- « Est-ce que… Tout ça, entre nous... est-ce que… c'est un jeu pour toi ? »
Surpris, Karma se redressa sur un coude en un bond, se tournant vers Nagisa les yeux écarquillés. Cette phrase le mit en alerte, ces mots se répercutant douloureusement dans sa tête. Pourquoi est-ce que Nagisa prenait sa blague aussi mal ? Habituellement, cela ne l'affectait pas. Karma utilisait souvent de l'ironie lorsqu'il était mal à l'aise et il pensait que Nagisa l'aurait compris. Il pensait que cela aurait détendu l'atmosphère entre eux. Avait-il été le seul à être anxieux après ce second baiser ?
Contrairement à ce qu'avait pu monter son attitude, Karma s'était sentit mal à l'aise sous le regard pénétrant du bleuté et cette phrase sarcastique s'était présentée d'elle-même dans sa tête. Il n'avait pas plus réfléchit et l'avait simplement prononcée.
Son regard analysa Nagisa qui le fixait, il pouvait voir le tremblement dans ses mains, la tension dans ses épaules, la peur dans ses yeux. En le voyant ainsi, Karma ne put que s'inquiéter à son tour : il avait commis une vraie bavure cette fois. S'il ne se rattrapait pas, Nagisa s'éloignerait de lui, et ça, Karma ne le voulait pas. Il ne voulait pas laisser passer cette chance d'être avec celui dont il était tombé amoureux. Perdu face aux réactions de Nagisa, Karma se retourna le cerveau dans tous les sens à la recherche d'une solution à son problème. Il comprenait bien qu'il devait trouver quelque chose à faire ou à dire, mais il ne trouvait rien et paniqua. Il se mit à agir en suivant simplement son instinct et tenta une approche maladroite :
- « Nagisa…. Attends… Je ne voulais pas… C'était pour rire… Il ne faut pas le prendre comme ça… »
Karma ne put le toucher car Nagisa s'était reculé à son approche. Le carmin vit le regard de son ami devenir froid et distant. Il n'était vraiment pas doué pour rassurer les gens, pas plus que pour exprimer ses sentiments. Désemparé, cherchant encore ses mots et comment formuler ses pensées, Karma ne put que voir le bleuté se renfermer sur lui-même comme une huître qui chercherait à protéger sa perle précieuse. Ça lui faisait mal de voir son ami souffrir par sa faute. Nagisa lui tourna le dos, c'était une première pour Karma, comment devait-il réagir ? Que devait-il dire ? Cela faisait un moment que Karma ne s'était pas senti aussi nul et impuissant. Il était capable de résoudre n'importe quel exercice de maths, de physique, de science ou de sociologie, mais quand il s'agissait de simplement parler avec la personne qu'il aimait, il n'était plus capable de rien. Rompant ses pensées et le silence de la chambre, une voix vide et détachée, s'éleva :
- « T'as raison. Désolé. C'est de ma faute. C'est moi qui me suis trompé.
- Tu t'es trompé ? Sur quoi ? Interrogea Karma en s'asseyant en tailleur. »
Il était complètement perdu. C'était lui qui avait fait n'importe quoi, Nagisa n'était coupable de rien. Pourquoi, à nouveau, prenait-il ses paroles dans le mauvais sens ? La situation lui échappait complètement. Eux qui, jusque-là, se comprenaient avec ou sans mot, étaient dorénavant désaccordés et la musique qui sonnait aux oreilles de Karma ne lui plaisait pas. Il avait commis une fausse note en l'embrassant à l'instant. Il craignait que ce couac ne transforme la mélodie de leur amitié en une cacophonie. Lui qui commençait à envisager leur relation comme une symphonie craignait de voir leur partition s'achever avant même qu'elle n'ait réellement commencé à cause d'un malentendu. Il se sentait vraiment comme le chef d'orchestre le plus mauvais au monde, le seul qui fut assez doué pour détruire ses propres rêves d'une seule phrase.
