13 octobre 2018 [12:45]

Momijiyama Park

Bakugo resta silencieux une bonne dizaine de minutes. Son esprit divaguait, encaissant tant bien que mal ce que les excuses d'Aya signifiaient pour lui et pour cet avenir qu'il espérait pourtant radieux. Il n'entendait même pas les pleurs légers de la jeune fille, ni les cris des joueurs amateurs sur le terrain de football. Il restait là, immobile, comme si le moindre de ses gestes pouvait briser l'environnement.

Même s'il avait su quoi dire, il aurait été bien incapable de prononcer le moindre mot. Aucune parole en ce monde n'aurait pu arranger la situation alors ... à quoi bon ? Autant rester silencieux. Après des années à hurler pour évacuer sa rage et sa frustration, il avait fini par comprendre que cela changeait rarement les choses.

Pour autant, il avait besoin de comprendre. De savoir pourquoi Aya l'avait amené aussi loin ? Si c'était pour qu'il se retrouve aussi impuissant et démuni ? Il aurait préféré mourir que de revivre ce cauchemar.

- Qu'est-ce qu'il implique réellement ... ? Ton alter ?

C'est à peine s'il reconnut sa propre voix, rauque et basse, comme s'il avait longuement pleuré. Il s'efforça de rester digne, incapable de regarder l'adolescente dans les yeux. S'il le faisait, il craignait de ressentir une colère si vive qu'il s'en prenne à elle. Et péter un plomb était bien la dernière chose dont il avait envie à ce moment précis, aussi tentant cela pouvait-il être.

Il l'aperçut brièvement du coin de l'œil essuyer ses joues avant de répondre :

- Moi-même je n'en suis pas complètement sûre ...

Elle l'avait confessé si bas que Bakugo se demanda s'il avait bien entendu.

Face au silence qui suivit, Aya comprit que son interlocuteur en attendait plus. Elle renifla une dernière fois et expira longuement comme pour se débarrasser physiquement de son stress.

- Avant notre rencontre, je n'avais utilisé mon pouvoir que deux fois dans ma vie, expliqua-t-elle. D'abord sur un camarade d'école, puis sur mon frère. Et pour tout t'avouer, la première fois, était quasiment accidentelle. J'avais six ans, je me croyais sans alter et je n'avais pas la moindre idée de ce que je faisais.

Elle avait cette étincelle dans le regard qui traduisait une certaine nostalgie, comme si elle regrettait cette époque où elle se pensait marginale et sans la moindre faculté spéciale.

- Mon ami d'enfance s'appelait Matsuno, poursuivit Aya. Sa mère et lui ont eu un accident de voiture un soir en rentrant de l'école. Le choc n'a pas été très violent. Elle, en est ressortie avec un bras cassé, mais lui, il ... Il était détaché au moment de l'impact. Et il est mort sur le coup.

Six ans. Bakugo ne put s'empêcher de s'imaginer à la place de ce gamin, de penser à ce que sa mère, son père et tous ses proches auraient ressenti à sa perte. C'était si jeune et si injuste. Qui aurait pu reprocher à un enfant de cet âge de se sentir invincible ? Jamais il n'aurait cru, dans un monde de héros et de pouvoirs, qu'une ceinture détachée pourrait lui coûter la vie.

- Ça a été ma première expérience de la mort. Et si je dois être tout à fait honnête, je n'avais pas véritablement conscience de l'aspect ... définitif de la chose à ce moment-là.

Elle laissa échapper un petit rire nerveux, témoin de toute la stupidité qu'elle ressentait à l'égard de cette naïveté dont elle avait fait preuve à l'époque. Mais quoi de plus normal pour une petite fille ?

- Alors quand on m'a enfilé une robe noire, emmenée dans cette salle remplie de monde que je ne connaissais pas, et commandé de dire « au revoir » à mon ami, je n'ai pas véritablement compris. Matsuno était juste là, endormi dans une sorte de couffin blanc, pourquoi aurais-je dû lui dire « au revoir » ? Il dormait, il ne m'entendrait pas.

