1 semaine et demi avant la mort de Kirishima
5 septembre 2018 [19:30]
Lycée de Yuei
Quatre jours.
Cela faisait quatre jours que Bakugo s'évertuait à se tenir éloigné de presque tout. En dehors des cours, auxquels il assistait par obligation plus que par nécessité, il restait désespérément cloitré dans sa chambre, accroché à son lit qui avait le don magnifique de n'être qu'un tas de bois immobile. Silencieux et dans l'incapacité de le juger.
Après les rumeurs concernant Blue Riders (qui n'avait de cesse de faire parler dans la presse locale) et depuis l'intervention de Mao en pleine cantine, le blond avait la désagréable sensation de ne plus être en mesure de réfléchir correctement.
Il avait l'impression d'assister, impuissant, à un combat intérieur qui n'en finissait pas. D'un côté, son esprit, son assurance et sa force lui soutenaient qu'il ne pourrait jamais concilier sa vie professionnelle à laquelle il aspirait avec son attirance pour les hommes. À côté, son cœur, sa loyauté et sa sensibilité lui assuraient qu'il ne serait jamais heureux en étant rien d'autre qu'un héros.
Et les deux camps n'en finissaient pas d'arguments convaincants, et d'attaques physiques dissuasives qui se traduisaient par : des migraines carabinées pour l'esprit et des pincements douloureux pour le cœur.
Foutu corps de merde.
Mais au milieu de toute cette débâcle, Bakugo avait bien fini par comprendre une chose. Il allait devoir faire un choix. Ce serait sa carrière de numéro 1 ou l'amour. Et c'était un constat qu'il ne parvenait pas à digérer, lui qui, quelques semaines plus tôt, avait pourtant clamé haut et fort à ses camarades qu'il se fichait bien de l'opinion public.
C'était avant de réaliser jusqu'où cette haine d'autrui pouvait l'amener. Savoir qu'on pourrait refuser sa main tendue simplement parce qu'il aimait les hommes, lui retournait l'estomac.
Depuis la découverte de son alter à l'âge de quatre ans, le garçon avait planifié sa vie entière sur son avenir de héros. Sans jamais prendre en compte des choses comme l'amitié, l'amour ou le désir, et qui lui paraissaient si futiles à ce moment-là.
Mais tout ça, c'était avant Kirishima. Avant son sourire doux, bien qu'aiguisé, avant ses yeux rouges pleins de malice et de sincérité.
Pourquoi avait-il fallu que Bakugo s'autorise cet écart ? N'aurait-il pas pu continuer à l'aimer de loin ? À le regarder faire son expérience avec Mao ? Évidemment que non. C'était trop demander à son côté jaloux et possessif.
Toc. Toc.
Le blond se redressa et tendit l'oreille pour savoir s'il avait bien entendu quelqu'un toquer à sa porte ou s'il ne s'agissait que d'énièmes coups portés par son cœur, en plein combat, contre sa cage thoracique.
- Je peux entrer ?
Un vif frisson parcouru l'échine de Bakugo. Un mélange d'angoisse et d'impatience, qui ne l'aidait en rien dans son débat. Les mots « oui » et « non » bataillèrent pour prendre le pas sur l'autre. Pour calmer le jeu, l'adolescent préféra se taire. C'était ce qu'il savait faire de mieux lorsqu'il ne parvenait pas à savoir quoi répondre. Cela pouvait facilement passer pour de l'indifférence ou du mépris, mais en réalité, c'était une question de survie.
Comme il s'y attendait, son silence poussa Kirishima à rentrer dans la pièce. Il resta quelques secondes sur le pas de la porte, mais voyant que Bakugo ne le repoussait pas, il s'autorisa à avancer à et refermer derrière lui, pour les mettre à l'abri des oreilles indiscrètes.
- Est-ce qu'on peut discuter ?