Ceux-ci l'avaient conduit à Nagisa. Il avait fini par accepter ses sentiments pour son ami et avait été heureux de comprendre que Nagisa ressentait la même chose que lui. Il avait alors suivi son cœur et agit sans réfléchir aux conséquences. C'était toujours lui qui avait fait les premiers pas avec Nagisa. C'était lui qui avait fait le premier pas pour devenir son ami quelques années plus tôt. Et c'était lui à nouveau qui avait essayé de faire le premier pas pour commencer un nouveau type de relation. En embrassant Nagisa, il espérait ainsi que leur amitié prenne une nouvelle tournure : plus profonde, plus forte, plus intime.
Et maintenant ? Maintenant, avec sa tendance à dire tout haut ce qui devrait être dit tout bas, il venait de tout réduire à néant.
Karma attendait toujours la réponse de Nagisa. Il n'osait pas reprendre la parole ou faire le moindre de geste de peur de faire empirer la situation. Alors il attendait…
Le froid se saisit de son corps. La couverture qui était sur ses épaules avait fini par glisser, le gelant de l'extérieur tout comme il l'était de l'intérieur. Il se sentait seul malgré la présence de Nagisa à ses côtés. Ce n'était pas la même solitude que lorsqu'il était seul chez lui. Non, cette fois, ce sentiment de solitude était douloureux, comme un venin qui se diffusait dans ses veines, elle l'effrayait. Était-ce ce qu'on ressentait lorsqu'on se faisait rejeter par l'être aimé ? Il n'en savait rien. Tout ce qu'il savait était que c'était très douloureux.
Il continua de fixer en silence les cheveux bleus de Nagisa qui tombaient en cascade sur l'oreiller, attendant encore, en vain, une réponse.
Il patienta.
Mais rien ne vint.
Son esprit occupa ce temps qui s'écoulait à retourner la situation dans tous les sens. Au final, il était déchiré entre deux sentiments désagréables : la peur de perdre Nagisa et la colère contre lui-même. Pour la première fois depuis longtemps, il tentait vraiment de se mettre à la place de quelqu'un d'autre. Il avait prononcé les mauvais mots, au mauvais moment. Et maintenant il ne savait plus quoi faire, il était déchiré entre deux volontés : son cœur lui hurlait d'agir alors que sa conscience criait qu'il en avait déjà trop fait.
Son subconscient ne lui permettait aucun repos alors que celui-ci lui aurait permis de mettre un peu d'ordre dans ses idées. Il savait qu'il pourrait trouver une solution en ayant l'esprit clair mais celui-ci rejouait cette dernière scène en boucle, ne lui permettant aucun répit.
Au final, éreinté et las de cette guerre interne, il rendit les armes à son cœur et fit ce qu'il lui dictait. Ankylosé par le froid, tendu et les articulations douloureuses, Karma se rapprocha maladroitement de Nagisa qui dormait. Il se glissa sous les draps, se collant contre le dos chaud de son ami, avec délices. Il passa ses bras autour du corps frêle en espérant qu'il ne s'échapperait pas à nouveau. Le serrer dans ses bras le réconforta. Il était là. Il ne le rejetait pas. Il était là. Cette sensation infiniment rassurante lui permit de succomber au sommeil.
Nagisa fut réveillé par une sensation de froid dans son dos qui le fit frissonner. Puis il sentit le futon s'affaisser derrière lui et un corps glacé, se coller à lui, le réveillant complètement. Il était d'humeur maussade, l'esprit encore embrumé par la fatigue, la déception et les limbes du sommeil. Il ne savait plus quoi penser de Karma alors qu'il s'était lové contre lui. Il ne savait pas quoi penser de ses bras qui l'enfermaient dans leur étreinte. Tout ça était à la fois intime et étrange.
