Elle était là. L'étincelle, cette étincelle d'amour qui lui était réservée. Un éclat de lumière intense bien présent dans les deux orbes noirs. Elle éclairait le regard sombre de la sorcière, transperçant par la même occasion les yeux bruns de la fille.

Si elle souriait déjà du simple spectacle que lui offrait le beau visage de Bellatrix, son sourire redoubla à la vision de cette étincelle.

« Pourquoi est-ce que tu souris ?, demanda la femme en la regardant.

- Parce que je la vois, répondit Hermione sans rien perdre de son sourire.

- Qu'est-ce que tu vois ?, interrogea-t-elle sans plus rien y comprendre.

- L'étincelle.

- Quelle étincelle ?, demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

- Celle qu'il y a dans tes yeux, expliqua la jeune femme.

- Il n'y a pas d'étincelle dans mes yeux, nia Bellatrix en détournant le regard.

Le cœur d'Hermione perdit un peu de la chaleur que les deux yeux noirs lui procuraient.

- Si, il y en a une quand tu me regardes, certifia la fille.

- N'importe quoi.

La Gryffondor attrapa le visage de la femme de ses deux mains pour réaligner le regard sombre au sien.

- Si je la vois, assura-t-elle.

La sorcière noire resta silencieuse de longues secondes, observant la fille dont les yeux pétillants étaient plongés dans les siens. Cette fille qui ne perdait pas son sourire, ce sourire d'espoir et d'amour.

- Et qu'est-ce que ça veut dire à ton avis ?, murmura-t-elle très bas, comme si elle redoutait la réponse qu'elle connaissait pourtant déjà.

- Ça veut dire que malgré tout, tu ressens quelque chose pour moi, osa répondre Hermione à demi-mot.

- Parce que tu en doutais ?, demanda-t-elle aussitôt.

Le cœur d'Hermione en rata un battement.

- Tu as dit que tout était fini, avança la fille.

- Je sais ce que j'ai dit Granger et crois moi j'aimerais que tout soit si simple...

- Et pourquoi ça ne l'est pas ?

- Parce que bien malgré moi tout ce que je ressens pour toi Hermione n'a pas disparu.», soupira-t-elle.

Elle n'en revenait pas. La femme venait de lui dire qu'elle avait des sentiments à son égard et elle lui avait dit ça en utilisant son prénom. C'était seulement la deuxième fois qu'elle l'entendait sortir de la bouche de la sorcière noire et si la première fois ça lui avait brisé le cœur, cette fois-ci ça le fit battre un peu plus fort.

Poussée par le brusque élan de confiance que lui procura cet aveu, Hermione se pencha, voulant goûter aux lèvres rouges sang qui lui manquaient tant. Seulement elle n'eut le temps de les atteindre, en la voyant s'approcher, Bellatrix s'était levée précipitamment. Elle siffla de douleur, s'étant sans doute relevée un peu trop vite au goût de sa jambe affaiblie.

« Désolée, s'excusa immédiatement Hermione, le regard dirigé vers le sol.

- Tu as faim? Je meurs de faim je vais demander aux elfes de nous préparer quelque chose. », dit-elle en ignorant la tentative de baiser suivie des excuses de la fille.

Hermione suivit la femme qui se dirigeait vers la cuisine, et très vite elles prirent place à table où les elfes de maison avaient déposé les plats qu'ils s'étaient activés à préparer.

Le repas se déroula dans le silence total, un silence lourd et pesant, seulement ponctué par le bruit de l'argenterie et de la vaisselle en porcelaine. Hermione ne lâchait pas Bellatrix du regard alors que cette dernière n'avait d'yeux que pour son assiette.

La Gryffondor voulait à tout prix arranger les choses, la sorcière noire quant à elle était partagée entre coeur et raison.

« Dis moi ce que je dois faire pour que tu me pardonnes. », articula finalement la jeune femme entre deux bouchées de son plat.

Bellatrix avala de travers, surprise par la soudaine prise de parole d'Hermione.

