1 semaine avant la mort de Kirishima

10 septembre 2018 [12:01]

Lycée de Yuei

Bakugo était déjà mort de fatigue lorsque midi sonna, annonçant le début de la pause déjeuner. Il comptait bien sur cette heure de battement entre deux cours pour aller dormir un peu. Il n'avait pas faim de toute façon. À dire vrai, cela faisait cinq jours qu'il avait perdu l'appétit, en même temps que le sommeil.

Depuis sa conversation avec Kirishima. Ce dernier n'avait pas lâché l'affaire. Il restait convaincu que Bakugo voulait le quitter pour de mauvaises raisons et dans ce sens, il n'avait pas complètement tort. Le blond ne voulait pas le quitter, il l'aimait beaucoup trop pour ça, mais il voulait le libérer. De son sale caractère, de sa jalousie et de tout ce qui le retenait de s'exposer au grand jour. Et ça, ce n'était pas de mauvaises raisons.

À l'image des jours qui avait précédé leur « dispute », Bakugo s'était épuisé toute la dernière semaine à essayer d'éviter le plus possible son camarade. Il savait qu'un regard attendrissant, un sourire triste ou même un effleurement de sa main pourrait suffire à le faire revenir sur sa décision et ce n'était clairement pas le but.

En cours, il sentait le poids de ses yeux rouges sur son dos et s'efforçait de rester impassible, dans le vague et incapable de réfléchir. Dans tous les cas, il n'avait pas la patience, ni l'énergie nécessaire pour écouter le cours. Pas alors qu'il peinait chaque soir à trouver les bras de Morphée qui se moquait ouvertement de sa fatigue.

« Tu l'as bien cherché » pouvait-il l'entendre dire.

Sans doute. Mais il ne comptait pas se justifier davantage. Il aimait Kirishima à en crever, et pour cela, il allait lui épargner une vie cachée et insatisfaisante. Qu'il soit d'accord ou non.

Alors que la sonnerie retentissait encore, Bakugo enfourna ses quelques cahiers (sortis pour la forme) dans son sac à dos, dans l'idée de quitter la classe le plus vite possible avant que son ex-petit ami ne décide de le coincer dans un angle.

Mais lorsqu'il vit une main s'abattre sur son bureau, il comprit qu'il était foutu.

- Tu nous expliques ?

Bakugo releva vivement la tête, surpris de voir Kaminari et Sero penchés sur lui, plutôt que Kirishima. Acculé, il jeta un rapide coup d'œil inquiet autour de lui, tandis que le reste de ses camarades s'affairaient à quitter la pièce.

- Lâchez-moi la grappe, je n'ai pas le temps, déclara-t-il en se levant.

Mais d'une main ferme et bien plus puissante qu'il n'y paraissait, Kaminari l'obligea à se rasseoir sur sa chaise.

- Si tu t'inquiètes pour Kirishima, tu peux te détendre, l'informa-t-il. Mina l'a traîné de force jusqu'à la cantine, histoire qu'on puisse discuter tous les trois.

- Je n'ai rien à vous dire.

- Alors tu peux écouter, non ? demanda Sero. Même toi, tu sais faire ça, je me trompe ?

Bakugo put facilement entendre les remontrances cachées dans leurs voix et ne s'en sentit que plus mal. Mais plutôt crever que d'avoir l'air faible devant ses amis. Comment pourrait-il espérer être crédible dans sa décision autrement ? Et de toute manière, ce n'était pas comme si le reste du Bakusquad était au courant de quoi que ce soit.

- Il s'est passé un truc qu'on ignore ? relança Kaminari une fois la salle vide.

- Va savoir.

- Sérieusement, mec, soupira Sero. Ça devient lourd ! Pendant des semaines, toi et Kirishima vous avez été inséparables au point de parfois nous mettre de côté ! Comment vous avez pu passer d'un tel extrême à un autre ?

- Je doute que ça vous concerne, rétorqua l'intéressé.

Kaminari haussa les épaules.