Il y avait eu de nombreuses fois où Nagisa avait voulu être aussi proche de Karma, mais pas là, pas comme ça, pas dans ces circonstances. La réflexion du carmin était toujours dans son esprit, et l'empêchait d'apprécier ses bras autour de lui. Nagisa, était trop épuisé mentalement pour lutter plus longtemps. La situation avec sa mère, au collège, et maintenant avec Karma, il n'en pouvait plus de lutter pour exister. Il se maudit de sa fragilité et céda. Il céda à ce geste tendre au goût amer, il céda en ne tentant pas de s'éloigner de Karma. Il céda en appréciant son contact et finit par se rendormir.
Plus tard dans la matinée, Nagisa se réveilla à nouveau. Il n'avait plus envie de dormir. Cette nuit sans rêve le laissait fatigué et morose. Il resta un moment allongé là, à profiter de ce confortable nid qu'avait formé leurs corps avec les draps. Il sentait la tête de Karma reposer contre sa nuque, ses propres cheveux ayant été repoussés. Le souffle lent contre sa peau lui donnait des frissons. Il avait envie de se reculer pour s'engouffrer un peu plus encore contre ce corps chaud. Mais finalement, les événements de la veille lui revinrent en mémoire. Il décida alors de se lever avec regret et affronta la fraîcheur du monde. Il aurait préféré rester dans les bras de Karma mais ses idées étaient encore trop confuses, ses sentiments encore trop blessés, il avait besoin de prendre un peu de distance.
Sa silhouette, frêle et épuisée sembla errer dans la maison. Lorsqu'il marcha jusqu'à la cuisine pour se servir un verre d'eau, il put lire sur l'horloge qu'il était déjà onze heures du matin. Le soleil était déjà haut dans le ciel et ses rayons avaient déjà réchauffé l'atmosphère extérieur comme à l'intérieur de la maison. Malgré la température douce de la cuisine Nagisa était frigorifié. Il avait l'impression d'être envahi par le froid et l'obscurité. Il regrettait presque le confort des draps et du corps de Karma. Mais les paroles de ce dernier qui résonnaient dans sa tête le convainquirent de ne pas retourner se coucher près de lui. Il prit son verre et alla s'asseoir sur une des chaises de la cuisine.
Sa tête était encore remplie de doutes et d'interrogations. Il ne connaissait toujours pas les intentions de Karma à son égard. Par contre, il savait que son cœur le désirait encore ardemment malgré la douleur qu'il ressentait. Mais ce n'était pas sain comme relation. Il ne pouvait pas se contenter de ça. Il ne voulait pas de ça, pas d'une relation comme celle de ses parents. Il ne voulait pas être comme son père : subir jour après jour jusqu'à craquer et finir par s'en aller sans pour autant arrêter de l'aimer. Il ne savait pas quoi faire : accepter ces quelques gestes d'affection et souffrir des moqueries ou refuser tout contact et souffrir de cette distance… Peut-être que prendre ses distances avec Karma l'aiderait à faire le point sur tout ça. Mais il ne voulait pas s'éloigner du carmin ni rentrer chez lui, de plus, il n'avait personne à qui se confier.
Lorsque Karma parvint à ouvrir les yeux, il réalisa qu'il était seul dans la chambre. La place entre ses bras était vide et un doute s'immisça en lui, serrant son cœur de peur. Nagisa était-il parti ? L'avait-il abandonné ? Peut-être, après tout il l'avait bien mérité ... Étouffant la bouffée d'inquiétude qui monta en lui, il écouta les environs mais n'entendit aucun indice sur la présence de Nagisa. Il patienta, attendant le retour de son ami. En vain. Après un moment qui lui sembla interminable, il finit par se lever et partir à sa recherche.
