Bonjour !
Bienvenue sur ma deuxième histoire. Cette fois-ci, elle est inspirée de l'épisode 6 de Squid Game comme certains l'auraient remarqué. J'estime que même si vous n'avez pas fini la série l'OS est lisible, il n'y a aucun spoiler direct à la série, juste une scène reprise. En plus de cet épisode, je me suis inspirée d'un dessin vu sur Twitter ( /ksenka_ks/status/1442799535156342787/photo/1 ) je vous invite à y jeter un coup d'œil.
Bonne lecture !
« Bienvenue dans le quatrième jeu. Ce match se jouera en équipe de deux. Trouvez-vous chacun un coéquipier. Une fois l'équipe formée, vous serez partenaire. Je répète. Ce match se jouera… »
Il était parti se percher dans les escaliers que le petit groupe de trente-neuf silhouettes venait de descendre quelques secondes plus tôt. D'ici, il avait une vue imprenable sur tout le monde, leurs mouvements, les émotions qui traversaient leur visage certains étaient heureux de s'associer à un ami, ou à ce qui pouvait bien s'en rapprocher d'autres se montraient malins, faisant la paire avec quelqu'un d'aussi fort et grand qu'eux pour être sûr de rétamer les plus malingres si l'épreuve misait tout sur la force, comme la précédente. Et même si ce n'était pas le cas, ici, ils savaient plutôt se servir de leurs muscles que de leur cervelle. Idiots…
Levi se permis de fermer les yeux un instant, sa tête basculant en arrière pour faire face au plafond d'albâtre. Ils avaient dix longues minutes pour former des duos, du moins jusqu'à ce qu'un malheureux se retrouve seul. Et le sort qu'il subirait était facile à deviner sans partenaire, le choix le plus simple serait de l'éliminer sur le champ. Le malheureux, ce serait peut-être bien lui, d'ailleurs. Petit, solitaire et doté d'une violence inouïe, peu étaient les courageux osant ne serait-ce que défier son regard. Alors s'il fallait former des paires, Levi ne se faisait pas d'illusions il serait celui qu'on abattrait comme un foutu chien car aucune main ne veut de lui.
Il était ironique d'avoir survécu à ces trois jeux tous plus farfelus les uns que les autres 1, 2, 3, Soleil durant lequel il avait mis à bon escient sa vitesse et son agilité; le jeu des biscuits où il avait eu de la chance puisqu'il avait dû extraire qu'un pauvre triangle; le tir à la corde qu'il avait passé avec une équipe de neuf joueurs, chacun rassemblant force et stratégie pour venir à bout de leurs adversaires, pour maintenant finir sa vie ici, abattu par une balle qu'il aurait sûrement pu éviter en se montrant plus agréable… mais en avait-il envie, au moins ? Non, pas vraiment. Qu'ils viennent l'abattre, il ne comptait pas se rendre docilement le bout de ses doigts caressait la lame au fond de sa poche.
Quand il ouvrit à nouveau les yeux, une grande main calleuse se dressait devant son visage, paume ouverte, doigts tendus. Une invitation. Ses yeux de métal serpentèrent le long d'un bras musclé, remontant jusqu'au visage auquel il appartenait. C'était un visage à l'image de cette main taillé dans le marbre. Mais surtout, il remarqua les yeux bleus.
« Qu'est-ce que tu me veux ?
- Faisons équipe, dit-il tout proposition eu au moins le mérite de lui faire hausser un sourcil plein de questionnements.
- Ah ouais ? Et pourquoi je ferais équipe avec toi ? Hm ?
- Je suis grand, toi plus petit. Mais tu es plus rapide, et moi plus fort. On équilibrera nos forces, et on aura plus de chance de gagner ainsi. Si nous sommes par deux, c'est sûrement pour affronter une autre équipe, comme lors du tir à la corde. C'est purement stratégique.
- Tch. »
Il se dressa sur ses pieds sans l'aide de sa main. Il n'y avait que ses yeux métalliques encrés dans le bleu des siens.
L'annonce était tombée. Les gens en costume rouge les avaient conduits dans un labyrinthe de rues au sol poussiéreux. Sur place, on les avait laissé se saisir d'un sachet en tissus, soupesant le poids d'une dizaine de billes. C'était le prochain jeu, les billes. Mais s'ils avaient commencé à se réjouir en se disant que ce serait chose aisée, les choses s'étaient corsé la seconde d'après. Parce qu'il ne s'agissait pas d'un match par équipe, parce qu'il s'agissait d'un combat à mort parce que l'un d'eux sortirait d'ici vivant, et l'autre dans une boite noire au nœud rose.
