Disclaimer : Seuls les personnages originaux m'appartiennent !

Résumé : Ils étaient trop jeunes pour laisser parler leurs sentiments. Trois ans passent, et juste après la finale de la Coupe du Monde Junior, Karl-Heinz et Sophia sont réunis.


« J'ai perdu ! »

Cette pensée ne quitta pas Karl-Heinz. Il avait fait bonne figure devant ses équipiers et leurs adversaires, mais maintenant qu'il était seul, dans ce couloir vide, il fit tomber le masque. Il avait vraiment cru pouvoir battre l'équipe du Japon, mais chaque fois qu'il réussissait à tromper la vigilance de Thomas et de marquer un but, les Japonais ne lâchaient rien et revenaient au score. Jusqu'à gagner le match, et la Coupe du Monde Junior. Il était vraiment déçu. Il voulait tellement gagner.

Ses parents le consolèrent, surtout sa petite sœur Marie qui jeta dans ses bras en souriant.

« On te retrouvera à la maison, à ton retour en Allemagne. » lui dit sa mère.

« D'accord ! » dit Karl-Heinz. « Merci d'être venu. »

« On n'aurait pas manqué ça, fiston. » lui dit son père.

Quand sa famille s'éloigna, Karl resta plus longtemps dans ce couloir désert. Il avait besoin d'être seul. La défaite allait mettre du temps à passer.

« Salut Champion ! »

Cette voix ! Karl-Heinz tourna la tête vers la gauche, et il la vit. Elle n'avait pas tant changé que ça, même si cela faisait trois ans qu'ils ne s'étaient pas vus. De longs cheveux noirs tressés sur le côté, elle portait une robe d'été qui n'avait qu'une seule bretelle. Evasée aux genoux, le bleu de la robe faisait ressortir le vert de ses yeux. Aux pieds, elle portait des ballerines blanches.

« Sophia ? »

« Bonjour, Karl-Heinz ! »

« Bonjour ! Comment tu m'as trouvé ? »

« Je savais que tu voudrais t'isoler après avoir perdu. Je te connais bien. »

Elle s'approcha de lui, sans le quitter des yeux et lui glissa quelque chose dans la main.

« A tout à l'heure, champion ! »

« J'ai perdu, Sophia. »

« Pas à mes yeux. »

Elle se hissa légèrement sur la pointe des pieds pour l'embrasser sur la joue, puis, sans qu'il n'ait le temps de la retenir, elle s'en alla. Il ne s'attendait pas à la revoir si tôt. Il se doutait qu'elle serait dans les tribunes, ayant baigné dans l'univers du foot, mais de là à venir le trouver après le match ? Il ouvrit la main et déplia le papier qu'elle y avait glissé. Il y était noté une adresse, et un numéro de téléphone. Elle lui donnait clairement rendez-vous. Le cœur de Karl-Heinz se gonfla d'une joie bienvenue. Trois ans. Il attendait ça depuis trois ans. Ils étaient bien trop jeunes à l'époque pour tenter quoi que ce soit entre eux, mais il avait été clair avec elle. Il l'aimait, et il lui laisserait du temps pour réfléchir à ce qu'elle voulait faire de sa vie. Il lui avait laissé trois ans, et voilà qu'elle venait à lui d'elle-même. Il oublia – pour l'instant – sa peine et sa déception d'avoir perdu la Coupe du Monde Junior, et rejoignit ses équipiers.

Il quitta l'hôtel avec ses affaires, ayant fait comprendre au sélectionneur allemand qu'il avait une affaire personnelle importante à régler avant de rentrer. Il dit au revoir à ses équipiers, puis monta dans un taxi qu'il avait fait appeler. Il donna au chauffeur l'adresse que Sophia lui avait fait passer, et il lui envoya un message pour la prévenir qu'il était en route.