Elle releva son regard et perfora la jeune femme de ses yeux noirs.

Que devait-elle faire pour se faire pardonner ?

Absolument rien, elle ne lui en voulait plus.

La colère et la rancoeur étaient retombées et Bellatrix n'avait pu faire autrement que d'excuser la trahison d'Hermione.

« Je t'en prie dis moi ce que je dois faire pour que tu ne m'en veuilles plus, redemanda la fille.

- Je ne t'en veux pas, répondit-elle.

La Gryffondor fronça les sourcils.

- Mais alors...

- Alors je ne t'en veux pas, coupa directement la femme, Mais ça ne veut pas dire que j'ai à nouveau confiance en toi.

Hermione baissa les yeux sous le poids de la culpabilité.

- Et qu'est-ce que je pourrai faire pour regagner ta confiance ?, demanda-t-elle d'une petite voix.

- Je ne pense pas que je pourrai te la redonner un jour. », répondit-elle honnêtement.

Les épaules d'Hermione s'affaissèrent.

Si l'espoir ne l'avait pas quitté jusque là, qu'il était allé jusqu'à grandir lors de leur précédente conversation, il connaissait à présent une diminution fulgurante.

Le reste du repas se déroula dans un silence total, sans doute un peu plus lourd et pesant qu'il était au départ.

« Je vais me coucher, je suis fatiguée, informa Bellatrix en se levant de table.

Hermione la regarda avancer et prit la parole avant qu'elle ne disparaisse en passant la porte.

- Tu veux que je reste ou tu préfères que je parte ?

Elle se stoppa dans sa marche mais ne se retourna pas. Il serait sans doute plus sage et plus prudent que la fille s'en aille. Seulement si elle s'écoutait vraiment, Bellatrix lui aurait hurlé de rester.

- Tu fais comme tu veux Granger. », finit-elle par dire, espérant secrètement que la fille choisisse de rester.

Hermione n'était pas complètement satisfaite de cette réponse, loin de là, mais si la sorcière lui laissait le choix, elle n'allait certainement pas s'en aller.

--

La nuit commençait à tomber sur le manoir, si bien que la luminosité ne permettait plus à Hermione de poursuivre sa lecture.

Lorsqu'elle était sortie de table plus tôt dans la journée, la jeune femme était partie se laver et s'était revêtue de ses habits que les elfes de maison avaient nettoyé. Elle était ensuite partie à la découverte des nombreuses pièces de la demeure qui lui restaient inconnues. Elle n'avait cependant pas eu à rentrer dans beaucoup de pièces avant d'élire domicile dans l'une d'entre elles.

Dès l'instant où elle avait poussé la porte de la bibliothèque du manoir, Hermione avait été happée par l'endroit. La salle était immense, très haute sur plafond et surtout remplie d'un nombre incalculable de livres en tout genre. La collection était impressionnante, dépassant très certainement celle déjà bien conséquente de Poudlard.

Elle avait commencé par simplement observer sans oser rien toucher, bouche-bée tant par la quantité que par la beauté de certains ouvrages. La plupart étaient sans doute des premières éditions et devaient coûter un prix fou, mais cela étonnait peu Hermione qui avait connaissance du goût de la sorcière noire pour les livres, mais aussi du contenu de son coffre fort à Gringotts qui était loin d'être modeste.

Lorsqu'elle eut fini d'être totalement ébahie par la grandeur de l'endroit et par la beauté des ouvrages, Hermione s'était finalement permise de les prendre en main. Elle commença à en feuilleter un premier, humant l'odeur du papier qu'elle appréciait tant et découvrant ensuite sur la première page le nom écrit dans une élégante calligraphie noire de la femme qu'elle aimait encore plus.

Elle en avait par la suite ouvert plusieurs autres, s'arrêtant pour en lire quelques pages. Il y en avait sur tout et n'importe quoi, et Hermione se plongea dans ce monde de papier et d'encre durant de longues heures.

