Après leur petite dispute et leur réconciliation, les saisons s'étaient succédées sans que le trio n'en tienne compte. Ils avaient repris leurs habitudes, les siestes imbriquées les uns sur les autres, les repas délicieux et animés, les entraînements éreintants mais amusants, les balades calmes aux discussions sans fin ou encore les leçons quelque peu chaotiques de cuisine.
C'était amusant, c'était simple, c'était ce que les jumeaux voulaient pour le reste de leurs jours et apparemment Shoyo n'était pas contre non plus. Mais, bien sûr, ce n'était pas tout ce qu'ils voulaient, ils avaient envie de tellement plus.
Les deux frères en avaient parlé plus d'une fois quand leur ami dormait, quand ils se retrouvaient juste tous les deux. Ça n'avait pas été de longues conversations, juste de brefs échanges sur ce qu'ils ressentaient pour le rayon de soleil qui partageait leur vie et leurs intentions respectives vis-à-vis de ses sentiments.
Résultat : ils partageaient les mêmes, pas que ça soit si surprenant. Depuis le tout début, il y avait peu de choses qu'ils n'avaient pas partagé, que ce soient leurs envies, leur vision du monde ou leurs besoins. Parfois, c'était gênant mais la plupart du temps, c'était simplement rassurant, de savoir qu'il y avait toujours quelqu'un près de soi qui nous comprenait.
Donc, les orphelins avaient choisi de poursuivre leur tentative de séduction, pas que ce soit très farfelu. Ils incitaient plus de contact physique avec le prince, même si c'était complexe d'en avoir plus que ce qu'ils n'avaient déjà. Alors parfois, ils essayaient des contacts plus longs ou plus intimes.
Comme maintenant, où Osamu profitait d'une maladresse de Shoyo pour accompagner ses gestes, pour coller leur corps l'un à l'autre. Joignant leur main, il pétrissait la pâte commencée par le plus jeune, lui montrant le "bon geste", chuchotant seuls les dieux savaient quoi mais qui, dans tous les cas, rendait les oreilles du prince plus rouge qu'un rubis.
Atsumu les zieutait de plus en plus régulièrement, sans pour autant ralentir la cadence à laquelle il coupait ses pommes. Ça avait été l'idée de son frère de faire une tarte aux pommes, une recette qu'il avait lu il y a peu de temps et qui correspondait bien à la saison. Alors le trio se retrouvait là, à cuisiner cette foutue tarte qu'il n'avait même pas envie de goûter.
Tranchant le fruit sous ses doigts en deux, il tourna une nouvelle fois son attention vers l'autre duo pour, très vite, se reconcentrer sur la découpe de la pomme. Shoyo avait ce sourire amusé et cet air rieur, il était adorable mais aussi dans les bras de son portrait craché.
Le plus âgé avait encore cette sensation horrible, comme souvent quand il voyait l'héritier et son jumeau se perdre dans un monde où il ne semblait pas exister. Cette sensation de quelque chose qui se faufile sous sa peau, quelque chose de vicieux qui pourrait prendre le contrôle de son corps à chaque instant et lui ferait faire des gestes ou dire des paroles qu'il regretterait à coup sûr.
— Voilà pour la pâte, il faut la laisser reposer pour le moment, dit Osamu en se décollant, enfin, du plus petit.
— Donc maintenant, on prépare le four et on fait la compote ! s'enthousiasma le rouquin.
— J'ai fini de couper les pommes. Je m'en vais.
— Qu- Atsumu, tu ne veux pas finir la tarte avec nous ?
— Laisse-le. Il reviendra quand il s'ennuira trop tout seul.
Le coupeur de fruit ferma la porte de la cuisine sans rien ajouter. Peut-être que les laisser seul tous les deux n'était pas sa meilleur idée mais à part quitter la pièce, il n'avait pensé à rien pour stopper cette sensation. Il pourrait certainement aller s'entraîner un moment, ça avait toujours le don de le calmer.
Avec ce nouvel objectif en tête, le garde se dirigea vers le quartier des gardes, espérant y croiser deux ou trois idiots contre qui il pourrait se défouler. Cependant, à peine à mi-chemin, son ruminage fût interrompu par une petite voix aiguë.
— Monsieur Osamu ! Monsieur Osamu !
Atsumu savait que c'était lui qu'on appelait mais il n'avait aucune envie de se retourner. Il préférerait plutôt être Osamu ou du moins, à sa place, avoir dans ses bras le corps de Shoyo, chuchoter mille et un mots doux à son oreille.
