Les orbes noirs plongés dans les bruns, un seul regard avait suffit aux deux femmes pour se transmettre une inquiétude et des angoisses communes qu'elles étaient parvenues à ignorer tout l'été.

« Qui a été élu ? »

La voix de Narcissa venait de déchirer le silence pesant qui s'était instauré dans l'immense salon du manoir Lestrange.

« Thatcher. »

Après un certain laps de temps, Hermione s'était décidée à répondre à la benjamine Black, comprenant bien que Bellatrix n'était pas prête d'aligner deux mots de si tôt.

« Thatcher ? »

Hermione acquiesça d'un signe de tête, ne contentant en aucun point les interrogations de Narcissa qui se leva de son fauteuil pour venir piquer le journal qu'elle tenait entre ses mains.

« Poena Thatcher élue première ministre du monde des sorciers. »

Elle venait de lire le titre de la Gazette à haute voix, et elle regardait maintenant les deux autres femmes avec interrogation, ne comprenant pas ce qui posait problème dans cette nouvelle.

« Bon vous allez finir par me dire ce qu'il se passe ?!, commença-t-elle à s'agacer.

- Poena Thatcher est la seule à s'être opposée à l'acquittement de Bellatrix lors de son procès, expliqua Hermione.

Narcissa grimaça.

- Mais Bella a déjà été acquittée alors elle ne risque plus rien, essaya-t-elle de se rassurer.

- Un des points forts de la campagne de Thatcher est de rejuger tous les mangemorts qui ont échappés à Azkaban. », ajouta la Gryffondor.

La sorcière noire qui était jusqu'ici restée sans un mot ni un geste se leva brusquement.

« Je vais me coucher, je suis fatiguée. », dit-elle simplement, quittant la pièce à la hâte sous le regard soucieux des deux personnes qui lui étaient le plus cher.

Elles entendirent les talons hauts poignarder les marches de l'escalier jusqu'à ce que le son d'un claquement de porte résonne dans tout le manoir.

« Donc vous saviez que ça risquait d'arriver ?, demanda Narcissa, avide de réponses supplémentaires.

- On avait vu qu'elle se présentait aux élections au début de l'été. C'était paru dans un article de la Gazette, expliqua la jeune femme, Je l'ai montré à Bellatrix et elle n'a pas vraiment pris ça au sérieux...Seulement maintenant c'est bien réel et j'ai peur que ce ne soit plus qu'une question de temps avant que Thatcher décide d'une date pour une nouvelle audience.

- Mais Bella a déjà gagné son premier procès, alors il n'y a pas de raison pour qu'elle perde le second, défendit la femme.

Hermione soupira.

- J'espère que vous avez raison...

Narcissa remarqua la détresse de la fille.

- Tout ira bien, j'en suis sûre. », appuya-t-elle en posant sa main sur celle de la Gryffondor.

Hermione lui offrit un petit sourire triste qui soulignait bien son inquiétude.

« Je vais y aller, continua Narcissa en se levant, Je repasserai demain et d'ici là essaie de la calmer, elle doit être entrain de bouillonner là haut, et ce n'est jamais bon.

- Vous ne voulez pas essayer de lui parler ?, demanda aussitôt la Gryffondor.

- Je pense que là, tout de suite, tu es la seule personne qu'elle a envie de voir Hermione. »

Sur ces mots, Narcissa s'éclipsa de la demeure, sachant pertinemment qu'elle laissait sa sœur entre de bonnes mains.

Se retrouvant alors seule dans le salon, Hermione attrapa la Gazette et commença à la lire. Elle voulait avoir connaissance de l'intégralité de l'article sur Thatcher, et une fois que ce fut fait, elle soupira lourdement en réduisant le journal en morceau. Elle se leva ensuite et monta les marches une à une jusqu'à arriver au dernier étage, prenant une grande inspiration avant d'ouvrir la porte.

« Bellatrix ? », appela-t-elle doucement en s'asseyant au bord du lit sur lequel la sorcière noire était recroquevillée.

Au son de sa voix, Bellatrix sortit la tête de sous les draps.

« Pourquoi est-ce que tu pleures ?, demanda la fille devant son visage larmoyant.