Ce fut seulement lorsque le ciel nocturne l'empêcha de continuer qu'elle s'arrêta et qu'elle rangea le livre qu'elle avait encore en main. Elle jeta un dernier coup d'œil à la majestueuse bibliothèque avant de fermer la porte derrière elle et de s'aventurer de nouveau dans le couloir.

Elle retourna dans la chambre qu'avait occupé la sorcière noire la veille et l'avant veille mais elle ne l'y trouva pas. Elle hésita alors, devait-elle se coucher et attendre le lendemain pour la voir, ou devait-elle partir à la recherche de sa chambre dans l'espoir d'avoir la chance d'observer son visage éclairé au rayon de lune avant d'aller se coucher.

Hermione choisit la seconde option, se disant qu'elle n'était pas restée dans ce manoir pour éviter la propriétaire des lieux.

Elle avait déjà ouvert l'intégralité des portes du rez-de-chaussée et du premier étage, alors elle décida de s'atteler à ouvrir celles du second, espérant la trouver derrière l'une d'entre elles.

Elle ouvrit chacune des portes, sans exception, mais elle ne vit la sorcière noire dans aucune des pièces. Elle revint alors vers le large escalier et se décida à monter au troisième et dernier étage, et une fois arrivée en haut, elle découvrit qu'il n'abritait qu'une seule et unique porte. Elle appuya doucement sur la poignée, voulant faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller une Bellatrix potentiellement endormie.

La pièce qui se révéla à elle était grandiose et Hermione n'eut aucun doute sur le fait que cette chambre appartenait bien à Bellatrix.

Elle resta scotchée à l'entrée durant quelques poignées de secondes.

Entièrement décorée de noir et d'or, la pièce était belle, luxueuse et étonnamment chaleureuse. Tout le mobilier couleur or contrastait parfaitement avec la tapisserie et le plancher noirs, donnant un air de véritable palais princier à la chambre de la sorcière noire.

Un immense lit à baldaquin était déposé au centre de la pièce, et au centre de ce lit reposait une Bellatrix endormie.

Hermione avança sur la pointe des pieds mais n'empêcha pas le parquet de craquer légèrement sous le poids de ses pas. Lorsqu'elle arriva au bord du lit doré, elle s'arrêta pour observer de ses yeux pétillants le visage de la femme qui dormait à poings fermés.

Les traits détendus, elle avait l'air paisible.

Ses boucles éparpillées sur l'oreiller, son teint porcelaine illuminé par le clair de lune, ses lèvres rouges légèrement entrouvertes, elle était magnifique.

« Si tu crois que je ne t'ai pas entendu entrer, tu te trompes Granger, articula Bellatrix sans prendre la peine d'ouvrir les yeux.

Hermione sursauta en entendant la voix de la sorcière qu'elle pensait profondément endormie.

- Désolée, fut la seule réponse qu'elle trouva.

- Viens te coucher au lieu de t'excuser, soupira la femme en soulevant un coin des draps pour la laisser s'y glisser.

- Dans ton lit ?, demanda la fille hésitante.

- Dans le mien ou dans l'un des douze autres chambres de ce manoir, peu m'importe Granger. », répondit-elle en se retournant dans le lit.

Le choix fut vite fait pour Hermione qui se glissa dans les draps de soie noire. Bellatrix avait déjà réchauffé le lit mais cela n'empêchait pas la jeune femme de vouloir se rapprocher toujours un peu plus de la sorcière noire qui lui tournait le dos. Elle s'approcha donc mais s'arrêta avant de la toucher, réfrénant son envie de se coller de tout son long au gracieux corps de la femme.

Bellatrix portait une petite nuisette en satin qui dévoilait son dos, ses cheveux étant étalés en tout sens, sa nuque était également découverte. Hermione observa longuement cette parcelle de peau nue avant d'oser finalement la caresser du bout des doigts.

La sorcière noire frémit sous ce doux contact. Elle sentit les doigts d'Hermione partir du haut de sa nuque pour ensuite descendre, lentement, très lentement, le long de sa colonne vertébrale pour arriver jusqu'en bas de ses reins, là où sa nuisette faisait obstacle. Elle retint son souffle, ravalant au fond d'elle l'envie de sauter sur la jeune femme pour toucher et embrasser chaque centimètre de son corps.

