J'espère que l'absence de Dam et de Strain ne vous décourage pas ! Ils ont besoin de reprendre leurs forces après tout.

Et puis cette « disparition » me permet de développer d'autres personnages qui n'attendaient que ça ! D'être développés, hein, pas de perdre leurs compagnons et de tomber dans la dépression.


۩๑ ๑۩ IV. Le cœur du bambou ۩๑ ๑۩


Des regards méfiants brûlaient le dos de la petite mink au poil gris. À peine abandonna-t-elle le sanctuaire du médecin de bord qu'elle sentit leur présence dans les recoins des couloirs sombres. Le navire des pirates lui paraissait bien plus grand qu'à son « arrivée » et malgré le nombre dérisoire de matelots, l'un semblait toujours sur son chemin. Elle ressentait leur colère, pour autant aucun d'eux n'oserait lever la main sur elle. L'avis du rouquin pesait dans la balance, plus que celui du canonnier qui l'avait auparavant agressée.

L'enfant grogna tandis qu'elle s'enfonçait dans la cale pour fuir les humains malintentionnés son flanc droit lui lançait. Ses yeux avisèrent les bandages qui recouvraient ses blessures, puis elle émit un reniflement dédaigneux.

Dès que ce rafiot mouillerait dans un port, elle reprendrait son voyage loin de ces créatures vicieuses et perverses. En attendant, la louve se tiendrait à l'écart des pirates. La chaleur moite de la cale lui convenait parfaitement et, avec un peu de chance, personne ne viendrait troubler son sommeil.

Lorsqu'elle atteignit enfin le ventre du monstre de bois, ses oreilles s'assurèrent de sa solitude puis la mink se glissa entre les caisses empilées pour recouvrer son trésor. Un sourire éclaira son visage tandis que ses doigts retrouvaient le réconfort du bambou et du monoxyle de bois dur. Aucun humain n'avait posé ses sales pattes sur son DiZi et son Pipa. Elle serra les deux instruments de musique contre son cœur, ferma les yeux et laissa de nombreux souvenirs envahir son esprit.

Des mains calleuses et viles lui arrachaient, d'autres blanches et graciles lui rendaient.

Et tandis qu'elle se remémorait le visage d'une vieille amie, une odeur désagréable lui tira un éternuement. Agacée d'être ainsi privée de sa mémoire, l'enfant replaça les instruments dans son dos à l'aide de leur bandoulière puis explora la cale du navire. Plus elle s'aventurait dans l'obscurité, plus la puanteur s'amplifiait. Ses sourcils se froncèrent lorsqu'elle atteignit enfin l'objet de sa curiosité dans le noir, un corps reposait sous un drap tâché de sang.

Plus tôt, les humains avaient évoqués une tragédie et la perte de certains membres de leur équipage, il s'agissait sans doute de l'un d'eux.

Tout en s'approchant du cadavre dissimulé, l'enfant pensa : « Un monstre de moins ». Elle s'apprêta à cracher sur le drap lorsque la taille du corps l'interpella il paraissait bien petit pour appartenir à un homme. L'enfant aux poils gris jeta un coup d'œil aux alentours, puis se pencha pour saisir le tissu avant de le rejeter brusquement en arrière. Et ses yeux s'écarquillèrent un gamin à la peau bleuie et à la gorge tranchée était plongé dans un sommeil éternel.

Un adolescent, tout comme elle. Un enfant entouré d'un halo de mouches, couvert de bleus et de tâches mortuaires, reposait.

« Il y a des innocents qui meurent dans tous les camps, des enfants comme toi, qui subissent bien des tourments aux mains de leurs parents ou des adultes. »

La louve ravala sa salive, puis couvrit à nouveau le visage du macchabé.

— Désolée, souffla-t-elle d'une voix maladroite.

Tous les monstres n'étaient pas des humains, et tous les humains n'étaient pas des monstres elle le savait car Aurora lui avait autrefois enseigné les nuances de ce monde. Des hommes, femmes et enfants se retrouvaient collier au cou, peur au ventre et menaces aux oreilles.

La mink se remémora quelques visages, des noms ou des numéros pour les moins chanceux.

Autrefois, elle s'appelait…

Ses oreilles se dressèrent soudain sur son crâne tandis que des bruits de pas se rapprochaient. L'odeur du cadavre couvrait celle de l'intrus, mais lorsque l'enfant se détourna du macchabé pour faire face à l'inconnu, elle reconnut son visage sans peine. Il s'agissait du pirate l'ayant mis à jour, celui qui, par un geste malheureux, avait réveillé la petite louve.

— Qu'est-ce que tu fais-là ? grogna l'homme à la chevelure blonde.

Elle garda le silence tandis que ses poils se hérissaient sur son dos, preuve de sa méfiance.

Le forban avisa sa tenue, puis ses instruments avant de la contourner pour s'asseoir auprès du cadavre. Il ignora ainsi l'intruse, mais cette dernière ne prit pas congé pour autant. Elle demeurait immobile, perchée sur ses pattes arrière tandis que l'homme ruminait sa tristesse dans l'obscurité.

Des secondes s'écoulèrent, puis des minutes jusqu'à ce le pirate se décida à parler d'une voix éteinte :

— Il s'appelait Locke, il avait dix-huit ans.

— Je m'en fiche, humain.

— Rica. Je m'appelle Rica, tu sais, celui dont tu as failli bouffer l'œil ainsi qu'une partie du visage ?

L'enfant grogna, peu sensible aux piques de son voisin.

— Tu m'as arraché des poils, t'as déjà de la chance que je ne t'ai pas bouffé une main en réponse.

— Comme si un tel incident m'empêcherait de draguer les filles et d'obtenir leur attent…

Le pirate prénommé Rica s'arrêta en pleine tirade, puis se recroquevilla sur lui-même.

— … Il aurait trouvé ça drôle, horriblement beauf mais drôle… Et puis je me serais disputé avec Kostas, on se serait chamaillé pour la forme, Locke se serait peut-être interposé mais il aurait fini par abandonner. C'est fou, avant je trouvais cela insupportable et aujourd'hui j'aimerais seulement que ça recommence…

Il ne pleurait pas toutefois la louve ressentait sa peine. La mer de son chagrin s'était tarie depuis longtemps, ne lui restait plus qu'une terre aride, un vide impossible à combler. Et la louve, qui vécût une tragédie semblable dans ses jeunes années, n'avait qu'une réponse à apporter :

— Il ne reviendra jamais. Il est mort.

Ces mots durs s'abattirent sur le dos du pirate avec la violence d'un boulet de canon, toutefois l'enfant ne comptait pas en rester-là.

— Et celui qui l'a tué ?

— … Celle. Elle est toujours en vie, quelque part…

— Alors tu sais ce qu'il te reste à faire…

Rica releva la tête, échangea un regard avec la mink aux yeux froids puis cette dernière se pencha pour faire face à son camarade forcé. Elle s'imprégna de sa détresse, reconnut la sienne et déclara sans pitié :

— Il faut lui faire payer.

Des mots qui résonnèrent dans la cale et dans le cœur d'un canonnier discret, dissimulé dans les ombres.


Je crois que cette partie va horriblement s'inspirer de mes séries du moment… À savoir : Sons of Anarchy et BattleStar Galactica.

En gros, pour ceux qui ne connaissent pas, « vous allez prendre cher ».