— Monsieur Osamu ! S'il vous plaît ! Cela concerne les livres demandés par-
— Quoi ? Qu'est-c'qu'y a à propos des livres ?
Son ton agacé fit reculer la petite domestique. Elle semblait apeurée et désolée. Peut-être que si elle ne l'avait pas confondu avec son jumeau, ça se serait passé autrement.
— Ils sont arrivés ce matin. Ils sont disponibles dès maintenant.
Oh, c'était une opportunité. S'il ramenait ses livres au rouquin alors ce dernier serait content et peut-être qu'il deviendrait son préféré. Pas que Shoyo fasse vraiment dans la préférence. N'empêche, il voulait quand même être celui que le prince préférait.
— Très bien, je m'en occupe.
— Ah ! Merci, monsieur Osamu !
Il faudrait quand même qu'il fasse quelque chose pour que les gens arrêtent de le confondre avec son frère. Ça devenait vraiment gênant.
Quelques jours plus tard, les jumeaux trouvèrent leur après-midi perturbé par deux inconnus. Le prince les avait laissé entrer dans son bureau, avant de discuter joyeusement avec les deux adultes.
— Qui sont ces gens ?
Portant, pour la première fois depuis l'arrivée impromptue du duo d'inconnus, son attention sur la fratrie, Shoyo sourit à pleine dents.
— Je vous présente Kenshin et Ittetsu. C'est eux qui s'occupaient de mes cheveux et de me tirer le portrait. Mais là, ils sont ici pour vous.
— Pour nous ? demanda le cadet des orphelins.
— Yup. Ce sont les meilleurs.
— Mais pour quoi ?
— Hé bien l'autre jour, quand Osamu et moi sommes allés rechercher du bois pour le feu de la cuisine, on l'a confondu avec toi. Alors que c'était évident que c'était lui et pas toi mais puisque les gens ne semblent pas faire la différence, j'ai pensé qu'on pourrait mettre un signe plus voyant pour vous distinguer.
Les gardes se regardèrent, incertains.
— Ce que vous propose le prince, c'est qu'on vous teigne les cheveux.
— Tout ce que vous avez à faire, c'est choisir une couleur et pouf, c'est celle de vos cheveux.
Atsumu était bien plus emballé par l'idée que ne l'était son frère et, sans hésitation, il s'approcha pour choisir sa nouvelle couleur. Osamu le regarda faire, dubitatif, il ne voyait pas vraiment en quoi changer ses cheveux aiderait à le différencier de son collègue.
Mais, au vu des réactions de son aîné, aucun doute sur le fait qu'il allait se laisser faire et que dans quelques heures, ses mèches ne seront plus noires. Il n'avait pas très envie de perdre sa couleur naturelle.
Tandis qu'Atsumu pointait un échantillon parmi ceux proposés, son cadet en profitait pour approcher le membre de la famille impériale.
— On a pas besoin d'le faire tous les deux, n'est-ce pas ?
— Oh oui, bien sûr. Rien ne t'y oblige. C'est juste que je trouve important qu'on s'adresse à toi avec ton prénom mais si personne ne te reconnait, ils ne peuvent pas le faire.
— Ça m'dérange pas d'être confondu avec 'Tsumu.
Pendant quelques instants, le plus petit resta silencieux alors qu'un peu plus loin, les deux adultes et l'autre adolescent s'arrangeaient sur la future teinte du garde.
— Tu ne te rends pas compte d'à quel point c'est agréable d'entendre les gens dire ton nom.
— Tu dis mon nom et tu ne te trompes jamais.
— Je ne suis pas la seule personne dans ce monde, dit Shoyo en rejoignant le petit groupe.
— Pour moi, tu l'es.
Après quelques minutes, Atsumu était prêt à recevoir sa coloration. Le prince était très attentif à la manière dont Kenshin appliquait le produit sur la tête de son protecteur.
— Donc, ta couleur finira par s'estomper après quelques lavages et à ce moment-là, tu pourras nous rappeler et on viendra-
— Non, c'est bon. J'ai bien regardé comment vous avez fait, je pourrais le refaire sans problème. Vous n'aurez pas besoin de revenir, intervient le rouquin sans perdre la concertation dont il faisait preuve envers les gestes du coiffeur.
— Si tu le dis. On te fera venir les produits alors! S'exclama le plus barbu des deux hommes.