Il avait ce ton calme et un peu stressé, comme s'il craignait de se heurter à un mur. Et au fond, avait-il tord ? Bakugo se savait de mauvaise compagnie et difficile d'accès quand il s'agissait de parler sérieusement. Mais voir son petit ami dans cet état d'angoisse le prit bien plus aux tripes que l'idée de l'affronter.
Il soupira, agacé de sa propre faiblesse. Mais il était prêt à encaisser ce que Kirishima avait à lui dire. Il le fallait. Alors il hocha simplement la tête.
Le lycéen aux cheveux rouges se sentit soulagé que son compagnon accepte et se rapprocha pour s'asseoir timidement sur ce lit dans lequel il partageait encore des baisers enflammés deux semaines plus tôt.
- Je me sens terriblement impuissant, Katuski, avoua-t-il. Je sens que tu vas mal et je ... Je ne sais pas quoi faire pour que tu ailles mieux.
Ce fut la goutte de trop. L'élément déclencheur. Bakugo eut envie de se gifler violemment.
Il ne supportait plus la douleur évidente qu'il voyait dans les yeux de Kirishima et dont il était responsable. Il n'acceptait plus le fait d'être la source de son mal être, de ses doutes et de ses angoisses. Ce n'était pas ce qu'il voulait pour lui. Il l'aimait beaucoup trop pour ça. Tellement qu'il n'avait pas voulu reconnaître plus tôt qu'il ne pourrait jamais le rendre heureux. Pas avec son caractère, sa façon de voir les choses et son besoin irrépressible de toujours être numéro 1.
Il pourrait sans doute devenir le meilleur des héros. Mais aussi douloureux cela pouvait-il être à admettre, il ne serait jamais le meilleur pour Kirishima.
Il soupira toute sa frustration et tourna la tête pour ne pas laisser transparaître toute sa détresse.
- Arrête, lui intima-t-il. Ça n'a rien à voir avec toi.
Ce n'était pas tout à fait vrai. Mais par ces mots, Bakugo sous-entendait que Kirishima n'était en rien responsable de ses états d'âme. Il restait le partenaire parfait, en amitié comme en amour. Et le blond n'était juste pas en mesure de lui rendre la pareille.
- Alors pourquoi tu ne me parles pas ? voulut savoir son camarade. Tu sais bien que, quoi qu'il se passe, tu peux me le dire ? Je ne sais pas si je serai en mesure de t'aider, mais ça soulage toujours de décharger sa conscience.
Bakugo entendit sans peine le désespoir contenu dans sa voix. Comme si Kirishima usait de sa dernière carte pour parvenir à régler les choses entre eux. Le garçon à l'alter explosif n'en tomba que plus amoureux encore, accentuant le mal qui lui déchirait la poitrine.
- Je ne te jugerai pas, acheva le rouge comme si c'était la note la plus importante à retenir de son discours.
« Mais les autres le feront. » eut envie de répondre Bakugo.
Ils le feraient tous. Même les moins intéressés. Car c'était ainsi que fonctionnait l'esprit humains, dans un monde tel que le leur. L'apparition des alters avaient peut-être fait progresser certaines lois, mais la mentalité des gens restait la même. Et la crainte de la différence avec.
Bien au-delà de sa peur pour son avenir de héros, ce que Bakugo craignait le plus, c'était de ne pas être à la hauteur envers Kirishima. Il aurait toujours cette crainte de ne pas arriver à concilier sa vie professionnelle et personnelle, au point de prioriser certaines choses au détriment d'autres.
Devait-il incarner un symbole comme All Might affichant l'image du parfait citoyen, et par conséquent, vivre son amour dans l'ombre ? Ou assumer ses sentiments au grand jour comme le voudrait Kirishima, et en résultat, réfuter ses rêves de grandeurs et se contenter de régler les problèmes du petit nombre qui voudrait bien de son aide ?
C'était trop de pression pour un adolescent de seize ans.
- Je ... Je n'y arrive pas, Eijiro.
- Qu'est-ce que ... Tu n'arrives pas à quoi ?
- À gérer tout ça, avoua-t-il. Toi, moi, ce « nous » qu'on est devenu.
