1 mois plus tôt
22 août 2018 [13:17]
Préfecture de Tokyo
- Whouah !
Bakugo observa son petit ami s'émerveiller des environs comme un nouveau né qui découvre le monde. Le quartier n'avait rien de bien extraordinaire, mais pour leur premier rendez-vous en public, Kirishima aurait sans doute été ravi, quelque soit l'endroit. C'était à force d'allusions cachées, de moues exagérées et de légères supplications que le blond avait fini par céder.
Il n'avait pas honte de sa relation et de l'amour qu'il portait à son camarade, loin de là. Seulement, tout cela était encore nouveau pour lui, et il craignait d'être maladroit, de mettre à mal sa foutue fierté qui leur avait pourtant déjà fait perdre énormément temps. Et puis, il n'avait jamais été du genre expressif de toute manière. En témoignait sa façon de traîner le pas, les mains dans les poches et la mine grincheuse, pendant que Kirishima s'extasiait sur les différents jeux proposés dans la salle d'arcade dans laquelle il l'avait emmené.
- Tu n'es pas obligé d'avoir l'air aussi enjoué, ce n'est pas le luxe non plus, grommela Bakugo dans sa barbe.
Son partenaire aux cheveux rouges ne put retenir un petit sourire attendri. En dépit de leurs nombreuses discussions sur le sujet et de ses discours rassurants, Kirishima n'avait visiblement pas réussi à dissiper complètement le complexe d'infériorité que ressentait Bakugo par rapport à Mao. Un comble sachant que leur relation avait franchi bien plus d'étapes qu'il n'en passerait jamais avec l'élève de la filière assistance.
Il délaissa la lumière attrayante des écrans de jeux pour se rapprocher de son petit ami. Le sachant toujours introverti malgré tout, Kirishima se contenta de presser affectueusement son épaule pour l'apaiser. Il aurait préféré l'embrasser, mais bon ... Chaque chose en son temps.
- Cet endroit est parfait, lui assura-t-il. Il y a tout pour me faire plaisir. Des distributeurs de bonbecs, un vendeur de brochettes sur le trottoir d'en face, des flippers et même un punching-ball mécanique qui va enfin déterminer lequel de nous deux à la meilleure frappe.
Il pencha un peu la tête pour forcer Bakugo à croiser son regard.
- Et encore mieux, il y a mon héros préféré, acheva-t-il amoureusement.
- Je croyais que c'était Crimson Riot, ton numéro 1 ?
- Plus maintenant.
- Tant mieux. Parce que je suis clairement meilleur que lui.
Le plus jeune laissa échapper un rire en constatant que, quelque soit la situation, Bakugo ne perdait jamais de vue son objectif de grimper les sommets. N'en déplaise à ses joues qui rougissaient malgré les mots de Kirishima.
Ils passèrent la journée à enchainer les différents jeux d'arcades dans une rythmique compétitive qui permit à Bakugo de se sentir un peu plus dans son élément. De manière générale, les résultats s'équilibraient, à tel point qu'ils décidèrent de se départager au fameux punching-ball.
Quelques heures plus tard, Kirishima savourait sa victoire en dévorant ses brochettes fumantes. Bakugo lui, laissait exprimer son côté mauvais perdant en frappant du pied dans toutes les caillasses qui avaient le malheur de se trouver sur son chemin.
- Tu vas bouder encore longtemps ? parvint à lâcher le premier entre deux bouchers de viande.
- C'était stupide comme concours.
- Tu dis ça parce que tu as perdu.
- J'aurais pu gagner, si tu m'avais laisser user de toute ma force, s'agaça Bakugo.
- Si tu l'avais fait, le punching-ball aurait sûrement explosé. Je ne voulais pas qu'il connaisse le même sort que celui de notre salon.
Vu comme ça ... Le futur plus grand des héros ne put que grogner, à court de répartie.
- J'aurais pu gagner quand même.
- Je n'en doute pas une seule seconde.
Dans un élan d'affection, Kirishima se laissa porter par ses envies et déposa un baiser sur la joue de son partenaire pour le détendre. Mais à l'inverse, Bakugo se raidit un peu plus et eut même un petit mouvement de recul. Un geste qui, même s'il tenta de le masquer, ne manqua pas de contrarier le garçon aux cheveux rouges.
- Pardon, fit ce dernier. Je me suis laissé emporter.
- Non, ce n'est pas ... Enfin, ça ne me dérange pas, c'est juste que ... J'ai été surpris, c'est tout, répliqua Bakugo. Je ne suis pas très démonstratif. Désolé.
- Ne t'excuse pas.
