Salut !

Vous avez du vous demander si cette histoire aurait une suite hein ? Moi aussi. Merci d'être toujours présent ou de rejoindre le cercle des lecteurs, c'est toujours un plaisir de bénéficier de votre soutien et de vos retours. On se revoit en bas ?

Bises


Entretien - Confessions d'un prêtre

Hidan

Nationalité : Yu

Date de naissance : 2/04/199 ?

Taille : 177,1 cm

Poids : 56,8 kg

Groupe sanguin : B

Nombre de victimes : 37

Procédé des meurtres : retrouvées au centre de pentagrammes, les victimes sont toutes mortes d'hémorragie lente avec chacune plus d'une centaine d'entailles sur tout le corps.


« Tu sens le fœtus mort. »

Ce furent les premiers mots d'Hidan. L'ouverture dérangeante de cet entretien donna le ton. L'atmosphère glauque de la pièce exiguë dont le design était en tout point semblable à celui des couloirs et en noircissait déjà le tableau de toute manière.

Hinata Hyuga faisait face au meurtrier depuis l'extrémité d'une table rectangulaire longue de trois mètres. Elle avait revêtu la blouse blanche réglementaire par-dessus un col roulé noir et un jean foncé. Ses cheveux détachés encadraient son visage et serpentaient sur ses épaules. Son vis-à-vis devait se contenter de l'uniforme beige à manches longues imposé aux patients. Ses mains étaient menottées à la table et les pieds de celle-ci étaient littéralement cloués au sol. Il avait la morphologie et le visage d'un homme qui frôlait la trentaine, mais des cheveux grisonnants.

La brune baissa les yeux face à son sourire carnassier. Elle croisa nerveusement ses jambes sentant la serviette neuve bougeait entre ses cuisses. Ses pommettes avaient pris quelques couleurs.

« Je vous présente mes excuses. Vous souhaitez repousser l'entretien ? »

Le rire tonitruant du prête se répercuta en écho sur les murs de la pièce. Il se balança en arrière, laissant à ses fers le soin de freiner sa chute. Son hilarité n'inspirait pas la joie mais l'effroi. Il avait jeté la tête en arrière avec une brutalité à en faire craquer sa nuque. Même le bruit des chaînes soulignait une forme de démence sauvage dans son action.

« Je vais tous vous butez ! Vous paierez tous de votre vie pour ne pas avoir pris au sérieux un serviteur de Jashin ! »

Hinata avait suffisamment parcouru son dossier pour connaître Jashin. La divinité occulte dont le dernier partisan était justement devant elle. Le fanatique eut un cri rauque en tirant sur ses liens pour basculer violemment vers l'avant. Il plaqua son torse sur la table grappillant une cinquantaine de centimètres sur la distance totale qui les séparait. Le visage tendu vers elle, ses yeux pourpres et son sourire avide la défiaient.

De la folie, Hinata Hyuga connaissait tous les arcanes de la théorie et des centaines d'heure de visionnage d'entretiens similaires à celui qu'elle vivait. Ce que huit ans d'études laborieuses ne lui avaient pas donné c'était précisément ce regard aliéné. Un frisson remonta son échine.

« Non, restons comme ça. Pourquoi je me priverais d'une compagnie si charmante ? »

Ce dernier mot prit un caractère obscène nouveau aux oreilles de la brune. Le prête occulte se ré adossa à la chaise en formica blanc. Il porta ses mains à son visage et commença à lécher lascivement ses doigts sans la quitter des yeux. Ses ongles étaient rongés au sang, courts au point de laisser une moitié de chaire à nu. Cherchant une contenance, la psychiatre attitrée griffonna sur le bloc-notes qu'elle tenait en appui contre son bassin.

Furtivement, Hinata osait parfois un coup d'œil dans sa direction avant de revenir presque immédiatement à l'ébauche de quantité d'annotations. Hidan mit fin au semblant de calme en abattant fermement son poing contre le plateau récoltant le tressaillement de son interlocutrice. La brune consentit à observer de nouveau la joie malsaine peinte sur les traits de l'homme.

