Salut !

Ravie de vous revoir/rencontrer pour le premier chapitre/aparté du bloc 64. Comme convenu, ces apartés permettront de faire avancer la trame principale là où les entretiens sont des sortes de OS qui peuvent se lire séparément les uns des autres.

Bonne lecture on se retrouve plus bas !


Aparté 1 : L'office

L'accord verbal que lui donna Hinata ce jour-là se transforma en des piles de paperasse portant pour la majorité le sceau de confidentialité. L'héritière dut vivre sous haute pression. Ses amis, ses professeurs, ses camarades d'études et son père en tête de rang la pressaient, soucieux de s'approprier les miettes de sa gloire aussi inattendue qu'étendue. La brune resta fidèle à elle-même et accorda un rendez-vous à chacun, s'étonnant qu'on ne la laisse plus payer ses repas alors qu'elle en avait enfin les moyens. Son livre l'avait rendue riche. Une richesse dont elle ne savait que faire, les Hyuga étant réputés pour un mode de vie traditionnel épuré de toutes frivolités matérielles.

Ses proches n'étaient pas les seuls à la harceler, la presse aussi voulait tout savoir. Sous les conseils de son ancien tuteur, Hinata fit ainsi une apparition à l'écran. Elle surprit tout le monde à commencer par la blonde pulpeuse et affamée de détails sur sa vie personnelle en exprimant seulement sa gratitude aux lecteurs et à son entourage. De cette interview, on apprit qu'elle était surprise de savoir qu'autant de personnes la lisait et qu'elle souhaitait désormais se concentrer sur sa carrière professionnelle.

Une carrière dont elle ne dévoila rien. La rumeur courrait déjà qu'on l'avait faite mander au bloc 64. Les journalistes, fatigués de se heurter à son silence poli, finirent par se rabattre sur ce bruit de couloir pour enflammer l'auditoire. La jeune femme n'accorda même pas un regard à ces papiers plein de récits truculents et fantaisistes, laissant aux ménagères le plaisir de jaser à leur aise.

Hiashi Hyuga lui mit plus de bâtons dans les roues. Il avait une vague idée de ce que le bloc 64 représentait. Le patriarche devinait que sa fille ainée risquait d'y finir coupée du monde et que son succès actuel terminerait étouffé par le secret. Or, il la voulait à ses côtés pour participer au rayonnement de la famille. Il lui offrit de la garder encore quelques années pour qu'elle puisse écrire un deuxième livre dans les meilleures conditions. Hinata Hyuga dut à contrecœur déplaire à son père. Aucun des deux ne haussa le ton au-dessus de la petite table dédiée au service à thé. Hinata s'excusa maintes fois et justifia son choix en lui expliquant qu'une femme de son âge devait prendre son indépendance et qu'elle n'avait de toute manière pas la moindre idée concernant l'ébauche d'un deuxième ouvrage. Ce refus déplut si fortement à Hiashi qu'il exigea qu'elle lui verse l'intégralité des bénéfices et droits de sa thèse. Hinata accepta sans la moindre hésitation.

Redevenir pauvre était rassurant. Elle avait bien vu que les chiffres sur son compte en banque avaient attiré une catégorie de rapaces qu'elle ne souhaitait pas fréquenter. La paye misérable de psychiatre au bloc 64 était la garantie qu'elle ne les reverrait pas de sitôt.

A la veille de son départ, ses amis organisèrent une fête surprise. Elle fit de son mieux pour leur cacher qu'elle n'était adepte ni des fêtes, ni des surprises et leva un toast gêné à leur enthousiasme. L'événement fut marqué par la déclaration amoureuse de Kiba Inuzuka, un ami du master en criminologie qui était depuis entré dans la brigade douanière des maîtres-chiens. Elle mit son discours incohérent sur le compte de la bouteille de sake vide qu'il tenait encore à la main en l'entraînant à l'écart et trouva les mots juste pour mettre fin à tout espoir de relation sentimentale sans froisser son ego.

Le lendemain matin Hinata sortit d'un taxi avec une petite valise compacte grise. L'homme qui lui avait offert cet emploi lui avait recommandé de ne pas vivre au bloc, arguant ce que c'était une atmosphère difficile et épuisante au quotidien. Elle avait dû renoncer à prendre un logement cependant. Le budget loyer et transport cumulés dépassait de loin ses revenus.

Le bloc 64 avait la forme d'une immense cloche blanche qui ne possédait qu'une seule entrée. Ses résidents l'avaient rebaptisé « l'igloo » en raison de cette architecture particulière. Il était entouré de barbelé électrique et on ne comptait pas moins de seize hommes armés jusqu'aux dents pour en garder l'extérieur.