- Tu as raison, lui accorda-t-il. Peut-être que ça ne nous concerne pas. Mais mon pote va mal et ça, je ne peux pas le supporter. Et mon instinct me dit que tu es le seul à pouvoir lui redonner le sourire.

- Ton instinct est merdique.

- Faux ! C'est bien la seule chose en laquelle j'ai une confiance absolue.

Le blond leva les yeux au ciel. Il ignorait pourquoi il s'évertuait à discuter avec ces deux boulets. Il ne pourrait jamais véritablement leur parler de ce qu'il s'était passé et quand bien même ce serait le cas, Kaminari et Sero ne comprendraient pas sa décision et feraient tout, eux aussi, pour qu'il change d'avis. Il n'avait vraiment pas besoin de ça.

- Je n'ai pas envie d'en parler, conclut-il simplement en se levant une nouvelle fois.

Cette fois-ci, ces deux amis ne cherchèrent pas à le retenir, conscients qu'il ne servait à rien d'insister, et encore moins de recourir à la violence.

- Tu l'as bouleversé.

Les mots du futur Chargéclair atteignirent Bakugo comme un brusque coup dans le dos. Sa respiration se bloqua et il s'obligea à rester de marbre.

- Tu as débarqué dans sa vie et tu t'es rendu indispensable, poursuivit Kaminari avec une sagesse qu'on ne lui connaissait pas. Tu ne peux pas tout foutre en l'air simplement parce que tu l'as décidé.

Ce furent les paroles de trop. Bakugo, impulsif, se tourna vers Kaminari et empoigna son col de veste, sans se soucier des interventions de Sero.

- Tu n'as aucune putain d'idée de ce dont tu parles, lâcha le futur numéro 1 entre ses dents.

- Katsuki ?

Et comme toujours lorsqu'il entendait sa voix, Bakugo s'apaisa instantanément. Derrière lui, Kirishima se tenait dans l'encadrement de la porte, accompagnée de Mina dont la mine défaite semblait signifier : « Désolée, j'ai essayé de le retenir. »

Le plus vieux eut le cœur déchiré en découvrant le visage de son ex-petit ami. Il avait mis tant d'effort à ne pas croiser son regard dernièrement, qu'il n'avait même pas pu constater son état. Ses cheveux étaient lâchés, et donnaient l'impression d'être en berne comme son moral. Ses yeux étaient cernés de fatigue, preuve que son sommeil était tout aussi troublé que celui de Bakugo.

Kirishima n'allait pas bien.

Et ce n'était pas en acceptant de lui faire face, en lui parlant, en revenant sur ce qui avait déjà été dit qu'il irait mieux. Le blond en était convaincu. Le temps panserait ses blessures. Pas lui.

Alors, d'un geste brusque, il relâcha Kaminari et récupéra son sac pour s'empresser de quitter la pièce. Il ignora du mieux qu'il pu les appels du garçon qu'il aimait et s'enfonça dans le couloir blindé de monde. Il osa lâcher un soupir de soulagement, se croyant hors d'atteinte au milieu de la foule.

Mais c'était mal connaître la détermination de Kirishima.

- BAKUGO ! hurla ce dernier.

L'utilisation de son nom de famille eut pour effet de le dévoiler à toute les personnes présentes autour de lui. Tout le monde le connaissait depuis son passage remarqué au tournoi de Yuei quelques mois plus tôt. Et même si ce n'était pas le cas, personne ne saurait résister à l'appel du scandale.

Au milieu du silence que l'appel de Kirishima avait provoqué, Bakugo continua de marcher, se fichant pas mal de la cinquantaine de paires d'yeux braquées sur lui.

- Sérieusement ? relança le rouge assez fort pour qu'il l'entende. Tu vas m'obliger à te courir après ?

Pas de réponse.

Kirishima commençait à craquer.

- Tu sais que je me fous de balancer tout ce que j'ai à te dire au milieu du lycée ! Alors merde, arrête de jouer aux plus cons et parle-moi ! On peut régler ça, on peut ...

