3 semaines plus tôt

1er septembre 2018 [12:25]

Lycée de Yuei

Comme à son habitude lorsqu'il s'agissait d'exprimer son agacement, Bakugo se mit à grogner. Les mains dans les poches, il tapait nerveusement du pied en constatant toute la longueur de la file d'attente vers la cantine.

- Qu'est-ce que tu as aujourd'hui ? s'enquit de savoir Kaminari.

- Tu as l'air plus tendu que d'habitude, approuva Sero.

- J'ai faim et vous m'emmerdez.

C'était le genre de réponse que ces deux amis attendaient. Dans un sens, si le blond était capable de les rembarrer comme à l'accoutumée, c'était que tout allait bien. Ils se suffirent de ça pour être rassurés. Ce qui n'était pas le cas de Kirishima, bien plus à même de comprendre que quelque chose tracassait Bakugo.

Et ce n'était pas nouveau. Cela datait de quelques jours déjà. Depuis leur premier rencard, pour être précis. Au retour de leur journée passée ensemble, Bakugo s'était brusquement renfermé. Au point d'en devenir presque distant.

Kirishima avait retourné le souci dans tous les sens afin de comprendre ce changement de comportement, à l'heure où il pensait que les choses iraient en s'améliorant. En vain. Ils avaient pourtant passé un rendez-vous merveilleux, simple et décalé, à l'image de leur couple. Alors pourquoi Bakugo paraissait-il aussi contrarié ?

Bien plus envieux d'apaiser son petit ami que de rassurer ses propres doutes, le garçon à l'alter de durcissement osa tendre la main pour effleurer discrètement celle de Bakugo. Ce geste se voulait affectueux, intime, pourtant le blond sursauta à ce contact et recula aussitôt.

Kirishima se sentit profondément vexé de sa réaction. Que Bakugo refuse les démonstrations d'amour en public était une chose, mais là, en dépit de la foule, l'adolescent aux cheveux rouges avaient tout fait pour que son geste ne puisse être vu de personne. Et même si quelqu'un avait remarqué, il ne s'agissait que d'un effleurement, cela aurait pu être interpréter de milles et une façon différentes.

A l'instar de ce baiser que Kirishima lui avait fait sur la joue lors de leur fameux rencard, Bakugo prit conscience de son erreur. Son corps avait réagi instinctivement, perturbé par la foule qui les entourait et par le risque qu'ils soient découverts. Quel idiot, il pouvait être. Personne ne faisait attention à eux.

- Désolé, dit-il simplement.

Il avait bien conscience qu'un jour ou l'autre, ce genre d'excuses, bien qu'elles soient sincères, ne suffiraient plus. Mais c'était plus fort que lui. Depuis des jours, les mots des deux gamins concernant l'affaire de Blue Riders ne cessaient de lui revenir en tête. Bakugo se posait mille et unes questions depuis.

- Est-ce que … J'ai fait quelque chose de mal ? demanda doucement Kirishima.

Bon sang.

Le blond sentit son cœur se tordre en voyant le visage contrarié de son petit ami. Il continuait de tout faire foirer, comme d'habitude.

- Bien sûr que non, voulut-il le rassurer. Tu n'as rien à te reprocher.

- Alors qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi est-ce que tu réagis comme ça ?

La file d'attente vers la cantine n'était clairement pas le genre d'endroit où avoir une discussion pareille. Mais à en juger par le regard brillant d'inquiétude de Kirishima, il ne supporterait pas d'attendre ce soir pour avoir des explications.

- Je … J'ai voulu te laisser de l'espace ces derniers jours, poursuivit ce dernier. Je me disais que – qu'étant donné … Enfin, que maintenant tu viendrais m'en parler si quelque chose te tracassait.

Et dieu seul savait à quel point Bakugo avait envie de lui dire. D'exprimer sa peur concernant l'avenir, d'échanger sur ce qu'impliquait leur relation dans le monde des héros professionnels. Mais il avait bien trop honte pour ça.

Lui qui était d'ordinaire si confiant se retrouvait complètement bouleversé par une discussion qu'il avait entendue entre deux enfants. Pathétique.