Un fait frappa Osamu plus fort qu'il ne le voulut, son frère allait avoir une occasion supplémentaire d'avoir l'attention de Shoyo uniquement sur lui. Il ne pouvait pas laisser ça passer !
Rapidement, il se dirigea vers la palette de couleur et choisit un coloris assez sobre, pas aussi flashy que le blond qu'avait pris Atsumu avant d'aller voir Ittetsu.
En le voyant faire, le plus petit lui sourit. Osamu maudit la joie et l'excitation de son cœur.
S'habituer à leur coloration ne fut pas compliqué, rien ne changea vraiment si ce n'était qu'on ne les prenaient plus l'un pour l'autre. Leur quotidien en demeura le même, avec en plus, des petites séances coiffure de temps à autre.
C'était sympathique et au fil des semaines, Shoyo s'ouvrait de plus en plus à la fratrie, partageait d'autres anecdotes plus intimes, personnelles ou douloureuses que les autres. Comme le fait que sa petite sœur n'était plus autorisée à le voir, parce qu'une fois, en bas-âge, elle l'avait griffé. Ou encore, le fait que sa mère ne lui avait jamais parlé ou même fait un geste vers lui.
Pas que le prince s'en plaignait vraiment, il était juste triste de ne pas pouvoir les connaître mieux. Il se considérait malgré ça plus chanceux que la plupart, il avait grandi avec un groupe d'amis très soudés et avait, tous les jours, les deux personnes qu'il aimait le plus à ses côtés.
Ces mots avaient fait plus que chavirer leur cœur et ils avaient été incapables de répondre au plus jeune. Encore une fois, leur quotidien s'était poursuivi, sans changement majeur à leur grand désarroi mais toujours aussi réconfortant et agréable.
Ce matin, comme beaucoup d'autres, le rouquin avait rejoint son bureau et commencé à ouvrir le courrier. Pendant ce temps, les deux gardes s'étaient mis à l'aise, profitant des petits gâteaux posés sur la table basse et discutant de ce qu'ils voudraient faire cette après-midi.
— Ah.
— Qu'est-c'qu'y a ? s'inquiéta Atsumu en portant son attention sur le plus jeune.
— Une mauvaise nouvelle ?
— Non. Un rapport de mission. Celui de Kita, il revient cet après-midi. Je sais que vous étiez assez proches alors si vous voulez aller le voir, ça ne me dérange pas.
Ça faisait quatre, quasiment cinq mois qu'ils n'avaient plus vu leur capitaine. Avec leur travail auprès du prince et les nombreuses fonctions que devaient remplir leur sauveur, c'était dur de se voir régulièrement. D'un autre côté, ça leur évitait ses regards et discours réprobateurs, bien qu'en toute honnêteté, ils soient, souvent, justifiés.
Néanmoins, Kita était de bons conseils et, avec chance, ils pourraient lui demander de l'aide sur leur situation. Pas qu'ils pouvaient réellement lui parler de leur relation moitié amicale, moitié plus que ça et pas du tout professionnel avec le prince.
— J'irai le voir en premier, annonça Osamu.
— Quoi ! Non, c'est moi en prems!
— Peu importe. Pensez juste à lui faire parvenir l'heure à laquelle vous irez là-bas.
Pendant le reste de la matinée, les gardes argumentèrent sur qui rendrait visite à leur mentor mais aussi, à voix bien plus basse, de quoi ils parleraient, à quel point ils partageraient leur soucis avec lui.
Le repas coupa leurs chamailleries et, finalement, le jumeau aux mèches grises partit chez le capitaine avant son frère. Se retrouvant seul avec la plus qu'agréable compagnie du rouquin, Atsumu s'avança vers le bureau où le plus jeune s'était réinstallé après le dîner.
— Tu écris beaucoup de lettres.
— C'est encore et toujours la même chose. Ces négociations qui semblent sans fin, des rapports de missions ou d'incidents, des demandes de financement ou des nouvelles d'ici et là.
— Je pourrais t'aider. Et 'Samu aussi, si tu le voulais, proposa le plus âgé.
— Pas la peine. C'est mon travail, pas le vôtre. Tu ne me laisserais pas faire le tien, non ?
— Mon travail, c'est te protéger.
— Et tu ne me laisserai pas le faire, n'est-ce pas ? Dis toi que c'est pareil.
— Je veux juste t'être utile.
Le rouquin se leva pour rejoindre le faux blond. Lentement, il caressa le dos de sa main et fit en sorte que le plus grand ne puisse plus détacher son regard du sien.