Encore engourdi par les affres du sommeil, il déambulait, hagard dans le salon lorsqu'une silhouette avachie le fit s'arrêter net. Que faisait-il là, immobile et seul dans la cuisine ? L'inquiétude termina de le réveiller et il marcha plus déterminé vers la cuisine. Karma s'immobilisa dans l'encadrement de porte qui séparait les deux pièces et observa attentivement Nagisa. Une aura sombre planait autour de lui, comme un nuage noir empli de mélancolie et de nostalgie. Cela réveilla la culpabilité de Karma conjuguée à de la tristesse.
Il revint un instant sur ses pas pour prendre un plaid qui trainait sur le canapé et se le posa sur les épaules. Il s'approcha ensuite de Nagisa. Lentement. Prudemment. Il s'installa dans son dos. Il se pencha au-dessus de ce corps qui semblait ne dégager aucune chaleur. Délicatement, il passa ses bras sous ceux du plus petit et les croisa devant eux. Il resserra un petit peu son étreinte en venant poser son front dans le creux que formait l'épaule et le cou de Nagisa. S'il était maladroit avec ses mots, peut-être qu'avec ses gestes il parviendrait à lui faire comprendre ses sentiments...
Il resta ainsi jusqu'à ce que son dos ne lui ordonne douloureusement de se redresser. Cette fois, avec ses bras il entoura les épaules de Nagisa, croisant ses mains contre son torse où il pouvait sentir battre son cœur. Il retrouvait cette étrange sensation qu'il avait déjà vécu la veille. Puis il posa un baiser sur le sommet des cheveux bleutés avant d'y apposer sa joue et il resta ainsi. Il était bien comme ça. Il était content d'être là. Il était heureux de ne pas être rejeté malgré l'incident de la veille. Mais cela ne soulagea pas sa culpabilité, au contraire. Nagisa était trop gentil avec lui, il ne le méritait clairement pas… Il avait de la chance que son ami accepte encore sa présence à ses côtés. Et voulait que Nagisa sache qu'il avait conscience de cette chance qu'il lui laissait. Il voulait lui prouver qu'il n'avait pas mal interprété ses sentiments la veille. Que c'était lui, Karma, l'idiot dans l'histoire. C'était lui qui aurait dû faire attention. Ça aurait dû tilter dans sa tête. Ça aurait dû clignoter dans tous les sens, en gros, en gras et en italique : « Ne joue pas avec moi. Je n'en peux plus. ».
Finalement, Nagisa lâcha son verre et remonta ses mains vers son torse où elles trouvèrent celles de Karma. Il lui attrapa les mains, leur caressant le dos de ses pouces. Il bascula sa tête pour la poser sur le bras gauche de Karma qui reposait toujours sur ses épaules. Il attendait toujours la réponse de Karma, sur leur premier baiser. Cette réponse serait capitale dans sa prise de décision... mais il ne voulait pas perdre une miette de ce moment, juste au cas où. Au cas où ce serait le dernier. Cette idée lui fit mal. Mais il devait s'y attendre, s'y préparer. Il ne retint même pas les quelques perles salées qui s'échappaient à nouveau de ses yeux mi-clos.
Karma releva la tête pour aller embrasser la partie du cou exposée de Nagisa et murmura :
- « Je suis désolé. Je n'aurais jamais dû rire de tes sentiments. Car je n'aurais pas supporté que tu te moques de ceux que j'éprouve pour toi. »
Nagisa s'extirpa de son étreinte pour se lever, essuyant vivement son visage au passage. Il s'adossa à la table en faisant face à Karma, gardant les bras croisés devant lui, sur la défensive. C'était trop facile. Il pensait vraiment que juste ça et quelques câlins suffiraient à le rassurer ? A lui faire oublier la douleur qu'il avait ressenti ? Nagisa se sentait de plus en plus insignifiant…
Il n'avait pas encore retrouvé son sourire chaleureux qui adoucissait si souvent Karma. Il n'avait pas non plus l'attitude détachée qui lui était devenue si familière quand ils étaient ensemble. Le carmin ne se sentait pas à l'aise face à son ami qui se faisait distant avec lui. Il n'aimait pas le voir s'éloigner de lui, il devait trouver le moyen de le rassurer, de regagner sa confiance. Quitte même à n'être qu'ami et rien de plus, il était prêt à l'accepter, du moment où il pouvait rester à ses côtés. Les yeux de Karma s'étaient accrochés aux prunelles azurées. Le doute planait encore dans ses yeux trop brillants.