- Ce n'est rien, ne t'inquiète pas, le rassura-t-il.

Son sourire crispé était peu convaincant, et à en juger par les sourcils froncés de Kirishima, ce dernier ne le croyait pas le moins du monde. Mais comme à son habitude, il n'insista pas. Bakugo souffrait de plus en plus de le voir encaisser sans jamais rien lui reprocher. Ce n'était pas ce qu'il voulait pour lui, pour eux.

Il pouvait bien faire l'effort de lui parler. S'il y avait bien quelqu'un qui ne le jugerait pas, c'était ce garçon dont il tombait un peu plus amoureux chaque jour. N'en déplaise à son comportement grincheux qui l'empêchait de l'exprimer clairement.

- … En fait, je …

- Eh, Kirishima !

Mais Bakugo fut interrompu dans son élan par la voix étrangement irritante de Mao. Ce n'était pas l'envie de lui exploser la face qui lui manquait, mais laisser exploser sa jalousie au milieu du self rempli de monde était bien la dernière chose à faire. Pas franchement ravi non plus d'avoir été coupé au milieu d'une conversation, Kirishima, lui, fit au moins l'effort de cacher sa contrariété.

- Mao, relança-t-il. Comment ça va, mec ?

Son sourire pincé et sa main dans ses cheveux rouges exprimaient parfaitement toute sa gêne. Lui et l'élève de la filière assistance ne s'était pas reparlé depuis qu'ils avaient convenus de ne pas aller plus loin dans leur relation. Mais en définitif, même si c'était Kirishima qui lui avait mis un râteau, Mao ne paraissait pas spécialement rancunier. C'était du moins ce que laissait entendre le large sourire que ce dernier arborait.

Ou peut-être croyait-il encore avec une chance de conquérir Kirishima ?

Cette simple idée enragea Bakugo au plus haut point.

- Ça va, répondit Mao. Je suis content de voir. J'ai l'impression que tu m'évites depuis quelques semaines. Enfin depuis notre rencard … Quand tu m'as dit que tu préférais qu'on en reste là, toi et moi.

- Ouais, désolé, s'excusa Kirishima, mal à l'aise. Je ne voulais pas te faire plus de peine alors j'ai pensé que … Que tu t'en porterais mieux si je me tenais loin de toi.

- C'est idiot. Je ne t'en veux pas. Et ce n'est pas parce qu'on ne sortira pas ensemble qu'on ne peut pas être ami.

Pour appuyer son propos, Mao déposa une main sur le biceps

- Bien sûr, mais …

- Tu ne vois pas que tu déranges ?

Aussi fort Bakugo avait-il essayé de se contrôler, c'était décidément plus fort que lui.

Sa réflexion poussa la majorité élèves à se tourner vers eux, attendant de voir si une dispute allait éclater. Un silence de quelques secondes résonna entre eux.

- Un problème, Bakugo ? rétorqua Mao innocemment.

« Je te conseille de retirer ta main du bras de mon copain, si tu ne veux pas que je t'explose ta sale face. »

C'était sans aucun doute ce qu'il aurait répondu, si seulement il en avait eu le courage. Mais encore une fois, c'était toujours le même obstacle qui se dressait devant lui. La peur de ce que la révélation de son homosexualité pourrait engendrer. Non pas qu'il craigne le harcèlement ou les préjugés, mais plutôt pour sa valeur en tant que futur héros.

Au fond, peut-être était-ce pour cela qu'il était si en colère contre Mao. Sa jalousie ne concernait pas uniquement son côté un peu trop tactile avec Kirishima, mais aussi le fait qu'il puisse assumer ce qu'il ressentait avec autant de facilité. L'ingénieur apprenti avait parlé de « rencard », de « sortir ensemble », sans la moindre hésitation, dans un espace pourtant blindé de monde.

Bakugo était jaloux du fait que Mao, lui, n'ait rien à perdre à se dévoiler.

Il serra les poings.

- Laisse-tomber.

Et sur ces derniers mots, le blond rebroussa chemin, sortant de la file pour la remonter vers la sortie de la cantine. Dans son dos, il pouvait sentir le poids du regard de son petit ami sur lui. Il l'avait déçu. Une fois encore. Une fois de trop.