- Je le savais, répondit simplement la femme.

- Tu le savais ?, répéta Hermione en fronçant les sourcils.

- Je savais que ça ne pourrait pas durer, continua-t-elle alors que de nouvelles larmes se formaient aux coins de ses yeux.

- Qu'est-ce qui ne peut pas durer ?, interrogea la fille en s'approchant pour essuyer les joues couleur porcelaine trempées de pleurs.

- Ça, tout ça, souffla la sorcière noire, Je n'ai pas le droit d'être heureuse...

- Eh! Arrête de dire n'importe quoi, s'insurgea Hermione, Bien sûr que tu as le droit d'être heureuse-

- Non, je n'ai pas le droit, la coupa-t-elle de sa voix secouée de sanglots, Par miracle tout allait bien et voilà que la seule personne à s'être opposée à mon acquittement se retrouve premier ministre...Je vais retourner à Azkaban...

Hermione s'allongea auprès de Bellatrix et l'enlaça fermement, collant le corps tremblant au sien.

- Calme-toi, chuchota-t-elle, Je te promets que tu ne retourneras pas à Azkaban-

- Tu ne peux pas promettre quelque chose comme ça, répliqua aussitôt la femme en fusillant du regard les yeux bruns.

- Je te promets que tu n'y retourneras pas, insista Hermione, Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour ça.

- Et si ça ne suffit pas ?, souffla la femme.

- Ça suffira. », affirma la Gryffondor en déposant un baiser au sommet de son crâne.

Bellatrix redressa la tête pour venir trouver les lèvres d'Hermione qu'elle embrassa avec tendresse avant de venir nicher son visage dans le cou de la fille.

« Je crois que je ne me suis jamais sentie aussi bien qu'aujourd'hui. », finit-elle par avouer dans un murmure, murmure qui arracha un sourire à la Gryffondor.

Elle sentit les bras d'Hermione se resserrer encore un peu plus autour de son corps. Elle poussa un soupir d'aise, se sentant plus qu'apaisée par la présence de la fille. Elle trouva rapidement le sommeil, bercée par la douce odeur sucrée qui se dégageait de la chevelure châtain à mesure que ses doigts jouaient avec les boucles sauvages.

--

Elle avait rarement fait cela, et pourtant en ce matin du 19 septembre, Bellatrix était entrain de préparer le petit-déjeuner. Habituellement elle se serait sagement attablée dans la salle à manger et aurait attendu que les elfes de maison viennent la servir, seulement elle s'était exceptionnellement décidée de le faire elle-même dans le seul but de faire plaisir à une certaine Gryffondor qui célébrait aujourd'hui son 19ème anniversaire.

La fille s'était levée tôt ce matin et s'était directement isolée dans la bibliothèque pour réviser ses ASPIC qui avaient lieu le lendemain, la guerre ayant retardé leur date habituelle.

Des lettres et un petit paquet en main, faisant léviter le plateau du petit-déjeuner du bout de sa baguette, Bellatrix pénétra dans l'immense pièce remplie de livre, ne manquant pas de faire sursauter Hermione lorsqu'elle claqua la porte derrière elle.

« Joyeux Anniversaire ! », s'exclama-t-elle joyeusement alors que la jeune femme se levait du bureau où elle était installée.

La Serpentard déposa le plateau et ce qui lui encombrait les mains sur la table la plus proche, avant de venir enlacer la nuque de la Gryffondor qui s'était approchée d'elle pour lui voler un baiser.

« Tu m'amènes le petit déjeuner, dit-elle avec un grand sourire après avoir détaché ses lèvres de celles rouges sang.

- Je t'amène le petit déjeuner que J'AI préparé, précisa la femme.

Hermione regarda avec étonnement le plateau avant de venir jeter un coup d'œil moqueur à Bellatrix.

- Je me disais bien que les elfes ne pouvaient pas être les auteurs d'un tel massacre, jasa-t-elle.

- Je regrette presque de m'être donné tant de mal, fit-elle mine de bouder.

- Ça va je rigole, s'excusa Hermione, Ça a l'air délicieux. », ajouta-t-elle en venant embrasser la femme au coin des lèvres.