— Tu n'as pas besoin d'être utile, Atsumu. Je ne t'aimerai pas pour ça. Tu dois juste être toi, c'est encore ce qu'il y a de plus attrayant.
Le garde sentit son visage devenir plus chaud qu'il ne l'avait jamais été. Bons Dieux, que son cœur se calme, il ne pouvait pas s'enthousiasmer à chaque phrase ambiguë mais sincère de son petit prince.
Avant qu'Atsumu n'aligne plus deux pensées cohérente, la porte de bureau s'ouvrit, révélant Osamu qui ne se priva pas d'entrer.
— Kita t'attend, dit simplement le dernier venu.
Sans rien ajouter, le plus âgé s'en alla, direction l'office du capitaine. Le trajet lui parut plus court que les fois précédentes ou était-ce parce qu'il avait marché plus vite ou parce qu'il était incapable de sortir la phrase de Shoyo de son esprit ? Bah, ça importait peu, il était arrivé et devrait plutôt se concentrer sur la future discussion avec son mentor.
Il frappa trois coups sur le bois et, l'instant suivant, la porte laissait apparaître Kita.
— Bonjour, Atsumu.
— Bonjour.
— Je vois que tu as aussi changé de couleur, dit le plus vieux en désignant les cheveux de son cadet.
— Hum, oui. C'était une idée de Sh- du prince.
Le capitaine invita le blond à s'installer en face de lui. Ce dernier s'exécuta sans rechigner.
— Est-ce que ça va ? Il n'y a pas de problème avec le prince ?
— Non, non. Tout va bien. C'est très chouette de travailler pour le prince ! Il est toujours très gentil avec nous.
— Je ne m'inquiétais pas de ça. Est-ce que ça ne te pose pas de problèmes ?
— Non, vraiment, aucun.
Même Atsumu remarquait sa voix moins ferme et assurée que d'habitude.
— Dis-moi plutôt, comment s'est passée ta mission ?
— Rien de très extraordinaire. Avec Akagi et Rin, nous sommes descendus le long de la frontière ouest avant de chercher s'il y avait des activités inhabituelles au sud. Mais il n'y avait rien.
— Cool, vous avez vu du paysage. . .
Kita sourit discrètement, il savait qu'Atsumu ne lui disait pas tout. Il pouvait le faire parler avant la fin de l'heure.
— Et qu'est-ce que, toi, tu as fait de tes journées ?
— Pas grand-chose, on suit le prince et c'est tout.
— Ça doit être ennuyant.
— Pas vraiment. Et puis Shoyo sait rendre les choses-
— Shoyo, hein ?
Le garde impérial se figea d'un coup. Il avait fait une erreur mais d'habitude son mentor ne posait pas de question sur ce qu'ils faisaient avec le rouquin, juste s'ils mangeaient, dormaient bien et s'il n'y avait pas de problème.
— Je ne vais pas te réprimander, Atsumu. Mais sois prudent.
— Shoyo est pas comme ça.
— Je ne parlais pas spécialement de lui. Il reste un prince, et beaucoup d'obstacles se dresseront devant toi. Des personnes seront contre vous, à commencer par l'Empereur.
— Ils en seront rien.
Fixant le jeune homme face à lui, il revoit le petit garçon apeuré dans les bois, collé à son frère. Il revoit l'enfant qui dévorait férocement chacun de ses repas. Il revoit l'adolescent impulsif et arrogant, ignorant tout ce qu'il ne jugeait pas digne d'intérêt.
Mais devant lui, se tenait un adulte, ou presque, du moins, la version d'Atsumu qui se rapprochait le plus d'un être mature, calme et ouvert. Cette évolution était dû au prince, à n'en pas douter.
— D'toute manière, il n'y a rien entre Shoyo et moi ou 'Samu. 'Fin rien d'outrageux, on est juste amis.
— . . . Quand bien même, reste prudent. Je l'ai déjà dit à Osamu mais ça me briserait de savoir qu'il vous est arrivé quelque chose.
— Ça devrait aller. Après tout, on a appris des meilleurs.
Le capitaine eut un léger sourire. C'était rassurant la manière dont le faux blond s'épanouissait enfin dans l'Empire, semblait, finalement, se considérer ici chez lui. Comme si, après tout ce temps, le jeune homme s'intéressait à autre chose que son frère et lui-même, qu'il pensait désormais à son avenir et aux autres, bon, à un autre, mais c'était déjà ça.