Karl-Heinz Schneider connaissait Sophia Martinez depuis qu'ils étaient enfants. Leurs pères avaient joué pour le même club, sous les couleurs du Bayern de Munich, il y a longtemps, et Sophia avait donc habiter Munich quelques années dans son enfance. Ils avaient plus ou moins grandis ensemble, et ils s'étaient même entraînés ensemble. Quand le père de Sophia avait pris sa retraite, ils étaient restés en Allemagne jusqu'au quatorze ans de la jeune fille et de sa sœur jumelle avant de retourner vivre à Paris. Karl avait déménagé à Hambourg à cette époque, mais ils n'avaient jamais cessé d'être en contact, et savoir qu'elle repartait en France lui avait presque brisé le cœur.

« On est trop jeunes, Karl-Heinz. »

« Je sais, mais je sais aussi que je t'aime, et que ça ne changera jamais. Personne d'autre ne me comprend aussi bien que toi. J'ai besoin de toi, mais je vais te laisser réfléchir à ce que toi, tu veux. J'espère que tu me choisiras. »

Ils ne s'étaient plus revus depuis ce jour-là. Ils s'envoyaient des mails pour se tenir au courant, et il avait appris qu'elle hésitait à signer professionnelle, malgré qu'elle continue de jouer avec les moins de dix-sept ans du PSG. Elle aimait le foot, mais voulait-elle en faire carrière ? Même aujourd'hui, elle ne lui avait toujours pas donné de réponse.

« On est arrivé ! »

Karl paya le chauffeur et descendit du taxi. L'adresse était celle de la maison de famille des Martinez. Il l'avait compris à la seconde où il avait lu l'adresse sur le bout de papier. Sa valise à la main, il avança le long de la petite allée et monta les quelques marches du perron. La nuit tombait doucement sur Paris. Karl frappa à la porte et attendit. Pas très longtemps que la porte s'ouvrit sur une femme d'une petite quarantaine d'années, des cheveux blonds attachés en chignon, et qui portait une ravissante robe pourpre.

« Karl-Heinz ! » s'exclama-t-elle en l'accueillant. « Quel plaisir de te voir ! Entre, je t'en prie. »

« Bonsoir Elisabeth ! » Il l'appelait par son prénom depuis toujours, l'ayant elle-même demandé quand il était enfant. « Je suis content de vous revoir. Je suis désolé de ne pas avoir pu venir aux funérailles de votre mari. »

« Je sais, mais tu étais blessé. » dit-elle, en souriant.

« C'était quelqu'un de bien. » dit Karl.

« En effet ! » Puis, elle lui demanda : « Tu as faim ? »

« Non merci, j'ai dîné avec mes coéquipiers avant de venir. » dit Karl. « Euh, Sophia… »

« Oui je sais, elle m'a prévenu de ta venue. Elle est dans sa chambre. » lui dit-elle. « Tu te souviens du chemin à prendre ? »

« Oui ! » rit-il. « Euh, ma valise… »

« Tu peux la monter. On t'a préparé la chambre d'amie. » dit-elle. « Vous êtes encore mineurs. »

Un petit sourire en coin, Elisabeth disparut dans la cuisine. Levant les yeux au ciel, Karl-Heinz monta à l'étage, munie de sa valise qu'il laissa devant la porte de la chambre de la jeune fille qui était assise en tailleur sur son lit, à lire un magazine de foot.

« Je peux entrer ? »

Elle leva les yeux de son magazine.

« Salut Champion ! Entre, je t'en prie. Mais laisse la porte ouverte, ma mère m'a dit que je pourrais m'enfermer dans ma chambre avec un garçon le jour où j'aurais dix-huit ans. » dit Sophia, un sourire aux lèvres.

« Oui, elle m'a dit qu'on ne dormirait pas ensemble pour les mêmes raisons. » dit-il en entrant dans la pièce. « Pourquoi je suis là, Sophia ? Ne va pas croire que je ne suis pas content, au contraire, tu m'as manqué et ça fait du bien de te revoir et… »

« Karl-Heinz Schneider, si tu te taisais et que tu venais t'asseoir ? »

Sophia tapota le lit, restant les jambes croisées sur le matelas. Enlevant ses chaussures, Karl la rejoignit et imita sa position.