L'un d'entre eux était justement posté devant elle. Il la salua brièvement et lui expliqua qu'il était en charge de son transfert au bloc 64. Il ne lui révéla pas son identité mais lui banda les yeux. Une mesure de sécurité pour le bloc comme pour elle, expliqua-t-il de cette voix mécanique qui le caractérisait. Il lui prit sa valise et sa main avant de l'entraîner vers le bâtiment.

Il ne lui adressa plus la parole.

Hinata réduite à suivre aveuglément son guide compta les portes. Elles étaient au nombre de six, trois d'entre elles étaient gardés par des hommes que son accompagnateur salua et deux requéraient une empreinte digitale pour s'ouvrir. Au cours de cette traversée, elle fut fouillée deux fois et entendit distinctement le verrou de sa valise subir une effraction. Ils passèrent ensuite un certain temps dans ce qu'elle identifia comme étant un ascenseur. Les longues minutes qui s'y écoulèrent l'invitèrent à faire le constat que ce bâtiment avait plus en commun avec l'iceberg que l'igloo. Les portes s'ouvrirent sans que l'homme en charge de sa venue ne daigne lui ôter son bandeau. Ils tournèrent deux fois à droite puis une fois à gauche avant de progresser en ligne droite pendant six longues minutes.

Enfin leur cheminement prit fin et la prise ferme qui lui avait été imposée se desserra. On ôta le tissu opaque de ses yeux et après s'être habituée à la lumière, la Hyuga put découvrir son environnement. Des murs vierges peints en blanc s'étendaient à perte de vue dans un dédales d'intersections et de portes en acier renforcé qui étaient espacées avec régularité. Le sol était un carrelage gris foncé de dalles larges dont le quadrillage était éclairé par les néons blanc. L'odeur était aseptisée et n'avait rien à voir avec la décoction médicamenteuse des hôpitaux classiques. Son examen fut interrompu par le bruit mat que fit la porte en s'ouvrant à côté d'eux.

Son guide lui tenait la porte, le dos droit dans une posture qui en disait long sur sa vigilance.

« Cette pièce sera votre chambre et votre bureau. Elle possède un sanitaire et un lavabo. Une collation vous y attend. Vous n'êtes pas autorisée à en sortir sans être accompagnée. Une infirmière passera dans la journée pour s'enquérir de vos besoins et vous faire parvenir les dossiers de vos patients. Monsieur Sarutobi m'a demandé de vous transmettre l'expression de ses amitiés et de vous souhaiter la bienvenue au bloc 64. »

L'homme attendit qu'elle fût à l'intérieur de la pièce avant de lui offrir un garde à vous parfait et de refermer la porte. Hinata put alors détailler son nouvel espace de vie.

Elle remarqua que les néons projetaient une lumière moins agressive que dans les couloirs et que les murs étaient cette fois en béton nu. Il n'y avait aucune porte exceptée celle qu'elle venait d'emprunter et cela accentuait la façon sommaire dont était arrangés les meubles. Le toilette dans l'angle gauche de la pièce faisait face à un sommier en fer noir où une literie blanche encore recouverte de plastique attendait sagement en bout de matelas. La brune s'étonna que la température soit agréable alors qu'elle ne distinguait aucun chauffage et qu'elle se trouvait, à l'évidence, plus d'une dizaine de mètres sous terre. Le bureau en fer gris attira son attention. Il possédait la seule vraie lampe de la pièce qui était reliée à une prise unique. Sur le plateau était disposé un bloc de papier à lignes et un pot à crayons où un critérium et un bic se disputaient l'espace. Hinata s'approcha pour tâter les rangées de tiroir, ils étaient vides et l'un d'entre eux nécessitait une clé.

La jeune femme avait lu les documents relatifs à son emploi avec attention une semaine auparavant. Malgré cela, le dépaysement total de son bureau la choquait.

Sa chambre ressemblait à celle d'un détenu et mieux valait ne pas aborder le point des libertés dont elle disposait à présent. Elle reconnut enfin la collation mentionnée par son guide dans la barquette en aluminium posée en évidence à gauche du bloc-notes. Elle s'assit sur la chaise en plastique blanc inconfortable et palpa le rebord de la barquette. C'était tiède. Elle décida de manger immédiatement pour ne pas laisser le plat refroidir et n'ayant aucune information sur la date de son prochain repas. Elle dégrafa soigneusement les attaches du couvercle pour découvrir une mixture rougeâtre de vermicelles où flottait des morceaux de bœuf bouillis encore sous vide et des couverts en plastique emballés.