- Ferme-la !

Bakugo aussi était à bout de nerfs. Complètement dépassé par les évènements, par ce que son cœur voulait et ce que sa conscience lui dictait. Il n'en pouvait plus d'entendre la voix rauque et singulière de Kirishima et qui lui faisait tant d'effet. Il voulait qu'il se taise pour qu'il puisse réfléchir convenablement, loin de toute subjectivité.

L'adolescent capable de durcir son corps se figea en entendant la répartie du blond. Bakugo était certes un habitué de ce genre de phrase, mais là, il s'agissait d'une réelle colère. Et Kirishima ne se sentit que plus mal de lui inspirer un tel sentiment.

Les yeux au bord des larmes, il oublia presque toute la foule autour d'eux qui les écoutait, attendant impatiemment le dénouement de cette dispute. Il ne voyait plus que Bakugo, ses poings serrés qui menaçaient d'exploser, sa mâchoire crispée à s'en briser les dents et son regard qui paraissait tout aussi malheureux que lui.

- S'il te plait, reprit le plus jeune d'une voix brisée. Si tu as ne serait-ce qu'une once de respect pour notre amitié, pour moi ... Laisse-moi te parler.

Voir Kirishima pleurer acheva de détruire Bakugo.

Il était la pire des ordures à qui on avait permis de tomber amoureux. Il n'avait jamais voulu en arriver là. Au contraire, il aurait voulu rendre ce garçon si atypique et enjouée, aussi heureux qu'il était possible de l'être.

Mais il n'en avait pas les capacités. Preuve en était cette nouvelle crise qu'il aurait pourtant voulu a tout pris éviter. Il n'avait plus le choix. Pour le bien de Kirishima, même s'il n'en avait pas encore conscience, il devait aller au bout de son choix et de ses convictions.

Alors, il desserra les poings et revêtit ce masque qu'il avait l'habitude de porter chaque fois qu'il sentait ses émotions déborder. Là, au milieu du couloir bondé, ses yeux faussement indifférents rivés sur Kirishima et de la voix la plus calme possible, il répondit purement et simplement :

- Tu n'es rien pour moi.

Quelques murmures choqués et perdus s'élevèrent autour d'eux.

Incapable de soutenir l'expression meurtrie du garçon qu'il aimait, Bakugo tourna vivement les talons et s'éloigna doucement.

Au fond, il rêvait de pouvoir courir loin, là où personne ne verrait les deux larmes orphelines qui se mirent à rouler sur ses joues. Mais il ne put que traîner d'un pas alourdi par les remords et la douleur.

« Pardonne-moi, Eijiro. »

Mais l'intéressé n'aurait jamais l'occasion de le faire.

Sept jours plus tard, il mourrait d'une hémorragie cérébrale.

10 octobre 2018 [14:59]

Lycée de Yuei

Le karma était sacrément joueur. Bakugo l'imaginait bien se fendre de rire face à la situation. Lui qui n'avait eu de cesse de fuir Kirishima quelques temps avant sa mort, c'était désormais à son tour d'endosser le rôle de pestiféré. Depuis leur petit dérapage dans la cuisine de l'internat, survenu cinq jours plus tôt, le rouge avait tout mis en œuvre pour éviter de croiser son camarade au fort caractère.

Bakugo devait le reconnaître : c'était affreusement frustrant. Il regrettait d'autant plus d'avoir eu ce genre de comportement par le passé, incapable d'affronter ses peurs et la réalité. Mais il savait ce que c'était et il ne pouvait pas en vouloir à Kirishima pour faire la même chose.

Ce dernier n'avait pas manqué d'astuces et d'imagination pour ne pas avoir les confronter : lui et la situation dans laquelle ils s'étaient fourré malgré eux avec ce baiser qu'ils avaient failli partagé. En cours, Kirishima regardait partout sauf dans sa direction, s'empressait de courir dieu sait où à chaque pause, et s'enfermait dans sa chambre dès leur retour à l'internat le soir. Il ne venait même plus à leurs entrainements nocturnes. Cela signifiait bien que Bakugo n'était pas paranoïaque.

