On se retrouve cette semaine pour un chapitre centré sur Strain ! J'espère qu'il vous plaira.

Je prendrais peut-être une pause de deux ou trois semaines à partir de lundi prochain, surveillez donc les infos que je mettrais en début de chapitre.


۩๑ ๑۩ X. Cœur de pierre ۩๑ ๑۩


« — Tu m'aimes ? »

Toujours la même question.

« — Est-ce que tu m'aimes ? »

À croire que seuls les couples méritaient le bonheur véritable.

« — Strain, est-ce que tu m'aimes ? »

L'amour apportait tant d'ennuis, de contraintes et de responsabilités. Le couple privait de tant de libertés selon Strain et rendait les cœurs amourachés aveugles, trop durs ou trop soumis par peur de décevoir l'autre.

L'amour, il n'y comprenait rien.

Alors il répondait toujours :

« — Non. »

Plus jeune, il avait tut son dégoût du romantisme car le regard des autres l'oppressait. Lorsqu'un garçon crachait ses sentiments dégoulinants, il ravalait sa vraie nature et prétendait rendre la pareille. Autrefois, seul l'alcool lui permettait d'embrasser pleinement la vérité.

Et alors, les garçons le haïssaient, lui et son cœur de pierre lui et sa seule affection des corps lui et son rejet de la mièvrerie.

« — Tu n'as pas encore rencontré le bon, mais un jour tu verras tu aimeras. »

« — Si tu n'es pas capable d'aimer, tu ne trouveras jamais le bonheur. »

« — Tu n'as pas de cœur. »

Les yeux de Strain papillonnèrent tandis qu'il recouvrait sa conscience. Une vive douleur remonta le long de son dos, et le rappela à la boue dans laquelle il pataugeait. Elle puait, mais pas autant que le venin des serpents de son passé.

« — Tu n'as pas de cœur. »

Un grognement échappa aux lèvres du cuisinier, devant lui un décor aux formes incertaines tanguait dangereusement. Il ferma les yeux, chercha à se redresser mais des mains l'en dissuadèrent.

— Restez allongé.

Une voix masculine grave et empreinte de douceur l'incitait à obéir.

— Bob ? demanda-t-il pendant que ses paupières devenaient lourdes.

— C'est un ami à vous ? Vous savez où je pourrais le trouver ?

Le pirate soupira avant de remonter une main contre son front brûlant.

— Non… Non… Oubliez ça…

Un silence s'en suivit, bien que le bruit continu des machines couvrît le mutisme des deux hommes. Strain cherchait à puiser la force qui lui manquait pour ouvrir les yeux il voulait voir cet être sympathique qui prenait le temps de s'arrêter pour lui sans le connaître.

Pour autant ses paupières refusaient d'obéir à ses ordres. Elles papillonnaient et le pirate n'apercevait ni corps, ni visage, seulement une peinture indistincte aux couleurs sombres.

— Le port… Est-ce qu'il est loin d'ici ?

L'inconnu répondit aussitôt, sans hésitation.

— Assez loin pour que vous ne puissiez pas le faire seul.

Un gloussement nerveux échappa au pirate affaissé dans la terre meuble. Le Dieu des chèvres ne semblait guère l'aimer ces derniers jours, à moins que Strain ne fût simplement puni pour ses actions récentes. La voix des caprins restait impénétrable, en particulier pour un homme aussi peu pieux.

Il ne s'en offusquait pas, Dam compensait son manque de croyance.

De toute manière, il n'avait jamais été bon élève en dehors de la cuisine et des techniques de combats au couteau.

Strain eut une pensée pour Doc, si ce dernier apprenait pour son stupide évanouissement, les remontrances et punitions seraient exemplaires. Le châtain devrait s'attendre à finir clouer au lit, ou pire.

— De quoi j'ai l'air ?

— Mal en point.