Et cette pensée lui brisa le cœur.

Kirishima méritait mieux. Bien plus qu'il ne pourrait sans doute jamais lui offrir.

28 septembre 2018 [22:48]

Gymnase du Lycée Yuei

Le soleil était déjà couché sur la ville et à cette heure tardive, la plupart des élèves de Yuei était déjà dans les bras de Morphée ou en phase de demi-sommeil. À l'exception de deux d'entre eux qui, abusant de la gentillesse du concierge, s'entraînaient encore dans le gymnase de l'établissement, censé être fermé depuis une près d'une heure déjà.

Mais les garçons ne voyaient pas l'heure passer. À coups d'attaques explosives et de défenses implacables, Bakugo et Kirishima se heurtaient l'un à l'autre à coup d'alters comme ils avaient convenus de le faire presque chaque soir. Ravi d'avoir trouvé un partenaire avec qui travaillait, l'adolescent aux cheveux rouges avait volontiers accepté lorsque camarade lui avait proposé de multiplier ces séances d'entraînements à cinq jours par semaine au lieu d'un seul. Il ignorait alors que Bakugo n'en tirait pas qu'une satisfaction sportive, mais bien affective. Il voulait se rapprocher de Kirishima, regagner ce cœur qu'il n'avait pourtant rien fait pour obtenir dans la précédente version de leur histoire.

À présent, il voulait faire les choses bien. Décrocher son respect, obtenir son amitié, avant de mériter son amour.

Et ces moments passés ensemble et la première étape de tous ces objectifs.

Au milieu du combat improvisé, Bakugo effectua une rotation du pied bien maîtrisé et envoya Kirishima au tapis. Étalé sur le sol, le souffle court et la peau brillante sous l'effort, le garçon représentait un véritable régal pour les yeux. Si bien que Bakugo sentit le feu lui monter au visage. À l'inverse de son lui du passé, il accueilli cette chaleur avec bienveillance et se sentit terriblement chanceux de pouvoir revoir Kirishima ainsi.

- Eh bien … souffla ce dernier, profondément admiratif. Je constate que tu n'as pas volé ta foutue fierté, monsieur le futur plus grand des héros.

Le cœur de Bakugo s'emballa. Il avait l'impression d'être l'une de ses stupides héroïnes de shôjô, incapable de contrôler ses émotions. Il grogna intérieurement.

Presque coupable d'avoir ainsi terrassé son camarade, le blond se rapprocha de son corps étendu sur le sol et lui proposa une main pour l'aider à se relever.

Kirishima lui accorda un sourire et tendit son bras à son tour pour accepter son appui. Bakugo sentit un vif frisson lui parcourir l'échine lorsque les doigts de son ex petit ami effleurèrent sa paume. Néanmoins, il n'eut pas le temps de s'attarder sur cette sensation que son adversaire agripper son poignet pour le faire basculer par terre.

D'un mouvement vif, Kirishima renversa la balance et plaqua Bakugo au sol, avant de venir le surplomber, son corps appuyé contre le sien.

- Règle numéro 1 : ne jamais faire confiance à ton opposant, Katsuki, lui dit-il.

Fier de sa petite tactique, Kirishima lui offrit un clin d'œil taquin qui fit complètement fondre Bakugo. En apparence, cependant, il fit de son mieux pour rester de marbre en sentant le corps musclé de son partenaire sur lui.

Quelques secondes s'écoulèrent durant lesquelles ils se regardèrent droit dans les yeux, entourés par le seul bruit de leur respiration haletante. Il y a une semaine de cela encore, Bakugo n'aurait jamais pu espéré retrouver une telle intimité avec Kirishima. Il regretta d'autant plus de ne pas avoir assez profité de cette proximité qu'ils avaient partagée avant sa mort. En dehors de quelques baisers et caresses, ils n'avaient jamais véritablement couché ensemble. Aujourd'hui, c'était une étape que le blond rêvait de pouvoir être en droit de franchir avec lui. Et pas que. Il voulait aussi l'emmener en rendez-vous dans le fast-food le plus cher de la Tokyo, aller se balader avec lui dans le parc le plus fréquenté des environs, lui prendre la main sans honte, envoyer balader les clichés et les à priori. Et hurler à la terre entière qu'il était fou amoureux d'Eijiro Kirishima.