Il en devenait fou, et si rien ne changeait d'ici peu, il allait certainement manquer de faire sauter le bâtiment sur un coup de colère. Aussi fort avait-il pu croire que fermer les yeux sur ses problèmes suffiraient à les faire disparaître, il n'allait pas laisser Kirishima fuir éternellement. Il devait mettre les choses à plat, autrement il pouvait dire adieu à ses projets de reconquête.

L'heure tournait au ralenti et Aizawa ne semblait pas en avoir fini de parler. L'œil rivé sur l'aiguille des secondes et la main plaquée sur le bureau, Bakugo donnait l'impression d'être sur une ligne de départ, prêt à démarrer au coup d'envoi.

Driiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiing.

Et à en juger par la façon dont Kirishima détala sitôt l'alarme lancée, il était plus proche de l'emporter que Bakugo.

« Rêve toujours, si tu crois m'échapper. »

Le blond jugeait lui avoir donné suffisamment d'espace et de temps de réflexion. Il était plus que temps de l'affronter. Et Kirishima avait beau être plein de bonnes volontés, Bakugo n'en restait pas moins plus rapide et plus stratège.

Il courut à sa poursuite dans le couloir, se fichant totalement les regards intrigués de leurs amis et de leur professeur principal. Contrairement à ses cheveux cendrés, ceux de Kirishima, vifs et flamboyants, étaient facilement reconnaissables même eu milieu de la foule.

Le parallèle de cette situation ramena Bakugo à ce fameux jour où lui et son ex-petit ami s'étaient définitivement séparés. Les remords le prirent à la gorge mais il choisit de les ignorer pour lâcher d'une voix forte :

- Sérieusement ? Tu vas m'obliger à te courir après ?

C'était ces mêmes mots que Kirishima lui avait dit à ce moment-là. Et si Bakugo et son entêtement légendaire, eux, avait choisi de jouer les ignorants, le héros à l'alter de durcissement et son esprit médiateur préférèrent lui répondre plutôt que d'attirer davantage l'attention.

D'un sourire gêné envers les autres élèves présents dans les parages, Kirishima fit volte face pour rejoindre Bakugo, en priant pour qu'il ne lui prenne pas l'idée de crier de nouveau. Le blond ne put retenir un sourire satisfait en voyant le visage rougi de son âme-sœur.

- Bon sang, tu peux éviter de faire ça, murmura celui-ci entre ses dents.

- De faire quoi ?

- Arrête de te moquer du monde.

- Je veux juste discuter, lui assura le plus vieux.

- Oui, et bien je doute que ce soit le lieu idéal pour faire ça.

- Là-dessus, on est d'accord.

Et sans demander son reste, Bakugo empoigna la main de son camarade et l'entraîna à l'angle d'un autre couloir, réservé au personnel. Sans se soucier des règles, ni des clichés, il pénétra dans le local de ménage et y entraîna Kirishima.

La pièce était étroite, la lumière basse et l'odeur javellisée. Certainement pas un meilleur endroit que le couloir, mais au moins, ils y avaient de l'intimité. Plaqué au fond de la pièce, Kirishima devait bien se reconnaître complètement piégé. Et son cœur, battant à tout rompre, l'avait bien compris lui aussi.

- Je ne te laisserai pas sortir avant qu'on ait eu une petite discussion, décréta le futur numéro 1.

- Je ne sais pas ce que tu veux que je te dise.

- Pourquoi tu m'évites ?

- Je ne t'évite pas, Bakugo, je ...

- Oh ? Alors on en est revenus aux noms de famille ? Je ne suis plus Katsuki ?

Kirishima laissa échapper un grognement de frustration. Ce type le poussait à bout et pourtant, rares étaient ceux qui y parvenaient. Mais son côté calme reprit le dessus et il trouva le moyen d'apaiser sa voix.