Apaisé par la gêne adorable de Bakugo, Kirishima retrouva son sourire et se pencha à l'oreille de son rencard pour que lui seul entende et ne pas le mettre mal à l'aise.
- C'est comme ça que je t'aime.
Comme à chaque fois qu'il l'entendait prononcer ces mots, Bakugo fut parcouru de délicieux frissons qu'il tenta de réprimer par pure fierté. Mais comme à chaque fois, il ne sentit pas encore capable de lui répondre.
- Je sais, fit-il simplement.
Et Kirishima ne lui en tint pas rigueur, conscient que chacun évoluait à son propre rythme.
- Je vais nous chercher quelque chose à boire, déclara-t-il. Je reviens.
Après un petit clin d'œil, il s'éloigna joyeusement vers un food-truck installé quelques mètres plus loin. Bakugo l'observa de loin, souriant sans même sans rendre compte. En matière d'amour, il n'était pas en reste lui non plus, même s'il l'exprimait de façon différente. Il savait parfaitement que sa jalousie, son côté possessif et ses petites attentions réservées à l'intimité de leurs chambres ne suffiraient pas longtemps à Kirishima, mais c'était un travail qu'il faisait sur soi chaque minute, de chaque seconde qui passait. Et à le voir être aussi compréhensif et merveilleux, Bakugo n'en avait que plus envie encore de faire des efforts.
Lui prendre la main, par exemple. Ça ne devrait pas être bien compliqué. Quel genre de héros pourrait-il prétendre devenir s'il n'était même pas capable de faire ça ?
Il inspira profondément et s'arma de courage. C'était décidé : quand Kirishima reviendrait du food-truck, il prendrait sa main dans la sienne.
- Eh ! T'as vu ça ?
Bakugo grimaça en entendant deux gamins crier devant le kiosque d'à côté. Le duo qui ne devaient pas avoir plus de onze ans, s'attardait sur un magasine avec le héros Blue Riders en couverture.
- Il est trop cool, reprit le premier.
- Tu as entendu ce qu'on dit sur lui ? Apparemment, il sortirait avec un homme.
- Oh ? ... Et alors ?
La réplique du dernier fit doucement sourire Bakugo. Effectivement : qu'est-ce qu'on en avait à faire de l'orientation sexuelle de ce héros ? Cela n'entachait en rien ses capacités.
- Ma mère dit que ça dérange beaucoup de personne, expliqua le deuxième. Il y en a même qui ont créé des pétitions pour qu'il arrête d'être un héros.
- C'est stupide ! Il était 16e au classement de l'an dernier, c'est l'un des meilleurs ! Pourquoi les gens voudraient qu'il change de métier ?
- Parce que certains parents ont peur de l'influence qu'il pourrait avoir sur leurs enfants.
Bakugo se figea en entendant ces mots. Il avait lui aussi entendu parler de ces rumeurs sans fond, ni intérêt au sujet de Blue Riders. Mais cela ne concernait que lui et certainement pas le reste de la population, alors pourquoi les autres réagissaient-ils de cette façon ?
- Les gens savent que la majorité d'entre nous prend exemple et s'inspire des héros, continua le jeune garçon. Ils pensent que ... que nous aussi on va finir avec une personne du même sexe juste pour faire comme lui.
- C'est stupide !
- Je sais. Mais beaucoup d'adultes nous croient faibles et incapables de penser par nous-même. Les pétitions reçoivent de plus en plus de signatures, et sa cote de popularité hebdomadaire à chuter. Il paraît même que certaines personnes victimes d'attaques de vilains ou d'accidents, ont refusé son aide lorsqu'il est venu les sauver.
Ces révélations – dont il n'avait alors jamais eu vent – paralysèrent complètement Bakugo. Des habitants qui préfèrent le danger à l'aide d'un héros simplement sur la base de son orientation sexuelle ? Il n'aurait jamais cru cela possible. Et que cela se généralise au point d'impacter son image auprès du public ? Encore moins.
Il se sentit prit de sueurs froides.
- C'est vraiment nul, acheva le premier des enfants en reposant le magasine d'un air attristé.
Son ami se contenta de hausser les épaules. Une façon de dire « On ne peut rien y faire ». Et c'était la vérité. Du haut de leur petit mètre quarante, de leur esprit innocent et de leur voix à peine muée, comment aurait-il pu faire entendre leur opinion sur le sujet ? Quels que soient leurs arguments, on les jugerait trop jeunes et naïfs pour comprendre.
Bakugo serra les dents au point d'en rendre sa mâchoire terriblement douloureuse.
- Eh ... ça va ?
La douce voix de Kirishima le sortit de sa transe et il se décrispa légèrement.
