3 mois plus tôt

15 juin 2018 [13:23]

Lycée Yuei

- Ton costume est très bien comme ça, Kirishima ! lui assura Sero. Je ne vois pas ce que tu veux changer.

- C'est une question de praticité, répliqua le concerné. Ma peau peut s'avérer coupante lorsque j'utilise mon alter. Il me faut des manchettes en textile résistant pour éviter de blesser les gens qui se trouvent autour de moi lors de mes interventions.

Kaminari laissa échapper un grognement

- Je rêve ... Ce mec est le mieux foutu d'entre nous et c'est le seul qui veut cacher sa musculature sous du tissu.

Bakugo, qui marchait quelques mètres devant eux, se retourna brusquement.

- Qui tu traites de mal foutu, l'ampoule ? rétorqua Bakugo.

Le pauvre apprenti-héros à l'alter d'électricité sursauta en entendant son camarade énervé lui hurler dessus, et se réfugia derrière Sero. De quoi amuser Kirishima, qui vint déposer une main rassurante sur l'épaule de son meilleur ami pour le détendre.

- Calme-toi. Kaminari n'a jamais rien dit de tel, fit-il en riant. Il ne faisait pas de comparaison, tu es très bien comme tu es.

- Mouais. Je m'en fous en fait.

Légèrement apaisé, le blond pivota pour reprendre sa route vers le local de la filière assistance, tout en grognant dans sa barbe.

- Whouah, s'extasia Sero. Incroyable. Tu lui as touché l'épaule et tu es toujours en vie. Respect, mec.

- Qu'est-ce que tu racontes ? rétorqua Kirishima d'un air gêné. Ça n'a rien d'extraordinaire. Il sait être compréhensible et tranquille parfois.

- Non, ça c'est juste l'effet que tu as sur lui, reprit Kaminari en sortant de sa cachette. Dis à n'importe qui d'autre de tenter l'expérience et je peux t'assurer que c'est tout le bâtiment qui explose avec nous.

- Vous exagérez.

Ou pas. Sero et Kaminari s'échangèrent un regard entendu, et décidèrent d'un commun accord silencieux de ne pas insister. Leur ami aux cheveux rouges ne réalisait vraiment pas l'influence qu'il avait eue sur Bakugo depuis leur rencontre. Il voyait le blond comme la septième merveille du monde, c'était évident. Alors naturellement, Kirsihima trouvait toujours une bonne excuse pour justifier les écarts de caractères de son camarade. Difficile néanmoins de savoir si cela relevait de la pure admiration ou d'autre chose. Enfin, ce n'est comme si Sero et Kaminari avaient le temps d'y réfléchir.

Kirishima, lui, était très reconnaissant de sa position privilégiée auprès de Bakugo, même si elle ne lui conviendrait jamais pleinement. Il avait pris conscience de ses sentiments pour son meilleur ami depuis un mois maintenant. Et après leur conversation de la dernière fois, il avait pris la décision d'enfouir ce qu'il ressentait.

Il était impossible que Bakugo ressente la même chose un jour, et quand bien même cela mériterait vérification, Kirishima n'avait pas le courage nécessaire pour lui avouer quoi que ce soit. Composer avec la découverte de son orientation sexuelle était déjà compliqué en soit, inutile de se rajouter davantage de stress et d'angoisse. Ils étaient amis, et dans un sens, c'était très bien comme ça.

Arrivés près de l'atelier, les quatre garçons furent étonnés de ne voir aucune fumée noire s'échapper de la pièce, ni d'entendre de bruit de casse, si caractéristiques du local en temps normal.

- C'est trop calme, s'inquiéta Kaminari.

Ils se rapprochèrent à pas de loup et sursautèrent vivement lorsqu'une tête inconnue passa la tête dans l'encadrement de la porte.

- Ah ! Il me semblait bien avoir entendu du bruit. Vous venez faire des modifications sur vos costumes ?

C'était un garçon de leur âge. Il avait un sourire sincère collé au visage, des cheveux longs noirs rassemblés en un chignon approximatif à l'arrière de son crâne et des yeux d'un vert vif, presque troublant.

- T'es qui, toi ? demanda Bakugo.

- Oh, désolé, reprit l'intéressé. Vous deviez vous attendre à voir Mei Hatsume vous accueillir. D'habitude c'est elle qui gère les demandes, mais elle est en stage pour le mois. Il faut dire qu'elle a fait forte impression au championnat de Yuei. Elle a vite eu fait de se faire remarquer.

Rien d'étonnant, effectivement. Ils auraient dû se douter que l'atypique future ingénieure serait très demandée après ses prouesses. Non pas qu'elle soit arrivée parmi les premières du concours, mais l'exhibition de ses gadgets avaient clairement dû attirer l'œil des professionnels présents dans les gradins.