Comme frappé par la soudaine proximité qu'il avait maladroitement instaurée entre eux, le jeune Red Riot se redressa vivement pour s'éloigner, raclant sa gorge avec gêne.

Bakugo fut déçu de ne plus sentir que la fraîcheur du carrelage dans son dos.

- Désolé, je n'aurais pas dû, s'excusa Kirishima.

- T'inquiète, rétorqua son camarade d'un ton désabusé. C'était rien.

- Oui, je sais, mais bon … J'aurais dû te demander la permission avant.

- La permission de te presser contre moi ?

Les mots de Kirishima lui avaient paru si absurde qu'il avait sorti cette question avant même d'avoir pu se retenir. Une déclaration qui ne manqua pas d'amuser le lycéen rouge qui étouffa un rire entre ses lèvres.

- Je parlais du fait de t'appeler par ton prénom.

Bakugo se sentit encore plus stupide encore. Effectivement, Kirishima l'avait appelé Katsuki, et il n'avait même pas relevé. Parce que dans son esprit, c'était quelque chose de normal et dont ils avaient l'habitude quand ils étaient ensemble. Mais dans cet univers parallèle où ils ne se parlaient que depuis sept jours, c'était inédit que Kirishima l'appelle ainsi.

- Oh, fit-il simplement. Tu peux utiliser mon prénom, ça ne me dérange pas.

- Tu es sûr ? Je ne voudrais pas que ça te gêne.

- Oui, ce n'est pas un problème.

Visiblement touché par sa réponse, Kirishima lui offrit un regard attendri.

- Alors appelle-moi Eijiro. Comme ça, au pire, on sera gênés.

Sur ces bonnes paroles, ils décidèrent d'un commun accord de s'arrêter là pour le entraînement du jour. Mais pas spécialement envieux de rentrer tout de suite, ils s'assirent contre l'une des murs dans l'idée de reprendre leur souffle et de récupérer un peu, au calme.

Pendant un instant, les deux adolescents se complurent dans le silence. Du coin de l'œil, Bakugo observait l'objet de tous ses troubles, prenant plaisir à re-détailler tout ce qui faisait de lui, le garçon dont il était fou amoureux.

« Et qui n'est plus à toi. »

La conscience de Bakugo avait toujours eu la fâcheuse tendance d'intervenir sans qu'on le lui ait demandé. À cette pensée, il perdit instantanément de sa bonne humeur, l'estomac noué.

- Dis … commença-t-il. Ça n'embête pas ton … Ton copain que tu t'entraînes avec moi tous les soirs ?

Le mot « copain » à lui seul lui donna l'impression de s'écorcher la langue. S'il avait pu vomir, il l'aurait fait. Pendant une semaine, il s'était efforcé de ne pas penser à Mao et au fait que c'était lui qui possédait le cœur de Kirishima, à présent. C'était irrespectueux et égoïste, il en avait parfaitement conscience. Mais cela dépassait sa raison et de loin. Et qu'on se le dise honnêtement, Katsuki Bakugo n'avait jamais été quelqu'un de raisonnable.

Kirishima parut un peu désarçonné par la question, mais y répondit sincèrement.

- Tu sais, Mao et moi, on n'est pas vraiment ce genre de couple. Je veux dire : le genre à être toujours collé H24 ensemble, expliqua-t-il. Il travaille souvent auprès de Power Loader le soir et moi … Et bien j'en profitais pour étudier ou je jouais aux jeux vidéos avec Kaminari. Et maintenant, je m'entraîne avec toi.

Bakugo se sentait reconnaissant de ce temps que Kirishima lui accordait en dépit de son couple. Il se sentit légèrement apaisé.

- Tu sais, tu n'as pas … à t'inquiéter de ça, reprit-il. Je ne voudrais pas que tu te sentes obligé de t'intéresser à Mao pour qu'on soit ami. Je sais que tout le monde n'est pas … très à l'aise avec l'idée que je sorte avec une personne du même sexe.

