Il savait que Draco serait incapable de tuer le vieux sorcier seul, il lui a demandé de faire ça uniquement pour ridiculiser un peu plus les Malfoy avant de les tuer. Nous étions tous rassemblés dans la salle à manger du manoir lorsque Draco est revenu de sa mission infructueuse, j'ai alors su que je devais trouver une solution pour sauver ma soeur et mon neveu, et il fallait que je trouve vite. J'ai donc proposé d'infiltrer Poudlard et j'ai eu de la chance car mon idée lui a plu. Je devais me faire engager en tant que professeure et gagner la confiance de Dumbledore. J'ai donc écrit à Albus et il m'a reçu dans son bureau durant l'été. Je lui ai alors tout expliqué, tout dit et nous avons conclu un marché. Je devais être transparente avec lui sur tout ce que je savais des intentions de Voldemort envers Potter ou envers l'école et je devais aussi vous aider dans la chasse aux horcruxes. Il devait m'aider à garder ma couverture et protéger Cissy et Draco de la menace de Voldemort. C'est ainsi que je suis arrivée en tant que professeure de Défense contre les forces du mal à la rentrée. »
Au fil du récit, tout commençait à s'éclaircir aux yeux d'Hermione.
« Nous avons décidé de tout vous cacher parce que c'était la meilleure chose à faire. Si Harry était au courant de mon alliance avec Dumbledore, Voldemort pouvait potentiellement l'être aussi. Nous avons donc préféré tout vous taire parce que c'était plus prudent, parce que l'on ne pouvait pas se permettre de prendre plus de risques inutiles. Je n'avais alors pas conscience que ça allait être aussi dur de tout te cacher. »
Hermione se sentit bien bête d'avoir tant de fois reproché à la femme de lui cacher des choses.
« Plus le temps passait et plus il m'était difficile de garder ma couverture avec toi mais je n'ai pas cédé, j'ai continué parce que les conséquences étaient trop importantes pour que je prenne le risque de tout te dire. Tu avais beau être la personne en qui j'avais le plus confiance... »
L'emploi du passé dans cette phrase fit mal à la fille.
« Tu aurais quand même pu finir par te confier à Harry si les circonstances t'y obligeaient à un moment ou un autre. Alors même si j'avais envie de me confier à toi sur mon alliance avec Dumbledore, même si par moment j'en avais même besoin, je ne l'ai pas fait, parce que je ne pouvais tout simplement pas me le permettre. »
Les propos de Bellatrix étaient sincères, Hermione le savait. La jeune femme comprit alors qu'il avait été difficile pour la sorcière noire de lui cachait tout ça, au moins autant difficile que pour elle qui était restée sans réponse.
« L'année a défilé et la colère de Voldemort a grandi en voyant à quel point ma mission à Poudlard s'avérait infructueuse. Tout ce qu'il me demandait de faire échouait et tous ses horcruxes disparaissaient. Alors un jour il m'a donné une ultime mission, la mission de la dernière chance, je devais tuer Dumbledore. Et étrangement cela m'a troublé. Quelques mois plus tôt j'aurais tout donné pour avoir sa peau, et maintenant que je devais le tuer, je ne le voulais plus. Au début de l'année il était clair pour moi que je n'étais plus dans aucun camp. Je n'avais jamais défendu les idées de Voldemort et je ne trouvais plus la cause de Dumbledore louable. Cependant au fur et à mesure de l'année j'ai réalisé que ma rancune envers Albus ne prenait plus le dessus sur le fait d'être d'accord avec son objectif. Je voulais moi aussi venir à bout des ténèbres. », dit-elle en donnant un regard furtif sur son avant-bras pour vérifier que la marque avait bien disparu.
« Lorsque je lui ai dit que Voldemort m'avait demandé de le tuer, il n'était pas surpris. Il m'a alors fait croire qu'il allait réussir à trouver une solution, seulement c'était un mensonge. Le jour même de sa mort, à peine quelques heures avant que les mangemorts attaquent Poudlard, il m'a dit la vérité. J'allais devoir le tuer parce qu'il devait mourir. Il était le seul obstacle entre Harry et le Seigneur des ténèbres alors il savait que ce jour arriverait. Il savait qu'il finirait par se sacrifier pour mettre un terme au règne de Voldemort. C'est là qu'il m'a expliqué en quoi consistait vraiment le grand rôle que j'allais devoir jouer. Je devais le tuer et après ça je devais prendre sa place. Il m'a avoué qu'Harry était un horcruxe, il m'a parlé des reliques, il m'a fait part de son plan et il m'a demandé de tout faire pour le mener à bien. C'est ce que j'ai fait et il savait que j'allais le faire, il me faisait confiance et il n'a même pas eu besoin d'un Serment Iviolable pour être sûr que je ferai tout pour venir à bout des ténèbres. »
Bellatrix s'arrêta. Elle avait fini. Elle avait tout dit. Elle venait de tout raconté à Hermione sans jamais la regarder dans les yeux. Au fil de son récit elle avait à plusieurs reprises retenue ses pleurs et maintenant qu'elle avait terminé de parler une unique larme perla sur sa joue.
« Voilà Granger je t'ai tout dit. Je pense que tu as eu les réponses à toutes tes questions. », ajouta-t-elle la voix tremblante en relevant les yeux pour regarder la fille.
Si une unique larme tachait le teint porcelaine de Bellatrix, c'était tout un torrent qui trempait celui d'Hermione.