Sur la course de ses doigts, Hermione observa la peau porcelaine se couvrir de frissons et son ventre se réchauffa alors qu'elle vit la femme se retourner pour lui faire face.

Les orbes noirs plongés dans les bruns, leurs visages à une infime distance l'un de l'autre, cette brutale proximité leur fit un bien fou.

« J'ai tellement envie de t'embrasser..., prononça-t-elle si bas que Bellatrix l'entendit à peine.

Elle observa le regard brillant d'Hermione effectuer de furtifs allers-retours entre ses yeux et sa bouche.

- Et bien alors fais-le. », murmura la femme en cédant à son envie, en laissant son cœur terrasser sa raison l'espace d'un instant.

Hermione s'attendait à un refus alors à cette réponse son cœur s'emballa dans sa poitrine, battant à tout rompre contre sa cage thoracique.

Elle s'approcha lentement du visage de Bellatrix dont les pupilles noires et dilatées la transpercèrent. Une vive et puissante chaleur se glissa jusqu'au plus profond de ses entrailles lorsque que le souffle tiède de la femme vint caresser ses lèvres.

Bellatrix n'eut d'autre choix que de fermer les yeux lorsqu'elle sentit les lèvres de la fille venir frôler les siennes. Le souffle court, elle n'attendait qu'une chose, que la Gryffondor initie enfin le baiser, et c'est ce qu'elle s'appliqua à faire bien vite.

Aussitôt que les deux bouches se fondirent l'une à l'autre, un torrent de lave déferla dans les deux corps, noyant ainsi les deux femmes dans cette vague mêlant le désir aux sentiments.

Ses mains plongées dans la dense chevelure ébène, Hermione approfondit le baiser, toujours plus avide de ce que pouvait lui offrir Bellatrix.

Une main agrippée derrière sa nuque et l'autre plaquée dans le bas de son dos, la sorcière noire tenait fermement la jeune femme contre elle, voulant la garder au plus proche, ne voulant pas la sentir s'éloigner, ne voulant plus jamais s'en séparer.

Si ce baiser eut le goût d'un nouveau départ heureux pour Hermione, il en eut un tout autre pour Bellatrix.

Elle avait peur, peur de ce que la fille était capable de créer chez elle.

Comme si ce simple baiser avait effacé la peine des derniers jours, elle se sentait vivre à nouveau.

Comme si tout n'était que ténèbres avant que la jeune femme entre dans sa vie.

Comme si maintenant qu'elle y avait goûté, elle ne pouvait plus s'en passer.

Comme si sans Hermione, la vie n'était qu'ombre triste et infinie.

Elle se sentait incapable de vivre sans ça, complètement inapte à continuer sans cet amour, totalement démunie à l'idée d'une vie sans Hermione, et cela l'effrayait.

Bellatrix était terrifiée du pouvoir qu'avait la fille sur elle, absolument horrifiée par tout le mal qu'elle pouvait lui faire, et par tout le bien qu'elle lui faisait pourtant.

Ce fut à Hermione de briser le baiser lorsque l'air lui manqua. Un grand sourire ornait ses lèvres alors que lentement, elle se décolla de la femme. Cette dernière n'avait pas bougé, les yeux clos et la bouche encore entrouverte, elle était immobile. Une unique larme perla sur sa joue, donnant du mouvement au tableau et fanant par la même occasion le sourire de la plus jeune.

« Désolée, s'empressa d'intervenir Hermione, inquiète d'avoir mal fait, s'en voulant d'avoir raté quelque chose.

- Arrête de t'excuser sans arrêt, souffla la femme.

D'une main délicate, Hermione vint effacer la larme qui terminait sa course sur le menton de Bellatrix.

- J'aimerai tellement que tu ne m'en veuilles plus, chuchota-t-elle.

- Je ne t'en veux pas, je te l'ai déjà dit, répondit-elle.