« Comment tu te sens ? » demanda-t-elle. « Toujours déçu d'avoir perdu ? »

« Tu le serais aussi à ma place. » répondit-il.

« Oui, si j'avais disputé un match pourri. » dit Sophia. « Mais toi, mon Champion, tu as disputé un match formidable. Tu as marqué deux buts, et on sait très bien tous les deux qu'il faut se lever tôt pour marquer un but à Thomas Price. Et Olivier Atton est un joueur exceptionnel. »

Sur ces deux points, Karl-Heinz ne pouvait pas la contredire. Il avait déjà marqué des buts à Thomas quand ils se sont rencontrés des années plus tôt, mais c'était pour rabattre le caquet de ce japonais qui avait la prétention de pouvoir arrêter n'importe quel tir. Karl lui avait décoché un tel boulet de canon que Thomas n'avait rien pu faire. Il n'avait même pas bougé. Il avait grandi depuis, et gagné en puissance. Ils ont joué ensemble à Hambourg tout ce temps, et durant la prochaine saison, ils allaient devenir des adversaires.

« Sois fier du match que tu as disputé aujourd'hui. » lui dit-elle. « Tu as été jusqu'en finale, et tu as affronté des adversaires – et en particulier un – à la hauteur de ton talent. »

« Merci Sophia, j'avais besoin d'entendre ça. » Il sourit. « Tu m'as manqué. »

« Tu m'as manqué aussi. » Elle se hissa sur ses genoux, et se rapprocha de lui. « On va bientôt avoir dix-huit ans, tous les deux. Toi, dans une semaine, et moi en novembre. »

« Oui, je sais. » dit-il, sans savoir où elle voulait en venir.

« Si je te disais, que j'ai envie d'être avec toi ? »

Karl sentit son souffle se bloquer.

« Si ? » répéta-t-il.

« Ma mère et ma sœur ne me retiendront pas, parce qu'elles savent que je t'aime. » Karl-Heinz était certain d'avoir arrêté de respirer, alors il se força à expirer discrètement. « J'ai terminé le lycée avec un an d'avance, et même si Paris veut me signer professionnellement, je sais que je ne pourrais pas rester plus longtemps loin de toi. Trois, quatre mois tout au plus, le temps que je sois majeur, et si tu veux toujours de moi à ce moment-là alors… »

« Oui ! » la coupa-t-il. « Oui Sophia, je veux de toi aujourd'hui, demain et toujours. »

Il conclut en l'embrassant. Ce n'était peut-être pas l'endroit idéal pour un premier baiser, mais il n'en avait rien à faire. Il n'allait pas se comporter en mauvais garçon et profiter de la situation. Le baiser était doux, les mains de Karl encadraient tendrement le visage de Sophia.

« Tu ne le regretteras pas ? » il ne put s'empêcher de le lui demander.

« Non ! » répondit-elle. Changeant de position, elle s'asseya sur le bord du lit pour lui faire face, et il l'imita. « On va devoir s'adapter à vivre ensemble, mais tant que je suis avec toi il n'y a rien sur terre que je pourrais regretter. »

« Et ta carrière ? » demanda-t-il. « Tu es une footballeuse exceptionnelle, tu as ta place dans un grand club, et je sais que Paris t'offre ta chance. »

« Je ne peux pas être loin de toi, Karl. Ça fait trois ans qu'on ne s'est pas vu, qu'on ne s'est parlé qu'à travers des mails ou des appels téléphoniques. » Elle soupira. « Je nous trouvais bien trop jeune quand tu m'as dit que tu m'aimais la première fois. Quand je t'ai dit que j'avais besoin d'y réfléchir, je l'ai fait surtout pour toi, pour que tu te concentres sur ta carrière. J'étais sûre de mes sentiments pour toi malgré qu'on fût trop jeune pour se mettre ensemble, mais je ne voulais pas entamer une relation avec toi et te voir quelques fois par an. Je ne l'aurais pas supporté. »

« Je comprends. » dit-il. Il lui prit les mains dans les siennes. « Je vais rentrer à Munich, et je vais nous trouver un appartement, comme ça quand tu me rejoindras on n'aura pas à squatter chez mes parents. »

Il fit la grimace. Elle rit.