Elle ne réussit pas à avaler plus de la moitié du plat et préféra repousser à plus tard son déjeuner. Elle déduit de l'absence de bouteille d'eau que l'évier en inox à côté des toilettes devait en remplir la fonction. Elle but donc à même le robinet avant de laver soigneusement ses couverts. Cette activité lui permit de découvrir un petit placard situé sous le lavabo où elle trouva dentifrice, brosse à dent ainsi qu'un savon dur dans un sac de congélation, tout équipement de toilette personnel étant prohibé, cette découverte n'était pas négligeable.

Ouvrir sa valise lui rappela qu'elle n'avait pas vu d'espace de rangement pour son linge et elle répugnait à utiliser les tiroirs du bureau à cette fin. En fouinant un peu elle finit par mettre la main sur un grand bac sous le lit qui ressemblait à ceux qu'on utilise pour poser ses affaires à l'aéroport. Elle y plia soigneusement ses tenues et s'aperçut que la photo de sa sœur n'avait pas survécu à l'examen des gardes. Une fois le bac et la valise replacés sous le lit, Hinata se rendit compte qu'elle avait déjà fini son exploration.

L'absence de réveil et le retrait forcé de son téléphone et de sa montre éveillèrent un sentiment neuf chez elle : la perte de toute notion de la temporalité. Pour s'occuper, elle griffonna quelques phrases relatives à son arrivée au critérium sur son bloc, fit son lit et s'octroya une toilette de chat, regrettant l'absence de serviette pour éponger sa peau humide. Elle s'interrogeait sur l'existence d'un couvre-feu qui plongerait la pièce dans l'obscurité quand le claquement familier de la porte vint tromper son ennui mortel.

Elle était encore assise en tailleur sur son matelas quand elle vit une femme en blouse blanche s'introduire dans son office. Elle devait avoir à peu près son âge et possédait une chevelure blond platine dont la queue de cheval ne parvenait pas à masquer la longueur démesurée. L'arrivante avait un visage angélique avec des yeux bleu ciel immenses et des lèvres framboise engageantes. Elle tenait serrés contre elle des dossiers et se présenta sous le nom de Ino Yamanaka, infirmière au bloc 64.

« C'est un honneur de faire votre connaissance Madame Hyuga, votre réputation vous précède ici. J'espère que vous familiarisez bien avec les lieux, je sais d'expérience que les premiers jours sont difficiles. »

Le ton respectueux que la blonde adopta lui rappela celui des domestiques au manoir familial. La brune ne s'y attarda donc pas et se releva rapidement en rougissant avant de s'incliner devant la première personne qui lui déclinait son identité.

« C'est moi qui suis honorée d'être ici. Je ne doute pas que je trouverais vite mes marques. »

La blonde lui sourit et son visage apparut tel qu'il était réellement sous l'éclairage désagréable de la pièce. Elle avait des cernes de plusieurs jours, flottait dans sa blouse qui camouflait maladroitement son sous poids et son teint était finalement plus livide que porcelaine. Au-delà de son sourire radieux, la pénible impression de faire face à une femme usée et vieillie trop vite était omniprésente.

« Je suis vraiment navrée de ne pas pouvoir vous faire visiter les lieux mais le premier jour les nouveaux arrivants sont toujours confinés. C'est pour faciliter l'acclimatation vous comprenez. »

La brune hocha la tête en lui retournant son sourire de façon plus timide. Ino posa les dossiers qu'elle protégeait sur le bureau de la psychiatre et lui tendit un petit rectangle de papier brillant dont le reflet de la lumière masquait l'image.

« Vous avez été fouillée par des gardes vraiment zélés. On a tous le droit de se rappeler qu'on a une vie en dehors du bloc. Sinon qu'est-ce qui nous différencie des malades hein ? »

Hinata se saisit de la photo où elle reconnut facilement le visage souriant de sa sœur. Elle adressa des remerciements sincères à son interlocutrice qui les balaya d'un geste de main élégant.

« De rien. Mettez-la sous votre matelas où elle risque de disparaître à nouveau. Ici, on sert des repas chauds deux fois par jour, il faut que vous les mangiez car ils contiennent exactement votre apport nutritionnel. J'ai vu que vous aviez lavé vos couverts. Ce n'est pas nécessaire, chaque plat en contient des nouveaux. On vous donnera bientôt un sac poubelle qui sera ensuite changé toutes les nuits. S'il vous faut des protections hygiéniques faites m'en part et je veillerais à ce qu'on vous les fasse parvenir rapidement. Le couvre-feu est à vingt-deux heures. Je vous recommande d'aller dormir immédiatement car c'est le seul moment où les lumières des chambres s'éteignent et qu'il est essentiel que vous conserviez des cycles de sommeil normaux. »

Tout en parlant, la blonde avait récupéré les couverts et ce qu'il restait de la barquette en aluminium pour les ranger dans un sac jaune semi transparent. Elle n'avait plus regardé Hinata et le ton mécanique emprunté laissait entendre que ce n'était pas la première fois qu'elle récitait ces instructions. Hinata demeurait debout, buvant ses paroles. Enfin, la Yamanaka se retourna vers elle.