Kirishima accusa ces mots comme si une aiguille lui perforait l'estomac. Il voulut s'agacer, lui demander davantage d'explications, l'obliger à le regarder dans les yeux, mais sa gorge nouée l'en empêcha.
Alors, au lieu de crier comme il mourrait d'envie de le faire, il se contenta de relancer.
- Je peux arranger ça.
Bakugo entendit ses mots comme une supplication et fut forcé de lui faire face. Sa moitié affichait un visage tiré par la douleur, ses yeux rouges brillants de savoir toute la finalité qu'impliquait leur conversation.
- Je ne te demande rien, poursuivit Kirishima. Je n'ai pas besoin qu'on aille en rencard à l'extérieur, ni que tu me prennes la main ailleurs que dans cette chambre, ou que tu me fasses de grandes déclarations, si ce n'est pas ce dont tu as envie. Être avec toi de cette façon me suffit.
« De cette façon » ?
Le blond manqua de laisser échapper un rire jaune. Quelle façon ? Enfermés entre quatre murs, à l'abri des regards et des oreilles, craignant d'être découvert au point de ne pas être fichu d'accompagner son propre petit ami en bas des marches avant son départ en stage ?
Des conneries !
Kirishima pourrait peut-être s'en contenter par amour mais Bakugo ne le laisserait pas faire. Il ne pouvait décemment pas le rendre prisonnier d'une relation pareille quand il méritait un milliard de fois mieux que ça.
Il lui fallait quelqu'un d'assuré, de fier, d'accompli et de confiant. Le genre de personne qui n'aurait pas peur de s'afficher à ses côtés, d'avoir des gestes tendres en public ou de parler d'amour. Il méritait ...
Quelqu'un comme Mao.
Le simple fait d'y penser lui fit crisper la mâchoire, et une envie soudaine de briser quelque chose fourmilla au bout de ses doigts. Une réaction impulsive, brutale, à son image et qui lui confirmait ce qu'il avait déjà eu tant de mal à accepter : il n'était pas bon pour Kirishima. Et il n'y avait rien de plus difficile pour lui que de prendre conscience de cela.
Lui qui se vantait d'être le plus grand, le plus fort, il se retrouvait pour la première fois de sa vie, face à quelque chose qu'il n'arrivait pas à gérer. Comment assumer son amour pour quelqu'un pouvait lui paraître plus compliqué que de sauver une nation entière ?
Il n'en avait aucune idée.
Dans une profonde inspiration, il s'arma de peu de courage qui lui restait et lâcha :
- Je crois qu'on devrait s'arrêter là.
Chaque syllabe donna l'impression de lui brûler les lèvres et il se mordit la langue pour s'empêcher de ravaler ses paroles. C'était dit, et il fallait qu'il l'assume. Pour le bien de Kirishima.
Oui. Pour une fois dans sa vie, il allait arrêter d'être égoïste et accepter le fait qu'il n'était pas celui qui lui fallait.
Il garda la tête baissée, s'attendant à entendre la porte claquer ou même à prendre une gifle. Mais après quelques secondes de silence, il entendit des mots, simples et fermes, loin de tout ce qu'il aurait pu imaginer comme réponse :
- Je t'aime.
Il releva les yeux vers Kirishima, qui se montrait déterminé, malgré ses lèvres pincées et ses yeux chargés d'eau.
- Eijiro ...
- Tu ne sais pas mentir. Tu n'en as jamais été capable, et tu auras beau dire tout l'inverse, je sais que tu ne veux pas me quitter.
- Tu n'as aucune idée de ...
- Je n'ai pas besoin de t'entendre faire le déballage de tes sentiments pour savoir que ce que je viens de te dire est réciproque ! Je le vois dans chaque coup d'œil que tu me lances, dans tes gestes discrets et légers, dans tes petites allusions cachées. Et si c'est de cette manière que tu veux vivre notre relation, sois sûr que cela me convient parfaitement.
