Ainsi dos à dos, ils pouvaient chacun surveiller les arrières de l'autre.

Finalement, ils arrivèrent à destination sans difficulté. Ils quittèrent peu à peu les quartiers bondés pour se glisser dans les ruelles résidentielles. Cela ne les empêcha pas de rester proches et de continuer à guetter le moindre recoin, veiller au moindre bruit, observer chaque mouvement.

Une fois la porte de la maison fermée derrière eux, les garçons soufflèrent un grand coup, laissant redescendre la pression. Karma finit par lâcher Nagisa pour fouiller dans le sac de pharmacie.

« Pourquoi tu nous as fait faire autant de détours avant de rentrer ? » Demanda le bleuté en suivant son ami dans la pièce à vivre.

Ils ouvrirent les volets du salon qu'ils avaient laissé baisser en jetant un dernier coup d'œil vers l'extérieur.

« J'avais un mauvais pressentiment dans la pharmacie. Je voulais juste le confirmer et je pense que comme tu l'as vu, j'avais raison. » Répondit le carmin en se tournant vers le plus petit.

D'un signe de tête, il l'invita à s'installer sur le canapé. Il sortit la crème, les compresses et l'alcool à désinfecter. Ils s'assirent face à face, en tailleur.

Le carmin imbiba une compresse d'alcool pendant que le bleuté déballait la crème. Lorsqu'il tenta d'approcher la compresse du visage de Nagisa, celui-ci recula et lui lança un regard de défi. Le plus petit lui prit la compresse des mains et se l'appliqua lui-même contre la plaie qui barrait le haut de sa pommette. Il tressaillit légèrement lorsque le produit agressa ses sens.

« Je n'allais tout de même pas te laisser un tel plaisir. » Lança le bleuté avec un clin d'œil à l'adresse de Karma, un grand sourire aux lèvres.

L'intéressé sourit à son tour en s'emparant du tube de crème.

« Okay, si tu veux, mais pour ça tu auras besoin d'aide. »

Il désigna l'œil assombri de Nagisa. Après un moment de doute, ce dernier capitula, acceptant de faire confiance au carmin. Il le menaça de le tuer si jamais il lui prenait l'envie de vérifier que le bleu lui faisait vraiment mal. Cela déclencha un rire chez son vis-à-vis.

Karma alluma la télévision pour mettre les informations pendant qu'il soignait son ami. Il lui appliqua la crème le plus délicatement possible. Il n'avait jamais soigné quelqu'un avant ce jour. Il s'excusa à chaque grimace qu'il provoquait chez le bleuté, tout en écoutant distraitement la télévision.

Le carmin proposait à Nagisa de lui mettre de la pommade sur ses bleus dans son dos quand une alarme détourna leur attention. Ils tournèrent la tête vers l'origine du bruit : la télévision. Une journaliste apparut, le visage grave, dans un cadre rouge au titre « Disparition – Enlèvement ». Elle commença son discours alors qu'une photo de Nagisa s'affichait à l'écran.

« Alerte enlèvement : Ce matin, le jeune Shiota Nagisa a disparu. Il a quinze ans, mesure un mètre cinquante-neuf pour quarante-huit kilos et a les yeux bleus. Ses cheveux sont également bleus, longs et souvent remontés en deux couettes. Il a été porté disparu par sa mère Shiota Hiromi vers huit heures ce matin. Elle assure que la veille, son fils était simplement allé se coucher dans sa chambre après le repas qu'ils avaient partagé avec des invités. Lorsqu'elle a voulu le réveiller, elle a découvert sa chambre vide, la fenêtre grande ouverte et que plusieurs de ses affaires avaient disparu. C'est son petit ami, Akabane Karma, quinze ans, mesurant un mètre soixante-quinze pour soixante kilos, qui est suspecté d'être à l'origine de sa disparition. Il a les cheveux rouges coupés court et des yeux ambrés. Akabane Karma est connu pour avoir été renvoyé momentanément du prestigieux collège de Kunugigaoka pour mauvais comportement et faits de violence. À l'heure actuelle, certains passants nous ont rapporté les avoir vu se promener dans les rues de Tokyo alors que Shiota Nagisa portait des marques de coup sur le visage. Ne connaissant pas les circonstances de cette affaire, vous êtes invités à ne surtout pas intervenir. Si vous croisez l'une de ces deux personnes dans la rue, continuez votre chemin et contactez les autorités locales … »

Les deux garçons se regardèrent un moment, sous le choc alors que leurs photos défilaient sur le grand écran.

« Ça part un peu loin là, non ? Demanda Karma.

C'est sûr. Au moins ça explique les regards bizarres des gens dans la rue. Répondit le bleuté.

Qu'est-ce que tu veux faire ? »

Nagisa regarda son ami en penchant légèrement la tête sur le côté et en plissant les yeux. Il ne comprenait pas la question.

« Tu veux rentrer chez toi ? Rajouta le plus grand.

Sûrement pas ! S'exclama le bleuté horrifié. Elle a abusé ! Et en plus elle te fait porter le chapeau. Et puis, je crains un peu la correction qu'elle doit préparer pour mon retour… »

Lorsqu'il termina sa phrase, leurs téléphones se mirent à vibrer sans interruption. Un puissant coup de vent fit vibrer les fenêtres et fit sursauter les garçons. Ils virent que l'une des fenêtres s'était ouverte et furent surpris de trouver leur professeur derrière eux. Karma sauta par dessus le canapé pour aller fermer la fenêtre et s'énerva contre Koro.