Mais le visage soucieux de son petit ami lui renvoya bien vite des échos de cette conversation que les enfants avaient eu à côté de lui. La situation de Blue Riders était potentiellement le présage ce qu'ils allaient eux-mêmes devoir affronter dans le futur : le besoin constant de s'imposer et de se justifier en tant que héros, tout ça parce qu'ils avaient fait ... l'erreur ? – de tomber amoureux l'un de l'autre ...
Ses sentiments pour ce garçon allaient donc ruiner son objectif en tant que héros ? Détruire ses ambitions de numéro 1 ? Était-il prêt à voir son avenir autrement qu'en haut du classement par amour ?
- Ça va, répliqua-t-il simplement en s'efforçant d'avoir l'air convaincant.
Kirishima ne parut pas convaincu, mais il savait qu'il ne servait à rien d'insister. Alors il se contenta de lui donner la boisson qu'il avait été lui chercher.
- Pour te remercier d'avoir fait de ce premier rencard, un super souvenir, lui dit-il en riant.
- Ouais ...
Alors que le soleil commençait à décliner à l'horizon, ils décidèrent d'un commun accord, de rentrer à l'internat. Tout le long du trajet à pieds jusqu'à Yuei, Bakugo garda sa main droite autour de son gobelet et sa main gauche, enfouit dans la poche de sa veste.
21 septembre 2018 [19:40]
Internat de la seconde A
Le souvenir de ce premier rendez-vous laissa une forte amertume dans la bouche de Bakugo. Que n'aurait-il pas donné aujourd'hui pour pouvoir entrelacer ses doigts à ceux de Kirishima, que ce soit en privé, ou bien à la face du monde ? Il avait donc fallu qu'il perde ce droit pour réaliser à quel point il en avait envie et combien il avait été idiot de laisser passer ses multiples occasions simplement par crainte du jugement ...
Aujourd'hui, c'est la main de Mao qui reposait sur celle de Kirishima. Sans vergogne, alors qu'ils étaient tous assis à la table du salon de l'internat, en train de dévorer les sushis que Yaoyorozu leur avait préparé avec amour. Enfin, ce n'était pas comme si Bakugo aurait pu avaler quoi que ce soit de toute façon. Le couple avait eu la bonne idée de s'installer devant lui, abusant de petites attentions l'un envers l'autre, comme si de rien n'était.
- Tu ne manges pas tes sushis ? lança Kaminari la bouche encore pleine de ce qu'il y avait dans sa propre assiette.
« C'est mort, eu envie de répondre l'intéressé. J'ai déjà suffisamment envie de vomir. »
D'un regard noir, il fixait Mao comme un tueur à gage face à sa cible. Qu'est-ce qui l'empêchait de le massacrer déjà ? La loi, sans doute. Une belle connerie.
- Pourquoi tu me fixes comme ça, Bakugo ? s'enquit l'élève de la filière assistance. Un problème ?
Il avait posé la question de manière totalement innocente, presque taquin. Il n'avait certainement pas conscience que, dans une autre vie, la dernière fois qu'ils avaient eu à faire l'un à l'autre, cela s'était fini au commissariat, avec une menace d'expulsion sur le dos et une partie de son visage égratignée sous les explosions de Bakugo.
Ni que dans cette autre vie, Mao n'était certainement pas celui qui possédait le cœur de Kirishima. Ce dernier semblait d'ailleurs également attendre la réponse de Bakugo, l'air curieux et mal à l'aise.
Le garçon aux cheveux rouges devait sûrement être encore gêné de l'échange qu'ils avaient eu plus tôt : dans sa chambre, alors que Bakugo le serrait dans ses bras sans raison apparente. Ils n'avaient, bien sûr, pas reparlé de ce moment. Ce n'était pas comme s'ils en avaient eu l'occasion non plus.
Après son après-midi passé avec Mao à faire dieu sait quoi – et que Bakugo ne voudrait jamais savoir – les deux tourtereaux étaient rentré à l'internat, et tous avaient proposé au lycéen ingénieur de rester dîner avec eux.
Voilà comment le blond au fort caractère s'était retrouvé attablé devant son ex-petit ami, qui n'avait pas la moindre idée de ce qu'ils avaient vécu ensemble dans une autre réalité. Il aurait adoré pouvoir lui balancer tout ce que lui et Kirishima avaient partagé et qu'il ne connaîtrait jamais (car il était impossible que Mao aime sa tête de pique autant que Bakugo). Mais à quoi cela aurait-il servi ? Si ce n'est à le faire passer pour un taré aux yeux de ce garçon qu'il désespérait tant de retrouver vivant ?
- Je vais prendre l'air, déclara-t-il simplement.