Il mentait. Jamais une telle relation ne pourrait lui convenir. Il parlait simplement sur le coup de l'émotion, et parce qu'il était fou amoureux.
- Tu me suffi amplement, Katuski. Tel que tu es. Et je ne te laisserai pas fuir parce que tu penses le contraire.
Sur cette dernière phrase, Kirishima quitta la pièce, laissant son petit ami derrière lui, complètement désemparé.
Bakugo frappa le mur du poing. Il avait été percé à jour. Pas étonnant. Parfois, il oubliait qu'avant d'être son amant, Kirishima avait été son meilleur ami. Il le connaissait par cœur, Et il n'était pas du genre à se laisser berner par ce genre d'entourloupe.
Il savait que le blond voulait le quitter parce qu'il ne se sentait à sa hauteur. Et il n'allait pas le laisser faire.
Mais Bakugo n'en restait pas moins déterminé lui aussi. N'en déplaise à Kirishima, il n'avait pas l'intention de l'enchaîner à lui. Il souffrirait peut-être sur le moment, mais dans l'avenir, lorsque sa tête de pique aurait trouvé quelqu'un de meilleur, capable de l'aimer comme il le méritait, il finirait même par oublié qu'ils avaient été ensemble.
Et si pour cela il fallait employer les grands moyens, Bakugo le ferait.
Pas le choix. Pour être sûr que Kirishima se détache de lui, il allait devoir faire ce qu'il savait faire de mieux : être un parfait salopard et le faire souffrir.
Il sentit une larme orpheline rouler sur sa joue.
5 octobre 2018 [05:30]
Internat de la Seconde-A
Les jours s'enchaînaient et se ressemblaient. Entre les cours et les séances de rattrapages, le monde tournait de façon si banal et mécanique que Bakugo avait parfois la sensation d'avoir simplement cauchemardé la mort de Kirishima et sa rencontre avec Aya. Mais alors l'univers le rappelait à l'ordre en mettant Mao sur son chemin, symbole de son échec amoureux et héroïque. Incapable d'avoir aimé et sauvé le garçon auquel il tenait pourtant plus que tout.
C'était une dynamique à laquelle il essayait doucement de s'habituer. Même si voir Kirishima avec un autre ne cesserait jamais de lui faire du mal, il allait devoir se montrer digne de cet amour qu'il avait rejeté par le passé et cela passait par de la patience.
Après plus de deux semaines dans cette réalité alternative, il jugeait que les choses se passaient plutôt bien. Lui et Kirishima s'étaient très vite rapprochés grâce à leurs entraînements nocturnes dans le gymnase et leurs échanges toujours plus personnels. De parfaits étrangers, ils étaient devenus camarades et presque amis. Loin de ce qu'ils avaient connu avant, mais c'était déjà énorme.
Réveillé à l'aube par son esprit en fusion (comme c'était le cas chaque jour depuis son arrivée dans cette réalité parallèle), Bakugo se leva dans l'idée d'aller courir avant le début des cours. D'ordinaire, il partait dans le silence de l'Internat encore endormi, mais ce matin-là, il manqua de sursauter en découvrant une silhouette assise dans la cuisine, faiblement éclairée par une petite lampe de chevet installée nonchalamment sur le plan de travail.
Kirishima, encore en T-shirt et jogging de nuit, somnolait sur ses cahiers éparpillés sur la table, un mince filet de bave au coin des lèvres. Bakugo prit pleinement conscience de ce qu'était l'amour quand, face à ce spectacle pourtant loin d'être chic, il sentit son cœur s'enflammer. Il aimait ses cheveux en pagaille, sa respiration profonde, son haut trop grand et son sourcil entaillé qui tressautait au grès de son rêve.
Kirishima dû ressentir sa présence à travers son sommeil, car il se réveilla difficilement quelques secondes après que Bakugo soit descendu.
- Merde, je me suis endormi ? demanda-t-il en se frottant les yeux.