- J'essaye désespérément de mettre de la distance entre nous, expliqua-t-il. Tu peux le comprendre, non ? Alors pourquoi tu insistes ?

- Non, je ne comprends pas. Tu pourrais peut-être m'éclairer ?

- Merde, Bakugo ! Tu veux me faire imploser ou quoi ? Tu vas sérieusement m'obliger à le dire ?

- Je ne compte pas te laisser renier ce qu'il s'est passé simplement parce que tu l'as décidé.

- Il ne s'est rien passé, soupira Kirishima avec difficulté.

Sa voix s'était tordue sur le mot symbolique, comme si elle-même savait que ce n'était qu'un tissu de mensonges. Il ne s'était peut-être rien passé de concret, effectivement, mais dans la tête et dans la poitrine du garçon aux cheveux rouges, c'était un véritable déluge qui s'était déclenché.

Son souffle se coupa lorsque l'objet de tous ses troubles se rapprocha légèrement, le poussant un peu plus à reculer contre le mur.

- C'est vraiment ce que tu penses ? Que ce n'était rien ?

- ... Ça ne peut pas être autre chose, reprit doucement Kirishima.

Sa tête baissée et ses doigts entremêlés trahissaient tous ses doutes et ses difficultés à réfléchir correctement. Bakugo se sentit coupable de lui imposer une telle conversation, mais s'ils ne l'avaient pas maintenant, il avait la sensation qu'ils n'auraient plus d'autres occasions.

- Parle-moi, lui quémanda le blond.

Le rire moqueur de sa conscience se répercuta au quatre coins de sa tête. Il était gonflé de lui demander ça quand il était lui-même terriblement secret et renfermé. Mais c'était sa manière à lui de se protéger. Kirishima, lui, était davantage le genre à déballer ses sentiments pour se décharger, alors il allait l'y pousser.

- Ce qu'il s'est passé, ça n'aurait jamais dû nous effleurer l'esprit, reprit ce dernier.

- Pourquoi ? C'était si inconcevable que ça ?

- Je suis avec Mao, Bakugo ! Je ne sais pas ce que tu imagines mais je ne suis pas du genre cavaleur et je n'ai pas l'intention de le tromper.

- Ce n'est pas ce que je te demande, mais il y a de ces choses qui ne se commandent pas.

Sur ce point, Kirishima fut bien incapable de le contredire. L'attirance, l'amour, le désir étaient des éléments impossibles à prévoir et à contrôler. Mais cela ne voulait pas dire qu'il fallait les laisser nous dévorer pour autant.

- Je n'ai pas envie de m'engager sur ce terrain avec toi, avoua le rouge.

Bakugo sentit son cœur se serrer, mais là où il aurait réagi au quart de tour par le passé, ici, il s'efforça de se contenir. Il se mordit l'intérieur de la joue pour ravaler toute parole stupide qui pourrait lui échapper et relança :

- Je sais très bien que je ne suis pas le meilleur choix qui ...

- Ça n'a rien à voir, le coupa Kirishima.

- Dans ce cas, c'est quoi ?

L'intéressé glissa une main dans ses cheveux écarlate, nerveux.

- Tu as dit ... que je ressemblais à ton ancien copain, murmura-t-il. Celui qui est mort. Que c'est pour ça que tu m'as pris dans tes bras, l'air complètement déboussolé l'autre jour.

- Et alors ?

- Et alors, je ne veux pas être un second choix !

Il avait certainement répondu un peu trop brutalement mais ça avait été plus fort que lui. Il fallait que Bakugo réalise à quel point leur relation pouvait paraître malsaine.

- Tu n'as clairement pas fait ton deuil, poursuivit Kirishima. Et pour être honnête, je crois que tu ne t'es rapproché de moi que parce que je te rappelle ton amour perdu. Mais je suis désolé ... Je ne saurais jamais le remplacer, ce serait beaucoup de pression et je ... Je n'ai clairement pas les épaules pour ...

Oh bon sang. La situation était si compliquée.