Cela n'avait pas fait frémir Levi qui était habitué depuis toujours aux sorts tragiques et aux mains de la mort ; il s'était dirigé vers leur arène – le centre de la rue -, dégainant déjà son jeu au creux de sa main, prêt à livrer bataille pour sa survie. Mais jamais l'ombre du géant blond ne se profila à ses côtés, et il leva son regard assassin en ruchonnant.
« Oh, toi-là. » grogna-t-il. Qu'est-ce que tu attends, viens jouer !
- Nous avons le temps, tempéra son coéquipier d'une voix étrangement calme. Il pouvait même voir un sourire sur son visage. Ce qui le fit enrager encore plus.
- On a pas le temps. Tu tiens à nous faire crever tous les deux ?!
- Je ne sais pas jouer aux billes. Et à en juger par ta posture et ta précipitation, toi non plus. Alors viens t'asseoir, on travaillera nos propres règles en discutant. »
Le japonais claqua la langue contre ses dents. Il le détestait pour avoir raison, mais fini par obtempérer après de longues secondes. Les billes retrouvèrent leur sachet, puis le fond de sa poche, et il s'installa contre le mur en face de l'autre homme, complètement tendu, son visage n'appelant à rien d'autre que la haine qu'il pouvait nourrir. Le grand blond, il était assis sur quatre marches d'un perron, les coudes reposant sur ses genoux. Dans cette posture, il aurait pu avoir l'air plus petit, mais c'était tout l'inverse. Étrangement, il était tout aussi imposant, un véritable colosse qui prenait juste une pause. Plus loin, un homme masqué, vêtu de rouge, se faisait silencieux, leur barrant la route s'ils venaient à chercher à fuir. Levi soupira en jetant un œil à l'horloge murale qui leur servait de décompte jusqu'à ce qui serait leur prochaine chance… ou leur mort. Ils avaient trente minutes.
L'homme qui lui servait de coéquipier, il l'avait déjà remarqué. Qui ne l'avait pas remarqué ? Il était plus grand que chacun des autres joueurs, et plus fort aussi. Beaucoup se l'étaient arrachés pour le tir à la corde, et Levi avait eu la chance d'être un fantôme parmi d'autres dans son équipe. Ils avaient gagné le jeu sans mal, se contentant d'apporter un soutient moindre à la force de Titan de l'allemand. Ils avaient peut-être déjà combattu ensemble, mais ils n'étaient pas des amis pour autant. Loin de là.
Enfin, ses yeux retombèrent sur ceux de son vis-à-vis, constatant qu'il n'avait pas cessé de le regarder. Il ne lui offrit que son visage le plus menaçant, ne comprenant toujours pas comment ce fin sourire pouvait perpétuellement trônait là, sur ses lèvres, alors que dans quelques minutes ils entendraient déjà les premiers coups de feu signalant la victoire de certains et la défaite d'autres. Enfin, il n'était pas innocent, la mort ne lui faisait pas peur et il en avait déjà était témoin, mais ce gars-là, c'était différent. Il avait définitivement une case en moins.
« Comment t'appelles-tu ?
- Qu'est-ce que ça peut te foutre ? Il te servira à rien en sortant d'ici.
- Moi, c'est Erwin. Erwin Smith. »
Alors le colosse au numéro 012 avait bel et bien un prénom. On venait à oublier ce détail tout simple, dans ce genre de lieu. Ici, ils n'étaient plus des prénoms, à peine des numéros, toute trace d'humanité s'était envolée. Ils se comportaient en animaux territoriaux et cruels. Levi croisa les bras, sifflant pour lui-même. Il ne donnait jamais son nom, sauf peut-être à ceux qui lui étaient proches. Les autres, ils avaient tendance à le reconnaître sans qu'il ne les aide. Mais, cet étranger ne semblait visiblement pas habitué des rats des rues, comment aurait-il pu le reconnaître ?
Alors, d'un soupire, il délivra ce nom du bout de ses lèvres, comme s'il souhaitait que son interlocuteur ne l'entende même pas.
« Levi. » et avant que l'un ou l'autre n'ajoute quelque chose, un silence plana, durant lequel ils n'entendirent que les cris de quelques joueurs victorieux d'obtenir des billes en plus, ou le « tic-tac » sinistre de l'horloge qui reculait au fur et à mesure.