Lorsque Nagisa prit la parole, sa voix était grave d'émotion contenue et ses mots peinaient à sortir comme s'ils craignaient les réactions qu'ils allaient provoquer.
- « Cela veut dire quoi ? Que tu as des sentiments pour moi, mais que c'est plus drôle de m'humilier avec ceux que j'ai envers toi ? Dis le moi franchement Karma. Je veux savoir à quoi m'attendre maintenant. Je veux que pour une fois, tu sois vraiment sincère avec moi. Pour cette fois-là, au moins. Fais-moi juste ce cadeau. Je ne te demanderai rien d'autre. »
Karma le regarda un moment, semblant chercher ses mots avec prudence.
- « Tu sais, mon objectif n'a jamais été de te blesser. À aucun moment. Notre amitié avait pris un tournant que je ne comprenais pas l'année passée. J'avais l'impression d'avancer sur un terrain glissant. Pour une raison que je n'expliquais pas, j'ai commencé à te percevoir comme une menace alors j'ai pris mes distances avec toi. En faite, même maintenant, tu es encore une menace pour moi. Parce que j'ai réalisé que je tiens beaucoup à toi. Je… Je ne sais pas comment dire ça. Tout ce que je peux t'assurer, c'est que j'ai vraiment aimé ces dernières vingt-quatre heures avec toi. Et… Euh… j'aimerais bien… que cela dure plus longtemps.
- Tu veux quoi de moi ? Abrégea Nagisa. Que je sois ton jouet jusqu'à ce que tu te lasses ? Je suis quoi moi pour toi ?
- Non, ce n'est pas ce que j'ai dit. Rajouta Karma, confus. Tu n'es pas mon jouet. Tu n'es pas non plus une expérience ou autre. Tu es un ami. Enfin, plus qu'un ami. Un petit ami si tu veux, je m'en moque. Ce ne sont que des mots qui n'ont pas vraiment de sens pour moi. De toi, je ne veux rien de plus que ce que tu veux me donner. Si tu veux qu'on arrête tout là maintenant, je comprendrais. Je ferais avec. Mais, si tu veux continuer… Dit moi simplement quand je fais une bêtise s'il te plait. »
Nagisa réfléchit un instant. Il avait du mal à assimiler les paroles de Karma. Après tout, c'était ce dernier qui l'avait abandonné la dernière fois. Rompant leur amitié sans un mot, sans une explication. Il pouvait très bien recommencer. Mais, malgré la peine qu'il avait ressenti à ce moment là, lorsque Karma était revenu vers lui, il n'avait pas pu le rejeter. Il avait été bien trop content de le retrouver. Même si leur amitié subissait des hauts et des bas, ils en sortaient toujours plus unis et plus forts que jamais. Nagisa ne voulait plus souffrir inutilement, il avait déjà trop de plaies à soigner, il n'avait pas besoin que Karma en rajoute. Qu'est-ce que Karma pouvait bien ressentir pour lui ? Il avait besoin de le savoir et maintenant. Il avait besoin d'une réponse tout de suite, pas demain, pas après demain.
- « Pourquoi veux tu ça ? Commença le bleuté. Dis-moi vraiment ce que tu ressens pour moi…
- Tu le sais ce que je ressens, tu avais bien deviné. Baragouina le carmin.
- Si tu n'es pas capable de me le dire, je ne vois pas pourquoi je resterais… Répondit Nagisa déçu.
- Attend… je peux peut-être pas te le dire, mais je peux te le montrer ? Tenta Karma en paniquant.