De nouvelles larmes virent baigner les joues de l'adolescente à ce souvenir.

- Donc, dans l'espoir de le réveiller, j'ai posé la main sur son épaule. Et c'est là que j'ai vu : sa courte vie, ses joies, ses peines et surtout ses différents choix, jusqu'à ce moment fatidique où il avait décidé de détacher sa ceinture. Puis le choc.

Bakugo sentit son estomac se retourner. Quel traumatisme ça avait dû être pour cette gamine. De voir cet accident, de constater qu'une toute petite décision stupide d'enfant avait pu mener à une telle finalité.

- Après je ... Je n'en sais rien ... Ça s'est fait naturellement. J'ai eu le besoin irrépressible de modifier ce souvenir, de le manipuler pour en faire quelque chose de plus beau. Alors j'ai « fait un sorte » que Matsuno reste attaché. Et que, par conséquent, l'accident qui lui avait coûté la vie, ne soit plus réduit qu'à un léger accrochage.

Raconté ainsi, l'alter d'Aya paraissait être le don le plus merveilleux que la nature ait créé. Mais il suffisait de voir la façon dont elle se mordait la lèvre inférieure, pour comprendre que la fin de cette histoire n'avait rien d'heureux.

- C'est mes parents qui ont compris les premiers. Je n'avais pas conscience de ce que j'avais fait. Mais c'est en parlant de l'accident qu'ils ont eu la puce à l'oreille. Comme, dans cette version, cela n'avait été rien de grave, aucun adulte n'avait jugé utile de nous en parler à nous, leurs enfants. Comment pouvais-je savoir ça ? Alors je leur ai expliqué ce que j'avais vu : Matsuno reposant dans une « boite » en bois, les larmes de sa mère, l'impact violent des deux voitures que j'avais vu en le touchant et la façon dont j'avais remodeler les choses. C'était un récit trop précis et convaincant pour qu'une enfant de six ans ait pu l'inventer. J'ai eu de la chance qu'ils me croient.

Bakugo ressentit un frisson. De quelle façon, en tant que parent, pouvait-on réagir en apprenant que notre enfant était doté d'un tel pouvoir ? Cela avait quelque chose d'effrayant.

- Ils ont fait le choix de garder le silence sur ce dont j'étais capable, enchaîna Aya. Pas peur de ce que le gouvernement et les personnes mal intentionnées pourraient chercher à me faire s'ils l'apprenaient. Ils m'ont fait déclaré sans alter et je leur ai promis d'utiliser ce don le plus rarement possible. Il y avait trop de variables inconnues. Je me souviens même qu'à l'époque, je trouvais ça ridicule. Pourquoi devais-je me priver de modifier la réalité si c'était pour la rendre meilleure ? Mais bon ... J'étais une enfant. J'ai écouté et je n'ai pas réutilisé ce pouvoir.

- Mais ?

Parce qu'il y en avait forcément un. Il ne pouvait pas juste s'agir d'un joli petit conte à la morale douteuse comme on en faisait bouffer aux gosses en espérant leur faire entrevoir le monde bien plus beau qu'il ne l'était réellement.

- Cinq ans plus tard, Matsuno est mort à nouveau. Dans les mêmes circonstances : en voiture avec sa mère, la ceinture détachée et lors d'une collision beaucoup plus brutale dont il n'est pas revenu.

Ses poings se resserrèrent sur les rebords du banc, au point d'en faire blanchir ses phalanges.

- Ça ne pouvait pas être une coïncidence, la situation était beaucoup trop similaire à ce qu'il avait vécu la première fois ! C'est là que j'ai compris : en définitif, je ne pouvais rien changé ... Je ne faisais que retarder l'inévitable.