« D'accord. » souffla-t-il. « On va tenir quelques mois sans se voir, ça devrait être faisable. »

« Maman est d'accord pour que je vienne passer un week-end par mois à Munich pour te voir jouer. » lui dit Sophia. « C'est tout ce que j'ai réussi à lui soutirer tant que je suis encore mineure. »

« Oh Dieu merci ! »

Le soulagement sur son visage la fit rire encore plus. Elle se blottit contre lui, les bras autour de lui, et il fit pareil de son côté. Lui embrassant le front, il profita de cette étreinte.

« Je me sens beaucoup mieux, grâce à toi. » dit-il, avant de bâiller.

« La star a besoin de repos. » dit Sophia, en s'écartant.

Elle lui prit la main, et l'emmena dans la chambre d'amie qu'il allait occuper quelques jours, et qui se trouvait juste en face de celle de Sophia.

« Tu vas pouvoir dormir tranquillement. » dit-elle. « Tu te souviens où est la salle de bain, et ne t'en fais pas pour demain matin, tu as besoin de dormir et on ne te réveillera pas avant… »

« Oh non, ne me laisse surtout pas faire la grasse matinée, j'ai horreur de ça. » lui dit-il. « Tu le sais très bien, pourtant. »

« D'accord ! » dit-elle en retenant un rire. « Je viendrais à neuf heures tapantes avec le petit-déjeuner. »

« Sophia… »

Mais elle se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser, ce qui eut pour effet de lui faire fermer son clapet, à ce beau blond. Elle l'avait laissé trois ans dans le brouillard, alors qu'elle-même savait déjà qu'elle le voulait, elle aussi, alors elle n'allait plus perdre une seule seconde, et elle avait déjà décidé de s'occuper de lui tout le temps de sa première saison. Prendre une année sabbatique ne pourrait pas lui faire de mal. Sophia continuerait de s'entraîner de son côté, mais elle était décidée à ne pas disputer un seul match durant la saison qui arrivait. Sa priorité était Karl.

« Et si on te faisait entrer dans l'équipe féminine ? » dit-il, à la fin du baiser. « Tu as largement le niveau. »

« Karl, on parlera de ça plus tard. » dit-elle en lui caressant le visage. « Tu as besoin de dormir. Tu as tout donné durant cette Coupe du Monde, et surtout pour cette finale, il faut que tu te reposes. Tu vas bientôt commencer les entraînements dans ton nouveau club. »

Elle avait raison, il le savait, aussi il n'insista pas.

Le lendemain matin !

Sophia avait toujours été une lève-tôt. Comme Karl-Heinz, elle n'était pas du genre à traîner au lit. Peut-être que lorsqu'ils vivront en couple sous le même toit, ça changera. Ah, ne pense pas à ça… Ils allaient devoir s'apprivoiser dans la vie de couple. Ça n'allait pas être facile, vu le caractère de cochon qu'ils avaient en commun, mais Sophia était plus coriace que certaines personnes le pensaient. Elle était fille de footballeur, et toute sa vie elle avait vu sa mère mener sa famille d'une main de maître, tout en gardant son indépendance et en travaillant comme infirmière dans une clinique privée avec des horaires adaptés à ses deux petites filles. Sophia aimerait jouer au football professionnellement, mais pas si ça la tenait éloigné de Karl. Elle avait eu des propositions de plusieurs clubs français en dehors du PSG, comme Marseille, Lyon ou encore Monaco, mais elle les avait toutes refusées. Il n'était pas question pour elle de s'engager dans un club alors qu'elle avait déjà prévu de partir vivre à Munich avec celui qui faisait battre son cœur depuis leur enfance. Ça avait été difficile pour elle, à quatorze ans, de dire à Karl-Heinz qu'elle avait besoin de temps pour savoir ce qu'elle voulait, alors que sa décision était prise depuis le jour où elle avait compris qu'elle était amoureuse de lui. Ils étaient bien trop jeunes et ils avaient besoin de mûrir tous les deux. Ça ne les avait pas empêchés de communiquer par mail ou de s'appeler quotidiennement. Ça n'avait fait que fortifié leur désir commun d'être avec l'autre. Sophia n'avait raté aucun des matchs de Karl, et elle savait que c'était pareil de son côté.