« T'aurais dû te faire sauter avant de venir ici. L'égorgement de ton rejeton à la gloire de Jashin aurait été un sacré spectacle. »

Ce langage cru et morbide, le plaisir évident que son auteur prenait à débiter ces phrases horrifiques, ce regard… Hinata eut un sourire contrit. Elle fit tournoyer le stylo dans sa main détournant les yeux avec un embarras de forme. Elle n'était pas intimidée et ce constat frappa le tueur. Il grogna.

« Je vais vous décevoir Hidan. Je ne veux pas d'enfant. »

Cette tessiture douce empreinte d'une éducation policée et d'une amabilité à toute épreuve c'était sans conteste la marque d'Hinata. Cette fade et huilée mécanique lui avait valu le dédain de tous et même le mépris de son propre sang mais ici la donne changeait. Ici, le caractère impénétrable de ses pensées et le masque parfait de la bienveillance désarçonnaient. Le fanatique enragea, incapable de savoir à quel jeu jouait la nouvelle psychiatre. Il déstabilisait les gens. Il leur inspirait la terreur avant de la leur fait vivre. Personne n'échappait à la règle.

« Tu ne comprends pas. Tu vois comme je suis grand ? Évidemment non, nous sommes tous les deux assis et je suis entré ici le premier. Mais tu as lu mon dossier, ça a dû attirer ton attention. »

Hinata acquiesça, ses traits tirés dans une expression attentive.

« Je suis le fils aîné d'une fratrie de onze enfants. J'ai baigné dans le sang de chacun de mes frères ouverts comme des truies sur unautel avant ma majorité. Cette grande taille, c'est la reconnaissance de mon seigneur pour ma dévotion. »

Le prêtre ponctua cette déclaration d'un rire macabre. Hidan affichait l'air triomphal d'un homme qui raconte un fait accomplissant de son existence. Son cerveau avait été lavé dans le sang des siens à un âge où le bien et le mal se définissent. La religion a cette particularité qu'elle aiguille ses fidèles sur ces deux notions. Or, les seuls repères tangibles de son existence semblaient avoir toujours été la souffrance et la mort. Le fanatisme dans toute sa splendeur était un portrait encore trop miséricordieux pour un homme de la trempe d'Hidan.

L'Hyuga refusa de rompre le contact visuel. Elle regardait le soldat du carnage et la guerre sainte qu'il menait de front à l'humanité entière.

« Vous n'auriez pas préféré les avoir à vos côtés pour prêcher vos convictions ? »

Encore ce rire strident qui glaçait le sang, Hidan avait une expression sauvage. Il se jeta sur elle, dépliant à demi ce corps dont il n'avait en rien exagéré la carrure. Il mit durement à l'épreuve ses fers. La jeune femme resta interdite, ses yeux comme hypnotisés par la grande faucheuse en laisse. L'homme lui cracha dessus avec dégoût et le projectile de salive s'écrasa à seulement une dizaine de centimètre du rebord où était accoudé Hinata. La menace sous-jacente chargea l'air d'électricité.

« Pauvre conne. Tu ne comprends toujours rien hein ? Tu sais quoi, c'est toi que je buterai la première. »

Il avait perdu son sourire affamé. Son visage était fermé et exprimait une agressivité à peine contenue, même le son de sa voix était rempli de danger. Sans que rien n'ait pu le prédire, Hinata racla sa chaise sur le sol. Elle se leva. Une position où le visage du patient ne la surplombait plus, lui permettant d'admirer à loisir les iris et la rage ardente qui y brûlait dans un feu perpétuel. Elle s'inclina très bas, son bassin dans une équerre parfaite. Ses cheveux tombèrent en rideaux bleu nuit autour de son visage.

« Si j'ai offensé votre religion je vous présente mes excuses. Je respecte trop les croyances de chacun pour que cela soit volontaire. »

Les traits du tueur en série se détendirent brièvement sous la surprise. Il se rassit dans un bruit de métal fixant avec un intérêt nouveau son vis-à-vis. Hinata s'installa à son tour dans sa chaise. Ses excuses avaient embrumé momentanément l'esprit du prête qui dévisageait sa psychiatre d'un œil différent. L'intensité avec laquelle il la détaillait donnait l'impression que la hargne qu'il avait manifestée auparavant avait traversé la brune sans la toucher. Le fourmillement imperceptible d'être déshabillée du regard hérissa la peau de la Hyuga. La sensation inconnue de ses cinq sens faisait bourdonner son cerveau, asséchant ses lèvres, son palais et sa gorge au point de l'obliger à déglutir.