Ç'en était trop pour Bakugo. Il laissa de vives explosions lui brûler les mains, s'efforçant de les contenir pour ne pas imploser au beau milieu du parc. Il avait envie de hurler, de tout ravager sur son passage.

Il se leva d'un coup pour s'éloigner d'Aya, conscient qu'il ne répondait plus de rien.

- Putain de merde ! s'exclama-t-il. Pourquoi est-ce que tu m'as laissé faire ça ? Pourquoi est-ce que tu m'as proposé ton aide si tu savais comment ça allait se finir ? Bordel, mais c'est quel genre de jeu tordu ?

- Ça n'a rien d'un jeu, Bakugo !

Aya s'était levée à son tour, ne voulant pas se démonter face au garçon plus que ce n'était déjà le cas. Mais, consciente d'avoir sans doute crié un peu trop fort, elle se racla la gorge avant de reprendre plus calmement :

- Cinq ans, répéta-t-elle. J'ai offert cinq années de plus à vivre à Matsuno. Cinq années de plus à profiter de sa famille, à faire de nouvelles expériences, à grandir... Ce n'est pas rien, si ?

Les paroles firent mouche auprès du blond. Il devait bien le reconnaître. Cela pouvait paraître très court pour n'importe quel vivant, mais quand on était mort une première fois, cela devait s'apparenter à toute une éternité. Même si ledit Matsuno n'en avait, au final, jamais eu conscience.

- Bakugo ... Je n'ai pas la main sur ce qu'il va se passer. C'est au-delà de mes capacités. Kirishima finira par mourir, tué par un vilain lors d'une mission, tout comme mon frère mourra d'une balle perdue dans la poitrine. Je ne peux changer que d'infimes variables, et malheureusement cela ne suffira pas à renverser la finalité de l'histoire.

Quelque peu méfiante, la jeune fille osa tout de même se rapprocher de son ami pour lui effleurer le bras. Bakugo se raidit, mais, en dépit du regard noir qu'il lui lança, ne dit rien.

- Quand je t'ai proposé mon aide, je l'ai fait avec le même espoir que j'avais lorsque j'ai sauvé mon jumeau. Je voulais croire que j'étais capable de vous offrir dix, voire vingt, peut-être même cinquante ans de plus l'un avec l'autre... Mais lorsque j'ai lu l'article parlant de son altercation avec un vilain et de son séjour à l'hôpital, j'ai compris que le passé commençait déjà à le rattraper.

Elle pressa ses doigts sur le bras du lycéen dans l'idée de témoigner toute sa compassion. Ce n'était pas de l'hypocrisie. Elle était sincère. Comment ne pouvait-elle pas l'être alors qu'elle vivait la même chose ? Dans la peur et l'incertitude constantes ? À se demander quand on viendrait lui arracher de nouveau son frère ?

- Je te supplie de me pardonner, Bakugo. Je n'ai jamais voulu vous faire de mal, je te le jure.

Désespérée, Aya s'accrocha à la chemise du garçon, laissant éclater toute sa culpabilité à travers de douloureux sanglots. Et étonnamment, Bakugo la laissa faire. Il n'avait plus la moindre force dans les bras pour la repousser de toute manière. Les dernières révélations l'avaient vidé de toute son énergie et la terre aurait tout aussi bien pu s'écrouler sous ses pieds que ça lui aurait été complètement égal.

La douleur était encore pire que la première fois. C'était comme s'il avait été aveugle, puis goûté à la lumière avant qu'on ne la lui reprenne violemment. Et ça le déchirait. Comment avait-il pu se croire méritant d'une telle chance ? Il n'était jamais rien d'autre qu'un petit con arrogant qui s'était imaginé pouvoir se moquer de la mort sans conséquence.

Il plaqua une main sur ses yeux et lâcha un rire jaune.

Quel abruti, il était ...