Une autre réponse automatique, Strain ricana tandis que sauveur sans visage posait sa main contre son front. Elle lui paraissait si froide, et sa peau si abimée par le temps difficile de ne pas sentir un dur passé à cet homme pourtant prévenant.

— Vous êtes malade ?

Le pirate hocha négativement la tête, il devinait l'air concerné de l'inconnu et son regard inquiet qui le détaillait de part en part.

— C'est compliqué… Mais je ne risque pas de vous infecter, si c'est ce qui vous inquiète.

Et cette fois-ci, un rire franc échappa aux lèvres voisines.

— Vous ne pourriez pas, même si vous essayiez.

— Pourquoi ?

— Ma vie est déjà en sursis.

Silence.

Puis ils éclatèrent tous d'eux d'un sincère fou-rire, peut-être que la coïncidence les amusait, à moins qu'un autre sentiment ne se dissimulât derrière leur euphorie mal-placée. Strain ne s'en souciait guère, il appréciait plutôt la main glaciale qui parcourait son front.

— Il va falloir que je trouve un moyen de vous remercier pour votre gentillesse.

— Ce n'est pas la peine.

— J'insiste.

— Vraiment, je ne fais pas grand-chose pour vous aider.

— Si vous êtes mignon, je passerais une nuit avec vous.

Silence.

L'inconnu retira sa main et un autre ricanement rauque sortit d'entre ses lèvres.

— J'y réfléchirais à deux fois si j'étais vous, vous risqueriez d'y laisser votre peau.

— Si de tels détails m'effrayaient, je ne serais pas devenu pirate.

— Ah. Vous, un pirate ?

— Cuisinier, plus exactement… Mais je suis plutôt redoutable en combat.

— C'est amusant, répondit l'inconnu à la voix rocailleuse, il y a quelques temps un cuisinier m'a secouru alors que je pensais mourir. Sans lui, je ne serais pas là aujourd'hui…

Les paupières du pirate s'ouvrirent à nouveau, et ses yeux capturèrent un détail, un seul, l'homme possédait une courte chevelure noire corbeau. Puis ils se refermèrent tandis que la douleur abandonnait peu à peu le corps de Strain.

— C'est loin d'être amusant, je trouve.

— C'est amusant que le destin me donne l'occasion de porter assistance à un cuisinier, à mon tour.

— Vu sous cet angle, je pense comprendre l'ironie de la situation.

Autour d'eux, les machines continuaient de battre le métal, les travailleurs ensevelis sous la cendre et le charbon suaient de tous leur corps tandis que le ciel se noircissait au fil des heures.

« — Tu n'as pas de cœur. »

Nul n'était immunisé contre les émotions humaines, ni Dam qui se noyait dans ses émois passionnés, ni Bob qui feignait si souvent l'indifférence, ni lui qui ne savait pas aimer comme les autres.

— Strain ?

— Par le conseil des Cinq, c'est bien lui !

— Hé toi ! Ecarte-toi de notre compagnon !

Le cuisinier reconnut la voix graveleuse de Kostas, mais il n'identifia pas Rica, un autre de leurs compagnons se tenait aux côtés du canonnier. Strain chercha à se relever, ses yeux s'ouvrirent et aperçurent ses deux amis sortir leurs armes avant que ses paupières ne se rebellèrent encore. Il retomba dans la boue tandis que de violents maux de tête se couplaient à d'énièmes piques de douleurs.

— Dégage ! Ne t'avise même pas de poser tes pattes sur notre cuisinier !

— Ko… Kostas… C'est… C'est Gin ! Gin, le démon enragé de Don Krieg !

« — Tu n'as pas de cœur. »

C'était faux. Entièrement faux.

Car à cet instant précis, Strain ressentit une vive excitation mêlée d'un soupçon d'angoisse.


Ca fait bien longtemps que je n'ai pas joué un personnage de One Piece dans le cadre de cette fanfiction, j'espère que mon Gin post Arc Baratie vous plaira car il n'est pas prêt de partir !