- Mais tu n'as plus confiance en moi, énonça Hermione, Et tu n'auras peut-être plus jamais confiance en moi.

- C'est ça, confirma Bellatrix.

- Pourquoi ?, demanda-t-elle alors que sa voix se brisait dans sa gorge.

- Parce que j'ai peur, répondit la sorcière noire dans un souffle.

Hermione attrapa les fines mains blanches dans les siennes.

- De quoi est-ce que tu as peur ?

Un silence se fit dans la chambre avant que Bellatrix n'ose finalement ouvrir les yeux pour donner sa réponse.

- De toi...

- De moi ?, s'étonna la fille.

- Oui de toi Hermione, de tout ce que tu pourrais me faire. »

Les yeux humides, le cœur en peine face à cette révélation, la jeune femme enlaça son aînée dans ses bras. Elle la serra contre elle, soupirant lourdement en essayant de ravaler ses sanglots naissants.

Bellatrix se laissa aller contre Hermione, appréciant le réconfort que lui offrait ses bras. Elle sentit vite le début des pleurs de la fille alors elle se décida à lui rendre son étreinte, voulant la consoler en retour.

« Je ferai tout ce que je peux pour regagner ta confiance Bellatrix, chuchota Hermione en relevant la tête pour la regarder.

- Je sais, répondit la sorcière dans un murmure, Mais il faut que tu me laisses du temps, j'ai besoin de me retrouver seule pour réfléchir. J'ai besoin de temps pour moi, pour gérer tous mes autres soucis.

Hermione vint poser sa main contre la joue porcelaine, caressant tendrement le visage de la femme et finissant son geste le long de sa mâchoire.

- Je te promets de te laisser tout le temps dont tu auras besoin. »

--

Le soleil filtrait entre les rideaux en épais velours. Un rayon tomba sur son visage et elle ouvrit les yeux. Les prunelles noires se révélèrent, mais la luminosité fut trop vive, alors les paupières ne tardèrent pas à les recouvrirent.

Lorsque finalement elle ouvrit les yeux pour de bon, elle remarqua immédiatement que l'autre moitié du lit était vide. Elle se redressa, aucune trace d'Hermione dans la chambre. Elle s'apprêta à se lever mais elle s'arrêta dans son élan, remarquant le bout de papier déposé sur sa table de chevet.

Elle tendit le bras pour s'en saisir, redoutant déjà le message que lui avait laissé la jeune femme. Elle déplia le papier, révélant ainsi les quelques lignes que lui avait laissé Hermione.

"Bellatrix,

Si je t'écris ces mots c'est simplement pour te dire que je suis partie. Je sais que j'ai raté pas mal de choses, je sais que j'ai trahi ta confiance, et je m'en veux terriblement pour ça.

J'ai bien compris que tu avais besoin de temps, pour toi, pour réfléchir, alors j'ai décidé de te le donner.

Je ne sais pas si ça résoudra tout, je ne sais même pas si ça pourra résoudre quoique ce soit, mais je garde en moi l'espoir qu'un jour tout ira mieux.

Je repars à Poudlard et j'espère recevoir une lettre de ta part lorsque tu seras prête à me revoir, lorsque tu auras envie de me revoir.

Je pense à toi, je t'aime.

Hermione."

Bellatrix eut la larme à l'œil en réalisant que la fille lui manquait déjà. Pourtant elle était infiniment reconnaissante envers elle. Hermione lui laissait du temps et cela la soulageait vraiment. Elle avait besoin de se retrouver seule, besoin de digérer les derniers événements, besoin de réfléchir à leur relation, besoin de réfléchir à sa vie.

--

Elle arriva à Poudlard en fin de matinée.

Le ciel était dégagé, la température douce et l'ambiance paisible. Les ténèbres de la guerre n'étaient plus qu'un mauvais souvenir pour l'école qui reprenait petit à petit de sa splendeur d'antan.