Bakugo mourrait d'envie de tout lui balancer. Leur passé commun, sa mort, Aya, ses envies de changer, de le reconquérir, mais même dans un monde fait d'alters, il serait juste passé pour un fou et Kirishima aurait sans doute fui pour de bon. Mais il ne pouvait décemment pas le laisser croire qu'il le voyait comme un second choix, comme un « remplaçant ». Il était le seul, et l'unique. Il l'avait toujours été, sans quoi, Bakugo n'aurait pas été jusqu'à revoir l'univers tout entier pour le sauver.

Impulsif et sans concession qu'il était, il ne trouva qu'un seul moyen pour lui faire comprendre. Au diable les mots, il n'y avait qu'avec les actes qu'il était en mesure de s'exprimer convenablement.

D'un geste vif mais maîtrisé, Bakugo glissa sa main sur la nuque de Kirishima et attira son corps contre le sien. Sans lui laisser le temps de réagir, il joignit leurs bouches l'une à l'autre, dans ce qui pourrait s'apparenter à un feu d'artifices. Une douce chaleur qu'il pensait ne plus jamais ressentir, envahit son ventre et ses lèvres se murent d'elles-mêmes, ravies d'avoir retrouvées leurs moitiés.

Kirishima aurait tant voulu avoir la volonté de le repousser. Il était un futur héros après-tout, il aurait dû être en mesure de s'oublier, de faire taire ses émotions. En vain. La sensation allait bien au-delà de tout ce qu'il avait vécu jusqu'alors. Donc, passées quelques secondes de surprises, il encadra instinctivement le visage de Bakugo entre ses mains et répondit passionnément au baiser.

C'était un échange brûlant, désespéré, comme si le contact de leurs bouches l'une contre l'autre constituaient leur nouvelle façon de respirer.

De sa main libre sur les hanches de son partenaire, Bakugo réduisit la distance entre leurs corps et approfondit leur baiser. Il mit à profit ces quelques mois de relation qu'ils avaient partagé pour faire tourner la tête de Kirishima, se rappelant des petits détails qui le rendaient fou.

Il lui mordilla la lèvre inférieure, avant de glisser sa bouche sur sa mâchoire. L'air devenait incroyablement chaud et lourd, mais aucun des deux garçons ne manifestait l'envie de sortir de la pièce. Au contraire, Kirishima encouragea Bakugo a poursuivre ses attentions sur la peau de son cou, ses doigts enfouis dans ses mèches blondes et le souffle court.

Mais après Kaminari, ce fut le téléphone du rouge qui vint jouer les trouble-fêtes.

La bulle éclatée, le charme rompu, les deux adolescents se séparèrent essoufflés, malgré l'envie de ne jamais s'arrêter. Kirishima cligna plusieurs fois des yeux comme pour prendre conscience d'où il était et de ce qu'il venait de se produire.

Les jambes encore flageolantes et l'esprit embué, il peina à se redresser pour récupérer mécaniquement le portable enfoui au fond de la poche arrière de son jean. Bakugo ne put retenir un grognement agacé quand il vit le nom de Mao sur l'écran.

Kirishima releva les yeux vers le blond.

- Il faut que je ... Enfin, je dois ... Si je ne réponds pas, il ...

- Eh. Je comprends.

Il se pencha vivement pour l'embrasser une nouvelle fois. Un baiser certes plus court et plus tendre, mais qui n'en demeurait pas moins renversant.

- Sache juste que tu n'es pas, tu n'as jamais été un second choix, alors ... S'il te plaît, réfléchis à tout ça.

Encore complètement retourné par ce baiser, Kirishima fut bien incapable de faire autre chose que de hocher la tête. Il attendit que Bakugo quitte le local, avant de décrocher son téléphone. C'est à peine s'il entendit ce que la voix de Mao lui racontait. Il ne pouvait que se concentrer sur la sensation étrange qui avait élu domicile au creux du ventre : celle d'avoir retrouvé quelque chose qui lui manquait terriblement.

À suivre.