Elle termina son footing et rentra chez elle, juste à temps pour voir sa sœur descendre les marches du perron, prête pour courir.

« On a enfin décidé de se lever, feignasse ? » la taquina-t-elle.

Sa sœur jumelle lui tira la langue, et parti au pas de course. Sophia secoua la tête, amusée. Sa sœur était bien la plus survoltée des deux. Blondes, les yeux bleus, Julia était le boute-en-train de la famille, alors que Sophia était plus posée. Elle adorait sa sœur plus que tout, et vice-versa. Et elles adoraient se taquiner.

Sophia savait que sa mère était déjà partie au travail, aussi monta-t-elle prendre une douche, et descendit préparer le petit-déjeuner. Habillée d'un short en jean et d'un chemisier à manches courtes du même vert que ses yeux, elle monta à l'étage, munie d'un plateau, qu'elle tint d'une main le temps d'ouvrir la porte de la chambre d'amie. Le jour filtrait à peine, avec le rideau tiré, mais Sophia s'avança sans problème et posa le plateau sur la table de nuit dénuée d'objet. Elle s'asseya sur le bord du lit. Karl dormait sur le ventre. La couverture le recouvrait au milieu du dos, et il était torse nu. Enfin, là elle ne voyait que son dos, et ce n'était pas la première fois qu'elle le voyait à moitié nu. Elle se souvint des vacances communes lorsqu'elle et sa famille vivaient à Munich. Les moments à la piscine ou au bord de mer. Mais aujourd'hui, ils n'étaient plus des enfants. Ils n'étaient pas non plus des adultes à proprement parlé, mais l'adolescence n'empêchait en rien l'éruption des premiers émois physiques. Karl-Heinz Schneider était un très beau jeune homme, et viendrait le jour où tous les deux deviendraient in…

« Hum… »

Elle fut stoppée dans ses pensées lorsqu'il émergea lentement de son sommeil. Il se retourna sur le dos, et ouvrit les yeux.

« Hum, Sophia ? » dit-il d'une voix endormie.

« Bonjour, Champion ! » dit-elle d'une voix douce. « Tu m'as demandé de ne pas te laisser trop dormir, alors je t'ai apporté le petit-déjeuner. »

Elle se leva du lit et alla tirer le rideau de la chambre afin de laisser entrer le soleil de cette matinée. Karl grimaça face à l'agression de la lumière et ferma les yeux quelques secondes.

« Désolée ! » s'excusa Sophia.

« Pas grave. » marmonna-t-il en se relevant pour s'asseoir. « Il est quelle heure ? »

« Neuf heures dix. » répondit-elle en le rejoignant. « Bien dormi ? »

« Ouais, j'avais besoin de repos. » dit-il. « C'est pour moi ? »

Il désigna le plateau sur la table de nuit.

« Oui ! » Elle lui tendit un verre de jus d'orange bien frais. « Tiens, ça va te faire du bien. »

« Merci ! » dit-il en le prenant. « Oh euh, et toi ? »

« J'ai mangé en te préparant le plateau. » dit-elle en prenant ledit plateau, qu'elle posa sur l'espace à côté de lui, puis, elle s'asseya en tailleur. « Je suis multitâche. Mange ! »

« Et autoritaire ! » fit-il remarquer, amusé.

« Ne l'oublie jamais ! » sourit-elle. « Allez, t'as besoin de prendre des forces. Ce tournoi a dû te vider. »

« Je n'ai jamais autant donné sur un terrain que pendant cette finale. » avoua-t-il, avant de vider la moitié du verre. « Je vais profiter des trois semaines qu'il me reste avant la reprise de l'entraînement, pour passer du temps avec ma famille. Et je vais leur annoncer la bonne nouvelle pour nous deux. »

« Je suis impatiente de les revoir. » sourit-elle. « Et n'oublie pas de m'envoyer les dates de tous tes futurs matchs à domicile, que je puisse m'arranger pour venir te voir. »

« Je réserverais moi-même tes places. » dit-il, quand son ventre grogna.