Bellatrix sourit avant de venir embrasser la fille, caressant tendrement sa nuque du bout de ses doigts.

« Je suis affamée, finit par souffler la Gryffondor, brisant son étreinte avec la Serpentard pour venir s'attabler autour du petit déjeuner.

- Ça ne m'étonne pas, tu révises depuis des heures et si je n'étais pas venue tu aurais sans doute oublié de manger, dit-elle en venant s'assoir à ses côtés.

- C'est vrai, avoua Hermione, Je n'y peux rien si vos cours sont si intéressants que je ne vois pas le temps passer en les lisant Madame Black, badina-t-elle en prenant bien soin de faire rouler les yeux de Bellatrix.

- Ferme la et mange. »

Elle mangèrent jusqu'à ce que le plateau soit vide, et les estomacs pleins.

« J'ai trop mangé, souffla la Gryffondor en posant une main sur son ventre gonflé par la satiété.

- Moi aussi, répondit la Serpentard, Mais il me reste encore un peu de place pour le dessert..., ajouta-t-elle en jetant un regard en coin à Hermione.

- Un dessert ?, interrogea la jeune femme, n'ayant innocemment rien saisi du sous-entendu pourtant clair de sa partenaire.

Bellatrix leva les yeux au ciel en signe de désespération.

- Pas le genre de dessert que tu as en tête. », soupira-t-elle.

Elle se leva pour venir s'assoir sur les cuisses de la fille, les jambes de part et d'autre de son corps, les mains se glissant dans sa crinière châtain, les lèvres effleurant sa mâchoire.

« Je pensais plutôt à ce genre de dessert. »

Ce murmure chaud vint fouetter la peau d'Hermione dans une douce caresse torride.

La fille le savait, si elle n'arrêtait pas cela immédiatement, elle ne répondrait bientôt plus de rien.

« On ne peut pas faire ça maintenant, articula-t-elle de sa voix rendue légèrement plus grave par le désir, Je dois réviser, les ASPIC ont lieu demain, expliqua-t-elle à contrecœur.

Bellatrix grogna de frustration en se levant des cuisses d'Hermione pour venir se rassoir à ses côtés. Cela faisait plus d'une semaine que la fille se terrait dans la bibliothèque pour étudier, n'en sortant quasiment que pour dormir. Et si jusque là elle avait admiré le caractère exagérément studieux de la Gryffondor, la Serpentard devait bien avouer qu'elle maudissait à présent ce trait de sa personnalité.

- Ouvre au moins ça avant de reprendre tes révisions, dit-elle en désignant du doigt les lettres et le paquet posés dans un coin de la table.

- Qu'est-ce que c'est ?, demanda la fille en s'en saisissant.

- Des lettres et un paquet, répondit-elle comme si c'était l'évidence même.

Hermione roula des yeux.

- De la part de qui ?

- Ouvre, et tu verras bien. », répondit Bellatrix.

Hermione commença par ouvrir l'une des lettres, elle était de ses parents. La jeune femme prit le temps de la lire méticuleusement, ils lui souhaitaient un joyeux anniversaire, une bonne chance pour ses examens et ils répétaient une bonne dizaine de fois qu'elle leur manquait et qu'ils avaient hâte de la revoir.

Le sourire aux lèvres, Hermione déchira l'enveloppe du second courrier et en entama la lecture. L'expression de son visage s'égaya davantage après chaque ligne lue.

« C'est une lettre d'Harry, Ron et Ginny, finit-elle par dire en regardant Bellatrix, Ils disent qu'ils ont hâte de me revoir et Ron et Ginny s'excusent de leur comportement, ils disent que je compte trop pour eux et qu'ils veulent que tout redevienne comme avant entre nous.

La sorcière noire n'eut nul doute sur le bonheur présent de la jeune Gryffondor.

- Je suis tellement contente pour toi, sourit-elle en posant une main délicate sur sa joue.

La fille se pencha pour embrasser son ancienne professeure, avant de se reculer, un grand sourire toujours scotché aux lèvres.

- Et maintenant j'ouvre le paquet ! », s'exclama-t-elle avec l'excitation d'un enfant de huit ans le matin de Noël.