« Très bien, Levi. Comment t'es-tu retrouvé ici ?
- Explique-toi en premier, et peut-être que je te le dirai, grogna-t-il pour toute réponse.
- Eh bien… Dehors, je suis professeur. Je l'étais. Professeur d'Histoire, dans une très grande école, très prestigieuse. J'ai… perdu mon père, après ça je suis tombé dans le cercle vicieux d'une dépression. Et, plus tard, dans celui de l'alcool, il continuait de s'exprimer avec ce sourire qui l'énervait. Au sujet de l'alcool, une main se dressa, plus tremblante que jamais, animée par un manque certain. Elle retourna se cacher au fond de la poche de son gilet après ça. J'ai dépensé mes dernières économies pour venir ici, en Asie, en espérant que quitter l'Europe me remettrait sur de bons rails. Mais j'ai continué de perdre, et un soir j'ai trouvé la carte à ma porte. Puis, me voilà. »
Cinq minutes étaient déjà passées, ils avaient échangé leur nom, acceptant ainsi de briser cette barrière de l'étranger. Car donner cette information, c'était accepter que l'autre ne soit plus un inconnu. Déjà, il y avait quelque chose de grandiose, dans l'intimité du nom.
A présent, c'était leur passé qui était délivré, un pas de plus effectué. Une histoire qui n'appartenait qu'à eux, qu'à leur mémoire, que personne d'autre ne connaissait. L'un d'eux allait mourir, ses secrets avec lui, ils ne devaient pas craindre de parler.
« Alors, comment tu es arrivé là, toi ?, sa voix grave et l'accent allemand le ramenèrent sur Terre, détachant les yeux des secondes filantes pour les reposer sur ce visage sorti du granit.
- Tu ne vas pas me lâcher, hm ? Moi, j'ai toujours été dehors et j'ai été le premier invité, il pointa le numéro accroché à sa poitrine, un 001 blanc dans un cadre bleuté. Je volais pour me nourrir, et je me battais pour survivre. Ici, c'est ma chance de gagner et de sortir de la rue, d'avoir une vraie vie et d'plus être une merde. »
Un nouveau silence se fit, probablement car, cette fois, Erwin ne savait quoi répondre à la misère d'autrui. Il avait connu une période difficile, mais face à lui se trouvait un homme qui n'avait jamais connu de période facile. Ses yeux couleur océan observaient ses chaussures, tête basse, échine pliée, comme soumit à la peine. Avait-il à faire à un sentimental ? S'il se mettait à pleurer, Levi lui trancherait probablement lui-même la gorge.
Mais cette fois, pourtant, c'est Levi qui brisa le silence avec sa question
« Toi, tu feras quoi avec l'argent ?
- Je rembourserais mes dettes. Je partirai dans un endroit perdu, calme, loin de la ville. Je fonderais une famille, peut-être. J'aurais ma propre bibliothèque avec tous les ouvrages possibles et imaginables, il présenta son visage au plafond, l'air rêveur, comme s'il pouvait déjà voir cette étagère qui faisait quatre fois sa taille, habillée de livres en tout genre, de tout âge, tous plus riches les uns que les autres en connaissances. Ensuite, c'est à nouveau avec cette ombre de sourire qu'Erwin replanta ses iris de saphir dans les siennes. Et toi ? Tu dois en avoir, des projets.
- Acheter une maison, d'abord. Puis j'offrirais un véritable foyer à ma petite sœur. Peut-être que j'ouvrirais un commerce… Une boutique de thé. »
Se laissant porter par ses rêves, il aurait pu sourire à son tour, mais les muscles de son visage ne savaient pas illustrer ce simple geste. Il restait imperméable, véritable glacier, jetant à son tour les yeux vers ce ciel factice qui imitait le crépuscule. Ils étaient dans une cage, et pourtant il n'avait jamais été aussi libre. Aussi libre de rêver, aussi libre de parler. Aussi libre de croire qu'il avait une chance dans ce monde noir de pourriture, moisi jusqu'à la moelle. Mais dans ses rêveries, il avait mentionné le sujet de la sœur, se maudissant tout de suite pour ça tandis que le colosse blond en profitait déjà.
« Tu as de la famille, alors ? » Abruti.
« Juste une sœur. Rien de plus, grogna Levi.
- Je vois. Est-elle plus grande, ou plus petite ?