- Pas étonnant. Qu'est-ce que tu fais debout si tôt ? On s'est entraîné jusqu'à 23h hier soir. J'aurais cru que tu dormirais jusqu'à la dernière minute avant le début des cours.
- J'aurais bien aimé, reconnut le rouge. Mais j'ai un examen à réviser. Entre mes difficultés de base et l'alternance, j'ai dû mal à gérer les cours théoriques. Je me suis tapé une sale note au dernier examen de maths et Aizawa m'a confirmé que si je ne relevais pas le niveau, il serait obligé de me faire arrêter les missions avec Fat Gum. Il a accepté de me donner un contrôle de rattrapage après les cours ce soir, mais je bute encore sur pas mal de notions. Je comptais sur le calme de la cuisine, loin de l'appel de mon lit pour réviser tranquille mais ...
Il glissa une main dans sa nuque et rit nerveusement.
- Il faut croire que la table apparaît tout aussi confortable quand on est fatigué.
- Tu aurais dû me dire que tu avais un exam' ! s'agaca Bakugo. Si j'avais su que tu devais réviser, on aurait zappé l'entraînement !
- Je sais mais ... Je- Disons que je n'avais pas envie d'annuler.
Bakugo eut presque l'impression de voir Kirishima rougir sous la lumière légère de la lampe. Son cœur s'emballa comme un cheval au galop.
Enfin ... Il délirait sûrement à cause de la fatigue, lui aussi.
- Sérieusement, tu ...
Il s'interrompit en soupirant. Après tout, qui était-il pour lui faire la morale ? Il aurait sûrement réagi pareil.
Alors plutôt que de l'engueuler pour son inconscience, il alluma la lumière de la pièce et vint s'installer à côté de son camarade.
- Qu'est-ce que tu fais ? s'étonna Kirishima.
- Je vais t'aider. Tu vas réussir cet examen et conserver ta place chez Fat Gum.
- Mais ... Tu n'étais pas sur le point d'aller courir ?
- Concentre-toi sur tes cours, tête d'ortie, lui ordonna-t-il en ignorant sa question.
Kirishima n'aurait pas su dire pourquoi, mais ce surnom enveloppa sa poitrine d'une douce chaleur.
Près de deux heures plus tard, Kirishima avait tout assimilé des quelques notions de maths sur lesquelles il bûchait. Bakugo n'était, certes, pas le plus patient des professeurs particuliers, mais il n'en restait pas moins étonnamment pédagogue.
Le rouge l'observait déblatérer sur les fonctions, efficace et concis, fasciné par l'intelligence cachée sous cette épaisse chevelure blonde. Il s'étonna à dériver sur les détails de son visage qui donnait l'impression d'être tout le temps froissé. De ses sourcils penchés, à sa mâchoire tendue, en passant par ses yeux concentrés, il donnait l'image d'un garçon froid et constamment en colère. Un contraste d'autant plus étonnant alors qu'il était en train d'aider un camarade de classe à réviser son contrôle depuis 5h30 du matin.
Kirishima sortit brusquement de son observation lorsque Bakugo asséna un coup de règle sur l'arrière de son crâne.
- Tu n'écoutes pas un foutu mot de ce que je dis ! s'énerva ce dernier.
- Si, si, j'ai tout compris, je t'assure ! répliqua la victime en levant les mains en signe de paix.
Le blond grogna, peu convaincu.
- Tu ne viendras pas te plaindre si tu foires.
- Je vais réussir, lui promit son élève de fortune. Et je t'offrirai un verre dès que j'aurais récupéré ma copie. Tu m'as beaucoup aidé. Merci, Katsuki.
Bakugo n'avait pourtant pas l'impression d'avoir fait grand chose, mais savoir que le peu dont il était capable pouvait être utile à Kirishima, le rassura. Ne restait plus qu'à s'en assurer en découvrant la note qu'aurait l'adolescent à son examen de rattrapage.
- Je peux te poser une question ? demanda soudain le futur Red Riot.
- Je croyais que tu avais tout compris, argua le blond.