Elle retira le papier cadeau vert émeraude pour révéler une petite boite rouge aux bordures dorées. Elle reconnut bien vite la signature de la luxueuse petite boutique de bijoux du Chemin de traverse. Elle ouvrit la boite et découvrit une fine plaque en or gravée, reliée à une chaine assortie. La gravure était belle et délicate, elle représentait un lion et un serpent se faisant face, le regard aligné, on aurait pu croire à une certaine rivalité entre les deux animaux et pourtant, tout ce qui transparaissait de leur échange était de l'amour. De l'amour pur et dur.

« C'est magnifique Bella, souffla la fille en la regardant de ses yeux pétillants, Merci, ajouta-t-elle en lui embrassant la joue.

- Laisse moi te le mettre. », demanda la femme en prenant la chaine.

Ce fut lorsque le bijou quitta son étui de velours que la jeune femme remarqua les deux lettres inscrites dans une élégante police attachée au dos de la plaque en or.

« Nos initiales ?, s'étonna-t-elle, Qui êtes-vous et qu'avez vous fait de Bellatrix !?, s'amusa la fille.

La femme aux boucles ébènes leva les yeux au ciel.

- Je pensais que ça vous plairait, à toi et à ton petit côté fleur bleue, répliqua Bellatrix en passant la chaine autour du cou d'Hermione.

- Eh! Je ne suis pas fleur bleue, s'insurgea la Gryffondor, Mais tu as raison, ça me plaît... »

Un petit sourire se dessina sur les lèvres rouges sang alors qu'elle se reculait pour observer le bijou qu'elle venait d'attacher. Elle le trouvait déjà beau, mais en le voyant reposer contre la peau d'Hermione, la beauté du collier en or prit une toute autre ampleur.

« Comme ça il te restera toujours quelque chose pour te rappeler de moi. », articula-t-elle alors que toutes ses émotions se trahissaient par le scintillement de ses prunelles noires.

Hermione comprit alors que si Bellatrix avait fait bonne figure ces dernières semaines, elle n'en était pas moins tracassée par l'élection de Poena Thatcher. Si pour l'instant aucune date ni allusion à un nouveau procès n'avait été proféré par la nouvelle première ministre, la menace que cela arrive d'un jour à l'autre pendait au dessus de la tête de Bellatrix comme une foutue épée de Damoclès.

La jeune femme ne put s'empêcher de s'en vouloir d'avoir été absente ces derniers temps, privilégiant ses études aux angoisses de la sorcière noire. Angoisses qu'elle savait justifiées mais qu'elle préférait décrédibiliser, voulant ainsi dédramatiser cette situation qui l'effrayait en vérité beaucoup plus qu'il n'y paraissait.

« Je compte bien vous garder auprès de moi jusqu'à la fin des temps, rigola Hermione en espérant éviter de voir des larmes couler des deux beaux yeux noirs, Alors ne vous inquiétez pas Madame Black, je ne risque pas de vous oublier. »

La Gryffondor ne laissa pas le temps à la Serpentard de répliquer, prenant d'assaut sa bouche avant que la moindre de ses inquiétudes ne puisse en sortir.

Avec ce baiser, l'excitation d'Hermione remonta en flèche.

« Je croyais que tu devais étudier, fit remarquer Bellatrix en sentant les mains d'Hermione se glisser dans son dos pour venir délasser son corset.

Les yeux assombris par le désir, la fille se recula pour regarder la femme, elle était prête à répliquer que ses études pouvaient bien patienter le temps qu'elle cède à son irrépressible envie de lui faire l'amour.

- Les études peuvent bien attendre une heure ou deux. »

Un sourire en coin prit possession des lèvres sanguines avant d'être rapidement brisé par le soupir rauque qu'émit Bellatrix en sentant la bouche d'Hermione se loger au creux de son cou.

--

Il était presque vingt et une heures en ce soir de début octobre et Hermione était confortablement installée devant un repas qui lui mettait l'eau à la bouche. Une tête rousse à sa droite, une autre à sa gauche et un brun aux fines lunettes rondes face à elle, la jeune femme dînait ce soir à Poudlard.

