15 octobre 2018 [11:46]
Lycée Yuei
- Si tu ne recules pas dans les trois secondes, je t'explose la figure.
La menace de Bakugo avait beau être des plus sérieuses, Mao ne put que rire en l'entendant. Rien de moqueur. Mais voir le garçon aux cheveux blonds, les sourcils froncés et la mine sévère avait de quoi amuser. Et le visage gêné et paniqué de Kirishima n'aidait en rien l'élève de la filière assistance à se contenir.
- Détends-toi, lui intima ce dernier. Je ne viens pas ennemi. Je voulais juste m'assurer que les modifications que j'ai faites sur le costume de ton copain ne l'encombre pas lors de ses missions.
- Ton apport était inutile et coûteux, reprit Bakugo. Content ? Maintenant, tu peux dégager.
- Katsuki ! le réprimanda Kirishima. Mon costume est parfait, Mao. Merci encore pour ton temps et pour ton aide, je n'aurais pas pu avoir un tel résultat sans tes compétences. N'en déplaise à une certaine personne ici présente.
- C'est mon travail, répliqua l'intéressé. N'hésite pas à revenir si tu as besoin d'autre chose.
- Tu veux mon poing dans la figure ?
Avant qu'il n'ait pu faire démonstration de ses talents de boxeur, Bakugo fut interrompu par la main de Kirishima venue entrelacer la sienne. Aussi bien pour l'empêcher de frapper que pour l'apaiser.
- Dans ce cas-là, on va te laisser tranquille et on se revoit à l'occasion, fit-il dans un rire nerveux.
- Jamais, c'est bien aussi, sinon ? proposa Bakugo sans se départir de son regard noir.
Mao se contenta d'approuver d'un signe de tête, un sourire amusé au coin des lèvres. Il commençait à connaître ce blond au fort caractère et à la jalousie incontrôlée. Ce n'était pas bien méchant, juste difficile à gérer. Et la rumeur de cette possessivité avait déjà fait le tour du lycée. Aucun prétendant n'aurait été assez fou pour s'approcher de Kirishima maintenant qu'il était officiellement en couple avec Katsuki Bakugo.
Ce n'est d'ailleurs qu'une fois suffisamment éloignés, que ce le garçon aux cheveux rouges pressa subtilement la main de son partenaire dans la sienne afin d'attirer son attention. Lequel n'avait pas fini de fixer Mao, même de dos, d'un air hostile.
Pour autant, il avait parfaitement conscience de son comportement puéril et en avait même assez honte.
- Désolé ... marmonna-t-il. C'est juste ... plus fort que moi.
Bakugo n'était pas du genre à se voiler la face. Il savait très bien pour quelle raison il en voulait encore autant au futur ingénieur. Parce qu'une partie de lui ne pouvait s'empêcher de se remémorer cette version de l'histoire où Kirishima et Mao avaient été amoureux l'un de l'autre durant un temps. Il les avait vu s'enlacer, rire ensemble et s'échanger des regards tendres. Ces images, gravés au fer rouge dans sa mémoire, l'empêchaient de se détendre en sa présence.
Mais ça, son petit ami ne pouvait pas le savoir.
Car, un mois après sa sortie de l'hôpital, Bakugo ne lui avait toujours pas parlé de cette réalité alternative, ni de l'alter d'Aya. Il avait préféré repousser l'échéance pour ne pas perturber Kirishima davantage que sa mort imminente ne l'avait déjà fait. Mais à en juger par ses réactions excessives, c'était lui-même qui s'en retrouvait le plus bouleversé. Et cela commençait à être pesant.
Il sentit Kirishima porter leurs mains jointes à sa bouche et en embrasser doucement les phalanges dans un geste rassurant. Dans le hall de l'établissement, entouré de tout un tas d'autres élèves qui n'y prêtait plus attention depuis longtemps. Bakugo ne se sentit pas gêné le moins du monde.
Juste embarrassé par son cœur qui s'emballa comme un fou sur ce simple baiser.
- Je ne t'en veux pas, lui assura Kirishima. Je te l'ai dit : tu me suffis tel que tu es. Je ne chercherai pas à te changer. Je veux juste que tu te détentes et que tu me fasses confiance.
Face à des mots pareils, Bakugo se sentit d'autant plus mal de ne pas lui avoir tout dit. Au fond, il avait eu mille et unes occasions de le faire mais s'était constamment trouvé des excuses pour repousser encore et encore. Lui qui s'était juré de plus lui mentir, le faisait par omission depuis son retour et cela devenait difficile à gérer.
Pourtant s'il y avait bien une chose que cette réalité parallèle et Aya lui avaient appris : c'était qu'il n'avait pas à tout supporter seul.
Il avait ses parents, ses professeurs, ses camarades, le Bakusquad et surtout Kirishima pour l'aider à avancer et à évoluer. Il ne grandirait pas, ni ne deviendrait le plus grand des héros en la jouant solitaire. Le fardeau et la douleur sont des concepts bien plus faciles à porter lorsque leurs poids sont équitablement répartis.
- Allez, viens ! déclara son partenaire en souriant d'un air radieux. Je meurs de faim.
Bakugo s'était juré de reconnaître ses faiblesses et s'ouvrir aux autres en été une, au moins autant que l'était ce sourire à tomber. Ce même sourire qu'il avait failli ne plus jamais revoir et pour lequel il s'était tant battu, dans l'ombre.
À présent, même si tout semblait aller pour le mieux, le cours de la vie restait le même : avec la mort en terminus. Et s'il ignorait de quoi les lendemains seraient faits, une chose restait sûre : il n'avait pas envie que lui ou Kirishima meurt alors qu'ils demeuraient des secrets et des non-dits entre eux.
