2 mois et demi plus tôt
11 juillet 2018 [20:02]
Internat de la seconde-A
Kirishima était parti en rendez-vous depuis une heure déjà et Bakugo ne parvenait pas à décolérer. Contrarié au possible et profondément jaloux, il frappait en continue contre l'un des punching-ball que son meilleur ami avait bien voulu mettre à disposition de tous dans le salon.
Face à l'humeur massacrante du blond et en constatant les mini-explosions qui menaçaient à chaque frappe de sortir de ses paumes, la totalité de la classe avait jugé préférable de quitter le rez-de-chaussée pour aller vaquer à leurs occupations, loin du danger.
Le corps luisant sous l'effort, Bakugo cognait le sac de plus en plus fort en imaginant le visage tout fier de Mao face à Kirishima. Une image mentale qui lui donnait autant envie de vomir que d'exploser une bonne fois pour toute ce foutu punching-ball.
Combien de temps leur fallait-il pour dîner de toute façon ? En pleine semaine, les restaurants ne devaient pas être aussi blindés que le week-end. Le service devait aller relativement vite et le trajet d'ici jusqu'en ville ne prenait qu'une quinzaine de minutes à pieds. D'ici une demi-heure, Kirishima devrait être rentré ... Du moins c'est ce que le blond espérait.
Est-ce que Mao allait se sentir obligé de le raccompagner ? Est-ce qu'ils allaient exposer leur affection à la face du monde comme si ça n'avait pas le moindre impact ?
Qu'ils aillent se faire voir !
Un énième coup mal contrôlé vint faire exploser le plastique du sac dans un petit nuage de fumée. Fort heureusement, le bruit n'avait pas été assez puisant pour que ses camarades de l'étage entendent. Bakugo n'avait pas la moindre envie de rameuter le reste de la classe ici et d'exposer davantage la jalousie qui lui rongeait l'estomac.
- T'as l'intention de m'en repayer un j'espère ?
Il sursauta en attendant la voix rauque de son meilleur ami résonner dans son dos. Bien qu'il ait trouvé le temps terriblement long depuis son départ, il ne s'attendait pas à le voir de retour aussi vite.
Méfiant quant au sourire de fortune qu'arborait Kirishima, Bakugo se redressa en essayant de rester le plus digne possible. Comme s'il ne venait pas de détruire un objet simplement par frustration.
- Déjà ? La bouffe était si dégueulasse que ça ?
C'était petit et stupide comme réaction, même lui en avait conscience, mais c'était tout ce qu'il avait pour ne pas perdre la face. Fierté de merde ...
Mais Kirishima ne s'en formalisa pas. Il avait l'habitude. A la place, il laissa échapper un petit rire et croisa les bras sur sa poitrine. Dans un sens, il était content que Bakugo fasse ce genre de réflexion. Cela signifiait que, malgré leur dispute, il restait fidèle à lui-même. Il se serait véritablement inquiété si le blond l'avait royalement ignoré.
- Au contraire, répondit-il. C'était très bon.
Bakugo grogna et Kirishima ne l'en trouva que plus adorable encore.
Il n'avait pas la moindre rancœur pour lui et pour les mots blessants que son camarade avait pu avoir envers Mao quelques heures plus tôt. Il était incapable de lui en vouloir. Pour quoi que ce soit.
Kirishima se rapprocha, tout en reprenant son discours :
- Il m'a emmené dans un restaurant italien. Dans le genre chic, tu vois ? Le nom des plats était écrit dans la langue d'origine, et le service assuré par des types habillés en « pingouin ».
Bakugo n'était pas idiot. Il savait très bien que son ami reprenait cette expression qu'il avait lui-même sorti lors de leur accrochage, uniquement pour le taquiner. Il grommela dans sa barbe et renvoya un petit coup dans le punching-ball déchiré.
- Eh bien j'espère que tu as apprécié tes trois morceaux de mozzarella et ton verre de Chinotto, ragea-t-il sans même le regarder.
- Assez oui, continua Kirishima. Mais tu sais quoi ?
Bakugo sentit la main du garçon se poser sur son épaule, l'obligeant à lui faire face. Son meilleur ami arborait un sourire sincère, mais ses joues rouges laissaient transparaître toute sa nervosité.
Il inspira profondément avant de poursuivre.
- Alors que j'avais des produits de luxe devant moi, servis dans des assiettes gravées comme je ne pourrais jamais m'en payer, je ne pensais qu'à une chose : au fait que si j'étais resté pour notre entraînement, je serais en train de dévorer un burger avec toi.