« Je ne pourrais pas répondre à toutes vos questions mais vous pouvez m'en faire part ainsi que des requêtes spécifiques qui vous viennent à l'esprit. »

L'infirmière ponctua sa tirade d'un énième sourire chaleureux.

« Je vous remercie encore de tout ce que vous faites pour moi. J'ai deux questions et une requête. A quelle date est prévue mon premier entretien avec les patients ? Est-ce que j'ai un moyen de vous contacter si j'en ressens le besoin ? »

Le visage d'Ino ne laissa transparaître ni surprise ni intérêt particulier pour les interrogations de la brune suggérant qu'elle avait l'habitude d'y répondre.

« Concernant les moyens de me contacter, non vous n'en avez pas, mais une infirmière passera ici au moins une fois par jour. Je ne peux pas répondre à votre première question pour des raisons de confidentialité, assurez-vous simplement de connaître le dossier de vos patients sur le bout des doigts le plus rapidement possible. »

La psychiatre acquiesça de nouveau pensivement, assimilant les informations que la blonde lui partageait.

« Vous avez dit avoir une requête ? »

Hinata sursauta. Ce mouvement de peur l'aida à réaliser qu'elle était aux aguets depuis un bon moment déjà. De toute évidence, la fameuse acclimatation dont lui avait parlé son interlocutrice allait lui demander un peu de temps. Elle releva son visage vers Ino les joues rosées et chercha ses mots.

« Je… J'aurais besoin des… Des serviettes dont vous avez parlé. S'il-vous-plaît »

Cette fois le visage de l'infirmière se fendit d'une surprise teintée de malice prouvant que ce n'était pas une simple automate.

« Ah, celle-là c'est la première fois qu'on me la fait ! Prenez celles-ci pour l'instant, vous en aurez d'autres demain. »

Elle sortit une poignée de serviettes hygiéniques de sa blouse et les tendit à la Hyuga. Cette dernière conserva une couleur cramoisie et le visage définitivement baissé en récupérant le bien. Ino était sur le départ à présent, elle allait ouvrir la porte quand quelque chose sur le bureau d'Hinata retint son attention. La blonde se rapprocha rapidement pour lire la dizaine de lignes inscrites sur le bloc ouvert. Elle arracha brutalement la feuille qu'elle roula en boule avant de la mettre au fond de son sac à poubelle. Son teint avait un peu plus pâli et ses poings fermés étaient moites. Elle avança jusqu'à la brune dont elle empoigna l'épaule avant de la secouer sans ménagement. La brune lut dans ces yeux bleus une détresse et une terreur qui contrastaient avec le calme tranquille dont la Yamanaka avait fait preuve jusqu'ici.

« Ne refaites jamais ça ! Jamais, vous m'entendez ! Imbécile ! »

Elle quitta ensuite la chambre dont elle referma abruptement la porte. Hinata resta là, pantelante. Son corps entier tremblait encore et il lui fallut un bon moment avant de retrouver une respiration normale. Une fois qu'elle eut recouvré son sang-froid, la brune alla s'installer à son office et se saisit du bic pour écrire au dos de la photo de sa sœur l'exacte réplique de la feuille qu'on lui avait subtilisée : l'intégralité des déplacements effectués et leur temps respectifs pour la conduire de l'entrée jusqu'ici. Elle glissa la photo dans l'emballage d'une de ses serviettes qu'elle cacha sous le matelas.

La brune s'attaqua ensuite aux dossiers comme si l'incident n'avait jamais eu lieu.


Merci d'avoir lu ce premier chapitre !

L'idée c'est de garder ce format (en terme de longueur), j'espère que ça vous plaît et que le style que j'ai adopté est à votre goût - très éloigné des pavés sentimentaux dont j'ai l'habitude. Je vous avoue que j'angoisse pour le premier entretien (troisième ré-écriture en cours ahah) donc je vais prendre le temps de le peaufiner et ça risque de se ressentir en terme de publication.

Pour vous garder en haleine je vous donne le titre en guise d'indice : "Confessions d'un prêtre".

Je serai ravie d'avoir votre avis sur cette histoire alors n'hésitez pas à m'écrire !

Bisous doux

Cap'