Les résultats des ASPIC avaient été donnés le matin même, et après avoir fêté les Optimal et Effort Exceptionnel obtenus toute la journée dans le lit d'une certaine sorcière à la chevelure ébène, voilà qu'elle célébrait maintenant cela avec ses amis de toujours dans la Grande Salle de l'école de magie.

Les plats plus délicieux les uns que les autres, les discours poignants et optimistes de Mcgonagall et des autres professeurs, les éclats de rire et les discussions joyeuses des élèves. Cela faisait bien longtemps que l'ambiance n'avait pas été aussi joviale et détendue à Poudlard.

En partageant cette douce soirée avec Harry, Ron, Ginny et tous les autres, Hermione jura que la journée n'aurait pu être meilleure. Cependant l'arrivée d'un majestueux hibou déposant une lettre au centre de la table la fit mentir, la journée pouvait finalement être encore meilleure.

Cette lettre était destinée au Trio d'or et avait pour expéditeur le Ministère de la Magie. Deux postes d'Aurors étaient offerts à Harry et Ron alors qu'un poste au Département de contrôle et de régulation des créatures magiques était proposé à Hermione.

Mcgonagall leur expliqua que cette décision venait du précédent ministre Kingsley Shacklebolt et ils n'eurent alors aucun mal à deviner que Poena Thatcher avait sans doute trouvait cela judicieux de garder cette idée car après tout, quoi de mieux que d'engager le Trio d'or au sein du Ministère pour faire bonne impression.

Si les trois amis auraient préféré travailler au sein du gouvernement de Shacklebolt, ils devaient bien avouer que cette offre de poste au Ministère n'était pas de celles que l'on laisse passer.

Ce fut donc une Hermione toute contente d'annoncer la nouvelle à sa bien aimée qui passa les portes du manoir Lestrange sur les coups de vingt-trois heures.

La jeune femme n'eut cependant qu'à entrer dans le salon pour déchanter instantanément.

Tout était sens dessus dessous dans la pièce, comme si une véritable tornade s'était engouffrée par l'une des fenêtres et avait décidé de détruite l'intégralité du salon avec elle.

Cette tornade portait le nom de Bellatrix.

La sorcière noire était allongée au sol au milieu de tout cette pagaille et la fille n'eut pas trop à gamberger pour en venir à la conclusion que la femme était complètement ivre morte.

Hermione s'approcha pour prendre dans ses bras le corps transpirant l'alcool de Bellatrix qu'elle porta jusqu'à son lit. Elle prit soin de déposer une bassine à ses côtés, ne sachant que trop bien qu'elle en aurait sans doute besoin durant la nuit. Puis la jeune femme descendit les escaliers pour retourner dans le salon qu'elle commença à ranger.

Elle se demandait ce qui avait bien pu pousser Bellatrix à faire ami-ami de trop près avec la bouteille de whiskey. Et elle ne put s'empêcher d'être légèrement en colère contre la sorcière noire, traduisant cette crise comme un trop-grand besoin d'attention de sa part.

Depuis son anniversaire, la Gryffondor avait veillé à montrer un soutien sans faille à la Serpentard, lui réservant la totalité de son temps depuis que sa journée d'examens était passée. Alors elle en voulait à la femme de s'être laissée aller à la bouteille alors qu'elle s'était seulement absentée quelques heures après avoir passé plus de quinze jours sans la quitter d'une semelle.

Seulement, lorsqu'elle fut venue à bout du ménage et qu'elle tomba sur un document officiel cacheté du Ministère, Hermione comprit finalement ce qui avait vraiment poussé Bellatrix à se noyer dans le whisky...

"...Madame Bellatrix Nébula Black est convoquée au Ministère de la Magie le mercredi 17 novembre 1998 dans le cadre de son procès..."

--

La bouche pâteuse, les yeux vitreux, le ventre et le crâne douloureux.

Le réveil de Bellatrix ne fut pas des plus agréables. La chaleur réconfortante du corps d'Hermione lové contre le sien aurait pu rendre son matin plus supportable, mais c'était sans compter sur la nouvelle de la veille qui la foudroya à nouveau, et qui la fit se lever complètement en furie.

« Qu'est-ce qui se passe ?, sursauta Hermione, brusquement tirée de son sommeil par le bond qu'avait fait la sorcière pour sortir du lit.

