Bien que tout ce que le jeune homme souhaitait à l'heure actuelle était de se réfugier dans les bras de Karma et lui demander comment s'était passé son interrogatoire, mais avec son père à ses côtés, il dut se retenir. De plus, il s'en voulait toujours d'avoir entraîné le carmin avec lui dans cette histoire. Celle-ci était allée beaucoup trop loin.


Le père de Nagisa revient vers celui-ci, un léger sourire aux lèvres. Il avait reconnu assez rapidement le jeune homme aux cheveux rouges, Karma, qui avait fait la une des informations avec Nagisa. En écoutant les journaux télévisés, il s'était fait un avis défavorable sur cet adolescent, comme beaucoup d'autres téléspectateurs.

Maintenant qu'il avait entendu toute l'histoire, l'image que lui renvoyait ce garçon avait changé. Après tout, il n'était pas aussi mauvais que ce que les journalistes le disaient. Il n'était pas non plus un dangereux voyou comme le racontait son ex-femme. Il était juste un adolescent, un jeune qui parfois faisait des bêtises. Lui-même était passé par là. Et puis surtout, il avait aidé son fils, il l'avait sorti d'une mauvaise passe et était présent pour Nagisa. Plus présent qu'il ne l'était lui, son propre père. De plus, il avait bien repéré les regards que se lançaient les deux adolescents. Il connaissait bien ce genre de regards, il avait eu les mêmes envers Hiromi à une époque. Rejeter le carmin parce qu'il est un garçon, alors qu'il avait la capacité de rendre son fils heureux et de le protéger serait égoïste et mal placé.

Le père de Nagisa posa sa main sur l'épaule de son fils, se voulant rassurant et le poussa doucement jusqu'aux côtés de Karma. Ce dernier était toujours assis sur son siège. Son regard qui était jusque-là braqué sur Nagisa glissa sur l'adulte à ses côtes.

- « Aller les garçons. Sortons. » Proposa le père de famille avec bienveillance.

Karma resta coi quelques instants avant de comprendre qu'il s'adressait bien à lui. Une fois dehors, ils découvrirent que la nuit était déjà tombée. L'adulte s'engouffra dans les ruelles sombres, les deux adolescents à sa suite. Malgré qu'ils ne sachent pas où ils étaient guidés, ils n'osèrent pas échanger le moindre mot. Ils se perdirent tous deux dans leurs pensées, rejouant en boucle les événements des derniers jours.

Quelques rues plus loin, l'adulte les fit entrer dans un petit restaurant de nouilles. L'ambiance y était chaleureuse et accueillante. En silence ils furent installés à une table à côté d'une grande fenêtre donnant sur la rue. Nagisa s'assit près de cette dernière, suivit de son père. Karma prit donc place en face de Nagisa, lui aussi près de la baie vitrée.

Karma n'était pas réellement à l'aise. Certes, son estomac se réjouissait de la tournure des évènements, tout comme ses papilles, il en salivait d'avance. Ce qui le gênait était d'avoir été traîné ici, sans un mot et de la part du père de son petit ami… C'était assez embarrassant. Est-ce que l'adulte comptait leur offrir un repas ou Karma devrait-il payer sa part ? Pourquoi l'avait-il emmené avec eux ?

- « Profitons d'un bon repas chaud pour discuter. Prenez ce que vous voulez les enfants, c'est moi qui régale. »

Karma et Nagisa échangèrent un regard surpris aux mots de l'adulte, mais ils se reprirent rapidement et se penchèrent sur le menu en remerciant l'homme de son invitation. Une fois les commandes passées, ce fut à nouveau le père de Nagisa qui démarra la conversation avec bonne humeur et bienveillance :

- « Alors les garçons, pas trop stressés après toutes ces aventures ?

- Ça va. Répondirent-ils en cœur.

- Raconte-nous, Karma, comment s'est passé ton interrogatoire ? Ils n'ont pas été trop hargneux ? Demanda l'adulte.

- C'était plutôt raisonnable. Répondit l'interpellé. Comme ils avaient déjà entendu la version de Nagisa, ils attendaient juste de voir si ma version était la même. Vu que d'après eux ça concordait suffisamment, ils n'ont pas trop insisté. Rajoutons à cela toutes les preuves qu'ils ont sous la main, ils sont normalement suffisamment compétents pour faire la différence entre mensonge et vérité.

