3 mois plus tôt
31 juin 2018 [20:20]
Internat de la seconde-A
Bakugo eut une irrépressible envie de se boucher les oreilles en entendant l'exaltation aiguë des filles de la classe. Ne pouvaient-elles pas s'extasier en silence ?
- Qui aurait-cru que tu pouvais être aussi classe ? lança Tôru.
- Il n'y a pas à dire, cette tenue te met vraiment en valeur, renchérit Ochaco.
- Et les cheveux lâchés, ça te donne un air beaucoup plus doux, ajouta Kyoka.
- Je vous avais dit que j'avais fait de l'excellent travail avec ce relooking, s'excita Mina, visiblement très fière de la réaction de ses amies.
- Mao va craquer, ça ne fait aucun doute, fit Yaoyorozu d'un air tendre.
- Crôa !
Bien entendu, c'était une façon pour Tsuyu d'approuver tout ce qui venait d'être dit.
La plupart des garçons se contentèrent de légers sourires ou de hochement de tête pour faire part de leur propre opinion. Enfin, c'était unanime.
Kirishima était définitivement très beau ainsi. Mina avait beau être excentrique au possible, elle savait y faire en matière d'image. Et en à peine une heure, elle avait réussi à faire de son meilleur ami, un véritable symbole de charme.
Un jean serré, chemise noire et baskets de ville venaient habiller le garçon pour lui donner un look à la fois sobre et chic pour son âge. Quand à la coiffure, elle lui avait conseillé de laisser ses cheveux libres pour soi-disant, mettre en valeur leur rouge factice. Une couleur vive que l'on pouvait sans mal retrouvé sur les joues de l'adolescent. Il avait rarement l'habitude d'être au centre de toute l'attention.
- Je confirme, mon pote, dit Kaminari. Si j'avais été attiré par les mecs, je t'aurais déjà sauté dessus !
- Tu ne peux pas la fermer, des fois ?
La réflexion de Bakugo n'étonna personne, pas même le principal concerné. Après des mois d'amitié, et même s'il lui arrivait d'en avoir peur de temps en temps, Kaminari s'était fait aux réactions impulsives de son camarade.
- Ce que tu peux être rabat-joie, soupira Mina. Au lieu de râler, tu pourrais au moins donner ton avis !
Donner son avis ? Pourquoi faire ? Les remarques des autres ne suffisaient pas pour qu'elle se fasse un avis global ?
Bakugo devina qu'on attendait sa réaction au tournant parce qu'il était catalogué comme étant le meilleur ami de Kirishima. Logique que l'on veuille savoir ce qu'il pensait de ce nouveau style. Et si le blond avait trouvé le moyen de répondre honnêtement, il aurait très certainement lâché :
« Ça me donne envie de gerber. »
Non pas parce que Kirishima n'était pas attirant ainsi. Bien au contraire. C'était la réaction de ses camarades qui lui donnait des nausées. Tous là à se pâmer comme si une coupe de cheveux et une chemise l'avait transformé. Une belle connerie.
Kirishima avait toujours été beau. Et Bakugo se dégoûtait de voir que les autres ne s'en rendaient compte que maintenant. Mais il rageait bien plus contre lui-même et son incapacité à défaire le nœud qu'il avait dans le ventre, et à faire taire sa conscience, moqueuse, qui lui répétait :
« Ce n'est pas pour toi qu'il s'est apprêté ainsi. »
Et alors ? Qu'est-ce que Bakugo en avait à faire que Kirishima sorte en rencard avec cet abruti de Mao ?
Leur rencontre à l'atelier de maintenance remontait à deux semaines. Malgré sa tendance à ne rien voir, le lycéen à l'alter de durcissement avait rapidement compris que Mao avait flashé sur lui. D'abord surpris et gêné, Kirishima s'était petit à petit déridé au contact du garçon, acceptant maladroitement ce premier flirt. Si bien qu'avant de quitter le local, Mao et lui s'étaient échangé leurs numéros de téléphone.
Durant le camps d'été, il n'avait pas cessé de s'envoyer des messages. Il n'avait pas cherché à se cacher, jugeant que son orientation sexuelle n'avait rien de honteux, et lorsque la rumeur de ses échanges avec Mao s'était propagé dans la classe, tous l'avaient soutenu dans sa démarche. Mais entre ça et les séances de rattrapage aux examens auxquels Kirishima étaient obligé d'assister, Bakugo n'avait pas vraiment eu l'impression d'avoir profité de ces quelques jours avec son ami, comme il l'aurait espéré.