Le blond lâcha un petit rire rauque et donna un léger coup d'épaule pour se dégager.
- Ouais ... On est loin de la classe que t'a servi Mao sur un plateau.
- Crois-le ou non, Bakugo, mais j'aurais préféré avoir ce burger à la place de tout ce qu'il y avait dans mon assiette.
- Qu'est-ce qui peut te pousser à choisir un fast-food, plutôt qu'un repas de riches ?
- La personne avec qui je le partage.
Kirishima avait répondu du tac-au-tac. Il n'avait pas d'autre choix, sans cette spontanéité forcée, il se serait encore une fois dégonflé. Et après cette soirée, et les révélations qu'il en avait tiré, c'était bien la dernière chose qu'il voulait.
Bakugo, lui, se figea à cette répartie, ne sachant pas réellement comment l'interpréter. Son cœur s'emballa tout seul et le blond eut l'irrépressible envie de l'arracher hors de sa poitrine. Ce n'était vraiment pas le moment de se faire de faux espoirs. Pas alors que son ami ne faisait que lui parler de nourriture !
À coup sûr, il essayait simplement d'être sympa pour rattraper son oubli et régler leur petite dispute. Rien de plus, rien de moins. Et cette simple pensée acheva la frustration de Bakugo.
Il se fichait de lui.
- Va te faire voir, grogna-t-il.
Une nouvelle fois, il préféra fuir la conversation en tournant les talons, mais Kirishima l'arrêta dans son élan. Et contrairement à tout à l'heure, ni Mao, ni personne n'était attendu pour les interrompre.
Le garçon aux cheveux rouges n'avait pas la moindre intention de le lâcher cette fois, n'en déplaise à Bakugo qui tenta de se défaire de la prise qu'il exerçait autour de son poignet.
- Mais merde, fous-moi la paix ! s'agaça ce dernier.
- Je crois que tu n'as pas bien saisi, alors je vais te le dire autrement pour que, aussi étriqué soit ton foutu cerveau, tu arrives à comprendre !
Figé sous l'effet de la surprise, Bakugo cessa momentanément de se débattre. Le regard de son camarade s'était profondément assombri, et la pression de ses doigts autour de sa peau, raffermie. Ce brusque changement d'ambiance rendit le blond aussi curieux, qu'anxieux. Son rythme cardiaque accéléra davantage.
Jamais Kirishima n'avait tenu de tels propos envers son meilleur ami. Et lui-même en fut le premier surpris. Mais ses émotions, couplées à sa colère, le poussèrent à continuer. Il profita de l'immobilité de Bakugo pour prendre une profonde inspiration, comme si l'air était chargé du courage dont il avait désespérément besoin à ce moment-là.
- Ce soir, j'ai été dans un restaurant magnifique. On m'a servi de la nourriture que je n'aurais jamais cru pouvoir manger un jour. Mao est venu me chercher à l'heure et a fait preuve d'une classe et d'un respect que je ne pensais même pas mériter. Il m'a raccompagné, en osant à peine me prendre la main pour ne pas me brusquer. Il s'est inquiété de savoir si j'avais froid et si j'avais apprécié mon repas. Et arrivés devant l'internat, il s'est penché pour m'embrasser la joue.
Bakugo tourna la tête par réflexe. S'il avait eu ses deux mains de libres, il se serait bouché les oreilles, quitte à révéler toute la jalousie qu'il ressentait. Connaître les détails du rencard de Kirishima avec un autre était bien plus qu'il ne pouvait le supporter. À ce stade, rester de marbre relevait de l'impossible.
- C'était le rendez-vous idéal, acheva l'adolescent à l'alter de durcissement.
- Putain, lâche-moi.
Kirishima desserra légèrement son emprise autour du poignet de Bakugo et laissa échapper un petit sourire désolé en voyant le visage tiré de son meilleur ami. Il ne voulait pas lui faire de mal, mais c'était la seule façon qu'il avait trouvé pour que le blond prenne pleinement conscience de ce qu'il ressentait.
- Et pourtant, reprit-il. Tout le long de cette soirée, je n'avais qu'une envie : rentrer pour être avec toi.
Bakugo releva la tête à cette déclaration. Non pas qu'il veuille que Kirishima découvre son visage en feu, mais il avait envie de savoir si son camarade disait la vérité ou s'il voulait juste le calmer. Et rien qu'à voir son expression, Bakugo réalisa combien il était sincère.