- Non Karma. S'agaça le bleuté. Ça ne suffit pas. Tu peux très bien faire ce que tu veux sans pour autant avoir des sentiments. Cela s'apparente beaucoup à de la manipulation d'ailleurs… ça me rappelle une prof par exemple.
- Pitié ne me compare pas à elle. Tu sais très bien que moi, j'éprouve des sentiments pour toi.
- Oui, mais lesquels ? Tu n'es même pas capable de mettre des mots dessus et tu me demandes de te faire confiance ? C'est non. Je ne veux plus. Je n'en peux plus de ces non-dits, de ces sous-entendus. J'ai besoin de quelque chose de tangible, de concret. Si tu ne peux pas m'offrir juste ça, c'est pas grave. Je comprends. Je vais partir et c'est tout. Termina Nagisa de but en blanc. »
Karma paniqua en voyant Nagisa commencer à lui tourner le dos de nouveau. Il allait vraiment partir cette fois. D'un geste vif, il attrapa le bras de Nagisa pour l'immobiliser mais ses mots moururent dans sa gorge face à son ami. C'était dur pour lui de se dévoiler en étant ainsi scruté par Nagisa. Mais, s'il ne voulait pas le perdre, il devait lui dire. Karma fuit le regard perçant du bleuté sur lui en regardant ses pieds.
- « S'il te plaît, attends, ne pars pas… reste avec moi...
- Pourquoi ? Coupa Nagisa, insistant.
- Parce que je… t'aime… »
Voilà, c'était dit. Karma regardait toujours ses pieds, les joues rouges, honteux. Il se sentait terriblement ridicule et stupide à dévoiler ainsi ses sentiments. Nagisa, lui, n'avait pas cessé de fixer le carmin. Il sentait une douce chaleur réchauffer son être pour la première fois depuis leur dispute de la veille. Cette phrase, maladroite, hésitante lui apportait un rayon de lumière dans son cœur. Karma l'aimait. Il l'aimait vraiment. Cette idée balaya les doutes dans son esprit. Le temps d'un instant il voulut y croire, il voulut essayer. Il repoussa ses doutes et ses inquiétudes au fond de son esprit. Là, maintenant, il ne voulait plus en entendre parler, il voulait juste prendre dans ses bras cet idiot qu'il aimait tant.
Il s'avança vers Karma, il passa ses bras le long de son corps pour les caler dans le dos du plus grand et il posa sa tête contre le torse qui lui faisait face. Karma lui rendit son étreinte en le serrant dans ses bras, calant son menton sur les cheveux bleus qui lui chatouillaient le cou. Une bouffée de chaleur s'empara de lui. Sa gêne s'était changée en une joie indescriptible. Nagisa lui faisait un câlin. Nagisa ne partait pas. Nagisa ne le rejetait pas. A cet instant, Karma n'a jamais été aussi heureux. Il se promit de faire tout son possible pour ne plus faire souffrir Nagisa.
Après avoir laissé traîner leur étreinte un long moment, le carmin finit par lâcher :
- « Quand tu doutes comme ça… Viens me voir. J'imagine, qu'on a pas mal de choses à apprendre l'un de l'autre.
- À commencer par la définition d'amour et de ses dérivées ? Taquina Nagisa.
- Et pourquoi pas par ton problème d'insécurité pour commencer ? Enchérit Karma. »
Ils échangèrent un léger rire puis le carmin le relâcha et enchaîna maladroitement :
- « Tu préfères un petit déjeuner ou un simple déjeuner avec ton maigre verre d'eau ?
- Hum, je vote pour le petit déjeuner.
- Super ! S'exclama Karma. Par contre je n'avais pas envie de cuisiner !
- Etrangement, cela ne me surprend pas trop.
- Roh ça va, de toute façon ce soir il faudra préparer le dîner et le bento pour lundi ! Rit Karma en tirant la langue.