Tout était de sa faute. Tout n'avait jamais été que sa faute. Et il n'allait certainement pas se contenter de cet état de fait. Il était prêt à tout pour sauver Kirishima. Il se l'était promis.

- Je ne peux pas ... lâcha-t-il simplement.

Intriguée par ses mots, Aya cessa doucement de pleurer pour relever la tête vers Bakugo.

- Quoi ... ?

- Je ne peux pas accepter ça.

- Mais ... On ne peut rien faire ...

Il n'avait pas envie, ni besoin d'entendre des conneries pareilles.

- Il y a forcément une variable ! Quelque chose qui peut changer la donne ! Toi-même, tu ignores sans doute encore un milliard de trucs sur ton pouvoir ! Si un simple choix de vie peut bouleverser une relation, une voie professionnelle, ou même une façon de penser, alors on doit aussi pouvoir changer la manière dont on meurt !

- Qu'est-ce que tu entends par là ?

- Que c'est peut-être à cause de nous si le schéma se répète, expliqua-t-il. Et pas à cause du destin ou une autre merde conceptuelle du genre ! Peut-être que ton ami Matsuno n'a pas pu réchapper au pire parce qu'il a tout simplement fait ce même choix stupide de détacher sa ceinture une deuxième fois !

L'adolescent se remit à rire nerveusement, une larme orpheline roulant sur sa joue gauche.

- J'ai cru que Kirishima était mort parce qu'il souffrait par ma faute, parce que je lui avais fait du mal et que ça l'avait perturbé jusque sur le terrain, au point de le rendre moins compétent et attentif. Et ici, dans cette nouvelle réalité, j'aurais fait n'importe quoi pour me rattraper et le rendre heureux.

Toujours les yeux dans le vague, il haussa fébrilement les épaules.

- Mais après ce qu'il s'est passé l'autre soir, je crois que je ne peux plus nier l'évidence. Ce n'est pas le mal que je lui ai causé qui l'a tué. C'est juste moi. Quoi que je fasse, je ne fais que l'embrouiller, le torturer ...

- Mais qu'est-ce que tu racontes ?

Ignorant totalement la question d'Aya, Bakugo releva la tête vers le ciel comme si cela pouvait empêcher ses larmes de couler, un sourire triste sur les lèvres.

- Je crois que je sais ce qu'il me reste à faire.

Il écarta doucement la jeune fille de lui et s'éloigna en courant, mû par un instinct de protection qu'il ignorait posséder. Il fallait qu'il protège Kirishima, qu'il le sauve de cette mort certaine que Bakugo semblait transporter avec lui. C'était la seule chose à laquelle il pouvait penser. La seule chose qui comptait. Si bien qu'il n'entendit même pas Aya l'appeler au loin.

Et c'est bien dommage.

Car s'il avait pris le temps de revenir sur ces pas et d'écouter ce qu'elle avait à lui dire, il aurait pu l'entendre prononcer ces seules phrases capables de réellement changer sa façon de penser :

« Bakugo...Tu n'as jamais été l'élément que j'ai dû modifier pour sauver Kirishima. Tu n'es pas responsable de sa mort. Et peu importe ce que tu décides de faire, tu ne le seras pas plus dans cette réalité-là. »


13 octobre 2018 [19:45]

Internat de la Seconde-A

Bakugo faisait les cents pas dans sa chambre depuis si longtemps qu'il aurait pu commencer à creuser une tranche dans le parquet. Il était rentré directement à l'internat après sa discussion avec Aya, espérant y trouver Kirishima.

Mais, s'il en croyait les dires de l'ampoule humaine – Kaminari – celui-ci avait quitté le bâtiment environ une heure après le départ de Bakugo. Mais nul de ses camarades ne savait où il était parti et encore moins pour quoi faire, ni quand il rentrerait.