« Tu n'es pas croyante. Tu n'as même pas de pendentif. »

Hidan avait employé un ton péremptoire et définitif. Il était arrivé à la conclusion de cet interminable examen visuel. Ce n'était pas un homme très intelligent. Il s'était toujours borné à un raisonnement à deux étapes : l'idée et son exécution. Il laissait les conspirations à tiroirs à des individus plus rasoirs, se considérant lui-même comme un homme d'action. Quand il était encore libre, on le disait plus dangereux à manipuler que la poudre à canon. Cette allégorie faisait référence au fait qu'il avait souvent fallut moins d'une étincelle pour faire exploser la haine du prêtre.

« Une âme pieuse n'en a pas l'usage, rétorqua vertement la brune contredisant l'attitude soumise adoptée un peu plus tôt. »

Le prête braqua brusquement son regard dans le sien. Il mordit férocement dans sa lèvre inférieure jusqu'à ce qu'un mince filet de sang s'y forme. Il régulait le flot à coup de langues paresseux n'empêchant pas quelques gouttes sombres de maculer la table. Il plongea son index gauche dans le liquide âcre s'en servant pour tracer des contours géométriques.

« Tes dieux ne m'intéressent pas. »

Il ne la quittait pas des yeux et pourtant le cercle où s'inscrivait un triangle était d'une précision remarquable. Il pressa ses doigts contre sa plaie pour en faire couler un peu plus de sang et repassa les lignes du symbole occulte. Il lui sourit mystérieusement.

« Ton âme pieuse si. »

Hidan tira sur son bras droit d'un mouvement sec et la menotte brisa.

Le son mat couplé à celui de la chaîne qui retournait vertigineusement pendre dans le vide avait des allures de condamnation. Les yeux de la brune s'écarquillèrent et les battements de son cœur s'affolèrent. Il fallut moins d'une demi-seconde au prêtre pour détendre son corps comme un arc dans sa direction. Il n'y avait pas que la taille en hauteur de cet homme qui était remarquable, la longueur de ses bras dépassait aussi les proportions habituelles du corps humain. Avec le leste de chaîne restante, Hidan put se saisir d'une mèche de cheveux conséquente de la brune dont le mouvement de recul eut un temps de retard fatal.

Il tira avec la même fermeté qui lui avait permis de faire sauter ses fers. Hinata tomba à genoux, un hurlement de douleur accompagnant sa chute. Cette chevelure… la fierté de sa mère, l'attribut noble des Hyuga peu importe le sexe, la seule parure qu'elle se fut autorisée.

Lentement, Hidan tirait dessus en reculant pour la ramener à lui. La psychiatre n'avait même assez de force pour empêcher son corps de glisser inexorablement sur le carrelage. Elle manqua de peu sa chance d'agripper un pied de table, Hidan ayant cerné ses intentions et tiré d'un coup plus sec. Elle releva des yeux humidifiés de souffrance dans sa direction contenant de son mieux les gémissements douloureux qui voulaient franchir ses lèvres.

Le visage de son agresseur rayonnait de nouveau. Son sourire exprimait le plaisir venimeux qu'il prenait à la traîner par terre et la lueur sadique dans ses yeux son impatience à la mettre à ses pieds. Les issues incluant sa survie se réduisaient à vue d'œil.

Faire face à la mort est un sentiment qui peut vous arriver n'importe quand, au détour d'une supérette où l'appel d'air d'un cinq tonnes vous attire dangereusement ou bien dans un océan agité à l'abri du regard des garde-côtes. Il éveille un instinct du fond des âges que des hommes en blouses ont depuis distillé sur des lamelles : l'adrénaline. Un sceau d'eau froide jeté sur la peur bouillonnante capable de démultiplier les capacités physiques et intellectuelles d'un individu normal.

Hinata se jeta sur Hidan.