- Je m'en vais, répondit simplement Bellatrix en ôtant énergiquement ses vêtements.

- Tu t'en vas ?, demanda la Gryffondor, parfaitement interloquée par le comportement de la Serpentard.

- Oui, confirma la femme en partant en direction de la salle de bain, Je rassemble quelques affaire et dans moins d'une heure je suis partie.

- Quoi ? Mais pourquoi ?, questionna Hermione encore étourdie par le sommeil, se frottant vigoureusement les yeux dans l'espoir que cela la réveille davantage.

- Parce qu'il est hors de question que j'assiste à ce procès, cria-t-elle se glissant sous la douche, Je ne retournerai pas à Azkaban !

A ces mots, la dure réalité frappa Hermione qui sauta immédiatement du lit, cette fois plus que bien réveillée.

- Calme-toi Bella s'il te plaît, réclama-t-elle en se rendant dans la salle de bain, Tu as gagné ton premier procès, alors il n'y a pas de raison que tu ne gagnes pas le second.

- Tu ne crois même pas à ce que tu dis, reprocha la femme.

Hermione ne répliqua pas, sachant pertinemment que Bellatrix avait raison.

- Et où est-ce que tu comptes aller ?, soupira la fille en s'asseyant sur le rebord de la baignoire.

- Je ne sais pas, répondit-elle, Loin, très loin, assez loin pour échapper à tous les détraqueurs qu'ils vont envoyer à ma poursuite.

La jeune femme trouva cette idée bien trop risquée pour être envisageable, cependant elle se décida à aller dans son sens, espérant ainsi la calmer en la ramenant à la raison.

- On pourrait aller chez mes parents, proposa Hermione, Personne ne s'attend à te trouver chez des moldus.

- Parce que tu penses sérieusement que tu vas venir avec moi ?, demanda Bellatrix en fronçant les sourcils, s'enroulant dans une serviette en sortant de la douche.

- Parce que tu penses sérieusement que je vais te laisser partir toute seule ?, répliqua-t-elle aussitôt.

- Tu n'as pas vraiment le choix Granger, rétorqua la sorcière en commençant à se brosser les dents, Il est hors de question que je t'emmènes avec moi.

- Tu plaisantes j'espère ?, commença à s'agacer la fille.

- Pas le moins du monde, je ne vais certainement pas te faire courir un tel risque, déclara-t-elle avant de quitter la salle de bain pour aller s'habiller.

S'en était trop pour la jeune femme.

- Alors tu comptes m'abandonner c'est ça ?! », s'époumona Hermione en observant la femme rassembler quelques affaires, totalement impuissante et désemparée face à la scène qui se déroulait sous ses yeux.

Bellatrix se figea à cette phrase.

Consumée par la panique et les effluves d'alcool de la veille, elle n'avait pris la peine de penser à ça.

Si elle restait et qu'elle assistait à son procès, elle serait condamnée à retourner à Azkaban.

De cela, elle en était persuadée.

Seulement, prendre la fuite revenait à quitter Hermione ou à l'emmener avec elle, lui faisant ainsi courir un grand danger.

A cela, elle n'y avait même pas songer.

Le regard rempli de larmes, la sorcière noire s'approcha lentement de son ancienne élève jusqu'à venir prendre son visage en coupe.

« Je... Je suis complètement perdue Hermione... Je ne sais pas quoi faire... »

Ce murmure de détresse obligea la Gryffondor à serrer la Serpentard dans ses bras. Cette étreinte désespérée eut le mérite de parvenir à consoler les deux femmes l'espace d'un bref instant, jusqu'à ce que de vigoureux coups contre la porte d'entrée se fassent entendre.

Le dilemme qui torturait Bellatrix fut très vite réduit à néant.

Une dizaine d'aurors venait de toquer à sa porte pour la prévenir qu'ils étaient chargés de surveiller le manoir en raison de son assignation à domicile jusqu'à la date de son audience.

La sorcière noire n'avait donc plus le choix, elle allait devoir assister à ce procès.

--

Minuit venait de sonner, déclarant officiellement la journée du mercredi 17 novembre 1998 ouverte.

