- « Pas partageur ? Touché ?

Mauvais joueur. Touché. »

Répondit l'interpellé en allant délibérément poser sa tête contre l'épaule de Karma, observant la partie de Pocky continuer.


Maintenant ce couple officiellement déclaré, plus aucun de leurs camarades tenta de les inviter dans le jeu, au grand soulagement des deux intéressés. L'intérêt pour le jeux ne diminua pas pour autant et il reprit même de plus belle.

Ce ne fut qu'après avoir manger tous les gâteaux, mettant fin à la partie de jeux, que les élèves reprirent le travail. Deux groupe se formèrent : dans l'un les adolescents s'entraînaient à leur oral d'anglais alors que dans l'autre ils se testaient sur les autres matières. Au bout d' un moment, les deux groupes s'inversèrent. L'après-midi touchait finalement à sa fin lorsqu'ils terminèrent leurs révisions. Nagisa observa, un peu en retrait, ses camarades ranger leurs affaires puis entamer le chemin du retour. Comme il l'avait prédit, il nota que ses amis étaient tous fatigués et n'était pas lui-même en un meilleur état.

Ils étaient tous éreintés, et en ce début de trajet, leur formation pour protéger Karma et Nagisa fut défaillante. Ils avaient tous la tête ailleurs, à discuter de tout et de rien, simplement guidés par Ritsu. D'ailleurs, le jeune couple n'était pas en meilleur état. Côte à côte, ils se mirent d'accord sur le menu du soir ainsi que sur la composition de leur bento pour le lendemain.

Pourtant, le danger planait toujours au-dessus de leurs têtes. Quelques passants se retournaient sur leur passage et la rue s'emplit de murmures les concernant. Ce bruit les accompagna jusque dans les bas fonds du métro, ne les lâchant pas, même dans le train à moitié vide.

Ils étaient montés dans une ligne directe, leur laissant la possibilité de prendre place sur les sièges et de se reposer. Au fil des arrêts, le groupe se réduit : les élèves descendaient pour rentrer chez eux. Parmi ceux descendants en dernier, il y avait Karma et Nagisa, assis côte à côte, qui allaient jusqu'au terminus.

Les collégiens étaient tous terrassés par l'épuisement, faisaient fi des allées et venues des passagers ou des bruits de couloir rompant le silence religieux habituel des transport en communs. D'un coup d'œil sur sa gauche, Karma constata que Nagisa avait sombré dans le sommeil : il avait les yeux clos, les bras mollement croisés sur son ventre, et la tête, légèrement penchée en avant, ballottant au rythme des secousses du wagon. Le carmin luttait lui-même contre les bras de Morphée et se demanda un instant ce qui l'empêchait de se laisser sombrer lui aussi, « Eh dis, ce ne serait pas ceux qui sont recherchés ? On devrait appeler la police, non ? »

Cette phrase, prononcée à peine plus fortement que les murmures environnants, parvint jusqu'aux oreilles de Karma, l'arrachant complètement à sa somnolence. Bien sûr qu'ils ne pouvaient pas juste dormir ! Ils étaient toujours recherchés !

Sur le qui-vive, il attrapa Nagisa par le poignet par réflexe, le réveillant involontairement par la même occasion. Cependant, le bleuté n'eut pas le plaisir de geindre ou d'exprimer son mécontentement, l'expression d'alerte peinte sur le visage de Karma l'en dissuada. Leur situation actuelle se fraya un chemin dans sa tête et il se fustigea mentalement pour avoir été si peu prudent. A présent inquiet lui-aussi, il chercha le reste de ses camarades du regard. Sugino, Meg, Kayano et Isogai étaient encore avec eux et avaient, eux aussi, réagis à la phrase du passager. D'un accord tacite, ils se mirent en quête d'un moyen de sortir de là au plus vite.

Le train se mit à ralentir, indiquant qu'ils approchaient d'un arrêt. C'était leur chance ! Ils allaient profiter de cette occasion pour prendre la poudre d'escampette. Une fois le quai en vue, la petite bande se leva et s'approcha des portes, prête à bondir dès leur ouverture.

Le train s'arrêta. Prêts, ils attendirent. Ils attendirent. Ils attendirent derrière les portes. Ces mêmes portes qui ne s'ouvraient pas. Elles refusaient de s'ouvrir sous l'œil surpris des collégiens ainsi que des passagers qui attendaient sur le quai. Dans le train la tension monta d'un cran, sur le quai c'était la colère et les protestations des usagers qui bourdonnaient.

Un coup d'œil aux visages fuyant des occupants de leur wagon leur suffit pour comprendre qu'ils avaient été démasqués et dénoncés. D'un message, Ritsu les avertit qu'un groupe d'agents de sécurité arrivait dans leur direction. Ni une ni deux, Sugino attrapa la poignée rouge, sur la droite, au dessus des portes et l'actionna. Le levier de secours fonctionna parfaitement, ouvrant à moitié les portes. Il cria à ses camarades « On se retrouve en haut !» , avant de se faufiler dans l'ouverture et de percer un passage dans la foule qui tentait de monter dans le train. Les autres suivirent son exemple en prenant différentes directions. Les collégiens espéraient que les agents ne suivraient pas la bonne piste et donneraient à Karma et Nagisa le temps de s'enfuir !