Néanmoins, ça n'appaisait pas non plus toutes ses inquiétudes. Il fallait être honnête, elles ne disparaîtraient jamais totalement, que ce soit pour les jumeaux ou pour Suna. Ils étaient un peu comme des petits frères sur lesquels il devaient garder un œil, s'assurer que tout aille bien pour eux.
Et maintenant, il devait confirmer qu'Atsumu avait en main toutes les cartes dont il pourrait avoir besoin.
— Est-ce que tu crois aux Dieux, Atsumu ?
— Hmm, non, pas vraiment. 'Fin, parfois, comme tout le monde, je crois, répondit le garde de Shoyo pris au dépourvu. Pourquoi cette question ?
— Ce n'était peut-être pas le cas à Procyon mais l'Empire est très dévoué à ses Dieux. Certain plus que d'autres évidemment mais personne n'envisagerait d'aller contre leur volonté ou leur porter préjudice.
— Où tu veux en venir ?
— Est-ce que tu savais que le prince est considéré comme un cadeau des Dieux ?
— Non. Et puis, c'est quoi un cadeau des Dieux ? demanda Atsumu qui ne savait plus où allait cette conversation.
— Bonne question. Je sais juste que c'est censé apporter prospérité à l'Empire et que c'est une bonne nouvelle. Les gens sont étonnamment silencieux sur le sujet.
— Et Shoyo serait un cadeau des Dieux ?
Ah, ça, le garde y croirait sans problème. Shoyo était si doux, compréhensif, altruiste, empathique, enthousiaste, joyeux, chaleureux, resplendissant. Un présent de la part de lointaines divinités, offert à ce bas monde pour lui apporter la paix et le bon vivre.
C'était donc pour ça que le rouquin était si préoccupé par ces négociations, et le bien-être des autres. Il considérait sûrement ça comme son devoir. Atsumu comprenait mieux maintenant.
— Oui. C'est pour ça que Osamu et toi devez être extrêmement prudents. S'il arrivait quoique ce soit au prince, beaucoup serait après vous.
— Ce n'est pas dans nos intentions, tu sais.
— Je n'en doute pas. Tu devrais d'ailleurs retourner près de lui, non ?
— ohgps, j'avais pas vu qu'il était déjà si tard.
Un rire franchit les lèvres du plus âgé tandis que son cadet se précipitait vers la sortie. Cependant, avant de refermer la porte, le plus grand se figea, puis planta ses yeux dans ceux de Kita.
Dans son regard, il y avait de la détermination mais aussi beaucoup de tendresse.
— Je tiens vraiment à lui, Cap'taine. J'serais fou d'laisser quoi que ce soit arriver à l'homme que j'aime.
Atsumu clos la porte, courant rejoindre son jumeau et leur protéger. Désormais seul dans son bureau, Kita soupira, il ne croyait pas aux Dieux mais il serait prêt à prier pour la sûreté de ses rescapés.
Le clair de lune chassait l'obscurité de la chambre tout en projetant des ombres immenses sur les murs. Il permettait aussi à Atsumu d'admirer les jardins du prince en contre-bas, pas qu'il s'y passe grand chose, de nuit comme de jour.
Une heure sonna au loin, le garde savait ce que ça signifiait. Bientôt, il rejoindrait ses plus doux songes, au moins pour un petit temps. En quelques pas, il arriva près de son frère qui dormait paisiblement sur le canapé.
—'Samu. Lève toi.
Un grognement plaintif de la part de l'endormi mais son jumeau savait que ce n'était que de la comédie. Il secoua le corps d'Osamu qui se décida à se mettre debout.
En attendant que son cadet se réveille, le blond s'assit sur le fauteuil voisin, prenant au passage sa couverture et son oreiller. Après une ou deux minutes, le plus jeune des deux frères se tenait face à lui, les yeux encore mi-clos.
— Kita t'a dit aussi, constata Osamu d'un ton neutre.
— Ouais.
— Et t'en penses quoi ?
— 'Sais pas. L'idée que Shoyo soit un cadeau des Dieux m'semble pas inconcevable.
— J'suis d'accord.
Pendant un instant, les deux hommes se dévisagèrent, cherchant dans le regard de l'autre s'ils avaient encore des choses à se dire. Atsumu bailla et son jumeau cru leur discussion terminée, il passa le lit improvisé du blond. Cependant, la voix du plus âgé lui parvint, comme un murmure.
— Je lui ai aussi dit que. . . j'aime Shoyo.