- En attendant son retour, je la remplace en tant qu'assistant de Power Loader, continua l'élève. Je m'appelle Mao Kintachi et je suis en seconde E. Ravis de vous rencontrer.

Par pur sympathie et enthousiasme le malheureux lycéen vint prendre la main de Bakugo entre les siennes pour le saluer. Sero, Kaminari et Kirishima virent d'ici venir le carnage. Le blond prit néanmoins un instant pour analyser la situation, avant d'ouvrir la bouche :

- Tu as exactement cinq secondes pour me lâcher la main. Un. Cinq. T'es mort.

Fort heureusement, son meilleur ami aux cheveux rouges anticipa le problème et se plaça vivement entre Bakugo et Mao pour éviter au mieux l'affrontement.

- Détends-toi, tu veux ? quémanda-t-il. Ton costume ne va pas se faire sans lui, alors sois un peu plus aimable.

Kirishima se tourna ensuite vers l'élève de la filière assistante pour s'excuser.

- Pardonne-le, il est assez impulsif dans son genre.

- Il n'a pas volé sa réputation du championnat, répliqua le garçon.

Mao ne semblait pas du tout contrarié par la vive réaction de Bakugo, ou du moins il ne l'était plus. C'était comme si l'intervention de Kirishima avait complètement éclipsé le reste du monde. L'apprenti ingénieur avait les yeux brillants face à la frimousse du jeune héros à l'alter de durcissement. Ajouté à son sourire devenu charmeur, Mao venait clairement d'avoir un coup de cœur pour l'adorable Kirishima.

De quoi faire pouffer Sero et Kaminari en retrait.

Bakugo, bien au contraire, ressentit l'irrépressible envie de faire exploser le visage enjôleur de ce type sortie de nul part.

- Rentrez, les invita Mao en se décalant. On va s'occuper des modifications de vos costumes.

- M-Merci beaucoup, lâcha Kirishima.

Ce dernier se sentait assez troublé. C'était la première fois que quelqu'un lui faisait du charme ainsi, même si cela restait assez subtil.

Il rentra dans l'atelier, suivi de près par ses amis et en particulier Bakugo qu'il cru entendre marmonner quelque chose du genre :

- Au final, tu n'es pas si aveugle que ça quand il s'agit de ce genre d'abruti.

Enfin... Il avait sûrement rêvé.

21 septembre 2018 [08:12]

Internat de la seconde-A

Aizawa soupira en rentrant dans la chambre de son élève. À en juger par le visage creusé et les yeux cernés du jeune garçon, non seulement Bakugo n'avait rien mangé, mais en plus, il n'avait, de nouveau, pas dormi de la nuit.

Il aurait pu le comprendre sans mal. Trouver l'appétit ou le sommeil pendant un deuil pouvait s'avérer assez difficile. Mais là, passé le choc de la nouvelle, Bakugo était de nouveau rentré dans une profonde phase de déni. Le regard rivé à l'ordinateur de sa chambre, il épluchait plusieurs sites internet, sans même cligner des yeux.

Le professeur soupira. Il savait très bien ce que l'adolescent faisait.

- Tu te fais du mal pour rien, Bakugo.

- Il faut que j'essaye. Je refuse que ça se termine comme ça.

- Je comprends ta frustration, crois-moi. Mais remuer la situation ne la changera pas.

Sans même accorder un coup d'œil à son enseignant, le blond continua de parcourir les profondeurs du web à la recherche d'informations. Il n'avait pas le temps de converser, il devait continuer à fouiller. Il finirait bien par trouver. Absorbé par son ordinateur, c'est à peine s'il sentit Aizawa s'agenouiller à côté de son bureau.

- Tu n'es pas le premier à vouloir inverser la tendance avec un alter, lui dit-il.

- Ça existe forcément ! Regardez Overhaul ! Il pouvait recomposer les êtres humains qu'il avait tué ! La mort n'est pas inéluctable dans ce monde !

- Ce genre d'alter nécessite des régularisations et des limites d'utilisation. Si Overhaul à pu en abuser comme bon lui semblait, c'est uniquement parce qu'il ne s'est jamais recensé. Cet homme a vécu en clandestin toute sa vie. Ceux qui choisissent cette voie, le font généralement pour faire mauvais usage de leur pouvoir. Si une personne altruiste avec un tel talent existait, le monde entier serait au courant.

La main de Bakugo ralentit ses clics et se mit même à trembler autour de la souris.

- Et ... Et Eri ... ?