Nagisa, trop effrayé de se faire coincé seul, s'agrippa au poignet de Karma. Tous deux jouèrent des coudes pour se frayer un chemin dans la masse humaine. Malgré les innombrables visages qui les entouraient, ils parvenaient à identifier les agents de sécurité grâce à leurs couvre-chefs bien visibles. Ils les esquivèrent en se mêlant aux voyageurs et empruntèrent une des nombreuses galeries du réseau souterrain pour s'approcher de l'extérieur.

Portés par l'adrénaline, ils avançaient sans penser à autre chose que leur objectif. Presque sortis, ils furent considérablement ralentis par une longue file d'attente au portique de sécurité. Stressés, Karma et Nagisa se glissèrent dans la file en cherchant du regard une alternative.. En vain, ils étaient coincés dans cette file qui n'avançait pas et n'avaient pas d'autre choix que de passer par ces portiques.. Ce ne fut qu'une fois arrivés à cette conclusion qu'ils repérèrent des policiers remontant la file à leur recherche.

Désespéré, Nagisa lâcha le poignet de Karma pour se rapprocher de lui et s'accrocher à sa main, le tenant plus fermement. Le carmin, de son côté, trop obstiné pour se laisser avoir si facilement, raffermit sa prise sur la main de Nagisa et l'entraîna en arrière. Peut-être qu'en rebroussant chemin, ils pourraient prendre une autre sortie et peut-être que celle-ci ne serait pas surveillée !

Les chances de réussite de ce plan n'étaient pas bien élevées. D'autant plus que l'élaboration de ce plan à la dernière minute leur fit perdre de précieuses secondes et ils ne purent faire que six foulées avant de chuter au sol. Ils furent incapables de se relever, pris au piège par le poids des officiers de police et bloqués par leurs clefs de bras.

S'étant cogné la tête au sol en tombant, Karma mit du temps à analyser la situation, il était en train de se faire traîner vers la sortie, les mains retenues dans le dos par des bracelets métalliques : des menottes ! Il se rendit alors compte que l'agent qui le soutenait lui parlait, mais il ne fit pas attention à ses paroles, trop occupé à chercher Nagisa du regard et espérant ne pas le trouver.

Ce fut en se retournant qu'il aperçut enfin les cheveux bleus de son ami. Il était lui aussi menotté et escorté par un policier grincheux qui déblatérait un monologue complètement ignoré par Nagisa. Le jeune homme avançait calmement, sans se débattre, tête baissée. Karma aurait tout donné pour échanger un regard avec lui à cet instant. Pour le rassurer, lui dire que ce n'était pas grave, qu'ils allaient s'en sortir. Il avançait la tête haute car il n'était pas en tord, et était persuadé qu'il n'avait rien à craindre. Malheureusement pour lui, la tête de Nagisa ne se releva pas, son regard ne croisa pas le sien et ses mots ne purent que mourir dans sa gorge, incapable de les exprimer.

Le policier força Karma à se tourner dans le sens de la marche et le jeune homme obtempéra sans rechigner, vaincu. Frustré d'avoir été capturé si aisément, il se plongea dans les souvenirs des derniers évènements, cherchant à quel moment ils avaient échoué. Du coin de l'œil, il aperçu un bras levé, sortant de la foule, faire de grands gestes de droite à gauche. Interloqué, il chercha du regard son propriétaire et reconnu Meg qui réclamait son attention pour lui faire passer un message codé : "Je prends la situation en mains. On vous lâche pas." Karma capitula, acceptant leur capture et ignora les regards désapprobateurs des usagers qui s'écartaient sur leur chemin. Ce n'était pas le moment de faire l'andouille, ça ne jouerait pas en leur faveur.

En dehors du métro, deux véhicules de police les attendaient. Les adolescents furent installés séparément dans les voitures. Aucun d'eux n'avaient parlé depuis leur arrestation et ils ne prêtaient toujours aucune attention aux discours des policiers. Ce fut dans cette configuration, avec des fugitifs qui jouaient aux sourds-muets que les deux véhicules prirent la route en direction du commissariat. Le chant des sirènes était étouffé par l'habitacle, permettant ainsi à Karma de se concentrer. En observant les rues et les bâtiments défiler à grande vitesse par la fenêtre, il imagina les plans que pouvaient être en train de monter leurs amis pour les aider.

Rapidement, un grand portail se dressa sur leur route, marquant l'entrée du commissariat. Les véhicules s'y engouffrèrent sans ménagement et le doute s'installa. Ils étaient déjà arrivés ? Comment pourraient-il sortir d'ici sans engendrer plus de problèmes ? Comprenant qu'ils étaient finalement livrés à eux-même, Karma choisit de changer de tactique en espérant que Nagisa aurait le même cheminement de pensées que lui. Il allait devoir ranger ses poings et veiller à ses mots. Il était hors de question que la mère de Nagisa gagne contre lui !