— J'penses que c'est pas vraiment un secret. Ni pour toi, ni pour moi.
— Alors pourquoi Shoyo le remarque pas ?
La voix de ne le laissait pas transparaître mais Osamu y entendait du désespoir. Lui aussi se décourageait au fil des mois, voir le rouquin à peine réagir à ses avances ou celle de son frère était dur.
Ce n'était pas pour autant qu'il allait renoncer, il refusait d'abandonner ses sentiments. C'était pareille pour Atsumu, ils étaient fait du même bois après tout.
— P't-êt'e qu'il le voit et qu'il veut juste pas nous r'jetter ou p't-êt'e il est trop gentil. Ou alors, il a pas envie d'nous faire du mal, nous faire goûter à qué chose qu'on ne pourra jamais vraiment avoir.
— Tu parles d'son devoir en tant qu'empereur ? voulu confirmer le blond.
— Un jour, Shoyo sera à la tête de l'Empire. Et l'Empire aura besoin d'un nouvel héritier, aucun de nous pourra lui donner ça.
— Je l'sais très bien, merci. Mais ça peut pas être la seule raison.
— Oh, mais j'ai pensé à d'autres raisons, t'sais. Du genre, son père qui nous ferait tuer pour avoir souillé l'avenir de son empire. Ou encore, nous qui serions exécuter pour avoir des pensées impures envers quelqu'un d'aussi intouchable de le prince.
Atsumu resta silencieux face aux remarques de l'autre garde. Mais quand le plus jeune s'éloigna de nouveau, il reprit :
— Tu penses pas qu'on pourrait quand même lui en parler plus directement ?
— On peut essayer. Mais j'aimerais d'abord lui d'mander des précisions sur cette histoire de cadeau des Dieux.
— Ok, on fait ça, accepta le blond en se couchant sur le fauteuil.
— Dors bien.
Le jeune aux cheveux gris laissa finalement son frère se reposer, s'avançant vers le lit où dormait tranquillement son petit soleil personnel. En s'installant non loin de la fenêtre, il soupira, cette nuit allait être longue. Surtout si ses pensées ne le laissaient pas en paix.
Osamu avait le soleil contre sa peau, les yeux fermés, profitant de la chaleur qui s'en dégageait. C'était un moment parfait, le chant des oiseaux, le calme, la satiété qui suivait le repas du midi, la voix enjouée du prince et celle tout aussi excitée de son frère alors qu'ils parlaient de duels.
C'était un moment parfait, qui même en durant éternellement n'aurait pas semblé assez long. Et s'il ne serait jamais assez autant y mettre fin, puis c'était aussi le parfait moment.
Il se releva, ouvrit les yeux, fut éblouit un instant avant de se tourner vers son jumeau et le rouquin. Atsumu le regardait ennuyé qu'il interrompt leur conversation mais Shoyo lui souriait et c'était assez pour oublier tout le reste.
— Tu t'es bien reposé ? lui demanda le plus petit.
Un simple hochement de tête fut sa réponse et son interlocuteur s'en contenta, reportant son attention sur l'autre garde pour poursuivre leur discussion. Seulement, Osamu ne lui en laissa pas le temps.
— Dis, Shoyo, j'peux t'poser une question ?
— Oui, bien sûr.
— Pourquoi tu nous a jamais dit qu't'étais un cadeau des Dieux ?
— Oh! hum. . .
En quelques secondes, l'expression de l'héritier s'était décomposée. Totalement désemparé, il fuit leur regard, gardant les yeux bas.
— Eh, t'es pas obligé de répondre ! intervint Atsumu en posant une main sur son épaule.
Le blond en profita pour jeter un regard critique à son portait - pas très réussi ajouterait-il - "Vraiment ? Maintenant ?". Peu impressionné, Osamu fit un geste de la tête "C'est toi qui voulait des réponses." "C'était clairement pas le moment, stupide!"
— Non, non, c'est bon. Je pensais. . . en vrai, j'ai pensé que vous saviez déjà. C'est un truc assez connu au palais.
— On vient pas du palais.
— Vous y avez grandi et j'ai cru, j'ai cru que vous saviez, avoua le jeune aux cheveux orangé. Puis, au bout d'un moment, j'ai compris que vous saviez pas mais, mais c'était si rafraîchissant d'avoir des personnes qui ne voyaient pas que ça en moi, d'avoir des gens qui m'écoutaient et me parlaient comme un égal. Je, j'ai pas pu renoncer à ça. Désolé. . . de ne rien avoir dit.