- Quelles preuves ? Intervint Nagisa.

- Ton témoignage, le mien, ceux de nos camarades de classe, un futur témoignage de monsieur Koro, les messages sur ton téléphone et on pourrait presque rajouter les témoignages des invités de vendredi soir, s'ils acceptent. Précisa le carmin.

- Plus le témoignage de mon père, c'est vrai qu'ils n'ont pas de raisons de douter…

- Tout à fait ! Continua Karma. De plus, ils vont contre-interroger ta mère et devraient la mettre en porte-à-faux. Tout devrait bien se passer !

- Tu penses qu'il va se passer quoi maintenant ? Interrogea le jeune bleuté.

- La justice nipponne est plutôt stricte. Répondit Karma. Elle aura sûrement de la prison avec ou sans sursit. Ce qui est presque sûr, c'est qu'elle va avoir le droit à un séjour dans un centre spécialisé pour recevoir les soins dont elle à besoin. »

Monsieur Shiota s'était volontairement effacé de leur discussion, laissant les adolescents échanger tranquillement. L'atmosphère s'était allégée et détendue. Il observa le jeune couple discuter de l'affaire et finalement dériver sur des sujets plus légers tels que leurs cours, les ragots ou d'autres histoires d'adolescents.

Le trio savoura les mets du restaurant, égayant le moment par des bavardages décontractés. A la fin du repas, Karma laissa l'aîné des Shiota payer sans rechigner. Il ne voulait pas se confronter à son beau-père !

Une fois sortis du restaurant, l'aîné des Shiota tenu à ce qu'ils raccompagnent Karma jusqu'à chez lui, pour s'assurer qu'il rentre bien.

Comme il était vingt-deux heures passées et que les adolescents n'avaient pas envie de prendre le métro, les trois hommes prirent la route vers la maison du carmin à pied. A nouveau, le plus vieux du groupe s'effaça, laissant les jeunes discuter librement sans se sentir surveillés même s'il les observait en retrait avec bienveillance. Le trajet dura une petite heure et ils se retrouvèrent tous les trois sur le palier de Karma. Ce dernier ouvrit la porte et les invita à entrer, après tout, les affaires de Nagisa étaient chez lui. Cependant, le senior Shiota refusa poliment, regardant les deux amoureux.

- « Soyez sages les garçons. Commença-t-il. Il est un peu tard pour commencer un déménagement, alors autant que Nagisa reste chez toi Karma, enfin si tu le veux bien ?

- Sans problème ! S'empressa de répondre le carmin.

- Papa ? Demanda Nagisa avec un soupçon de tristesse dans la voix.

- T'inquiète pas fiston. Ce que je vous propose c'est de laisser passer cette semaine, le temps que les choses se mettent en place. Comme tu le sais, financièrement c'est un peu compliqué pour moi. Il va falloir que je m'organise pour pouvoir t'accueillir, je ne veux pas prendre le risque que tu aies à aller dans un foyer si jamais ta mère était internée. Ca va me demander quelques jours, mais, en attendant, il me semble que tu es entre de bonnes mains. Quand j'aurai trouvé un toit pouvant nous abriter tous les deux, tu pourras toujours venir chez ton petit copain les week-ends ! »

Les deux adolescents ne s'attendaient certainement pas à ce qu'une solution pour l'hébergement de Nagisa se propose d'elle-même, avant même qu'ils aient eu l'occasion d'aborder la question.. Rougissants à ses derniers mots, rassurés que le père de Nagisa accepte simplement leur relation naissante, ils se contentèrent d'acquiescer avant de regarder l'adulte disparaître lentement dans la nuit.

Karma et Nagisa, trop épuisés par ce week-end chargé, firent une toilette rapide et se couchèrent sans plus de cérémonie. Rassurés par la tournure des événements et heureux d'être ensemble, ils s'endormirent immédiatement.

Comme la maison de Karma était plus éloignée du collège que celle de Nagisa, le réveil fut compliqué pour ce dernier. Le carmin se leva, se changea et préparera leurs bentos alors que Nagisa était toujours allongé sur le futon. Bien qu'aillant les yeux ouverts et conscience du temps qui filait à toute vitesse, il n'avait ni l'énergie ni la motivation de se lever.

