CHAPITRE UN.
Ils étaient désormais en deuxième année dans le fameux lycée héroïque de Yuei. Dans l'ensemble, les choses n'avaient pas tant changé que cela d'une année à une autre. D'accord, ils avaient pris un an de plus au niveau scolaire, en âge pour certains et peut-être quelques centimètres pour d'autres – Bakugo n'arrêtait pas de s'en vanter. Pour autant, les mêmes têtes peuplaient la première A. Et bien que certains énergumènes ne l'avoueraient jamais, ils étaient bien contents de toujours croiser les mêmes têtes lors du déjeuner, autour d'un couloir du dortoir ou au dîner. Ils avaient gravi ensemble pas mal d'échelons et continuaient d'avancer, en essayant de ne perdre personne au passage.
De toute façon, depuis la première année, la classe A ne laissait jamais personne derrière elle. Quitte à se mêler de ce qui ne la regardait pas – comme lorsqu'Izuku et Todoroki étaient intervenu dans les affaires de Lida, quitte à intervenir quand il ne le fallait pas, quitte à se mettre les professeurs à dos et à risquer leurs scolarités – comme lors du sauvetage de Katsuki. Et, c'est une vilaine habitude qu'ils ne perdaient pas et ne perdraient pas. Même lorsqu'il s'agit de choses non héroïques.
En général, c'était surtout les filles qui se mêlaient un peu trop de ce côté non héroïque, parce que généralement cela ne concernait que très rarement des problèmes de famille ... Non, la plupart c'était des problèmes au niveau sentimental. Rien de très héroïque. Mais, cela le devenait rapidement ... Parce qu'imaginez-vous vivre quasiment non-stop avec une personne pour qui vous avez développé des sentiments ? Il fallait garder un rythme cardiaque calme lorsqu'on la croise au détour d'un couloir. Agir naturellement lors d'un entraînement et s'en foutre royalement de lui briser le bras par inadvertance, par exemple. Parler sans bafouiller, durant les longues soirées du vendredi soir si on décidait de rester au lycée. Contrôler les rougeurs qui montaient comme des traîtresses aux joues, si on avait le malheur de croiser le petit coup de cœur, s'il nous parlait ... Ce genre de choses qui rapidement deviennent des actions héroïques, parce qu'il fallait un mental d'acier et un cœur bien accrocher – rien à avoir avec celui de Momo qui lui défonçait la cage thoracique chaque fois qu'elle croisait Todoroki.
Donc, c'était plutôt la tasse de thé des filles de la classe et non celle des garçons, parce qu'ils avaient vraiment autre chose à faire. Comme des entraînements pour devenir plus viril selon Kirishima, des tournois de bras de fer pour savoir qui était le plus fort de la classe et s'exploser gentiment la tronche, et de longues, très longues discussions d'hommes concernant leur relation respective. Discussion dans lesquelles Bakugo ne se sentait pas très concerner, puisque célibataire alors, il ne se donnait même pas la peine d'y assister. S'il avait su, il aurait pris sur lui pour y poser ses fesses et les écouter.
Parce que cette bande d'idiots parlaient régulièrement, trop régulièrement de lui. De lui qui disparaissait la nuit, et qu'on ne retrouvait même pas au petit matin, même en le cherchant bien. De lui, qui était vraiment, littéralement introuvable dans le bâtiment peu importe où ils s'évertuaient tous à chercher. De lui, qui gardait obstinément la bouche fermée, ou qui se contentait de balancer deux trois insultes pour qu'ils se taisent et cessent de lui casser les oreilles. De lui, qui ne réapparaissait qu'au petit-déjeuner et de bonne humeur de surcroît. De lui qui, quand il était avec Eijirō se vantait de passer les meilleures nuits plus que n'importe qui – quand il ne lui cassait pas les oreilles sur le fait qu'il était plus grand de quelques centimètres.
— On devrait vraiment s'allier avec les filles, balança un soir le rouge, dans le plus grand des calmes pendant une de leur réunion d'hommes. Eh, j'suis sérieux ! On doit découvrir où est-ce qu'il passe toutes ses nuits, ça m'rend vraiment curieux, pas vous ?