- Plus jeune. Elle a tout juste une dizaine d'années.
- Et où est-elle ?
- Loin. Dans un foyer pour les enfants comme elle. »
Orphelins.
Loin des dangers de la rue, de la menace des hommes, de la misère dans laquelle il baignait depuis tout petit. Même si c'était sa meilleure chance de ne pas connaître le même sort que lui, Levi voulait être celui qui lui donnerait une véritable vie qui vaille la peine d'être vécue. Pas un couple de connards qui lui arracherait sa frangine pour l'amener Dieu-sait-où. Non, c'était à lui de leur offrir tout cela.
Finissant par lâcher les armes, le japonais se laissa glisser contre le mur où il était appuyé depuis déjà une quinzaine de minutes. Assit par terre, il se sentait encore plus petit et vulnérable face à l'allemand qui semblait démesuré.
« Tu devrais t'installer à Kofu.
- Pardon ?
- Si tu sors d'ici, avec l'argent. Kofu, c'est une ville au Japon. C'est paisible, et joli. T'y trouveras ton bonheur. J'te montrerai, dit-il avant de réaliser son erreur qui lui fit baisser les yeux une fraction de seconde en se mordant intérieurement la lèvre. Quel blaireau. Ils ne sortiront jamais d'ici vivants ensembles, et le « tac-tac » qui leur affichait leur temps restant de quelques treize minutes n'allait pas dans leur sens.
- Ce serait avec plaisir, Levi, répondit pourtant Erwin, avec, cette fois-ci, un sourire compatissant. Ils savaient, pourtant, quel serait leur sort. Tu viens de là-bas ?
- Non. J'sais pas où je suis né. J'ai juste vu des photos, un jour. J'amènerai ma sœur là-bas.
- Nous avons aussi de beaux paysages en Europe, je pourrais te les montrer… Ah, non. Je ne pourrais pas. J'avais oublié… tout ça. »
Et par « tout ça » il désigna la salle entière d'un geste du bras. Il était vrai, plongé dans ce décor, ils auraient pu se croire voisin, ou bien camarade de classe, collègue de travail, en train d'échanger sur des banalités, comme si leur temps n'était pas compté. Comme si ce ciel et ce soleil n'étaient pas factices, comme si la nuit allait tomber, que demain ils auraient une nouvelle journée de travail avant de retrouver des familles qui n'existaient pas. Ils partagèrent un soupire avant un énième regard.
Ils avaient moins de dix minutes.
Cette fois-ci, ce fut Levi qui se surprit à voir son partenaire se redresser sur ses jambes, lui jetant un regard comme s'il l'implorait de se rasseoir, de continuer cette discussion, d'oublier le jeu, le monde, la réalité. A leur gauche, un premier coup de feu retentit, leur rappelant pourtant la violence du monde dans lequel ils étaient des pions prêts à passer par la case « cimetière ». Ce son sonna leur départ à eux.
Erwin lui présenta une nouvelle main au tremblement contrôlé, où ne se distinguaient presque aucun stigmate de sa vie passée, et, cette fois-ci, Levi y plongea la sienne. Colossal, il en avait aussi la force, et c'est sans mal qu'il redressa le petit brun. Leurs mains restèrent nouées un instant Levi réalisa à quel point la sienne était minuscule en son sein. Et pourtant, il y avait là quelque chose de rassurant. Il le lâcha.
Ensuite, ils firent quelques pas dans les rues qui étaient fausses, se dirigeant en silence vers un coin de mur. Au rythme de leurs pas résonnaient les premières fusillades. Une balle signait un mort, et les minutes se rapprochaient d'un zéro mortel certains partaient vainqueurs, d'autres se pressaient. Les cadavres s'entassaient.
Ça y est. Erwin s'arrêta, ils étaient arrivés à destination devant leur véritable arène. Un simple mur de couleur rouge, bordé de poussière. Il n'y avait personnes aux alentours, de quoi leur offrir un cadre plus calme, même si les morts continuaient de se faire entendre à tour de rôle, à quelques secondes d'intervalle. Côte à côte, ils ne se regardaient plus, fixant seulement le pied de ce mur peint, là où se joueraient leurs derniers instants.
« Bien, j'ai réfléchi à un jeu pendant notre discussion. La règle est simple nous allons faire un tout ou rien, avec une bille. Celui qui lancera sa bille le plus loin a gagné. Simple, non ?
- Mh. Qui commence ?
