Dortoir des Gryffondors, 11 janvier 1973

Quatre garçons étaient assis en cercle sur le sol de la pièce. L'un d'eux tenait un vieux livre épais sur ses genoux et parcourait le sommaire d'un air concentré.

-Vas-y Sirius, lis-nous les étapes.

Le jeune garçon aux cheveux noirs ouvrit tourna la page et commença à lire à haute voix :

"Un Animagus (pluriel : Animagi) est un sorcier ayant la capacité de se métamorphoser à volonté en l'animal qui convient le mieux à sa personnalité, mais il ne peut pas savoir la forme qu'il prendra avant la fin de son apprentissage. Apprendre à être Animagus est très difficile et nécessite plusieurs années d'apprentissage. C'est pour cette raison que le ministère de la Magie surveille de très près les personnes voulant le devenir."

-Il y aura bientôt trois nouveaux animagi que le ministère ne pourra pas surveiller, ricana son voisin aux cheveux ébouriffés.

-Chut James, laisse-le lire, intervint le troisième. Son visage paraissait fatigué, et surtout inquiet de ce qui était en train de se tramer autour de lui.

-Pardon Remus…

"Le processus pour devenir un animagus est long et difficile et prend souvent plusieurs années"

-Heureusement que nous sommes les plus talentueux de l'école alors, je nous donne 6 mois pour réussir !

-James !

"Ce processus complexe est constitué de dix étapes. "

-Bon allez, 10 mois ! Une étape par mois.

-James, si tu ne te tais pas, je jure que …

Le quatrième du groupe regardait les échanges avec un air anxieux et semblait se décomposer à chaque nouvelle phrase lue par Sirius.

" Première étape : Conservez une feuille de mandragore dans la bouche pendant un mois entier (entre deux pleines lunes). Cette feuille ne doit en aucun cas être avalée ou retirée de la bouche. Si la feuille est extraite de la bouche, le processus doit être repris à zéro."

Un long silence suivit cette déclaration.

-Quand tu dis un mois, commença James le ton soucieux, tu veux vraiment dire… ?

Remus lui jeta un regard avant de lui couper la parole :

-Je vous avais dit les gars, c'est beaucoup trop compliqué cette histoire, ça ne sert à rien. Mieux vaut a…

-Si tu dis "abandonner" une fois de plus Remus, je ne t'adresserai plus la parole pendant un mois, menaça Sirius. Ce n'est pas un petit processus comme celui-là qui va nous faire peur. Au contraire, c'est d'autant plus …

-Exaltant ! renchérit James.

-Mais, interrompit timidement Peter. Comment est-ce qu'on va manger ?

Sirius qui s'apprêtait à répondre d'une manière sarcastique, comme souvent lorsque Peter prenait la parole, s'interrompit en se rendant compte que la question n'était en fait pas si bête. Il chercha à cacher bravement l'inquiétude qui commençait à se lire sur ses traits devant la tâche qui les attendait.

-Combien de temps est-ce qu'on peut vivre sans manger déjà ? Reprit Peter.

-Ne raconte pas de bêtises Peter, intervint James, on ne va pas arrêter de manger pendant un mois. Des tas de sorciers sont devenus des animagi et personne n'est mort ou n'a perdu 15 kilos. On aura qu'à … manger d'un seul côté de la bouche, là où ne sera pas la feuille de mandragore.

Le visage de Peter s'éclaircit et il jeta un regard plein d'admiration au jeune Potter.

-Bon, maintenant que ce point est résolu, plus qu'à trouver des feuilles de mandragores et à décider de la date de début, affirma Sirius avec aplomb. Remus, quand est la prochaine pleine lune ?

Le jeune loup-garou parut légèrement interloqué par la question, peu habitué à ce qu'on discute de sa condition avec autant d'insouciance et de normalité.

-Le 18 janvier, dans une semaine.

-C'est parfait ! Une petite escapade nocturne dans les serres ou dans la réserve de Slughorn et nous serons fin prêts pour l'opération "petit problème de fourrure".

James et Sirius se tapèrent dans la main, ravis de cette nouvelle aventure qui commençait.

Sous la cape d'invisibilité, 20 janvier 1973

James et Sirius étaient tapis dans le couloir des cachots, près de la réserve de Slughorn. Quand la voie leur parut libre, ils s'approchèrent à pas de loup et pénétrèrent dans la pièce qui ne résista pas au Alohomora assuré de Sirius. Ils grimacèrent devant les rangées infinies de bocaux poussiéreux.