Le blond se sentit ému. C'était la première fois qu'il voyait Kirishima s'inquiéter de ce que les gens pourraient penser de son attirance pour les hommes, et cela n'avait rien d'égoïste. Au contraire, c'était à son image, incroyablement bienveillant et altruiste. Bakugo eut l'irrépressible envie de le rassurer, comme Kirishima avait tenté de le faire de si nombreuses fois avant.

- Je ne suis pas mal à l'aise, mentit-il à moitié. En réalité, moi je … Enfin, je suis …

Il n'aurait pas cru cela si difficile à dire et pourtant, la fin de sa phrase restait désespérément coincée dans sa gorge. Et alors qu'il s'efforçait de le faire sortir, Kirishima posa une main tendre sur son genou pour lui témoignait toute sa compréhension.

- J'ai compris, ne t'en fais pas.

- … Tu t'en doutais ? osa demander Bakugo.

- Non, répondit le rouge dans un petit rire. Le coup du radar, c'est une connerie. Mais je n'ai pas à être surpris. Je pars du principe qu'on ne devrait même pas présupposée qu'une personne est hétéro avant qu'elle ne le démente. Chacun devrait avoir l'occasion de se définir comme il le veut et quand il le veut, sans que quiconque vienne lui imposer une étiquette en attendant qu'il soit prêt.

Il avait raison. Prendre conscience de son orientation sexuelle et de ses envies ne devrait être une épreuve et une angoisse pour personne. Tout paraissait si simple avec Kirishima.

- Tu as quelqu'un ? osa demander ce dernier.

La question perturba Bakugo plus qu'il ne l'aurait cru. Son premier instinct lui commanda de répondre que « non » mais il se retint. Il ne voulait pas que ça réponse lui donne l'air fermé à l'amour, ou à l'inverse, trop aguicheur. Et par-dessus tout, il ne voulait plus trouver d'excuse, ni lui mentir.

Alors, après quelques secondes de réflexion, il trouva quoi répondre.

- Pendant un temps, je suis sorti avec un garçon, oui.

- Ah, fit Kirishima à l'utilisation du passé. Vous avez rompu ?

- Non, enfin … Il est … Il est mort lors d'une attaque de vilains.

Parler ainsi de ce cauchemar qu'il avait vécu une dizaine de jours plus tôt seulement, lui fit l'effet d'une thérapie. Cette situation qu'il avait rejetée devenait finalement à travers son discours et c'était aussi douloureux que libérateur.

Kirishima se sentit terriblement coupable.

- Je suis désolée, Bakugo. Je n'aurais pas dû te …

- On avait dit qu'on s'appelait par nos prénoms, il me semble ?

Ce commentaire détendit le garçon à l'alter de durcissement.

- Je ne voulais pas te rappeler de mauvais souvenirs, reprit-il. Je ne peux qu'imaginer combien ça doit être difficile à vivre.

- Je le mérite dans un sens, fit son partenaire. C'est en partie de ma faute s'il s'est fait tué.

- Comment ça ?

Bakugo eut un petit sourire en constatant que la curiosité naturelle et adorable de Kirishima n'avait pas changé dans cette nouvelle version de l'histoire. Il ne voulait pas paraître indiscret et pourtant il n'avait pas pu s'empêcher de poser la question. C'était le genre de petite contradictions que le blond adorait chez son coup de cœur.

- On s'est disputé, expliqua-t-il sincèrement. Quelques jours avant sa mort. C'était assez violent, et sur le coup de la colère, je lui ai dit qu'il ne représentait rien pour moi.

Il ressentait encore la douleur et la rage contenue dans sa voix à ce moment-là. Et pire encore, le regard profondément blessé et pleins de larmes que Kirishima avait eu. Cette vision, encrée dans sa mémoire, le rongeait de l'intérieur.

- Ce sont les derniers mots que je lui ai dits, acheva Bakugo d'une voix tremblante. Une semaine plus tard, il a été tué, persuadé que je le détestais et que je n'avais jamais pris notre relation au sérieux. J'imagine que c'est mon châtiment.