Car dans la réalité alternative qu'avait créé Aya, c'est à cette date précise, le 15 octobre, que Bakugo était mort des mains de Kendo en voulant protéger son amant. Le cours du temps avait cette faculté impressionnante de basculer sans prévenir et quand bon lui semblait.
Et c'était bien là le plus douloureux quand il n'y avait pas plus beau tableau au monde que cet adolescent aux cheveux écarlates, plein de vie et enjoué à la simple idée de déjeuner.
Bakugo sentit son cœur se gonfler d'amour pour ce garçon. Lui qui s'imaginait insensible, autocentré, et incapable de changer, se retrouvait à avoir les joues rougies rien qu'en regardant son petit ami à tête d'orties et au dents beaucoup trop acérées se réjouir d'aller manger.
Une vision banale qui eu pourtant un effet déclic.
À ce jour, il se rendait compte qu'il n'avait pas besoin d'en passer par des grandes déclarations ou des gestes théâtraux pour prouver ses sentiments. Il allait purement et simplement commencer par être sincère envers lui-même et envers ce garçon qu'il aimait tant.
Il allait rayer cette date tragique pour en faire un événement beaucoup plus symbolique.
- Tu as quelque chose de prévu cet après-midi ? osa demanda Bakugo.
- Eh bien, on n'a pas cours et à moins que Fat Gum n'ait besoin de moi en urgence, je suis totalement libre. Pourquoi ? Tu veux qu'on passe le reste de la journée tous les deux ?
Sa question respirait les sous-entendus. Bakugo s'en amusa, attendri. Il aurait rêvé de ces quelques heures en tête à tête avec son copain, dans l'une de leur chambre, à l'abri des voix trop fortes de leurs camarades qui ne cessaient de jouer les trouble-fêtes depuis que Bakugo et Kirishima s'affichaient au grand jour. Mina et Kaminari avaient le don tout particulier de vouloir en savoir un peu trop sur les étapes franchies par le jeune couple.
Les boulets.
- J'aurais adoré mais il y a quelqu'un que j'aimerais te présenter.
- Je sais que tu avais un peu abusé sur la bière ce soir-là, mais pour rappel, j'ai déjà rencontré ta mère.
- Je ne parle pas de ma vieille, crétin, le reprit Bakugo. Mais de l'amie avec qui j'étais le jour où tu t'es réveillé à l'hôpital. Tu t'en souviens ?
Kirishima réfléchit quelques secondes avant d'être frappé par une illumination.
- Ah oui ! La jeune fille de treize ans !
- Aya, précisa Bakugo.
- Je tâcherai de m'en souvenir. Mais pourquoi tu souhaites me la présenter tout à coup ?
- ... Parce qu'il y a certaines choses dont j'aimerais te parler et je préférerai qu'elle soit là. Elle est en quelque sorte mon ... mon pilier dans cette histoire que j'ai à te raconter.
Bakugo avait conscience du flou que devait laisser son discours et il ne put qu'imaginer combien son compagnon devait être perdu. Mais loin de le regarder avec suspicion ou incompréhension, Kirishima se contenta de resserrer sa main autour de la sienne.
- Si elle t'a soutenue pour quoi que ce soit alors j'ai hâte de la connaître.
Il n'y avait aucune peur, aucune angoisse dans son regard, rien qu'une profonde affection et une confiance aveugle. Tout ce que le futur numéro 1 pouvait rêver d'une relation. Il n'avait certes, pas eu de symbole de tolérance, ni d'exemple LGBT sur lequel s'appuyer étant gamin, mais aujourd'hui, il en avait un. Red Riot, Kirishima Eijiro, était l'homme qu'il lui donnait l'envie de s'assumer pleinement. Et un jour peut-être, il arriverait à être digne de lui. Ce jour en marquait le premier pas.
- Tu vas l'adorer.
- Même si l'espace de dix secondes, à mon réveil, j'ai cru qu'elle représentait une menace pour toi et moi ? demanda le rouge en riant nerveusement.
- Jalousie bien mal venue sachant que c'est toi qui, durant ton coma, rêvait être en couple avec un autre, ne put s'empêcher de répliquer Bakugo.
Kirishima eut du mal à se retenir de rire tant cela lui paraissait ridicule.
- Katsuki, ça n'avait rien de réel. Mon cerveau s'est plu à faire n'importe quoi, c'est tout.
Il l'attira dans un angle de couloir, à l'écart de la foule et profita de cette intimité nouvelle pour déposer son front contre celui de son homme.
- Et si j'ai bon souvenir, il me semble que je suis revenu vers toi, non ? poursuivit-il. Même en rêve, je ne peux pas imaginer ma vie amoureuse autrement.
Kirishima se pencha légèrement sur lui et le fixa de son regard enflammé. Si Bakugo avait eu le moindre doute sur la manière dont il réagirait en entendant l'histoire que lui et Aya allaient lui raconter, ils s'évaporèrent face à tant d'amour.
- Il fallait que ce soit toi, acheva Kirishima. Il faut toujours que ce soit toi.
Et la réciproque était tout aussi vrai se dit le blond avant de l'embrasser tendrement.
FIN
À vous lecteurs assidus, cachés ou commentateurs, ou simples curieux de passage sur cet épilogue, merci d'avoir été là. Si vous avez suivi cette fiction de ses débuts jusqu'ici, une immense reconnaissance pour votre patience et votre soutien.
J'espère de tout coeur que cette histoire vous aura plu et qu'elle aura su combler vos attentes.
Encore une fois, mille mercis pour tout !