- Non, ce n'est pas ça.
Effectivement, le sourire gêné de Kirishima laissait entrevoir une question bien plus intime et personnelle qu'une simple précision sur un cours de maths. Bakugo se sentit un peu stressé.
- Il y a deux semaines, le jour où tout le monde révisait dans le salon avec Yaoyorozu, commença Kirishima, tu as débarqué de je-ne-sais-où dans ma chambre pour me prendre dans tes bras. Et tu as dit que tu étais content que j'aille bien.
Le blond blêmit soudainement. Il avait occulté cet épisode gênant qui s'était produit après qu'Aya ait utilisé son alter, et avant qu'il ne réalise que lui et Kirishima n'étaient pas vraiment proches dans cette version de l'histoire.
En y repensant, il était étonné que le rouge ait accepté de le fréquenter après ça. N'importe qui aurait préféré se tenir à distance, méfiant.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? osa demander son ami. Pourquoi est-ce que tu as dit ça ? Alors qu'en réalité, on ne s'était ... jamais vraiment parlé, avant.
Bakugo ne savait pas vraiment quoi lui répondre. Il ne pouvait évidemment pas dire la vérité, mais comme il se l'était promis depuis son arrivé dans cet univers, il ne voulait plus mentir non plus. Alors il arrangea l'histoire à sa façon.
- Je suis désolé, de t'avoir mis mal à l'aise ce jour-là, s'excusa-t-il d'abord. C'était déplacé et maladroit.
Il inspira profondément avant de continuer.
- Pour tout t'avouer, tu ressembles énormément au garçon que j'aimais et que j'ai perdu.
Cette révélation bouleversa Kirishima au plus profond de ses entrailles. Il sentit une horde de papillons mal venus venir batifoler dans son ventre et s'efforça de les ignorer.
- J'ai eu un moment d'égarement suite à sa mort et ... je n'en sais rien, j'imagine que j'ai dû délirer et vous confondre. C'est carrément glauque, je sais.
Mais loin de le juger, son interlocuteur préféra poser sa main sur la sienne, toujours aussi tendre et rassurant qu'à l'accoutumée. Il évita toutefois de la serrer, par peur que Bakugo ne perçoive sous pouls affolé contre sa peau.
Dans le silence lourd laissé par ce discours, Kirshima, jeune, stupide et nerveux, voulut l'atmosphère de la pire façon qui soit.
- Est-ce que ça veut dire que je suis ton genre de mec ?
Son rire jaune se répercuta contre les murs de la cuisine tandis qu'il rageait intérieurement contre sa connerie. Il ne savait même pas pourquoi il avait dit ça. C'était nul et loin d'être adéquat, et Bakugo allait sûrement le détester pour ça.
Pourtant, lorsqu'il osa relever la tête pour s'excuser de sa bêtise, le blond n'était plus qu'à quelques centimètres de son visage. Assez proche pour que Kirishima puisse déceler toutes les nuances de doré dans ses iris et la chaleur de son souffle sur sa peau.
Une proximité terriblement inappropriée. Alors pourquoi paraissait-elle si naturelle ?
Les lèvres de Bakugo semblaient appelées celles de Kirishima, comme deux vieilles connaissances ayant hâte de se retrouver. Et qui étaient ces deux lycéens pour lutter contre l'appel douloureux de leurs bouches qui ne rêvaient que de se (ré)unir ?
Peut-être même qu'ils auraient laissé faire, si le pas lourd et peu discret de Kaminari ne s'était pas fait entendre dans les escaliers.
- BONJOUR TOUT LE MONDE ! hurla-t-il, beaucoup trop enjoué dès le matin.
Le charme rompu, les visages en feu et la honte au creux du ventre, Bakugo et Kirishima se séparèrent. Mais si Kaminari s'était tu, même lui et son absence totale de subtilité, auraient pu entendre les battements affolés de leurs deux cœurs, (inconsciemment) ravis d'avoir retrouvé leur moitié.
À suivre.