-Comment une si petite salle peut-elle contenir autant de choses ?!

-Grâce à un truc qui s'appelle la magie James, je ne sais pas si tu connais ?

-Ahahah très marrant Sirius, bougonna le premier. Aide-moi plutôt à trouver cette fichue mandragore.

Mais ils eurent beau regarder toutes les étiquettes des bocaux une à une, ils ne trouvèrent pas de mandragore.

-Plan B ?

-Plan B !

Ils traversèrent tout le château sous la cape et sortirent discrètement dans le parc du château. Protégés par l'obscurité, ils enlevèrent la cape et se mirent à courir vers les serres de botanique.

-À quoi ça ressemble une mandragore déjà ?

-Ce n'est pas ce qu'on a vu au dernier cours ?
-Ah… si ! Elles sont là-bas alors.
-Tu penses qu'elles vont avoir mal si on leur arrache des feuilles ?
-Tant qu'elles ne nous crient pas dans les oreilles, moi ça me va !

Bravement, les deux garçons coupèrent 3 feuilles de mandragores avant de s'enfuir sans demander leur reste. Ils crurent entendre un cri lointain mais ils ne surent jamais si c'était leur imagination qui leur jouait des tours ou non (même si lorsqu'ils racontèrent leur histoire plus tard, leur fuite fut transformée en un combat acharné contre les mandragores qui étaient sorties de leurs pots et qui avaient bien failli réussir à les vaincre.)

Ils déboulèrent très fiers d'eux dans le dortoir des garçons.

-Vous avez trouvé ? leur demanda Remus.
-Dans les serres oui, rien chez Slughorn malheureusement.
-Ah oui, j'avais oublié de vous dire que les mandragores ne sont efficaces que lorsqu'elles sont fraiches dans les potions. Donc Slughorn n'en garde pas dans sa réserve.

Si les regards pouvaient tuer, Remus serait mort sur le coup.

Dortoir des Gryffondors, 18 janvier 1973

Remus un peu pâle regarda ses amis réunis autour de lui. Il allait être l'heure pour lui de descendre à l'infirmerie, d'où il serait escorté jusqu'à la cabane hurlante pour y passer sa douloureuse transformation.

-Vous êtes vraiment sûrs que vous voulez faire ça les gars ?

-Évidemment ! Avoir une feuille dans la bouche durant un mois c'est bien peu par rapport à ce que tu endures à chaque pleine lune. On serait prêts à bien plus pour t'aider à supporter ça !

La déclaration de James toucha Remus qui esquissa un sourire avant de se résoudre à quitter le dortoir.

Après son départ, les trois garçons restant se regardèrent avant de diriger leur regard vers les 3 feuilles de mandragore qui les attendait.

-Prêts ? demanda Sirius.

Les deux autres acquiescèrent résolument de la tête avant de porter à leur bouche la feuille.

Ils grimacèrent un peu au début avant de chercher chacun l'endroit le plus "confortable" pour la loger afin qu'elle ne les dérange pas.

-C'est parti pour …

James dû s'arrêter net, il avait failli recracher sa feuille en parlant.

-Ça va être d'un pratique, marmonna Sirius en essayant d'ouvrir le moins possible la bouche. On aurait dû apprendre la langue des signes.

-Je nous donne trois jours pour maîtriser le discours bouche fermé. Que diraient les profs si on commençait à être silencieux en cours ?!

La soirée fut passée à s'exercer à ce fameux langage bouche fermée qui consistait tout simplement à articuler le plus clairement possible avec les lèvres seulement entrouvertes. Cela donna lieu à des grimaces qui provoquèrent plusieurs fous rires, toujours bouche fermée pour éviter tout accident.

La première nuit ne fut pas des plus reposantes, les trois garçons se tournant et retournant dans leur lit pour trouver une position dans laquelle la feuille ne bougerait pas.

Le lendemain fut une journée pleine de prouesses devant la difficulté à exercer toutes les tâches du quotidien avec un seul côté de la bouche. Les autres élèves se posèrent sûrement des questions en voyant les trois Maraudeurs discuter et manger avec la bouche tordue (pour n'ouvrir qu'un côté). Mais, déjà habitués à leurs excentricités, aucun ne leur posa de questions. Leurs professeurs du matin ne sourcillèrent pas non plus devant le silence inhabituel qui régna dans la classe ce jour-là, ils étaient bien heureux de ne pas avoir à hausser la voix pour réprimander James et Sirius.