Aizawa en eut le cœur brisé. C'était un ultime appel à l'aide et lui, son professeur principal qui était censé le protéger, il était incapable de l'apaiser. Au final, seul Kirishima avait jamais eu cette capacité...

- Eri ne se contrôle pas, expliqua l'homme. Lui demander d'essayer quoi que ce soit pourrait faire de terribles dégâts : faire disparaître le corps de Kirishima, impacter tous les gens aux alentours, ou même elle-même. De plus, nous ne savons pas si son pouvoir à un quelconque effet entre le statut de vivant et celui de défunt. La mort pourrait bien être un point de non retour, même pour un alter comme le sien.

Eraserhead, de son nom de héros, passa une main dans ses cheveux, frustré.

- J'aimerais pouvoir te dire qu'on pourrait l'entraîner jusqu'à ce qu'elle y parvienne mais ... Bakugo se serait de la torture pour toi, pour les parents de Kirishima, pour nous tous en fait. Nous n'avons aucune certitude sur ce qu'elle est capable de faire, la quantité d'énergie que cela prendrait, ni si cela fonctionnerait. Nous ne savons même pas comment la former !

À mesure qu'il parlait, Aizawa se sentait de plus en plus coupable de briser ce qu'il restait de son élève.

- Je ne peux pas me permettre de tels espoirs si c'est pour qu'ils finissent réduits à néant.

Il vit une larme orpheline rouler silencieusement sur la joue de Bakugo. Celui-ci avait définitivement arrêter de cliquer et se contentait désormais de fixer son bureau, la mâchoire tendue.

Aizawa se releva.

- Étant donné la situation, les cours ne reprendront que la semaine prochaine, l'informa-t-il. Mais avant, on a organisé un hommage dans le hall du lycée, dans trente minutes. Ce serait bien que tu sois là.

Bakugo ne répondit pas, mais fit savoir d'un faiblement hochement de tête qu'il serait là. Pour Kirishima.

Il attendit que son professeur ait fermé la porte derrière lui, pour relever la tête sur ces différentes recherches : « alter de résurrection » ; « alter retour dans le passé » ; « alter médical »... Tout moyen était bon pour réussir, même si cela devait aller à l'encontre de tout ce que venait de lui dire Aizawa, et de la nature elle-même.

- Désolé, monsieur, murmura-t-il pour lui-même. Mais je ne compte pas abandonner. Je vais me battre jusqu'au bout, même si je dois en crever.

Pour Kirishima.

21 septembre 2018 [8:57]

Lycée Yuei

Bakugo regretta le confort solitaire de sa chambre dès qu'il eut mis le pied dehors. Les trois jours qu'il avait enveloppé dans sa couverture semblaient avoir atrophié ses muscles, si bien qu'il eut l'impression de marcher au ralenti jusqu'au lycée.

Comme il était parti à la dernière minute, il dût faire le trajet seul, tous ses camarades étant certainement déjà sur place. Ce n'était pas plus mal. À dire vrai, il redoutait de se retrouver en face des autres. À part Kaminari et Aizawa, il n'avait vu personne depuis la mort de Kirishima. Non pas qu'il ait fait une exception pour eux, seulement, ils étaient les seuls à avoir pris le risque de pénétrer dans sa chambre. Tous les autres avaient abandonné l'idée en entendant le silence répondre à leur frappe contre sa porte.

Les yeux rivés sur le sol tout le long du chemin, Bakugo réalisa qu'il était arrivé seulement en se retrouvant en face du portail fermé. Yuei avait des règles de sécurité strict et seul un badge remis aux étudiants et au personnel pouvait donner accès au lycée. Badge qu'il avait bien évidemment oublié avant de partir. Il n'avait pas la tête à penser à ce genre de chose.

Tandis qu'il rageait intérieurement contre cet oubli bateau, il entendit le grincement singulier des grilles en train de s'écarte. De l'autre côté du portail, ce satané Deku venait d'utiliser son propre badge pour lui ouvrir. Il était accompagné des autres élèves de la classe. Tous avaient ce petit sourire triste sur le visage.

Cette vision déclencha tout un tas de choses contradictoires en Bakugo. Il se sentit étrangement soulagé de pouvoir assister à cet hommage auquel il n'avait même pas envie d'aller, reconnaissant envers son camarade pour lui avoir ouvert, mais aussi terriblement agacé parce que c'est Kirishima qu'il aurait voulu voir l'attendre de l'autre côté de ce portail. Un déferlement d'émotions qui manqua de le faire pleurer.

Il était terriblement fatigué.

- Merci, finit-il par lâcher malgré lui.

Le jeune Izuku prit conscience de l'état de son rival à travers ce simple mot qu'il ne disait jamais d'ordinaire.