- Là où Mao est généreux, posé, attentif et délicat, tu es impulsif, râleur, tête de mule et autocentré, continua Kirishima. Là où Mao me propose un restaurant italien branché, tu programmes une séance d'entraînement suivi d'un burger-frites. Alors dis-moi, Bakugo, pourquoi, alors que j'avais tout ce qu'un mec peut attendre d'un premier rencard, tout ce que je voulais, c'était être avec toi ?
Au fond, l'intéressé avait déjà compris où tout ce discours allait les mener. Mais sa méfiance naturelle et son incapacité à faire confiance le firent hésiter. Et Kirishima s'en rendit compte.
Il prit alors le visage de Bakugo entre ses mains et l'obligea à le regarder droit dans les yeux.
- Toi et ton foutu caractère vous m'avez fait tomber fou amoureux. De ce fait, je me retrouve incapable d'apprécier même le meilleur des rendez-vous ! Tu comptes assumer ça ?
La fin de la phrase de Kirishima mourut sur les lèvres de Bakugo. Dans un geste brusque et passionné, à son image, le blond avait agrippé le col de chemise de son camarade pour l'attirer jusqu'à son visage. Cette confession, aussi maladroite pouvait-elle être, avait bouleversé Bakugo. Tant par sa sincérité que parce qu'elle venait du garçon dont il rêvait depuis des semaines.
Le rouge ne se serait jamais attendu à une telle réaction. Il s'était préparé à recevoir un rire moqueur, une grimace de dégoût, voire même un coup de poing en pleine face. Mais ce baiser ... C'était tout ce qu'il s'était retenu d'espérer. Et pourtant c'était bien la bouche de Bakugo qui se muait contre la sienne avec fougue.
Certes, c'était inexpérimenté et brutal, mais ça n'en demeurait pas moins parfait pour lui. Et par peur que cela ne soit qu'un rêve ou que son compagnon change d'avis, Kirishima passa ses bras autour de la taille de Bakugo et approfondit leur échange.
Au milieu du salon de l'Internat, vide et silencieux, ils mirent enfin feu à cette étincelle qui grésillait entre eux depuis des mois, en quête désespérée d'un peu de chaleur. Exit les doutes, l'angoisse et la peur, il n'était plus question que d'eux et de ce baiser qui voulait dire tellement de choses et pas assez à la fois.
À bout de souffle, Kirishima se força à reculer, sous le gémissement plaintif de Bakugo. Cette réaction le fit rire. Rien ne lui ferait plus plaisir que de continuer, mais il avait besoin de savoir :
- Est-ce que ça veut dire ... Que toi et moi, on ... ?
- Tu es con ou quoi ? Ce n'est pas assez clair, peut-être ?
- Non, mais je ... Enfin peut-être que tu aurais ...
- La ferme, et embrasse-moi.
Sans lui laisser l'occasion de refuser, Bakugo repris son visage en coupe et se jeta voracement sur la bouche de son partenaire. Kirishima fondit d'amour, et laissa tomber l'idée de discuter de l'étiquette à mettre sur leur relation.
Peu importait. Après tout, ils auraient le temps d'en parler plus tard.
21 septembre 2018 [13:39]
Hôpital de Matsuzawa
- Tu l'aimais, pas vrai ?
La question d'Aya ramena Bakugo à ce fameux soir où Kirishima lui avait déclaré sa flamme. Au final, jamais il n'avait pris le temps de discuter d'eux et de ces sentiments si forts qu'ils ressentaient l'un pour l'autre. C'était là l'une des choses que le blond regrettait le plus. D'avoir cru qu'ils auraient tout l'avenir du monde pour le faire.
Ils avaient tous les deux vécu leur relation dans l'insouciance d'un premier amour, sans jamais se soucier du rester. Bakugo ne se rappelait même pas lui avoir déjà dit clairement qu'il était amoureux. En lâche qu'il était, il avait préféré se conforter dans l'idée que Kirishima le savait de toute façon. Aujourd'hui pourtant, il aurait tout donné pour que sa moitié puisse l'entendre. Et alors il lui aurait répété un milliard de fois combien il était fou de lui, jusqu'à ce que Kirishima le supplie de la fermer et de ne plus jamais ouvrir la bouche.
Mais à défaut de ça, il pouvait toujours le dire à Aya.
- Je l'aime plus que tout, oui.
Ça n'était pas si dur. D'utiliser ce mot que tant redoutent. En revanche, employer le passé, Bakugo n'y était pas prêt, et encore moins maintenant qu'il savait que Kirishima pouvait revenir.
Malgré son jeune âge, Aya comprit parfaitement et se contenta de sourire, le cœur léger de savoir qu'elle allait pouvoir les réunir.