L'après-midi se révéla plus compliqué car ils avaient cours de métamorphose et que le Professeur McGonagall était la personne la plus à même de comprendre ce qu'ils tramaient. Il ne fallut en effet pas 10 minutes de cours avant qu'elle ne commence à leur jeter des regards suspicieux en les voyant silencieux et appliqués à prendre des notes. Venant des maraudeurs, cela ne présageait jamais rien de bon.

Après un cours particulièrement silencieux, elle demanda aux trois garçons de rester pour leur dire un mot (Remus était à l'hôpital jusqu'au soir). Peter sembla se liquéfier sur place, mais une tape de Sirius dans le dos lui redonna un peu de courage.

-Qu'êtes-vous en train de manigancer ?

-Nous professeur ?

Le visage de James exsudait une telle innocence qu'on lui aurait donné Merlin en confession. Mais leur professeur de métamorphose n'était pas naïve.

-Vous allez me faire croire que vous avez passé un cours complet, sans parler, en prenant des notes et que vous ne préparez rien ?

-Ben… oui Professeur, nous sommes des élèves sérieux.

Le regard qu'elle leur lança montra qu'elle ne les cru pas une seule seconde.

-Vous allez donc me dire que je ne dois avoir aucun soupçons alors que vous parlez la bouche de travers, que M. Pettigrow a passé son cours à baver sur sa feuille et que pour la première fois depuis un an et demi, je n'ai pas eu besoin de demander le silence dans mon cours.

-Oui… essaya James.

Ce fut Peter qui les sauva de cette situation inconfortable.

-C'est pour Remus, Professeur. Comme il est à l'infirmerie, on voulait prendre les cours pour lui. Et comme on est incapables de se concentrer plus de quelques minutes d'affilé, on espère que nos notes combinés seront complètes…

Le Professeur McGonagall ne parut pas entièrement convaincue devant cet argument mais son regard s'adoucit.

-Très bien… Mais que ça ne se reproduise pas, ou plutôt si que ça se reproduise, sans plaisanterie de mauvais goût ensuite.

-On sait que vous nous aimez Professeur, sourit Sirius (il faillit sourire à pleines dents mais se rattrapa à temps).

-Partez vite avant que je ne me ravise et que je remette en doute vos propos.

Les garçons ne se le firent pas dire deux fois et partirent rapidement. Une fois dans le couloir, Sirius et James se tournèrent avec de grands yeux vers Peter qui rougit.

-Bien joué Peter, c'était la meilleure excuse qu'on aurait pu trouver. On la ressortira celle-là !

Un grand sourire apparut sur les lèvres de Peter alors qu'ils partaient vers l'infirmerie pour aller voir Remus, et en effet, lui apporter le peu de notes qu'ils avaient prises.

Le mois se déroula sans plus d'accrocs. McGonagall paraissait toujours un peu suspicieuse à chaque fois qu'elle les croisait, mais Sirius et James réussirent très rapidement à reprendre leur chahut habituel sans conséquence désastreuse.

Vint enfin le 17 février, jour de la pleine lune. Après le départ de Remus pour l'infirmerie, les trois garçons attendirent impatiemment qu'apparaisse la lune et à la première lueur argentée, s'empressèrent de retirer la feuille de leur bouche avec un sourire vainqueur.

-Qu'est-ce qu'on en fait maintenant ? demanda Peter à Sirius.

-Heu…

Il fouilla sous son lit tout en tenant précautionneusement sa feuille de mandragore pour retrouver le livre.

-Alors…

Il trouva enfin la page alors que les deux autres émettaient des petits bruits d'impatience.

" La pleine lune venue, retirez la feuille et placez-la, baignée de salive, dans une petite fiole en cristal exposée au clair de lune (si le ciel est nuageux cette nuit-là, il vous faudra trouver une nouvelle feuille de mandragore et renouveler l'expérience)."

D'un seul homme, les trois Maraudeurs tournèrent la tête vers la fenêtre. La lune était couverte de nuages. Ils se laissèrent tomber sur leur lit en grognant : tout était à recommencer.