- Honneur au numéro un, je t'en prie. »
Nouveau claquement de langue. C'était à lui de commencer, et en analysant leur terrain il avait compris une chose il lui serait impossible de toucher véritablement le mur. Il y avait une hauteur de sable, que la bille, malgré la force avec laquelle elle serait lancée, ne pourrait pas franchir. Il fallait alors lancer le plus loin, mais pas trop fort, sinon elle glisserait sur le monticule de terre et ferait machine arrière, ce qui pourrait signer sa défaite. Du haut de son mètre soixante, Levi soupira sans discrétion, plongeant une main au fond de sa poche. Les billes étaient encore là, chaudes et patientes. Il s'en saisit d'une, avec ses reflets jaunes et verts, avant de mesurer son lancer. Erwin se faisait discret à côté, les bras croisés sur la poitrine, son regard jaugeant ses moindres faits et gestes. Maintenant, l'horloge ne leur donnait plus que quatre minutes pour réaliser leurs prouesses et se démarquer autrement, ils seraient probablement tous abattus comme des chiens. Non. Il ne pouvait pas perdre comme ça. Pas aussi près du but.
Elançant sa main d'un geste agile, ses doigts relâchent la bille. Elle plane un instant, s'écrase au sol et roule longuement, traçant sa route fièrement jusqu'à atteindre le pied du mur. Ce n'est pas le plus proche, mais ça pourrait faire l'affaire.
« Voilà. C'est à toi, maintenant. » dit-il en désignant sa bille qui attendait.
A son tour de croiser les bras et de faire deux pas en arrière pour analyser le lancer de son coéquipier. Tout n'était pas encore joué, sa position n'était pas gage de victoire et, à présent que les dernières minutes s'écoulaient, il craignait pour sa vie. D'ailleurs, c'est Erwin qui avait choisi les règles et le lieu, peut-être que derrière ses sourires charmants et son air d'homme poli se cachait un vicieux qui avait tout prévu pour éliminer son adversaire d'un seul coup. Quel idiot, il avait été trop crédule, il ne fallait jamais offrir sa confiance au premier venu, la rue ne lui avait-elle rien appris ?
Poc.
La bille avait quitté la main de son propriétaire, et pourtant elle ne roulait pas, figée à ses pieds de géants. Levi ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais l'autre homme le devança, se retournant avec un sourire plus béat que jamais, un air de fausse confusion sur le visage.
« Mince, il semblerait que j'ai perdu. »
L'homme en costume rouge rappela sa présence en s'approchant de quelques pas, chargeant son arme prête à voler une vie supplémentaire. Levi l'empêcha de continuer sa route et s'anima d'une rage ardente, lui bondissant dessus avant qu'il ne fasse un pas de plus, tout croc dehors.
« Arrête tes conneries ! Tu n'as pas joué !
- J'ai lancé une bille, comme c'était dit dans les règles. J'ai perdu légalement.
- Tu mens, elle a même pas roulé ! Lances en une autre.
- On avait dit une bille, Levi. Une bille et une seule. »
L'homme masqué bouscula l'épaule du japonais, trop circonspect pour ajouter quoique ce soit, pour le dépasser, se rapprochant de celui qui avait perdu la partie. Levi, lui, ne savait plus quoi faire. Quelque chose, dans sa poitrine, le poussait à ne pas accepter cette victoire, que cet homme-là n'avait pas le droit de mourir. Il en avait vu, des hommes morts, il avait même participé à certaines pertes. Il avait vu le sang couler, tachant parfois ses habits, son visage. Mais, pourtant, aujourd'hui, il aurait préféré que le sort soit différent, que ce ne soit à lui de partir. Et, pour une fois dans sa vie, Levi tourna le dos à la Mort et à son art, à ses tableaux auxquels il était pourtant habitué depuis tout jeune aujourd'hui, il ne voulait pas y assister, elle était injuste. Injuste et cruelle de souiller ses joues de ces perles qu'il se refusait de connaître.
« Levi, appela l'homme dans son dos, comme on retient quelqu'un avant qu'il ne passe le pas de sa porte, comme si un canon n'était pas tourné droit vers sa tempe. Merci. Merci de m'avoir écouté, de m'avoir offert ces trente minutes. Gagne le jeu, et retrouve ta sœur. Mais, surtout merci d'avoir joué avec moi. »
Levi ne le voyait pas, il ne pouvait plus le voir, mais il était sûr qu'Erwin était en train de sourire, avant la morsure de plomb.