« Vous pourriez être plus discret quand même !

C'est toi qui dis ça alors que tu passes à la télévision ? » Répondit le professeur Koro, debout derrière le canapé.

Le carmin revint s'asseoir aux côtés de Nagisa et attrapa le sachet de la pharmacie. Les deux garçons avisèrent la petite boîte restée à l'intérieur et rougirent de gêne. Précipitamment, ils rangèrent le matériel de soins sous l'œil amusé de leur professeur. Ce dernier les regardait avec un regard plein de sous-entendus. Les garçons comprirent qu'il se faisait des idées lubriques sur leur relation. Ils furent confortés dans leur idée lorsque le visage de leur professeur prit une teinte rosée. C'était des plus gênant.

« Au lieu de penser à des trucs bizarres, pouvez-vous nous dire ce que vous foutez là ? Commença à s'agacer Karma.

Je viens vérifier que mes deux élèves sont en bonne santé et en sécurité. Commença le poulpe, dont le visage reprenait sa couleur habituelle.

Pourquoi on ne le serait pas ? Intervint Nagisa passablement irrité.

J'ai vu les informations et je me suis inquiété. »

Les deux garçons le regardaient d'un œil mauvais dans lequel leur professeur pouvait voir le fond de leurs pensées. Tous deux n'appréciaient pas qu'il se mêle de leurs affaires. Dans les yeux de Karma grondait une colère menaçante qui imposait le respect et le silence. Dans les yeux de Nagisa brillait une confiance sans faille en son ami mêlée à de la colère.

Karma sentit Koro l'évaluer, le jauger. Son sentiment de colère prit en puissance et menaça de déborder lorsque le professeur fit subir le même examen à Nagisa. Sans vraiment y réfléchir, il se décala légèrement pour se placer devant son ami. Les yeux de Koro firent quelques allers-retours entre eux puis son attitude changea, comme s'il abandonnait la lutte.

« Eh bien voilà, on est là et tout vas bien. Vous avez besoin d'autre chose ? S'impatienta Karma, les bras croisés sur le torse, le menton relevé, méfiant.

Oui, veillez bien sur vous, soignez-vous, faites bien vos devoir pour lundi et ne soyez pas en retard en cours. »

Alors qu'il s'en allait, il laissa échapper un : "Ne faites pas trop les fous" avec un rire moqueur. Les deux garçons soufflèrent de soulagement une fois leur professeur parti. Nagisa se laissa même tomber à la renverse sur le canapé alors que Karma se rassit plus confortablement.

« Pendant un moment, j'ai cru qu'il allait me ramener chez moi après nous avoir « offert » une punition ! »

S'exclama le plus petit, allongé de toute sa taille en ramenant ses mains sur son visage. Il se mit à rire nerveusement en lâchant :

« La frousse qu'il m'a mis ! »

Karma le regarda se tordre de rire sur le canapé. Il n'y avait rien de réellement drôle. C'était juste un moyen comme un autre de faire redescendre le stress et pourtant, le carmin ne put résister et rit à son tour, emporté par l'hilarité de son ami.

Une fois le fou rire passé, Karma se leva, contourna le canapé et se dirigea vers la cuisine. Au passage, il caressa les cheveux de Nagisa.

« Tu as faim maintenant j'imagine ! »

L'intéressé, essoufflé, se figea au contact de la main dans ses cheveux. Il se tourna vers le carmin qui s'éloignait vers la cuisine et sourit, rêveur.

Une fois remis de ses émotions, il se releva et attrapa leurs téléphones qui avaient enfin cessé leur cacophonie et se dirigea à son tour vers la cuisine. Il y découvrit Karma sortir des ustensils des placards et il se rapprocha de lui.

« Tu as besoin d'aide ? Demanda le bleuté.

Non merci. T'es l'invité alors laisse-moi faire ! » Répondit l'hôte en lui offrant un large sourire.

Nagisa sortit leurs téléphones de sa poche et se proposa pour répondre à tous les messages qu'ils avaient reçu. Karma répondit simplement qu'aucun code ne verrouillait son téléphone. Le bleuté acquiesça, contourna la table à manger et s'installa sur une chaise.

Nagisa fit défiler le lot de notifications sur le téléphone de son ami pendant que ce dernier cuisinait. Il grimaça en voyant tous les messages qui attendaient une réponse. Il les énuméra à voix haute : "un sms de ton père, un appel manqué de ta mère et tout le reste vient de Line." Karma lui demanda juste de lui lire le message de son père et l'informa de ne pas répondre. Nagisa déverrouilla alors le téléphone et s'immobilisa en voyant le fond d'écran. C'était une photo de lui. Une photo plutôt compromettante que Karma avait prise lors du voyage scolaire de Okinawa pour l'embêter. En luttant pour ne pas rougir, Nagisa scruta son ami qui lui tournait le dos. Une multitude de questions se bousculaient dans sa tête. Pourquoi avait-il prit cette photo ? Pourquoi l'avait-il gardée ? Souhaitait-il simplement se moquer de lui ou il y avait-il autre chose…? Ne souhaitant pas se faire d'illusions sur les intentions de son ami, il se décida, timidement, à lui poser une de ses interrogations.

« Karma ? Pourquoi je suis sur ton fond d'écran ? »