Lorsqu'elle pénétra dans le bâtiment, la première chose qui la marqua fut le calme qui régnait entre les épais murs de pierre. L'école semblait étrangement vide et pourtant cela n'était pas bien étonnant. L'année scolaire touchait à sa fin et tous les élèves avaient rejoint leurs familles. Tous les blessés avaient quitté l'infirmerie pour aller à Saint Mangouste. Seuls une poignée d'élèves et quelques professeurs occupaient encore les lieux, veillant activement à la reconstruction de Poudlard que la bataille finale avait bien abîmé.

Elle traversa l'école sans encombre et partit se réfugier dans sa chambre de préfète. Elle avait besoin de souffler un coup, d'évacuer toute la pression accumulée lors de ces derniers jours. Le jeune femme n'avait pas eu droit à une minute de relâchement ces deux dernières semaines, alors après être passée par toutes les émotions possibles et inimaginables, elle se laissa enfin tomber sur son lit, complètement vidée.

Quand elle se décida finalement à en sortir, l'heure du dîner approchait. Alors Hermione sortit de sa chambre, traversa une salle commune Gryffondor des plus vides, puis des couloirs tout aussi vides avant de se rendre dans une Grande Salle pas des plus remplies.

« Miss Granger, l'interpella la sorcière à la robe émeraude dès qu'elle passa la porte.

- Professeure Mcgonagall, salua-t-elle, Vous allez bien ?

- Très bien et vous Hermione ? On s'est tous inquiétés quand on vous a vu transplaner avec le professeur Black, lui dit la vieille femme.

- Je vais très bien professeure, répondit la fille avec un sourire rassurant.

- Et comment va madame Black ?, demanda Minerva.

- Elle va mieux, l'éboulement du mur avait fracturé sa jambe et ses côtes mais les potions ont bien fonctionné alors elle est sortie d'affaire, expliqua la jeune Gryffondor.

Les yeux soudainement anxieux de Mcgonagall crispèrent Hermione.

- Sortie d'affaire, je n'irai pas jusque là. J'ai entendu dire que la date de son procès allait bientôt être fixée, informa la directrice de Poudlard.

- Un procès ? Mais c'est elle qui a tué Voldemort, se lamenta la fille.

- Oui mais malheureusement elle en a tué beaucoup d'autres...

- Peut-être mais vous savez aussi bien que moi pourquoi elle a fait ça, répliqua Hermione.

- Alors vous êtes au courant de son alliance avec Dumbledore ?, demanda la sorcière sans avoir l'air vraiment surprise.

- Oui, Bellatrix m'a tout expliqué, répondit-elle, Et après tout ce qu'elle a fait ce serait plus qu'injuste qu'elle soit condamnée.

- Oui toute cette histoire est injuste Miss Granger, le professeur Rogue et moi même allons témoigner en sa faveur, mais nous ne savons si cela suffira, prévint-elle.

- Il va bien falloir que ça suffise. », soupira la jeune femme.

Minerva regarda son élève préférée l'air soucieux. Elle ressentait bien l'inquiétude d'Hermione et savait qu'elle était malheureusement bien justifiée.

« Hermione ?!, appela une voix bien familière.

La jeune femme se retourna et un grand sourire prit place sur ses lèvres à la vue de son ami.

- Harry, dit-elle en retour.

Ils se sautèrent dans les bras.

- J'étais inquiet Hermione, souffla-t-il, On ne savait pas où tu étais.

- Je vais bien, répondit-elle, Et je suis vraiment contente de te revoir.

Ils se décollèrent l'un de l'autre pour se regarder en souriant.

- Je suis vraiment rassuré que tu ailles bien, exprima le garçon, J'avais peur qu'il te soit arrivé quelque chose en transplanant.

- Je vais bien Harry, répéta-t-elle, Et je suis ravie de voir que tu ne te portes pas trop mal non plus, plaisanta-t-elle avant de finalement demander, Ron va bien ? Il n'est pas là ? Et Ginny ?

- Ils vont bien, assura Harry, Tous les Weasley sont à Saint Mangouste au chevet de Fred. Il a été sévèrement touché par l'éboulement mais normalement il est tiré d'affaire.