Elle était émue. Le fait que la femme se soit confiée à elle de la sorte la touchait foncièrement. Elle avait eu ses réponses mais une multitude de nouvelles questions émergeait à présent de son cerveau en ébullition. Elle n'allait néanmoins pas les poser, pas maintenant. Bellatrix lui en avait déjà beaucoup dit, elle avait déjà fait suffisamment d'efforts et Hermione ne voulait pas plus la brusquer.
La fille n'était pas dupe, conter ainsi ce récit, ce récit qui était celui de sa vie, avait profondément bouleversé la femme. Elle avait vraiment pris sur elle pour faire cela, pour lui donner ces réponses et Hermione lui en était extrêmement reconnaissante.
La jeune femme se leva et avança vers la sorcière noire.
Les prunelles sombres suivirent les brunes qui s'approchaient.
« N'y pense même pas. », grommela Bellatrix.
Hermione ne répondit rien et n'écouta pas la femme. Elle alla s'assoir sur l'accoudoir du fauteuil en cuir et confronta les deux orbes noirs.
« Arrête. », prévint à nouveau Bellatrix qui ne se sentait pas capable de résister à la fille.
Encore une fois, Hermione n'obéit pas à son ancienne professeure. Elle se pencha vers Bellatrix, enlaça de ses bras les épaules frêles, logea sa tête dans la nuque délicate et vint noyer son visage dans la chevelure noire.
Un lourd soupire passa la barrière des lèvres de la sorcière noire alors que sous l'étreinte, elle ferma les yeux et laissa couler une seconde larme.
Du bout de ses doigts, Hermione vint tendrement jouer avec les boucles noires tout en essayant de retenir les pleurs que lui causait la brutale connaissance de ce qu'avait pu être la vie de Bellatrix.
Si la sorcière noire n'avait pas évoqué son enfance, Hermione devina qu'elle n'avait pas dû être bien joyeuse. Cela avait sans doute servi l'intérêt de Voldemort auquel la jeune Bellatrix n'avait pas hésité à se raccrocher. Elle ne pouvait alors même pas songer au violent coup que la sorcière de seize avait dû prendre en se rendant soudain compte qu'elle était prise au piège. Hermione ne revenait pas non plus du courage et des sacrifices que la femme avait fait durant toutes ces années en servant secrètement l'Ordre tout en agissant avec les ténèbres. Elle n'osait même pas imaginer l'impact de ces quatorze années à Azkaban. Ces années lui avaient été arrachées et rien ne pouvait changer cela. Hermione trouvait ça bien cruel et affreusement injuste. Elle réalisa alors pleinement que toute cette guerre avait eu son lot de cruelles injustices.
Elle resserra un peu plus sa prise autour de Bellatrix. Elle voulait lui donner tout le réconfort qu'elle était à même de lui offrir.
Hermione admirait la femme pour toute la ténacité, pour toute la force dont elle avait fait preuve. Elle l'admirait d'avoir continué malgré tout. Elle l'admirait parce qu'elle n'avait pas laissé sa part de noirceur triompher et parce qu'elle s'était battu jusqu'au bout, jusqu'à venir à bout des ténèbres.
La fille se sentait maintenant infiniment coupable d'avoir condamné Bellatrix, de ne pas lui avoir fait suffisamment confiance au moment où elle en avait le plus besoin.
« Je suis désolée Bellatrix... Je m'en veux tellement... », pleura-t-elle dans les cheveux sombres.
La sorcière noire entendait les excuses d'Hermione. Elle les savait sincères mais cela n'effaçait pas le mal que la Gryffondor lui avait déjà fait. Cela n'effaçait pas non plus sa peur du pouvoir qu'avait la fille sur elle. C'est d'ailleurs sa peur qui l'empêchait de tomber à nouveau pour Hermione. Elle avait déjà beaucoup trop souffert et l'idée de souffrir à cause de la jeune femme la rongeait complètement.
« Je suis vraiment désolée..., articula de nouveau la voix sanglotante.
- Je sais, chuchota Bellatrix sans rouvrir les yeux.
- Je ne veux pas que tout s'arrête..., continua Hermione.
- Je sais, répéta la femme en laissant une troisième larme lui échapper.
- Je t'aime tellement. », rajouta la fille dans un souffle.
Elle aurait pu de nouveau répondre « Je sais » car elle le savait. Bellatrix savait que la jeune femme l'aimait, elle n'avait plus aucun doute la dessus. Mais cela suffisait-il vraiment? Elle ne le savait pas. Alors elle ne répondit rien et posa simplement ses mains dans le dos d'Hermione, rendant ainsi enfin son étreinte à la fille.
Un frisson traversa le dos de la jeune femme en sentant les mains de Bellatrix s'y poser. Hermione profita alors des douces caresses réconfortantes que la femme lui prodiguait.
De longues minutes plus tard elle était finalement parvenue à se calmer. Elle se recula alors doucement pour faire face à la femme. Elle ne put retenir un tendre sourire en observant le beau visage de Bellatrix dont les yeux étaient toujours clos. Elle vint poser une main délicate sur la joue porcelaine et les deux orbes noirs se révélèrent à elle.
Les prunelles brunes plongées dans les noires, Hermione cherchait à présent l'étincelle, ladite étincelle qu'elle n'avait pas trouvé tout à l'heure, cette fameuse étincelle qui voulait dire beaucoup.