- C'est normal.

Le Bakusquad prit le relai et Bakugo laissa même Mina s'accrocher à son bras. S'il y en a bien une qui devait être proche de ressentir sa douleur, c'était elle. La jeune fille a la peau rosée avait connu Kirishima au collège et partagé des moments de complicité que le blond ne connaitrait jamais. Elle avait été sa meilleure amie. Et tout comme Bakugo ne pouvait se résoudre à parler du garçon au passé, Mina était pareil.

- Il doit être content que tu sois venu, dit-elle d'une voix enrouée.

Tandis qu'ils se rendaient tous dans le hall où aurait lieu l'hommage, Bakugo rattrapa les quelques informations qu'il avait loupées en restant cloîtré dans sa chambre. Il apprit notamment que Kirishima était toujours à l'hôpital, sous assistance respiratoire. Ses parents, dans un espoir vain, avaient tenu à le laisser ainsi le temps de tout préparer pour l'enterrement. Au cas un miracle se produirait ...

- Il compte faire débrancher le respirateur dans la soirée, lui expliqua difficilement Sero. Ils nous ont dit que ... Si on le souhaitait, Kaminari, Mina, toi et moi, on pouvait venir lui dire au revoir avant.

Il ne s'agissait pas d'au revoir, mais d'adieux. Et Bakugo n'était pas prêt pour ça. Ce n'était pas trois jours, ni même une éternité de réclusion qui lui ferait accepter ça. Mais ne voulant pas contrarier ses amis qui faisaient tout pour lui remonter le moral, il préféra rester silencieux.

Dans le hall du lycée, élèves et professeurs se mêlaient dans une espèce de cohue silencieuse. Quelques murmures s'élevaient çà et là pour pleurer le défunt et répéter combien c'était quelqu'un de merveilleux. Bakugo en eut des haut-le-cœur. C'était ces mêmes personnes qui n'avaient même jamais adressé la parole à Kirishima et qui profitaient simplement de sa mort pour se mettre en avant.

- Tu as du culot de venir ici.

C'était sans aucun doute ce que Bakugo aurait dit à toutes ces personnes qui ne connaissaient de Kirishima que son nom et son visage, mais pourtant, c'est bien à lui que l'on fit la réflexion. Il tourna la tête pour découvrir le visage de Mao, le garçon de la filière assistance qui avait eu le coup de cœur pour son meilleur ami, quelques mois plus tôt.

Bakugo sentit son sang se mettre à bouillir à sa simple vue.

- Va te faire voir, répliqua-t-il simplement.

Il n'avait pas la force de se battre, ni même de hurler. L'attention était déjà porté sur eux, inutile de donner plus de lumière à ce type qu'il n'en cherchait. Mais Mao ne se démonta pas pour autant.

- Quel genre d'audace faut-il pour oser ce pointer à l'hommage du type que l'on a tué ?

Mais même si Bakugo aurait préféré continuer à l'ignorer, c'était sans aucun doute la phrase de trop. Celle qu'il aurait voulu lui faire ravaler à coups de poing dans la gorge tant elle était porteuse d'une vérité qu'il n'arrivait pas à digérer.

Il se retourna vivement pour empoigner Mao par le col de sa chemise et le plaquer contre le mur, ignorant les cris de stupeurs des autres élèves et les appels de ses amis dans son dos.

- Putain mais c'est quoi ton problème ?

- Ce n'est parce que personne n'a osé te le dire en face que ce n'est pas vrai, répliqua le type les yeux noircis. Tout le lycée a assisté à votre dispute d'il y a dix jours, tout le monde sait que tu n'en avais rien à foutre de lui ! Cette mission, c'était du suicide étant donné l'état psychologique dans lequel tu l'avais laissé ! Et si tu n'as toujours pas compris, je vais te le redire plus clairement.

Bakugo sentait à peine les bras de Kaminari et Sero le tirer en arrière pour le retenir d'imploser. Il ne souciait pas des quelques élèves qui filmaient, ni des professeurs qui accouraient pour les séparer. Il ne voyait que la haine contenue dans les yeux de Mao.

- C'est de ta faute s'il est mort, acheva-t-il. Et s'il m'avait choisi, il serait toujours en vie.

Pour la deuxième fois en moins d'une semaine, l'alter de Bakugo implosa avant même qu'il n'ait pu le contrôler.

Ce qu'il ignorait alors, c'est que les photos et vidéos de lui, rongé par le deuil et en train de perdre la maîtrise de son pouvoir, allaient rapidement faire le tour du net et attirer l'œil d'une personne capable de lui venir en aide. Et de renverser le cours des choses.

À suivre.