- C'est vrai… Les week-ends sont trop courts. »
Sur ces mots Nagisa remplit distraitement la théière d'eau puis la mit sur le feu pendant que Karma sortait des bols, des assortiments de thé vert et des brioches à la pâte de haricots rouges ainsi que divers mochis. Tout semblait être reparti, comme si une ellipse temporelle avait effacé leur dispute de la veille.
Karma profita du repas pour relire le fil de la discussion sur Line afin de noter l'heure et le point de rendez-vous pour les révisions de l'après-midi. Il fit remarquer au bleuté que s'ils continuaient à ce rythme ils allaient être en retard. Ils devaient se retrouver devant le collège, au pied de la montagne pour se rendre tous ensemble dans un parc situé à l'opposé. Ils pensaient pouvoir affronter la foule du métro sans que Karma ou Nagisa ne se fassent repérer.
Ils se retrouvèrent dans la rue vers deux heure moins dix de l'après-midi. Ils ne s'étaient pas pressés pour achever leur repas, ni pour la toilette. De plus, ils avaient pris leur temps pour panser les bleus de Nagisa. Maintenant, ils marchaient tranquillement, malgré leur retard, leur sac de cours sur l'épaule en direction du collège. Ils empruntèrent les ruelles sombres et reculées pour éviter la foule de la grande avenue.
Ils arrivèrent au pied de la montagne avec uniquement un quart d'heure de retard, sous les plaintes de la moitié des élèves de 3émeE. Le visage tuméfié de Nagisa ne passa pas inaperçu auprès de leurs camarades mais aucun d'entre eux ne fit de remarque. Une fois les salutations passées, Isogai proposa, pour rejoindre le parc, un trajet qui leur faisait éviter les stations de métro les plus bondées. En se penchant sur le parcourt, Karma conseilla un petit détour pour éviter deux arrondissements qui étaient trop proches de chez lui. Nagisa et lui s'y étaient déjà faits repérer.
Ils débutèrent cette « mission infiltration » tout en discutant de tout et de rien. Karma était en tête de file avec Isogai et Meg. Terrasaka et sa bande traînaient derrière, en pleine chamaillerie avec Nakamura. Connaissant la jeune blonde pour ses blagues de mauvais goût, Nagisa se méfiait d'elle et la surveillait du coin de l'œil tout en écoutant distraitement Sugino conter ses derniers exploits en base-ball. Juste devant le bleuté se tenait Kayano qui semblait en pleine introspection avec Fuwa d'après les quelques bribes de conversations qu'il percevait. La classe était de bonne humeur et l'ambiance était à l'amusement et à la rigolade. Cela fit sourire Nagisa car il savait qu'en fin de journée, ils seraient tous fatigués et lessivés. Aussi agréable que cela soit, c'était particulièrement éreintant de résister à tous les stimulus du monde extérieur pour rester concentrés sur leurs cours.
Petit à petit les ruelles se changèrent en rues et l'affluence se fit plus importante. Le groupe se resserra et les discussions s'estompèrent. N'oubliant pas leur mission, les apprentis assassins jetaient des coups d'œil furtifs et discrets aux personnes qu'ils croisaient, essayant de lire sur leur visage pour s'assurer de ne pas avoir été reconnus. Karma avait ralenti l'allure afin de se placer juste devant Nagisa ce qui permi à une partie de leurs amis de le doubler. Les deux garçons se retrouvaient dorénavant noyés au milieu de leurs amis, entourés de toute part. Ils souhaitaient, ainsi, se fondre dans la masse.
La correction avance tranquillement pour les derniers chapitres. C'est long et pas facile à faire comme travail, donc je ne promet rien pour la date de parution des prochains chapitres. On avance doucement vers la fin de cette aventure ! Encore merci d'être fidèle à cette histoire et pour tout vos retours ! C'est vous qui nous donnez envie de publier notre travail alors merci !