Ajoutez à cela son enlèvement par l'Alliance des Super-Vilains, puis la retraite forcée d'All Might après son combat contre All For One, et la finalité de cette expérience estivale avait été plus que chaotique.
Mais cela avait au moins eu pour effet de sortir Kirishima de sa bulle. Le fait qu'il prenne autant de risques pour sauver Bakugo, cette main tendue qu'il l'avait incité à saisir, ce sourire béat qu'il avait affiché sur son visage en sachant son meilleur ami enfin hors de danger ... Tout ces petits éléments avaient donné l'impression à Bakugo qu'il était redevenu la priorité de Kirishima. Ou tout du moins, qu'il était repassé devant Mao.
Mais le retour à la vie normale était inévitable maintenant que tout était rentré dans l'ordre. Alors passées quelques heuresaprès le retour à Yuei, son camarade aux cheveux rouges avait vite eu fait de reprendre ses séances de texting avec l'élève de la filière assistance. Soi-disant qu'il avait voulu prendre des nouvelles de Bakugo.
Belle connerie. Mao n'était qu'un opportuniste manipulateur qui cherchait à bien se faire voir auprès du garçon qui lui plaisait ...
Qu'est-ce que Bakugo avait imaginé ? Que le fait que Kirishima risque sa vie pour venir le sauver signifiait quelque chose ? Pfff. De la naïveté, mêlée à de la pure stupidité. Ces évènements remontaient à deux semaines maintenant. Et au final, rien n'avait changé. Ils étaient toujours cet atypique duo de « meilleurs potes ».
Rien de plus.
- Tu trouves que c'est trop, c'est ça ?
La voix peu assurée de Kirishima lui parvint aux oreilles comme une mélodie beaucoup trop agréable. Malgré tous les compliments qu'il avait reçus, il avait besoin de savoir ce que lui pensait ? N'était-ce pas évident à entendre les battements accélérés de son foutu cœur ? Organe de merde.
Bakugo déglutit en ravalant le goût amer de la jalousie qu'il avait dans la bouche et se leva du canapé en grognant toute sa frustration.
- Vous me soûlez tous. Je vais me coucher.
Sans même accorder un regard de plus à ses amis, il se rendit jusqu'à l'ascenseur, bien décidé à passer le reste de sa soirée au fond de son lit.
Pour autant, il ne put s'empêcher d'imaginer le regard déçu que Kirishima avait dû lui lancer face à sa réaction. Et ce simple fait lui retourna bien plus l'estomac que l'idée qu'il aille passer la soirée avec un autre ...
Que Bakugo veuille l'admettre ou non, il était irrévocablement en train de tomber amoureux de son meilleur ami.
21 septembre 2018 [12:11]
Préfecture de Shizuoka
Bakugo ne s'était jamais voilé la face quant à ce qu'il ressentait. En réalisant que ses sentiments pour Kirishima se rapprochaient davantage de l'amour que de l'amitié, il n'avait pas cherché à les réfuter. Tout simplement parce qu'il n'envisageait pas un quelconque avenir possible.
Il avait beau clamer être le meilleur des héros, en matière de relations, c'était autre chose. On ne pouvait décemment pas être numéro 1 sur tous les plans. Après tout, il était impulsif, colérique, orgueilleux ... Tout autant de défauts que Kirishima supportait peut-être en tant qu'ami, mais qu'aucune personne saine d'esprit sur cette planète ne pourrait apprendre à aimer romantiquement parlant.
C'était un fait acté et accepté par Bakugo. Raison pour laquelle il n'avait jamais réellement tenté sa chance avec Kirishima. C'était sa moitié, désormais disparue, qui avait finie par faire le premier pas. Et dans un sens, c'était là, l'un des plus grands regrets du blond. Si seulement, il avait eu un peu plus confiance en ce dévouement sans faille qui les liait l'un à l'autre, peut-être qu'il aurait été le premier à avouer ses sentiments. Alors ils se seraient mis ensemble beaucoup plus tôt, et les choses auraient sans doute été différentes.
... Non.
Bakugo se connaissait par cœur. Qu'il se déclare plus tôt ou plus tard, cela n'aurait rien changé. Il aurait fini par tout gâcher à un moment, ou à un autre. C'était inévitable quand on avait un caractère comme le sien, et quand on aspirait à devenir le meilleur des héros, relayant tout le reste au second plan.
Au final, Mao avait raison. Si Kirishima l'avait choisi lui, plutôt que Bakugo, il serait sûrement toujours en vie. Et cela aurait été un milliard de fois plus supportable que de le savoir dans la tombe. À cette heure, il aurait même donné tout ce qu'il avait pour remonter dans le temps et pousser lui-même ce garçon qu'il aimait tant dans les bras d'un autre.