Ce que venait de lancer le rouge n'avait aucun rapport avec le sujet de conversation principal de la réunion. Donc, certains haussèrent les épaules, pas vraiment curieux et intéressés par la vie de cet énergumène plus qu'énervant la plus grande partie du temps, se reconcentrant rapidement sur la conversation initiale. D'autres hochèrent la tête de gauche à droite, un tantinet effrayés par ce que pourrait leur faire vivre le blond s'il découvrait le plan ainsi que leur implication à la création de celui-ci. Et puis, une petite pincée furent enthousiastes, parce que peut-être qu'ainsi ...
— On pourra lui faire fermer son grand clapet, tentant non ? lâcha Eijirō, un sourire vicieux aux lèvres. Depuis le temps qu'on en rêve, ça serait vraiment l'occasion.
— Il est vrai que ça se tient, enchaîna le bicolore, une main sous son menton en pleine réflexion, sans doute était-il en train de peser le pour et le contre.
Denki s'apprêtait à refuser toute proposition. Il avait l'impression que son copain oubliait à quel point Katsuki pouvait être effrayant, ne se souvenait-il pas de la douleur que pouvait lui provoquer une de ses explosions ? Mais, c'est l'imperturbable Todoroki qui lui mettait le doute, parce que ce dernier ... Ce dernier semblait intéresser par le fait d'espionner et de connaître une petite partie de la vie privée du blond, alors la donne changeait pas mal. Et, peut-être avaient-ils une chance de s'en sortir si Bakugo leur mettait la main dessus avec Shōto dans leur camp ? La glace du bicolore était assez résistante après tout. Mineta lui jeta un regard, semblant lui aussi penser à la même chose.
— Tenya, envoie un message à Ochacco qu'elle commence à en parler aux filles, s'enthousiasma celui à l'alter de durcissement. On va faire tomber le grand Bakugo, c'est moi qui vous le dit !
— Est-ce qu'on ne préviendrait pas Izuku ? demanda Hanta. Ils sont amis d'enfance, et puis depuis quelques mois je trouve que ça va mieux entre eux ...
— Peut-être qu'il sait quelque chose ? s'interrogea Denki. Ou s'il ne sait pas, peut-être a-t-il une idée et qu'il pourra nous donner un coup de main ?
Shōto les regarda s'activer dans tous les sens, les écouta émettre une tonne de théories, toutes plus fumeuses les unes que les autres. Il leur aurait bien dit qu'il ne servait à rien de demander à Midoriya, mais n'étant pas vraiment sûr il ne préférait pas s'avancer là-dessus. Lui aussi n'aurait émis qu'une hypothèse après tout ... parce que, peut-être que le grand Bakugo allait rejoindre le vert à la nuit tombée ? Seulement, Todoroki ne l'avait jamais clairement vu faire et ne l'avait même jamais vu sortir de la chambre au petit matin. Et, la fois où, poussé par un élan de courage, il avait ouvert tout doucement la porte de chambre de son ami, même en y regardant bien il n'avait vu que la touffe verte de ce dernier.
Mais, même après tout ça, le doute persistait encore. Alors, il allait creuser discrètement cette piste et il en parlerait plus tard.
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— Oïe, tête d'ortie, j'te trouve bizarre en ce moment c'quoi ton problème ?
Kirishima et Denki se tendirent sur leur chaise de cantine, comme de piquets. Ils déglutirent péniblement et regardèrent Bakugo, le plus calmement possible non désireux de renforcer son impression, ils savaient tous deux qu'il était très loin d'être bête.
— Rien, Bakubro ! répondit à la hâte le rouge.
— N'm'appelle pas comme ça, crétin ! beugla Katsuki.
La diversion du surnom foireux semblait avoir fonctionné puisque le blond cessa de le regarder avec insistance pour fixer son repas en grognant quelques insultes à son égard, mais tant que ce n'était que ça ... Le rouge soupira de soulagement, retrouvant quelques couleurs avec son partenaire. Ils laissèrent même un sourire prendre possession de leurs lèvres.