L'enjeu était bien trop important ! Il n'était pas seulement question d'aider Nagisa, mais de sauver leur honneur et leur réputation. En effet, même si ces deux choses ne semblaient pas importantes vu les sévices subis par le bleuté, c'était en réalité bien plus que ça. S'ils perdaient, même si Nagisa serait protégé, ils auraient tous deux une réputation entachée et peut-être même un casier judiciaire. Autant dire que leurs avenirs seraient des plus sombres : les écoles leur fermeraient leurs portes et les patrons d'entreprises ne regarderaient même pas leurs profils.

Karma fut extrait du véhicule avec une délicatesse plus que douteuse, le sortant de ses pensées par la même occasion. Toujours sous escorte, il s'approcha du bâtiment et passa une porte où une affiche « Interdit au public » lui laissa supposer qu'ils se dirigeaient vers les cellules sans passer par la case « Accueil ». Exactement comme il se l'était imaginé, il découvrit derrière la porte un long couloir qui partait à droite et à gauche. Le mur côté rue était vierge et dépourvu de fenêtres. De l'autre côté se trouvait une rangée de cellules de prisons, certaines vides, d'autres habitées. En face de la porte qu'ils venaient de traverser, une autre porte portait un écriteau indiquant l'accueil.

Comme supposé plus tôt, les policiers l'éloignèrent de la porte menant à l'accueil pour le placer sans cérémonie dans l'une des cellules. Ne s'attendant pas à ce traitement, il perdit l'équilibre et tituba. Ce manque de respect fit monter la colère en lui, mais il ne devait pas leur donner satisfaction. Alors, il ne dit rien, leur jetant uniquement un regard plein de haine.

Sans un mot de plus, l'un des officiers, visiblement le plus vieux, se mit à le fouiller après l'avoir prévenu. Il lui retira la ceinture de son pantalon, ses lacets de chaussures, ses clefs et son téléphone portable, son sac de cours lui ayant déjà été confisqué.

- « Écoute mon garçon, si tu veux un bon conseil, ne fait pas trop d'histoires. Il ne faudrait pas alourdir tes charges. »

Un sourire narquois naquit sur le visage du jeune garçon et il ne put s'empêcher de répondre :

- « Oh, vous vous faites du souci pour moi maintenant ? Retirez moi d'abord ces menottes et peut-être que je ferai l'impasse sur le traitement que vous nous avez réservé. Je me demande si le choc reçu à la tête lors de mon arrestation ne m'a pas causé une commotion cérébrale. »

En réponse, il n'eut le droit qu'à un visage froid et fermé avant que la porte de la cellule ne se referme en se verrouillant derrière les policiers. Enfin seul ! Il aurait ainsi plus de temps pour peaufiner son plan. Il ne devait pas dire la moindre bourde lors de l'interrogatoire à venir. Livré à lui-même dans cette cellule, il se rendit alors compte que ça puait. Pas dans le sens où il était dans une mauvaise situation, non. Dans le sens où ça puait littéralement ici. Il chercha l'origine de l'odeur nauséabonde et se retourna. Sur l'unique « banc » en béton meublant la cellule, un homme dormait. L'odeur d'alcool et de … vomit ? Émanait de lui. Karma ne savait pas s'il devait avoir pitié de son état déplorable ou être dégoûté par l'image qu'il donnait de sa vie..

Le carmin tourna sur lui-même, faisant l'état des lieux de sa cellule et repéra une caméra de sécurité. Jouant l'innocent qui ne l'avait pas vu, il se tortilla un peu sur place, tirant sur ses liens, et montrant la douleur que ça engendrait. Sans un regard de plus à la caméra, il fit à nouveau tinter ses menottes, testant leur résistance. Une douleur naquit dans ses poignets. Pas découragé pour autant, il pris une grande inspiration et s'accroupit au sol, les mains dans le dos. L'inspiration suivante, il glissa ses mains attachées sous ses fesses, serrant les dents alors que le métal entaillait sa peau. Il souffla lorsque ses mains atteignirent le plis de ses genoux.

Il fit une pause, se délectant du soulagement qui parcourut ses épaules enfin dans une position plus naturelle. Après une nouvelle inspiration, il colla son torse contre ses jambes, les déplia légèrement et, dans une contorsion douloureuse, passa une jambe sous la chaînette de ses menottes.

Il fit une nouvelle pause, sentant sa blessure aux poignets s'approfondir. Serrant les dents une dernière fois, il répéta la même chose pour passer la seconde jambe. Dorénavant moins contraint par ses entraves, il se laissa tomber au sol, soufflant de soulagement.

Il jeta un rapide coup d'œil à la caméra de surveillance, fier de son petit tour et garda son petit air innocent qu'il savait insupportablement faux. Karma regarda vite fait ses poignets endoloris, par chance ils ne saignaient pas. Il se rassit plus confortablement et put se replonger dans ses réflexions.