« Mange ! » le pressa-t-elle.

Il leva les yeux au ciel mais s'empara tout de même du toast grillé beurré qu'elle lui tendit, et croqua dedans. Très vite, le plateau fut vide. Avec un verre de jus d'orange frais, quatre toasts grillés beurré et un bol de fraises bien mûres, le footballeur était calé. Il utilisa la salle de bain pour une bonne douche qui finit de le réveiller, s'habilla et rejoignit sa copine au rez-de-chaussée. Il avait à peine descendu la dernière marche que Sophia lui sauta dans les bras. Il la rattrapa juste à temps, et elle s'enroula autour de lui telle une pieuvre.

« Quelle énergie ! » dit-il, amusé. « Qu'est-ce qui me vaut ça, Mademoiselle Martinez ? »

« Hum, rien de spécial. » dit-elle. « Je suis juste heureuse, même s'il faut qu'on parle, alors direction le canapé du salon. »

« A vos ordres ! » pouffa-t-il.

Il avait fait quelques pas que des bruits de courses dans les escaliers se firent entendre. Julia en descendit, habillée d'un pantacourt en jean, d'un dos-nu fuchsia et d'une paire de tennis aux pieds. Ses longs cheveux blonds cascadaient autour d'elle. Sophia et elle étaient des jumelles identiques, et heureusement que la couleur des cheveux et des yeux pouvait les différencier.

« Salut, la dingue ! » la salua amicalement Karl, qui avait toujours Sophia enroulée autour de lui.

« Salut, le blondinet ! » répondit-elle du tac-o-tac.

« Tu vas où comme ça ? » demanda Sophia.

« Retrouver mon Ben chéri. » dit Julia. « Je l'ai à peine vu de toute la compétition, il faut bien qu'on rattrape un peu tout ça. Ciao ! »

Elle s'en alla.

« Depuis quand elle a un mec ? » demanda Karl-Heinz, en gagnant le salon. « Et c'est qui ce Ben ? »

Il s'asseya sur le canapé, et Sophia changea de position afin de passer ses jambes par-dessus les siennes.

« Ils sont ensemble depuis deux ans, et tu le connais. Tu l'as affronté hier. » dit Sophia. « Elle sort avec Ben Becker, le numéro onze du Japon. »

« Oh, ok, je ne le savais pas. » dit-il.

Après tout, quand il se parlait au téléphone ou par mail, ils ne s'étendaient pas trop sur ce qu'il se passait dans la vie de leur proche. En dehors des ils vont bien de rigueur, ils ne parlaient que d'eux.

« Est-ce que ta sœur passe en professionnel ? » voulut-il savoir.

« Oui, elle a signé son contrat, et elle sera la prochaine capitaine de l'équipe. » dit Sophia. « Il faut qu'on parle de ce que tu m'as dit hier soir, que tu voudrais essayer de me faire entrer dans l'équipe féminine du Bayern. »

« Quoi, tu n'en as pas envie ? » s'étonna-t-il.

« Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit, Karl. Il n'y a rien qui me ferait plus plaisir que de jouer dans le même club que mon père, mais j'ai décidé de ne pas disputer de match cette saison. »

« Quoi ? » s'étrangla-t-il. « Mais, Sophia, tu te rends du talent que tu as ? Tu es née pour jouer au foot. »

« Mais je ne veux pas que ça me définisse. » expliqua-t-elle. « Oui je suis douée au foot et mon père nous a entraîné comme des dingues ma sœur et moi, et je n'ai pas dit que je ne jouerais plus jamais au foot, mais que pour une saison, parce que je veux être avec toi. Tu vas entamer ta première saison dans ton nouveau club, et je veux te soutenir à cent pour cent. »

« Tu pourrais facilement faire les deux. » lui dit-il.