- Kacchan !
Lorsque Bakugo sortit du commissariat de Musutafu après trois heures d'interrogatoire et de pourparlers, ses camarades de classe l'attendaient sur le trottoir d'en face. Il grogna en les voyant. L'adolescent n'avait clairement pas envie de leur faire face après sa perte de contrôle de la matinée. Il se sentait trop honteux pour ça.
Mais loin de le juger, le regard de ses amis ne reflétaient qu'une vive inquiétude.
Aizawa, qui l'avait accompagné tout le long de son audition par les forces de l'ordre, soupira en passant une main sur sa nuque.
- Je vous avais dit de rentrer directement à l'internat, les réprimanda-t-il.
Mais préférant ignorer la remontrance de leur professeur, les élèves de la seconde-A se jetèrent sur leur ami.
- Comment ça s'est passé ? demanda Midoriya.
- Ils t'ont tabassé pour te faire parler comme dans les films ? voulut savoir Kaminari.
- Tu sais qu'en prison, tu n'as pas le droit d'avoir accès aux magasines coquins ? précisa Minoru.
- C'était puéril ! s'énerva Tenya. Tu n'aurais pas dû répondre à sa provocation ! Je te croyais plus intelligent que ça !
Bakugo ne prit même pas la peine de se défendre. Son délégué avait parfaitement raison, et même s'il prenait la peine d'avoir l'air sévère, le détenteur d'Explosions ressentit sans mal toute la compassion contenue dans le regard du nouvel Ingenium.
- Mao n'a rien de grave, se sentit obligé de préciser Aizawa. Juste une légère contusion au niveau du cou, et une brûlure à la joue.
- Ses parents vont porter plainte ? les interrogea Ochaco, inquiète.
Le héros effaceur jeta un coup d'œil à Bakugo, dont le visage restait désespérément fermé. Cette douleur dans ses traits représentait là l'un des plus grands échecs de l'enseignant, après la perte de Kirishima.
- Après des négociations compliquées, ils acceptent de ne pas traîner Bakugo, ni Yuei en justice, à une seule condition, expliqua Aizawa.
Il put sans peine remarquer le poing de son élève se resserrer durement sur lui-même. Il comprit qu'il prenait sur lui, qu'il ravalait sa fierté pour pouvoir leur dire lui-même de quoi il retournait.
- À condition que je sois viré du lycée, avoua-t-il.
Sa révélation laissa tomber un silence glacial sur l'ensemble de la classe. Chacun assimila l'information comme un second choc après l'annonce de la mort de Kirishima. Le destin semblait véritablement joué contre eux.
- Ils ne peuvent pas faire ça ! lança Sero. Je veux dire ... Ils ne peuvent pas t'obliger à partir !
- J'ai usé de mon alter dans l'enceinte du lycée, sans autorisation d'un professeur, sans permis proviseur et tout ça, dans le but de blesser quelqu'un, reprit Bakugo. Il ne s'agissait pas de légitime défense, ni autre connerie du genre. Ce serait mentir que de dire que je n'avais pas envie de lui faire du mal. J'aurais pu le tuer si monsieur Aizawa ne m'avait pas arrêté avec son pouvoir.
Exposé ainsi, il était clair que rien ne jouait en sa faveur.
- Je risque de prendre bien plus cher qu'un simple renvoie si je m'engage dans un procès, fit Bakugo. Ça ne concerne pas que moi, mais aussi mes parents et tout le lycée.
- Mais on ne peut pas espérer les faire changer d'avis ? demanda Yaoyorozu. Peut-être que si on laisse Mao et sa famille se calmer, ils reviendront sur leur décision.
- On vient de passer trois heures de médiation, à essayer de trouver une meilleure façon de clore ce chapitre, reprit Aizawa. Je crains qu'il n'y ait pas d'accord possible, autre que celui qu'ils nous ont imposé.
Le professeur déposa une main bienveillante sur l'épaule du concerné.
- Yuei a toujours eu à cœur de protéger ses élèves, expliqua-t-il. Le proviseur est compréhensif, il serait capable de braver tous les avocats du monde pour vous. Tous comme nous, enseignant. Mais dans cette situation, difficile de trouver une défense à Bakugo.
Le garçon soupira, légèrement agacé que cette conversation ne soit pas déjà terminée, alors qu'il était clair qu'elle ne mènerait absolument nulle part !