Dans quelques heures à peine, elle serait assise au centre du tribunal, entourée par des dizaines de personnes aux visages inconnus qui débattraient de son cas, surplombée par Thatcher qui, du haut de son pupitre, la regarderait avec l'air le plus sournois du monde.

Prenant un bain à rallonge, terrifiée à l'idée de rejoindre son lit et d'ainsi passer sa dernière nuit en liberté, Bellatrix prit le temps de se remémorer les dernières semaines qui venait de défiler.

Elle avait appris que Ron et Harry étaient devenus des aurors dès sa première semaine d'assignation à domicile, lorsqu'elle les avait vu débarquer un matin, montant la garde autour de son manoir avec le reste de leur équipe.

Elle avait été surprise de ne pas l'avoir appris par Hermione, et elle s'était alors mis en tête que la fille lui cachait quelque chose.

Ce fut en interceptant l'une des lettres destinées à la Gryffondor que la Serpentard avait eut connaissance de la proposition de poste au Ministère que la jeune femme avait refusé sans même lui en parler.

Bellatrix n'avait ensuite pas osé évoquer ce sujet avec Hermione, s'en voulant secrètement que la fille ait refusé son travail de rêve pour elle.

Si Hermione avait tout de suite été légèrement réticente à l'idée de travailler pour Thatcher, elle avait totalement oublié cette idée dès l'instant qu'elle avait eu la confirmation de la nouvelle audience de Bellatrix.

Elle avait préféré ne pas en faire part à la femme, ne voulant pas que cette dernière s'en veuille inutilement pour ce choix qu'elle avait fait d'elle-même.

Durant ces dernières semaines, les seuls moments que la Gryffondor avait passé loin de la Serpentard avaient été dans l'intérêt de consolider sa défense lors du procès.

La jeune femme avait ainsi réussi à recueillir plusieurs témoignages innocentants la sorcière noire, notamment ceux de Mcgonagall, d'Arthur et Molly Weasley ou encore celui de Kingsley Shacklebolt, qui confirmaient l'affiliation de Bellatrix avec l'Ordre du Phoenix.

Associés aux souvenirs de Dumbledore qui avaient réussi à la faire gracier lors de la première audience, Hermione avait bon espoir que ces nouvelles déclarations suffisent à remporter ce second procès.

Le corps plongé dans l'eau de son bain rendue tiède par le temps qu'elle avait passé dedans, Bellatrix essaya de se laisser porter par l'espoir et l'optimisme dont Hermione ne cessait de faire preuve.

Seulement la sorcière noire avait beau essayer aussi fort qu'elle pouvait, elle n'arrivait pas à passer outre cette affreuse mauvaise intuition qui lui hurlait que se rendre à ce procès la conduirait à sa perte...

--

Les premiers rayons du soleil levant se frayaient un chemin dans la chambre à coucher. Elles étaient toutes les deux allongées dos à dos, aussi éveillées qu'elles l'avaient été toute la nuit.

«Tu dors ?, chuchota Hermione.

- Non, répondit aussitôt Bellatrix.

- Et tu as réussi à dormir cette nuit ?, continua la fille.

- Non, répéta la femme, Et toi ?

- Non plus, confia la Gryffondor, Comment tu te sens ?

- Affreusement mal... », avoua la Serpentard.

Hermione soupira en se retournant pour venir enlacer la femme qui lui rendit immédiatement son étreinte.

« Tout va bien se passer, lui souffla-t-elle à l'oreille, Tu as une défense en béton alors ça ne peut que bien se passer.

Bellatrix leva ses yeux pour venir capter ceux de la fille.

- Pourquoi est-ce que tu n'as pas dormi de la nuit alors ?, la confronta-t-elle.

Une larme échappa directement à la Gryffondor.

- Parce que j'ai peur, confia-t-elle de sa voix tremblante, J'ai tellement peur de te perdre Bellatrix. Je t'aime trop...Je ne pourrai jamais me passer de toi.»

Les orbes noirs se gorgèrent de larmes à leur tour.

Elle avait envie de lui dire à quel point elle l'aimait, qu'elle non plus ne pouvait se passer d'elle. Qu'elle était la seule raison qui la faisait tenir, son seul espoir. Que sans elle, elle aurait sans le moindre doute préféré se tailler les veines plutôt que de risquer un retour à Azkaban en se rendant à ce procès.