- A cette heure-là ? s'étonna Yaoyorozu. Mais tu n'as rien mangé.
- Je n'ai pas faim.
Malgré les appels de Sero, Mina et Kaminari derrière lui, il préféra se renfermer et quitter l'internat. Il lui était insupportable de continuer à faire comme si tout allait bien, comme si ça ne le tuait pas de l'intérieur de devoir regarder le garçon dont il était amoureux avec un autre.
Il marcha quelques minutes dans les rues aux alentours du bâtiment, profitant du soleil déclinant et de la légère brise pour réfléchir aux dernières heures. Il avait dû composer avec énormément de choses contradictoires qui, à l'heure actuelle, le rongeaient encore. Le soulagement de revoir Kirishima en vie, le bonheur d'avoir pu le serrer à nouveau dans ses bras, le dégoût de le savoir avec Mao, la peine de n'être plus qu'une vague connaissance à ses yeux.
Bakugo passa une main sur sa nuque pour en dénouer les nœuds de stress. Il ne regrettait pas une seule seconde d'avoir usé du pouvoir d'Aya pour en arriver là, seulement, il n'aurait pas imaginé que les conséquences seraient si difficiles à gérer. Ce n'était pourtant pas faute d'avoir été prévenu ...
Après quelques minutes à errer sans réel objectif, le futur numéro 1 arriva au niveau du gymnase du lycée. Les lumières étaient encore allumées, preuve que les portes étaient toujours ouvertes et l'équipement, à disposition. Faute de mieux pour évacuer sa frustration, il décida d'y rentrer pour se défouler.
Excepté le concierge qui nettoyait l'entrée, et que Bakugo salua brièvement d'un grognement, l'endroit était désert. Il allait pouvoir en profiter pleinement et imaginer la tête de Mao à la place de tout ce qui lui prendrait l'envie d'exploser.
Une demi-heure plus tard, et en dépit des nombreuses frappes qu'il avait donné çà et là sur le matériel adapté du lycée, Bakugo ne se sentait pas le moins du monde soulagé ou apaisé. Le souffle court et en sueur, l'adolescent peinait à contrôler sa colère, toujours plus ardente.
Ce sentiment d'impuissance le rendait fou et rien ne semblait en mesure de le calmer.
- Tiens ? Qu'est-ce que tu fais là, Bakugo ?
Exceptée cette voix.
Alors qu'il était sur le point de déclencher une énième explosion, le blond se figea en entendant Kirishima l'interpeller dans son dos. Avec un sac de sport sous le bras, et un simple bas de jogging, le garçon n'était clairement pas là par hasard.
- Tu viens t'entraîner ? demanda bêtement Bakugo.
« Merde. Tu n'aurais pas pu trouver plus nul encore ? »
Il se serait giflé pour être déstabilisé ainsi. Mais le rire léger, sans aucune forme de moquerie de Kirishima le détendit un peu.
- Comme tous les mercredis soirs, répondit-il comme une évidence. C'est mon petit moment. Et après l'effort, je me récompense avec bon burger. Tu ne t'es jamais demandé où j'allais les semaines précédentes ?
Bakugo eut l'impression de sentir son cœur chuter jusque dans ses pieds. Alors, même dans cet univers-là, Kirishima continuait le petit rituel qu'ils avaient pourtant instauré à deux ... Un état de fait qui manqua presque de lui faire monter les larmes aux yeux.
- Désolé, fit-il simplement. Je te laisse la place.
Il remballa les quelques étincelles qui crépitaient dans ses paumes et se dirigea vers la sortie. Mais arrivé à hauteur de Kirishima, ce dernier déposa une main sur son épaule, comme il avait toujours l'habitude de le faire pour le détendre.
Bakugo s'arrêta dans son élan, le cœur battant à tout rompre. C'était à peine s'il osait regarder son camarade dans les yeux.
- Puisque tu es là, autant qu'on s'entraîne ensemble, non ? proposa-t-il.
Le blond eut du mal à croire à sa demande, si bien qu'il laissa passer plusieurs secondes de silence sans même s'en rendre compte.
- Si tu ne veux pas, ce n'est pas grave, je comp...
- Si ! relança vivement (trop vivement) Bakugo. Enfin ... Pourquoi pas ?
Visiblement content de cette réponse, Kirishima lui offrit le genre de sourire sincère et adorable, dont le blond était tombé désespérément amoureux.
Foutue réalité alternative ou pas, Bakugo allait re-séduire ce garçon qu'il aimait à crever. Et prouver à l'univers tout entier, que rien n'était inéluctable pour le genre de héros qu'il voulait devenir.
À suivre.