« Je sais, mais je n'en ai pas envie. Pour l'instant. »

Elle lui prit la joue en coupe, et posa ses lèvres contre les siennes pour le faire taire. Ça marcha, car il porta sa main derrière son cou pour la maintenir en place jusqu'à ce qu'ils aient besoin de respirer.

« Je te promets… » souffla-t-elle. « … que je passerais les sélections à la fin de la saison. Je vais continuer à m'entraîner de mon côté et… »

« Et je t'aiderais à rester au niveau. » dit-il avec sérieux. « Même si tu ne veux pas faire carrière longtemps, je vais faire en sorte que tu puisses vivre ton rêve de jouer pour les couleurs du Bayern. »

« Mon rêve c'est d'être avec toi, Champion ! » sourit-elle. « Ok, et de jouer au foot en professionnel, mais je me réserve le droit d'arrêter quand je l'aurais décidé. »

« Tu sais déjà quand tu voudras arrêter, je me trompe ? » dit-il, la connaissant par cœur.

« Disons qu'après cette année sabbatique, je veux profiter de cinq années pleines et entières en pro, et ensuite je veux m'occuper de ma famille. » Elle lui vola un baiser. « Sauf si tu ne veux pas d'en… »

« Ah, ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit. » dit-il, reprenant ses propres mots. « Tu es la seule personne avec qui je veux faire ma vie, et construire une famille. Je me calerais sur ton rythme, je vais rentrer à Munich et chercher un appartement pour toi et moi, et une fois que tu seras avec moi, on prendra le temps de construire notre relation. Petit à petit, je m'en fiche du moment que je t'ai à mes côtés. »

« Je n'en attends pas moins de toi, Champion. » sourit-elle. « Mais attention, je t'interdis de me faire un coup fourré en me faisant passer des essaies avant que je ne sois prête. »

« Je t'en donne ma parole. » Il l'embrassa. « Je t'aime ! »

« Je t'aime aussi ! »

Le lendemain, aéroport Charles-de-Gaulle !

« Les passagers à destination de Munich… »

Sophia avait accompagné Karl-Heinz jusqu'à l'aéroport, et ils ne s'étaient pas quittés jusqu'à ce que la voix d'hôtesse se fasse entendre.

« Bon, il faut que j'y aille. » dit-il. « Je n'ai pas envie de te quitter. »

« On se revoie bientôt. » lui promit-elle. « Ma mère me laissera peut-être venir te voir pour ton anniversaire. »

« Oui, ce serait bien. » dit-il, quand son vol fut à nouveau appelé. « Je dois y aller. »

Ils échangèrent un baiser plein d'amour et de promesse, et, l'anse de son sac sur l'épaule, il recula jusqu'à la porte d'embarcation. Avant d'en disparaître, il se retourna une dernière fois. Comme la dernière fois, trois ans plus tôt, il laissa un morceau de son cœur avec Sophia.

Fin !

Notes bonus de l'autrice :

Sophia fait plusieurs voyages à Munich jusqu'à ses dix-huit ans, où elle part s'y installer pour y vivre avec Karl-Heinz. Comme elle l'avait décidé, elle le soutient jusqu'à la fin du championnat que l'équipe remporte. Elle passe les essaies et intègre l'équipe féminine avec brio, et dont elle devient très vite la capitaine. Elle est rejointe par son équipière en équipe de France Jenny Giller, et elles métamorphosent l'équipe toutes les deux.

Côté vie privée, Karl-Heinz demande Sophia en mariage deux ans après le début de leur histoire, et se marient un an plus tard. Cinq ans après avoir joué en professionnel et transcendée le championnat allemand féminin, Sophia se retira de la compétition au moment même où elle apprend sa grossesse, et plus tard les jeunes parents accueillent un petit garçon !


Et voilà pour ce premier O.S.

Je vous rappelle que chaque O.S qui viendra par la suite sera à lire indépendamment les uns des autres.

On m'a déjà fait une proposition de pairing pour une prochaine histoire, il faut juste que je trouve la bonne à écrire *-*

A bientôt, les amis !

Aurélie !

*Lisez-bien la note en guise de premier chapitre ^^