- Je ne veux pas de votre protection, rétorqua-t-il. Je vais quitter Yuei. C'est tout.
- Mais tu ne peux pas faire ça ! intervint Kaminari. La filière héroïque, c'est toute ta vie !
- Je me fous de cette vie si Eijiro n'en fait pas partie !
Personne ne trouva quelque chose à répondre, pas alors que Bakugo faisait de son mieux pour se retenir de hurler et de pleurer à nouveau.
- C'était lui qui me pousser à devenir meilleur, poursuivit-il. Sans sa présence à mes côtés, je ne vaux rien. Regardez ce qu'il s'est passé ce matin ! Quel genre de héros digne de ce nom va jusqu'à défigurer un civil ? Si Kirishima avait été là, il aurait pu me tempérer. C'est le seul qui avait cette capacité.
- Pour sa mémoire, tu devrais te donner à fond, au contraire, fit Mina. Et ne pas abandonner.
- ... Désolé. Mais je ne m'en sens pas capable.
Aucun de ces camarades ne sut quoi dire de plus. La force et le courage n'étaient pas des sujets sur lesquels on pouvait débattre. C'était propre à chacun, et personne n'avait le droit de juger sa façon de réagir à la mort de Kirishima. Aussi fort avaient-ils tous envie, de lui hurler de se battre.
- La nuit porte conseil, finit par conclure Aizawa. Rentrez à l'internat. Et tâchez de vous reposer.
Tous hochèrent la tête, reconnaissant que leur professeur ait trouvé le moyen d'apaiser un minimum la situation. La classe se mit doucement en route, le pas lourd et déprimé. À l'arrière, Bakugo qui s'était imaginé devoir rester seul, fut surpris de constater que Sero, Mina et Kaminari l'attendaient pour marcher à son rythme.
Ses amis eurent la présence d'esprit de ne pas le harceler de plus de questions, ni de lui réclamer de changer d'avis. Jamais il n'avait été aussi reconnaissant de sa vie.
- Pardon ... finit-il par dire. Je n'aurais pas dû réagir aussi vivement. J'ai gâché l'hommage.
- Pfff, soupira Sero. Laisse tomber. Cette cérémonie ne valait rien. Juste une dizaine d'élèves inconnus qui se sont emparé du micro pour parler de Kirishima comme s'il le connaissait. Ça m'a écœuré.
- Il y en a même un qui a écorché son nom, s'agaça Kaminari.
- Si tous ces gens l'avaient véritablement connu, ils auraient su qu'Eijiro détestait être le centre de l'attention, ajouta Mina. Jamais il n'aurait voulu que quiconque lui fasse de grand discours ou pleure sa disparition comme dans une tragédie.
Pour la première fois depuis la mort de sa moitié, Bakugo était soulagé de ne pas être seul. Ne pas être le dernier de cette terre à connaître réellement Kirishima. Qui il était au fond, ce qu'il aimait, ce qu'il détestait, la façon dont il aurait voulu qu'on se souvienne de lui.
Bon sang ... Il lui manquait tellement.
- Tu viendras avec nous à l'hôpital ? demanda Sero. On a prévu de s'y rendre à quinze heures. Histoire d'avoir le temps de lui ... de lui parler une dernière fois.
Bakugo n'était pas certain de l'utilité de cette visite. Quoi qu'il ait à dire à Kirishima – et dieu sait qu'il en avait des tonnes et des tonnes, bien trop pour qu'une après-midi suffise – son meilleure ami ne l'entendrait pas. Alors à quoi bon ? Le revoir sur ce lit, relié à tout un tas de machines incapables de le ramener parmi eux, les ferait sans doute davantage souffrir qu'autre chose.
Mais d'un autre côté, il était inconcevable pour le jeune garçon, que son départ en larmes de l'hôpital, trois jours plus tôt, marque ses derniers instants passés avec Kirishima. Il ressentait le besoin irrépressible de le revoir, même une dernière fois, pour mémoriser chaque trait de son visage, et s'assurer que jamais, son souvenir ne s'effacerait.
- ... Oui, je viendrais, répondit-il.
- Katsuki Bakugo ?
Les quatre amis se retournèrent en entendant une voix douce et féminine résonner dans leur dos. L'interpellation provenait d'une jeune fille d'environ douze ou treize ans, aux cheveux blonds cendrés et aux yeux bleus pures et innocents. Clairement pas le genre de gamine à réclamer l'attention d'un type comme Bakugo.
- Qui es-tu ? demanda ce dernier.
- Je ... Je m'appelle Aya et je crois que ... Je crois que je peux vous aider.
À suivre.