Les deux frères ne purent manquer les conséquences de leur curiosité, le visage désolé, déchiré de leur protégé. Trop tard de toute manière, ils ne pouvaient plus revenir en arrière.
— Passons, dit Osamu déterminé à avoir ses réponses. Ça consiste en quoi exactement un cadeau des Dieux ? Comment tu as su qu't'étais un ?
— Je- Hm, on dit des Cadeaux des Dieux qu'ils ont été envoyés ici pour guider le peuple et lui apporter paix et bonheur. On raconte aussi qu'ils sont protégés par les Dieux, eux et ceux qu'ils chérissent, que leurs actions seront couronnées de succès.
— Il y en a d'autres ?
— Pas à l'heure actuelle mais au cours des deux derniers siècles, il y en a eu cinq, en me comptant. On considère que c'est grâce à eux, à moi, que l'Empire est resté si prospère au fil des ans, expliqua le rouquin, flanchant au moment de s'inclure dans la phrase.
Il était mal à l'aise avec le sujet, tout dans ses gestes, dans sa voix le montrait mais il continua et les jumeaux n'allaient pas l'arrêter.
— C'est un peu comme un objet magique. Tu sais que tant que tu l'as avec toi, rien ne te sera impossible.
— Shoyo, ne parle pas de toi comme ça, supplia le blond faisant glisser sa main dans celle du plus jeune.
— Je- C'est comme ça que certains me voyaient. À commencé par mon père. C'est lui qui m'a appris que j'en était un et qui me traite comme un vase en porcelaine.
— Mais qu'est-ce qui fait de toi un cadeau des dieux ?
— T'as dû passer un test ou un truc du genre ? continua l'aîné du trio.
— Ou t'es né avec ?
— Je ne sais pas s'il y en a plus ou pas mais je connais les deux "conditions" qui m'ont donné ce titre. Première, être né lors d'un solstice et deuxième, être le première enfant du couple.
— C'est. . .
— C'est stupide, mais ça fait de moi un Cadeau des Dieux.
Les deux gardes furent bouche bée, c'était rare que le rouquin s'emporte de la sorte. Ils n'eurent pas le temps de dire un mot que déjà le petit prince reprenait :
— Vous savez, quand j'étais plus petit, tout le monde disait que l'Empereur tenait énormément à moi, qu'il ne laisserait jamais rien m'arriver. Mais ne pas pouvoir perdre quelqu'un ne signifie pas pour autant que tu l'aimes.
Ce n'était probablement plus le moment parfait pour aborder leurs sentiments envers leur cadet. Non, à la place, Atsumu l'enlaça, tentant de consoler une peine qu'il n'avait jamais vécu, mais il comprenait le mal que pouvait causer l'absence d'un père.
Osamu vint poser sa tête contre l'épaule laissée libre par son frère. Malgré sa curiosité satisfaite, il ne put retenir le murmure qui sortit de sa bouche.
— Désolé.
— Non, c'est bon. Ça fait du bien de vous en parler.
Il y eut un reniflement, faible mais bien là.
— Prince ou non, hors de question que tu mettes de la morve sur mon uniforme, prévint le jeune aux cheveux grisâtre.
— snfff, moi, je dis rien quand tu baves sur ma jambe.
— Parce que je bave pas sur ta jambe.
— Oh si, chaque fois que tu l'utilises comme oreiller, assura Atsumu.
— Tais-toi ! Au moins, moi, je gémis pas son nom dans mon sommeil.
— N'importe quoi ! s'exclama le blond, les oreilles plus rouges que les tomates mangées ce midi. Puis, c'est pas moi qui le dévore des yeux depuis des années.
— Tu le fais aussi ! Essaye même pas d'mentir.
— Peut-être mais j'ai pas l'air d'un affamé quand j'le fait.
— Tu dis ça parce que tu t'es jamais vu.
Un rire fit trembler l'air et vibrer leur cœur stoppant en une seconde le début de leur querelle idiote. Ensemble, ils posèrent leur tête sur les épaules du plus jeune, retrouvant leur position initiale, prolongeant l'étreinte avec Shoyo.
C'était de nouveau une ambiance douce entre le trio comme si la conversation avait été oublié, comme si elle n'avait jamais eu lieu. Leurs sentiments pouvaient attendre encore un peu.