Elle avait terriblement envie de lui dire tout cela, et elle était sur le point de le faire avant que la fille la coupe dans son élan en prenant innocemment la parole.

« Il faut que l'on se lève si l'on veut être à l'heure. », avait dit Hermione en déposant un tendre baiser sur son front.

Après cela tout s'était enchaîné très vite.

Elles s'étaient préparées, Harry et Ron étaient venus toquer pour les prévenir que l'escorte d'aurors était prête à les amener. Elles étaient arrivées jusqu'au Ministère, se rendant jusqu'à la salle du tribunal. Puis la journée d'audience avait défilé, rythmée par de nombreux témoignages , la plupart étant affreusement douloureux pour la sorcière noire, avant de se terminer sans qu'aucun verdict ne soit prononcé. Bellatrix s'était mise à bouillonner lorsque les jurés avaient décidé de prolonger le procès le lendemain, la laissant ainsi passer une nouvelle nuit abominable dans son manoir, prise au piège dans sa propre maison, alors que son intuition lui répétait encore et encore de prendre la fuite sans se retourner...

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Le lendemain matin, Hermione se réveilla pleine d'optimisme. Contrairement à Bellatrix dont la mauvaise intuition ne cessait de croître, la jeune femme se révélait beaucoup plus confiante que la veille.

Il faut dire que le procès s'était plutôt bien passé jusque là, et même si Thatcher n'avait pas encore pris la parole, elle ne voyait pas comment cela pourrait suffire à retourner la situation du tout au tout.

Elle buvait son thé l'air assez tranquille lorsque Tenebris vint frapper à la vitre pour livrer le courrier du jour. Hermione s'avança pour lui ouvrir la fenêtre et se saisit du journal que l'oiseau au beau plumage noir lui tendait.

Elle manqua de peu de recracher sa gorgée et de lâcher sa tasse lorsqu'elle lut le gros titre en première page de la Gazette.

"Thatcher l'affirme: Bellatrix Black sera condamnée au baiser du détraqueur !"

Les yeux écarquillés d'Hermione se mirent alors à lire l'article à toute vitesse. Son cerveau complètement sous le choc de cette nouvelle, la fille fut incapable de mémoriser plus que quelques bribes de l'article.

"Interview du Ministre de la magie donnée le 17 novembre au soir..."

"...elle n'a pas encore pris la parole mais ne manquera pas de faire son discours avant que le verdict soit fait..."

"...mangemort cruel et sanguinaire à qui on cherche des excuses..."

"...tueuse complètement sadique qui se cache derrière la cause défendue par Albus Dumbledore pour commettre des atrocités à peine nommables..."

"...la fin ne justifie pas les moyens, et Bellatrix n'échappera pas à une punition à l'ampleur des méfaits accomplis..."

"...Elle ira à Azkaban et je vais m'assurer qu'elle soit la première criminelle depuis 1981 à recevoir la peine ultime..."

"...Bellatrix Black recevra le baiser du détraqueur et il n'en sera pas autrement..."

Ces quelques bribes de l'article lui suffirent à entrer dans une colère noire et à envisager ce qu'elle jugeait jusqu'à maintenant d'inenvisageable...

« Bellatrix !, cria-t-elle en montant les escaliers.

- Quoi ?, demanda la femme qui était entrain de s'habiller.

- Dépêche-toi de rassembler quelques affaires, dit-elle en entrant dans la chambre, On s'en va.

- Comment ça on s'en va ?

- On s'échappe, on prend la fuite, on part en cavale, énuméra-t-elle frénétiquement tout en fourrant aléatoirement des affaires dans son sac magique, Choisis les termes que tu veux mais dépêche-toi, on n'a pas une minute à perdre !

- Mais qu'est-ce qui te prend ?!, s'écria la sorcière en saisissant ses bras, voulant stopper le comportement fou de la fille.

- Il me prend que je t'ai fait une promesse, déclara Hermione en plongeant ses yeux dans ceux de Bellatrix, Tu ne retourneras pas à Azkaban, et je compte faire tout ce qui est en mon pouvoir pour m'en assurer. »