- Tu ne penses pas qu'il faudrait qu'on y aille ?, demanda-t-elle soucieuse.

- Non, tous les services sont saturés alors ils ne laissent rentrer que la famille, expliqua le garçon, Mais ils devraient tous revenir à Poudlard dimanche soir pour la cérémonie en hommages aux morts de la guerre. Tu seras encore là?, s'empressa-t-il de demander.

- Bien sûr que je serai là, dit-elle aussitôt, Où est-ce que tu voudrais que j'aille ?

- Là où tu as passé les deux derniers jours.

Elle évita son regard, consciente qu'elle allait devoir s'expliquer.

- Je pense que je te dois une explication Harry, avança-t-elle.

- Tu ne me dois rien du tout, rétorqua-t-il, Et puis de toutes façons Ron et Ginny m'ont déjà tout raconté.

Elle leva les yeux au ciel, légèrement agacée que les deux Weasley aient parlé à sa place.

- Ils n'ont pas pu tout te raconter, il ne sont même pas au courant de la vérité Harry, défendit-elle, Je comprends que tu m'en veuilles, c'est normal que tu m'en veuilles, mais il faut que tu saches qu'elle n'est pas l'horrible mangemort cruel que tout le monde prétend.

- Je sais déjà ça...

- Comment ?!, coupa Hermione totalement interloquée.

- L'autre soir, Fumseck est venu frapper à la fenêtre du dortoir, il avait une lettre pour moi, elle était de Dumbledore, conta Harry,

Il l'a écrit quelques jours avant sa mort et dedans il m'explique tout son plan, il me dit comment il a su que j'étais un horcruxe et pourquoi il ne me l'a pas dit, il me parle également du rôle de Bellatrix dans tout ça...

- Et donc ?, interrogea Hermione incertaine des pensées d'Harry.

- Et donc je lui en veux toujours pour Sirius c'est évident, déclara-t-il, Mais je ne lui veux plus de mal et je suis reconnaissant pour tout ce qu'elle a fait pour l'Ordre et pour tout le monde.

- Et moi tu ne m'en veux pas non plus ?, demanda-t-elle sans oser le regarder dans les yeux.

- Est-ce que tu l'aimes ?

Elle releva son regard dans sa direction, surprise par cette question.

- Oui, répondit-elle avec assurance.

- Alors pourquoi est-ce que je t'en voudrais ?

Je ne vais quand même pas t'en vouloir d'être tombée amoureuse, exprima-t-il sincèrement, Surtout d'une sorcière avec un tel décolleté. », plaisanta-t-il, souhaitant ainsi détendre son amie qu'il sentait stressée.

Les yeux humides, Hermione était non seulement profondément soulagée, mais aussi extrêmement heureuse.

Elle avait longtemps eu peur que son amour pour Bellatrix détruise son amitié avec Harry, et voilà que le garçon lui prouvait qu'il était un véritable ami, le meilleur ami qu'elle aurait pu souhaiter avoir.

--

Depuis le départ d'Hermione quelques jours auparavant, la sorcière noire n'avait pas quitté son lit. Elle n'avait aucune envie de quitter ce cocon qui semblait la protéger de toutes ses préoccupations, à l'exception près d'une qui n'était pas prête de la lâcher.

Bellatrix faisait tout son possible pour ne penser à rien et pourtant dans sa tête il n'y avait qu'elle. Cette agaçante petite Gryffondor qui lui torturait l'esprit et qui faisait battre son cœur.

Toutes ses pensées étaient dirigées vers Hermione et pourtant elle ne savait toujours que faire avec la fille. Elle n'avait pas le cœur à s'en séparer définitivement, mais pas le courage non plus pour lui donner une seconde chance. Alors elle restait là, tel un légume fuyant toutes ses responsabilités, allongée dans ses draps en soie.

Son hibou noir toquant à sa fenêtre, un journal déplié, son nom écrit en première page et une date renseignée vinrent cependant témoigner qu'elle ne pourrait pas fuir éternellement ses responsabilités.