Ils pénétrèrent dans l'hôpital en début d'après-midi. Bakugo n'avait pas voulu prendre le temps d'y réfléchir davantage, ni risquer de croiser ses amis au rendez-vous de quinze heures. Ils auraient sûrement désapprouvé. L'alter d'Aya avait beau offrir de merveilleuses possibilités, il comprenait aussi ses aléas et était complètement immoral. On ne jouait pas avec la vie et surtout pas avec la mort. Mais comment un adolescent endeuillé aurait pu raisonner autrement face une si belle opportunité ?
Les parents de Kirishima étaient dans le hall, une multitude de paperasse dans les mains. Sûrement de l'administration à remplir pour décharger l'hôpital de toute poursuite judiciaire et autre connerie du genre.
Bakugo en eut l'estomac retourné.
Comment pouvait-on demander une telle chose à un couple dont l'enfant allait être débranché sous peu ? Eux dont les mains tremblaient à vue d'œil, dont les yeux étaient cernés par la fatigue, et les joues creusées par la faim qu'ils ne prenaient même pas le temps de satisfaire ?
Qu'on leur foute la paix avec ces histoires de papiers de merde !
Au-delà de lui briser le cœur, ce spectacle eut au moins pour effet de le conforter dans sa démarche. Bakugo allait faire en sorte que la mort de Kirishima n'ait jamais eu lieu et offrir à ses parents, l'occasion d'être heureux à nouveau.
Il s'approcha d'eux, en encourageant Aya à le suivre. L'homme et la femme relevèrent la tête et s'efforcèrent de sourire poliment en découvrant le meilleur ami de leur fils devant eux.
- Bakugo, lança le père. On ne t'attendait pas avant quinze heures.
- Je sais. Pardon de débarquer sans prévenir mais je ... J'ai eu un ... Enfin, ce matin, il ...
- Ne t'inquiète pas, le coupa sa femme. Nous savons. La police s'est senti obligée de nous avertir comme l'incident avait un lien avec ... la disparition d'Eiji.
Entendre sa maman user de ce petit surnom lui réchauffa le coeur. Mais la honte de ce qu'il avait fait au lycée et dont le couple avait visiblement eu vent, balaya bien vite son envie de sourire. Quel abruti il faisait.
Il se pencha en avant.
- Je suis sincèrement désolé. Je n'aurais jamais dû réagir ainsi, je ne sais pas ce qu'il m'a pris. C'était très irrespectueux et Kirishima aurait été le premier à m'engueuler pour ça.
Sa remarque eu le don de faire doucement rire ses parents, ce qui l'étonna autant que ça lui fit plaisir.
- Enfin ... Ce que je voulais dire, c'est que j'aurais voulu avoir un moment avec lui pour m'excuser de mon attitude justement. Sans les autres. Donc, je me suis dit que je pourrais venir un peu plus tôt ?
Ce n'était pas totalement la vérité mais l'initiative eut l'air de faire plaisir au couple. Jamais Bakugo n'aurait pu leur dire la réelle raison de sa présence ici une heure et demi en avance, de toute façon. Ils ne l'auraient pas cru, et si pour X raison l'alter d'Aya venait à lui faire défaut ou si, par le plus grand des malheurs, elle lui avait menti, il n'aurait pas pu supporter la déception de plus que ça leur aurait causé.
Sans répondre à la question du jeune homme, les parents se penchèrent sur le côté pour désigner Aya qui attendait patiemment, en retrait.
- Qui est cette jeune fille avec toi ? demanda la maman.
Pris de court, Bakugo se retrouva à réfléchir à vive allure à un mensonge. Mais la jeune fille prit les devants.
- Bonjour Monsieur et Madame Kirishima. Je m'appelle Aya Ryuguji. Il y a deux mois, votre fils m'a sauvé d'une attaque de vilains lors de l'une de ses interventions de stage. Quand j'ai appris ce qui lui était arrivé dans les journaux, j'ai absolument tenu à venir lui dire merci.
Son discours était si crédible que même Bakugo eut du mal à savoir si elle mentait ou non.
- Mais je n'osais pas vraiment venir de moi-même. Et cette après-midi, j'ai croisé Bakugo dans la rue avec d'autres élèves de Yuei. Je l'avais vu proche de Kirishima lors de la diffusion du tournoi à la télévision. Donc j'ai tenté ma chance, et il a accepté de m'amener auprès de vous.
Aya se pencha à son tour en signe de respect.