— T'excites pas trop vite hein, j'sais que tu manigances quelque chose. Donc t'as intérêt à vite lâcher l'truc si ça m'concerne, le menaça Bakugo, un sourire aux lèvres en les voyant perdre celui qui commençait à agiter leurs bouches.
Eijiro regarda son « ami » se lever et partir de la cantine. Il n'osait même pas essayer de le retenir et c'est la main de Denki sur sa cuisse qui le ramena à la réalité.
— Comment il fait ? gémit l'électrique. Comment fait-il pour toujours se douter de tout ? On a pourtant été discrets, pleurnicha-t-il.
Le rouge le prend dans ses bras, ressentant la même détresse que son copain. Lui aussi se posait la même question et, il se demandait s'ils devaient vraiment aller jusqu'au bout ? Ils risquaient d'y laisser plus que des plumes, surtout maintenant que le cendré les avait à l'œil. Ils étaient vraiment mal barrés, mais si même lui baissait les bras dès la première journée alors qu'il était celui qui avait balancé cette idée ... ça craignait, et surtout ça n'avait rien de viril ; il était un homme, bon sang. Alors, même si Katsuki lui faisait peur – beaucoup peur, d'accord, il lete-rri-ffiait – jamais il ne fuira.
Non loin de là, Todoroki regardait du coin de l'œil le duo d'imbéciles. Il était évident que le blond allait cramer que quelque chose se tramait parce que ces deux-là étaient tout sauf discrets. Ils puaient le mensonge et la suspicion à plein nez, à des kilomètres. On cramait tout si facilement avec eux, aussi rapidement qu'Izuku pouvait se péter un membre lors de leurs premiers entraînements de première année. D'autant plus qu'aujourd'hui ils n'étaient pas à l'aise en présence de la bombe humaine, alors qu'en temps habituel ils étaient les seuls – bon Kirishima, était le seul oui – à ne pas trembler en traînant avec lui. Ce duo lui faisait une belle jambe ... Heureusement que le rouge c'était remotivé seul, Shōto n'aurait même pas su quoi lui dire et les autres se seraient dégonflé aussi vite que Momo devenait rouge devant lui dans les couloirs. Quelle plaie.
En parlant d'Izuku, le bicolore se reconcentra dessus, faisant fi du duo. Plus il le regardait et plus quelque chose lui disait qu'il n'avait pas totalement tort dans sa théorie. Il sentait que quelque chose avait changé chez son ami ; même Ochako lui lançait un regard suspicieux, c'était pour dire ...
— Dit, Midoriya, se décida à attaquer Todoroki.
— Hum ?
— Tu n'aurais pas quelque chose à nous dire, par hasard ?
— U-un truc à vous dire ? bégaya le vert.
— Oui, je te trouve changé, argumenta le bicolore.
— C'est vrai ça, asséna celle à l'alter de gravité grandement intéressée par la tournure de la conversation.
Shōto regarda Izuku baisser la tête et se mettre à marmonner, ce qui confirmait que quelque chose était arrivé, ou allait arriver à son ami. Il tendit l'oreille, désireux – curieux, surtout – de découvrir peut-être par hasard quelque chose d'intéressant à rapporter à son groupe.
Sa tête se tourna directement vers la seule fille de leur groupe de repas, quand il réussit à déchiffrer les mots « Katchan. », « Pas content. » et « Discret, pourtant. » lancer à tout va par le plus jeune. Et, au vu de la tête de cette dernière, il était sûr de ne pas avoir halluciner auditivement, elle avait entendu la même chose que lui ...
— Non, il ne se passe rien de particulier, finit par lâcher le vert, inconscient que quelques-unes de ses paroles avaient atteint les oreilles de ses amis.
Personne n'ajouta quelque chose, ils se contentèrent de se lancer des regards essayant d'être discrets. Et ils durent remballer rapidement leurs affaires, les cours de l'après-midi allaient reprendre.
Et bien, c'est parti ! A la semaine prochaine et merci d'avoir lu !