Le 12 mai serait la date de son procès et elle ne savait que faire de cette information.

Elle savait qu'elle n'y échapperait pas et pourtant cela eut pour effet de la contrarier grandement.

Allait-elle si rendre ou devait-elle prendre la fuite ?

La peur d'Azkaban la poussait à sérieusement envisager la seconde option.

Un nouvel oiseau venant toquer à sa fenêtre lui donna cependant l'espoir d'un futur plus florissant.

L'oiseau était majestueux, d'un magnifique plumage rouge vif et or, il répondait au nom de Fumseck et tenait entre ses serres un cordage soutenant un colis.

Lorsqu'elle lui ouvrit, le phénix se dirigea directement vers le lit pour y déposer le paquet avant de repartir en de grands et gracieux battements d'ailes.

De ses fines mains, Bellatrix défit le cordage et retira le papier. Elle découvrit alors une petite malle en cuir rouge où les initiales du vieux directeur étaient inscrites en lettres d'or. Elle ouvrit la malle et son souffle se coupa en découvrant son contenu. Des dizaines et des dizaines de petites fioles étaient minutieusement entreposées et un petit bout de parchemin reposait au dessus.

"Bellatrix,

Si vous recevez ce colis c'est que vous avez réussi, et je sais que vous avez réussi, je sais que vous êtes venue à bout des ténèbres.

Alors je vous remercie pour ça et j'espère que la vie sera maintenant plus clémente avec vous.

Je sais que cela n'effacera pas tous vos sacrifices, mais je crois que le contenu de ces fioles pourrait vous aider à envisager la vie d'un œil nouveau et plus favorable.

Amicalement,

Albus Dumbledore."

Elle caressa du bout des doigts les fioles en verre. Les larmes aux yeux, elle n'en revenait pas. Le vieux sorcier à la barbe blanche et aux lunettes en demi-lune venait sans doute de lui offrir la liberté, de lui offrir la possibilité d'un avenir meilleur.

Dumbledore lui donnait l'occasion de refaire sa vie et elle ne pouvait passer à côté de cette opportunité.

Si la peur de souffrir, tant de la main d'Hermione que de celle d'Azkaban, la rendait jusqu'ici réticente, cette heureuse surprise lui donna l'envie d'essayer, d'essayer de voir la vie d'un œil neuf et optimiste.

Alors elle prit son courage à deux mains et se dirigea vers son bureau pour se saisir d'une plume, d'encre noire, et d'une feuille de papier.

--

Cela faisait quelques jours que la jeune femme aidait à rebâtir Poudlard et voir l'école s'embellir un peu plus à chaque sort de reconstruction jeté était extrêmement gratifiant.

Hermione appréciait la compagnie d'Harry et celles des professeurs et élèves avec qui elles passaient ses journées entières à restaurer l'école. Elle était tellement occupée qu'elle n'avait plus le temps de penser à Bellatrix du matin au soir, mais la nuit, seule dans sa chambre de préfète, l'image de la femme la hantait.

Le samedi au matin, en feuilletant la Gazette au petit déjeuner, elle eut connaissance de la date du procès de Bellatrix et elle s'inquiéta alors de sa réaction. Elle eut peur de ce qu'elle pourrait faire par peur d'Azkaban.

Elle lui avait donc écrit une lettre, pour prendre de ses nouvelles, pour essayer de la réconforter avec ses mots, mais elle s'était ravisée et ne l'avait pas envoyé.

Elle avait promis de lui laisser du temps et elle comptait bien honorer cette promesse.

C'était difficile, mais elle attendrait que Bellatrix fasse un pas vers elle avant de l'approcher à nouveau.

Elle n'eut cependant pas à attendre longtemps, le soir même, alors qu'elle s'apprêtait à se glisser sous ses draps, elle entendit frapper à sa vitre.

Des frissons se glissèrent le long de son dos alors qu'un sourire vint illuminer son visage.

Elle connaissait bien l'oiseau au beau plumage noir qui toquait à sa fenêtre, et elle connaissait encore mieux sa propriétaire...