- Si vous l'acceptez, j'aimerais beaucoup pouvoir dire à votre fils combien je l'admire et à quel point je lui suis reconnaissant de m'avoir sauvé la vie.
Et face à de telles paroles, comment auraient-ils pu dire non ?
Cinq minutes plus tard, Aya et Bakugo se retrouvaient dans la chambre de Kirishima. Le garçon était tel qu'il l'avait laissé le soir de l'accident. Inconscient, relié à un tas de machines et l'air étrangement en paix.
L'adolescent amoureux sentit sa gorge se nouer douloureusement. Il s'avança doucement et osa prendre la main du garçon dans la sienne. Il s'étonna qu'elle soit chaude. De quoi le conforter dans l'idée qu'il ne les avait jamais vraiment quittés.
- Tiens le coup encore quelques minutes, lui commanda-t-il.
Aya avait besoin de deux contact physique pour rendre son alter effectif. Un premier pour visualiser en accéléré les différents choix que Kirishima avait fait dans sa vie, et un second pour corriger celui qui l'avait amené à mourir quelques jours plus tôt.
Respectueuse de ce moment d'intimité que partageaient les deux garçons, cette dernière se mit de l'autre côté du lit et déposa une main frêle et délicate sur l'épaule du blessé. Son pouvoir activé, un halo de lumière l'enveloppa et ses yeux se teintèrent d'un doré aveuglant. Comme en transe, il lui fallut une bonne quinzaine de secondes d'immobilité avant de retirer sa main et de voir ses iris reprendre leur bleu naturel.
- C'est bon, déclara-t-elle. Je sais quel moment de sa vie il faut changer pour qu'il reste en vie.
- Je ne veux pas savoir, intervint aussitôt Bakugo.
Il n'en avait pas vraiment besoin et il avait bien trop peur de savoir si Mao avait raison. Peut-être était-ce réellement leur amour et la finalité désastreuse de leur relation qui avait eu raison de Kirishima. De toute façon, la nouvelle version de la réalité qu'Aya allait créer lui donnerait rapidement la réponse. Il lui suffirait de constater les différences avec le présent actuel.
- Je peux faire en sorte que tu ne te rendes pas compte du changement, lui proposa la jolie blonde. Alors, comme les autres, tu oublieras tout ce qu'il s'est passé dernièrement et ce sera comme si rien n'était jamais arrivé. Tu seras convaincu de ce nouveau présent et toute la souffrance de cette expérience aura disparu.
C'était une option merveilleuse et alléchante, mais Bakugo préféra la refuser d'un signe de tête. Il n'avait pas envie d'oublier, pas envie de revenir à l'abruti qu'il était avant tout ça, pas envie de perdre cette maturité que seule la mort de sa moitié lui avait conféré. Il voulait vivre avec ses erreurs, le poids de ses horribles paroles ...
« Tu n'es rien pour moi. »
... et de ce choix qu'il avait fait en demandant à Aya d'user de son alter pour le ramener.
Il allait assumer. Pour Kirishima, pour ses parents, pour Aizawa, Fat Gum, le Bakusquad et tout ceux que la mort de ce garçon avait rendu malheureux.
- Je ne veux pas oublier.
Quelle que soit cette nouvelle réalité, il allait la vivre et en subir les conséquences.
Aya sourit face à son courage et sa volonté et l'encouragea à garder la main de Kirishima dans la sienne.
- Si tu le touches au moment où je procéderais à la modification, tu te souviendras d'absolument tout, expliqua-t-elle. Est-ce que tu es prêt ?
- ... Oui.
La jeune fille effleura de nouveau l'épaule de Kirishima.
- Aya.
Elle s'arrêta dans son élan, et fut surprise de voir Bakugo lui sourire, les yeux baignés par des larmes qu'il refusait de laisser couler.
- Merci.
Aya ne connaissait pas très bien ce garçon, mais elle avait suffisamment eu vent de sa réputation pour savoir que ce n'était pas un mot qu'il disait souvent. Elle n'en fut que plus touchée encore et déterminée à sauver Kirishima.
Dans un geste doux, elle redéposa sa main sur la peau découverte de l'adolescent endormi et mis son don à l'œuvre. Elle manipula le temps, réécrit l'histoire, réarrangea le passé, pour donner vie à un autre présent.
Pas plus beau, ni plus radieux, elle n'aurait jamais la prétention de dire une chose pareille.
Mais différent.
Et tout le long de son exécution, elle pria pour que Bakugo ait la foi et le courage d'aller au bout de son projet.
Ramener Kirishima était une chose. Mais leur amour était loin d'être aussi facile à réparer.
À suivre.