De quoi angoisser terriblement le blond qui s'imaginait les pires scénarios possibles depuis son retour. Encore plus sachant que Kirishima ne répondait ni aux appels, ni aux textos. Et si Bakugo avait réagi trop tard ? Et si le garçon qu'il aimait errer sans vie, quelque part dans la ville après y avoir été faire dieu seul sait quoi ? Et si le passé l'avait véritablement rattrapé et achevé le travail une bonne fois pour toute ?

Il alternait entre l'actualisation des infos sur internet et la consultation de sa messagerie, attendant désespérément des nouvelles. Entre chaque, il envoyait bouler ceux qui montaient lui proposer à dîner ou il cognait son poing contre son oreiller pour décompresser.

Il se sentait terriblement pathétique.

- Numéro 1 des héros, mon c...!

- Woh. Qu'est-ce qui t'arrives encore ?

Le rire doux et léger de Kirishima lui parvint aux oreilles comme la plus belle et triste des mélodies. Sa seule écoute suffit à lui compresser la poitrine. Mais d'un autre côté, il était aussi terriblement soulagé de le voir vivant et entier, appuyé nonchalamment dans l'encadrement de sa porte.

Bakugo se tourna pour faire face à l'objet de tous ces troubles, en s'efforçant de masquer tous les émotions qui se bousculaient dans sa tête et dans son cœur.

- Où est-ce que tu étais ? ne put-il s'empêcher de demander tandis que l'autre refermer derrière lui.

- Et toi ? rétorqua Kirishima d'un air taquin. Tu as fui sans prévenir tout à l'heure.

- J'avais ... Il fallait que j'ai une petite discussion avec une amie.

Le rouge accusa sa réponse avec une légère suspicion.

- Une amie, hein ? Je dois m'inquiéter ?

- T'es sérieux ? lâcha Bakugo en haussant un sourcil.

- Pardon, s'excusa son camarade en se grattant la nuque, gêné. Je n'ai pas réfléchi avant de parler.

S'il l'avait pu, Bakugo aurait volontiers arracher son propre cœur hors de sa poitrine pour le rappeler à l'ordre. Qu'il continue à s'emballer comme ça chaque fois que Kirishima souriait et il n'arriverait jamais à faire ce pourquoi il était là.

Et cette fois-ci, il voulait faire les choses mieux. Éviter à tout prix que cela soit aussi brutal et douloureux que la première fois ... Bakugo prit son courage à deux mains.

- Écoutes, je ...

- Moi, j'étais avec Mao, l'interrompit l'intéressé.

Une vive jalousie envahit le blond. Il se mordit l'intérieur de la joue pour éviter de laisser exploser ce ressenti amer, mais fut bien incapable de contrôler ses poings qui se serrèrent jusqu'à enfoncer ses ongles dans ses paumes.

Kirishima ne manqua pas de le remarquer et s'en amusa intérieurement. Il ne l'avouerait peut-être jamais, mais l'idée de savoir Bakugo jaloux lui plaisait beaucoup.

- Et ? l'encouragea le blond, la mâchoire serrée.

Et ...

Il y avait un milliard de choses que Kirishima aurait pu dire pour répondre à cette question ouverte. Mais aucune formule orale de lui parut suffisamment efficace, suffisamment claire pour exprimer tout ce qu'il avait à lui dire. Et même si ça avait été le cas, il n'était pas des plus adroits avec les mots et il ne voulait surtout pas paraître niais.

Alors il abandonna l'idée de parler.

À la place, il glissa ses mains autour du cou de Bakugo et pour la première fois depuis qu'ils s'étaient rapprochés, il initia leur nouveau baiser. C'était tendre, délicat, presque nerveux malgré les quelques uns qu'ils avaient déjà partagés. Mais surtout, c'était encore et toujours terriblement bon.

À travers ce geste, Kirishima espérait faire comprendre à Bakugo, tous les sentiments qu'il lui inspirait, tous les espoirs qu'il avait pour leur relation, tout ce qu'il avait envie de découvrir avec lui. Et rien que lui.

