Lothaire Selwyn


1er septembre 1970

— N'oublie pas de t'amuser, quand même, lui recommande faiblement sa mère.

Lothaire ne l'écoute pas, il observe les nuages s'amonceler au-dessus de Darfield Citadel – l'horizon est entièrement bouché. Un vent sinistre s'est levé et agite la frondaison de la forêt qui s'étend à leurs pieds. Il a vu une infinité de jours semblables à celui-ci, des aubes sombres, noyées par les cumulonimbus, des matinées noires et sauvages qui obligent à se terrer chez soi ; celle-ci est différente, il perçoit son sifflement macabre. Quelque chose de mauvais se prépare.

— Réponds à ta mère.

La voix acide, brutale, le fait tressaillir. Lothaire se tourne vers l'homme impitoyable, sous le porche de la forteresse ; il voit ses yeux de démons, son rictus monstrueux, ses paumes mortelles. L'instant d'après, il a disparu et ses propres poignets le démangent, brûlent d'un feu corrosif ; il sent les cicatrices suppurantes et prêtes à se rouvrir.

— Lothaire, tout va bien ?

— On dirait qu'il va pleuvoir.

Quelque chose de mauvais se prépare.