Le soleil s'était caché il y a plusieurs heures, laissant la pénombre de nuit prendre sa place et dans la chambre du prince impérial, les jumeaux voulaient en profiter. C'était lâche de leur part, utiliser les ombres ambiantes pour dissimuler au maximum les expressions en cas de rejet.
Mais ils ne pouvaient se résoudre à se séparer de ce dernier bouclier, il voulaient se mettre à nous, mais ils avaient besoin de cette barrière, pour ne pas s'effondrer si les choses tournaient mal.
Ensemble, ils avancèrent vers le rouquin, tranquillement installé dans la lumière, lisant un livre sans leur porter attention. Alors les deux hommes s'assirent en face de l'héritier, le plus loin possible du chandelier.
— Shoyo, est-ce que. . .
— Est-ce que t'as un moment ? On aimerait t'parler d'un truc, poursuivit Atsumu en regardant le plus petit déposer son livre sur la table entre eux.
— Évidemment ! Vous pouvez toujours me parler, de tout et n'importe quoi.
Après un coup d'œil l'un vers l'autre, Osamu inspira le plus discrètement possible.
— Ça fait un moment qu'on veut te l'dire. Mais c'est pas vraiment facile et-
— Je t'aime, dit le blond coupant son frère.
— Et moi aussi, je t'aime ! reprit le cadet de la fratrie. Mais on était pas censé le lâcher comme ça.
— Moi aussi, je vous aime.
Shoyo avait répondu en abordant son grand sourire empli d'innocence. C'était un échec mais peut-être pouvaient-ils le rattraper.
— Tu comprends pas, je t'aime à ne plus vouloir passer un jour sans ton sourire, à ne plus vouloir manger sans ta compagnie, à ne plus savoir comment vivre sans toi.
— Je t'aime à vouloir toucher ta peau chaque instant, à vouloir sentir ton parfum nuit et jour, à désespérer de ne pas pouvoir goûter tes lèvres.
— À t'avoir ancré dans chacune de mes pensées, jusqu'au fond de mes rêves.
— À ne plus imaginer un avenir sans moi près de toi.
Osamu et son frère virent les larmes monter aux yeux du jeune homme devant eux. Il pencha la tête faisant de son mieux pour les retenir.
— Moi aussi, je vous aime, répéta-t-il avec un sourire tremblant.
Avant même que le plus petit reprenne, ils avaient compris, il y avait un mais. Plus qu'à tout faire pour qu'il s'écrase et qu'il ne reste que leur amour.
— Mais c'est impossible. On- On peut pas être ensemble.
— On peut, assura Atsumu. On sera prudent, personne n'en sera rien. Ça sera rien que toi et nous, comme avant, en mieux.
— Et à la moindre erreur, au moindre soupçon, vous serez tués.
— Qu'est-ce qu'une vie sans risque ?
— Une longue vie, répliqua le prince d'une voix basse.
— Je préfère une courte vie à t'aimer à une longue où je continue de réprimer ce que je ressens pour toi, admit le garde aux cheveux argenté.
— Vous ne comprenez pas ! J'ai trop peur d'être faible. De ne pas pouvoir renoncer à vous le moment venu.
D'un même geste, les deux soldats rejoignirent les côtés du rouquin. Chacun essuya une des joues ravagées par les larmes. Le contact apaisa le plus jeune mais ses pleurs ne se calmèrent pas pour autant.
— Pourquoi tu devrais renoncer ?
— On pourra toujours trouver de rester ensemble. Notre job c'est littéralement de ne jamais te quitter.
— C'est comme si on était déjà mariés.
— Il n'y aura pas de retour possible, annonça Shoyo.
— J'en voudrais pas, jura le blond.
— On va tous souffrir dans cette relation, ajouta le plus jeune.
— Je souffre déjà, autant prendre le risque, répondit le second jumeau.
Essuyant les dernières gouttes qui perlaient au coin des yeux ambrés, les deux frères rapprochèrent leur corps de celui du petit prince. Ils étaient enfin libérés de ce poids.
Voici l'avant dernier chapitre ^^
J'espère qu'il vous a plu !
Quelques petites infos sans trop d'intérêt :
- Shoyo trouve ça hilarant quand les jumeaux se chamaillent, il n'en comprends pas grand chose mais ça n'en reste pas moins très drôle.
- Ils ont entre 18 et 19 ans dans chapitre.
- Les jumeaux rencontre encore leurs anciens camarades (Suna, Kita, Aran, etc) juste pas très souvent. Pas que ça les dérange plus que ça.