En y réfléchissant tout le long du chemin du retour vers l'Internat, Red Riot s'était imaginé sentir le sourire satisfait du blond contre ses lèvres, fier d'avoir décroché son cœur. Mais, à sa grande surprise, il n'en fut rien.

Au lieu de ça, il sentit les mains de Bakugo envelopper sa taille et le plaquer contre lui. C'était bien plus passionné et brusque que ce à quoi il s'attendait mais Kirishima n'allait pas s'en plaindre, loin de là. C'était pure et authentique, comme ce garçon au fort caractère qu'il était heureux d'avoir pu connaître ... Merveilleux.

Pourtant, il sentit que quelque chose clochait. À la façon dont les doigts de Bakugo agrippaient ses hanches comme s'il craignait de le voir disparaître, à son pouls saccadé contre son buste, comme s'il se retenait de pleurer ... Et à ses lèvres sur les siennes : brûlantes et désespérées.

Bakugo l'embrassait comme si ... comme s'il n'y aurait pas de lendemain. Comme si c'était le dernier baiser qu'ils partageraient tous les deux.

Ils ne se séparèrent que parce que le manque d'oxygène les y obligea.

À bout de souffle, ils restèrent quelques secondes dans le silence, les mains du blond toujours fermement ancrées sur la taille de son partenaire, et sa tête, tristement baissée. Quelque chose n'allait pas.

- Eh ... Qu'est-ce qu'il y a ? l'interrogea Kirishima en l'obligeant à le regarder dans les yeux.

Il y avait tant de douleur dans les yeux de Bakugo que ç'en était alarmant. Mais dans le même temps, son regard semblait charger d'amour comme le garçon aux cheveux rouges n'en avait jamais vu auparavant.

- Je suis désolé, Kirishima.

- Tiens ? Maintenant, c'est toi qui cesse de m'appeler par mon prénom, plaisanta-t-il nerveusement.

Son camarade ne répondit rien, se contentant de l'observer comme s'il cherchait à mémoriser le moindre trait de son visage. Bakugo glissa même ses doigts dans ses cheveux écarlates, à croire qu'il voulait en savourer la texture.

- Tu avais raison, reprit ce dernier. Je crois que ... Que je n'ai pas encore fait le deuil de mon ex.

Si Kirishima pensait avoir pris un uppercut en plein de ventre suite à cette phrase, la suivante acheva de le briser :

- Et je crains que je ne me sois rapproché de toi ... Que parce que tu me le rappelles ...

« Dis que ce n'est pas grave. Balaye ma réplique d'un rire léger. Oubli ces moments qu'on a passé ensemble tant que ça n'a pas de réelle importance. »

« Alors peut-être que si nous redevenons de parfaits inconnus l'un pour l'autre, tu survivras. Parce que je ne serai plus là pour interférer de quelques manières que ce soit sur ta vie. Je ne serai plus cette variable défectueuse qui détruit tout autour de toi. »

« Je n'ai pas envie de te laisser partir mais je préfère que tu le fasses le cœur battant en me considérant comme une simple connaissance, plutôt que dans un cercueil, les pieds devants. »

« Je veux que tu aies l'occasion de vivre cette vie à laquelle tu n'as visiblement pas le droit quand tu es proche de moi. »

C'était tout ce qu'il aurait voulu pouvoir lui dire. Mais encore une fois, cela lui était impossible. Encore une fois, il refaisait les mêmes erreurs, mais là, il y avait quand même une petite différence : il le faisait avec les intentions les plus altruistes du monde. Parce que la vie de Kirishima était bien plus précieuse que son propre bonheur. L'amour ... C'était bien là la chose la plus complexe et la plus douloureuse que même un monde fait d'alter ne saurait corriger.

« Pardonne-moi de t'aimer. Parce que c'est ce qui te tue. »

À suivre ... (c'est les vacances donc pas de chapitre dimanche prochain :))