- « Eh bien Nagisa, tu dors encore ? » L'interpella Karma soudainement alors qu'il pénétrait la chambre, deux tasses fumantes dans les mains.

Il alluma la lumière et vint s'asseoir sur le futon du bleuté qui s'était enfin redressé. Il lui tendit une des tasses avant de continuer à le taquiner :

- « C'est pas le bon jour pour sécher les cours. Mais si tu veux apprendre l'art et la manière de cette technique ancestrale du cancre, tu sais déjà à qui t'adresser !

- Merci, mais ça ira finalement. Répondit le bleuté dans un bâillement.

- Vraiment ? Parce que j'ai plutôt l'impression que tu rêves de dormir, là tout de suite ! Insista Karma le sourire aux lèvres.

- Le jour où j'aurai des bonnes notes, on en reparle ? Grinça légèrement le bleuté.

- C'est qu'une question de temps ! Avec un prof comme moi, tu vas progresser ! » Se vanta l'adolescent en bombant le torse.

Il reçut un oreiller en pleine face comme réponse et les deux adolescents éclatèrent de rire. La bonne humeur de Karma était vraiment contagieuse. Dix minutes plus tard, Nagisa était debout, vêtu de l'uniforme scolaire et en train de finaliser son sac de cours, toute somnolence disparue.

Cette journée commençait avec un temps des plus maussades. L'odeur particulière de la pluie se mélangeait à celle de l'herbe tondue. Des nuages annonciateurs d'orages s'accumulaient dans le ciel et le tonnerre se faisait déjà entendre à l'extérieur du bâtiment. A l'intérieur la tension aussi était palpable. Tous les élèves étaient sagement assis à leurs pupitres dans un silence de mort. Ils attendaient l'arrivée de leur professeur sous l'œil mécontent de Karasuma.

L'être aux tentacules fit comme à son habitude : une entrée théâtrale et fracassante. A peine la porte s'ouvrit qu'un éclair jaune traversa toute la salle, déposant des polycopiés sur la table de chaque adolescent avant de s'immobiliser derrière son propre bureau.

- « Bon, les enfants, j'ai demandé à Ritsu de me fournir un rapport détaillé des événements d'hier. Vous en avez un petit résumé personnalisé devant vous. Pour vendredi prochain, vous devrez me rendre un devoir expliquant qu'elles ont été vos erreurs et comment vous auriez dû agir. Commença l'enseignant.

- Cependant, reprit-il, ne prenez pas ce devoir comme une punition, mais plutôt comme une opportunité de progresser pour vos prochaines tentatives d'assassinats. Sachez, les enfants, que je suis vraiment fier de vous. A la rentrée, vous étiez tous dans vos bulles, enfermés avec vos soucis. Maintenant vous vous serrez les coudes et vous aidez vos petits camarades en difficultés. Néanmoins, aider les autres ne veut pas dire se mettre en danger ! Et là-dessus, vous avez été imprudents. Défier la police comme vous l'avez fait était dangereux pour vous et votre avenir. Je ne fais pas ce travail pour que vous fassiez n'importe quoi derrière. Quand vous avez besoin d'aide, n'hésitez pas à en demander aux adultes, ils sont aussi là pour vous aider. Vous auriez dû nous demander de l'aide ou des conseils, que ce soit à moi, à Karasuma ou même à Irina ! Donc, pour que cela soit plus clair pour vous et que cette information rentre bien dans vos têtes, je vous laisse avec Karasuma qui a un cours particulier pour vous, spécialement prévu pour l'occasion. »

Sur ces mots, Koro disparut aussi vite qu'il était apparu, laissant les élèves seuls avec l'agent du gouvernement. Un frisson d'inquiétude traversa la classe alors que Karasuma s'avançait vers le bureau pour débuter cette leçon spéciale.

Malgré le ton sec et l'attitude colérique de Karasuma, ses conseils étaient pleins de sens et les étudiants notaient avec joie et intérêt chaque parole de l'enseignant. Secrètement, ce cours leur donna envie de retenter l'aventure afin de mettre en pratique leurs nouvelles connaissances et ce malgré le sermon de Koro. Peu importait, ils savaient qu'ils trouveraient un moyen de mettre la théorie en pratique.