Le blond se mordit la joue pour se concentrer sur une autre douleur que celle qui lui oppressait le cœur.

- Je n'ai jamais été doué pour exprimer ce que je ressentais. Pourtant, aujourd'hui je donnerais tout ce que j'ai pour revenir en arrière et lui faire comprendre à quel point il compte pour moi.

Bakugo tourna vivement la tête en entendant un reniflement. À côté de lui, Kirishima laissait échapper deux longues larmes le long de ses joues, sans même avoir l'air de s'en rendre compte.

- Merde, tu pleures ?

Pris au dépourvu, Kirishima réalisa soudainement l'humidité sur ses joues et les essuya d'un revers de manches.

- Pardon, dit-il. C'est déplacé, je ne sais pas ce qu'il m'a pris. Je ne devrais avoir le droit de pleurer quand toi, tu prends la chose avec tellement de courage et de force.

- Je ne suis pas courageux. Je n'ai juste pas d'autre choix.

Quelque part, au milieu de sa douleur, Bakugo eut envie de croire que la détresse de Kirishima était une sorte de « fragment » restant de leur histoire. Peut-être que, réalité alternative ou pas, il y avait de ces choses qu'il était impossible de modifier. Qui était encrées en nous.

Après un dernier reniflement, son camarade plissa légèrement les coins de sa bouche, radieux même dans les pleurs.

- Tu es quelqu'un de surprenant, Katsuki Bakugo.

L'annonce d'une notification sur le portable de Kirishima interrompit ce moment onirique et rompit le charme qui s'installait progressivement entre les deux garçons. Le blond n'eut aucun mal à voir le nom de Mao s'afficher à l'écran.

« Je sors de l'atelier. Je serai devant l'internat dans dix minutes, on peut se voir ? »

Bakugo ne ressentit aucun scrupule à lire le message, bien trop submergé par son rage. Pour autant, il fit de son mieux pour rester digne et patient, arborant un air détendu lorsque Kirishima reporta son attention sur moi.

- C'est Mao, dit-il d'un air désolé. Il arrive à l'internat. Je dois y aller.

- Je comprends, fit Bakugo pour reprendre ses mots de tout à l'heure.

Ravi de sa compréhension, Kirishima se releva enfin, sans prendre la peine de se changer et fourra ses quelques affaires dans son sac de sport, avant de balancer la lanière sur son épaule.

- Tu viens avec moi ?

- Non, je … Je vais rester ici encore un peu.

Rien ne lui aurait fait plus plaisir que de débarquer devant Mao avec Kirishima, mais il ne voulait pas que cela se passe comme ça, ni mettre le garçon qu'il aimait dans l'embarras. Cette fois-ci, il ferait les choses bien.

Kirishima comprit parfaitement et lui fit un petit signe d'au revoir.

- On se voit plus tard, alors.

Et alors qu'il aurait imaginé la conversation terminé, Bakugo fut surpris de voir son camarade revenir sur ses pas cinq secondes après être parti.

- Tu sais, Katsuki, tu es un piètre menteur.

L'intéressé eut l'impression de sentir courant d'air froid le long de sa colonne vertébrale. Comment ça ? … Kirishima n'avait quand même pas pu comprendre que le garçon dont Bakugo parlait, c'était lui. Il n'avait pas pu …

- C'est un fait avéré et quelque chose que tout le monde sait, poursuivit l'adolescent aux cheveux rouges. Tu es trop franc pour être convaincant de toute façon.

- Qu'est-ce que tu essayes de me dire ?

Jamais Kirishima n'avait eu d'expression plus douce et encourageante.

- Que le garçon que tu aimes ne peut pas être parti en croyant que tu le détestais, révéla-t-il. Tu es si peu crédible quand tu mens, qu'il est impossible qu'il ait prit tes mots comme ils venaient.

Dans un clin d'œil un peu triste, il ajouta :

- Je suis persuadé qu'il est mort en sachant au plus profond de lui, que tu l'aimais sincèrement.

Le cœur de Bakugo se libéra d'un poids si lourd, qu'il eut l'impression de ne renaître.

À suivre.