L'instant où ce dernier lâcha ses cheveux sous le coup de la surprise fut crucial. Il lui donna le temps de se projeter en arrière en prenant appui des deux mains sur son torse. Des mois d'inanition et d'absence d'exercices physiques avaient réduits les réflexes de son agresseur. La gifle qu'il eut le temps de lui asséner manquait de force et de précision. La vision de la brune se brouilla considérablement mais elle parvint à rejoindre le seul mur encore hors d'atteinte de son agresseur avant qu'il ne la rattrape.

Le corps de la jeune femme s'était naturellement replié dans sa forme prénatale et convulsait doucement au rythme de sanglots haletants. Elle entendit son patient rire de façon assourdie. Sa voix aussi semblait de heurter au voile cotonneux qui entourait les sens d'Hinata.

« L'espace d'un instant j'ai cru que tu t'offrais à moi, mais les chiennes mordent aussi n'est-ce-pas ? »

Il passa sa langue sur sa lèvre encore fendue. Le bruit du fer restant fit sursauter le corps tremblant de la brune qui se pressa un peu plus contre le mur. Hidan s'était rassis. Il attendait, l'euphorie imprégnait encore son expression.

« C'était très divertissant Docteur. »

Il insista sur le sarcasme du nouveau surnom qu'il lui avait attribué. Il dévorait la silhouette misérable du regard, respirait la peur qui s'en dégageait, se délectait du spectacle dont il était la cause. Ces cris aiguës et féminins lui avait manqué. Il avait oublié le répertoire de vocalises d'une femme aux abois. Une satisfaction qui l'aidait à surmonter la déception de ne pas être parvenu à ses fins.

Les minutes s'égrenaient et pourtant la scène semblait figée. Une inaction qui finit par faire naître une moue agacée sur le visage du meurtrier. Il frappa d'une manière devenue coutumière sur le plateau.

« Eh Docteur. Je partage ta déception crois-moi. Maintenant, fais-toi violence et remet ton cul sur cette chaise. Tu vois bien que ces salauds ne viendront pas te sauver. »

Un détail qui n'avait échappé à personne. L'absence d'un dispositif de sécurité pour prévenir ce genre d'incidents était terrifiante. Hinata risqua un regard en-dehors du cercle protecteur des ses bras. Hidan battait une mesure invisible du pied. La lumière verte d'une caméra à l'angle supérieur gauche de la pièce clignotait à intervalles similaires. Des yeux invisibles peut-être à plusieurs cloisons d'ici se rendaient coupables d'un voyeurisme qui n'avaient rien à envie à la perversité du prête.

Mécaniquement Hinata détendit ses bras puis ses jambes pour se relever en appui contre la paroi lisse du mur. Tout le temps que lui prit cette opération elle l'occupa à fixer l'objectif noir de ses yeux bouffis et gonflés. La partie de droite de sa figure avait imprimé la marque rouge des cinq doigts du fanatique. Un coup si fort que la violente inflammation ne tarderait pas à bleuir. Elle tira la chaise jusqu'au mur et son vis-à-vis roula des yeux. La brune s'y installa sans avoir pu stopper la nette sensation qu'une veine allait exploser contre sa tempe.

« Ça va te faire mal pendant encore une bonne semaine. Ça t'aidera à ne pas m'oublier. »

Le corps de la jeune femme lui donna raison. Le picotement se transformait en douleur lancinante et elle s'aperçu en palpant l'impact laissé que cette partie de son visage souffrait du même genre d'anesthésie qu'on éprouve à la sortie de chez le dentiste. La sensation pâteuse de la chaire endormie était loin d'être indolore en revanche.

« Ces salauds ne te feront même pas l'aumône d'un sac de glace. »

La brune n'avait pas daigné accorder un regard au fanatique. Il se produisit pourtant quelque chose de prodigieux. Hidan claqua des doigts de sa main libre en direction de la caméra avant de mimer le geste de fumer. Moins d'une minute plus tard, un homme dont la tenue était en tout point semblable à celle du guide de la psychiatre fit son apparition dans la pièce en brandissant une clope allumée. Il la posa dans la main tendue et détachée du criminel et repartit sans accorder un regard au visage tuméfié qui le fixait, abasourdi.

Hidan fit passer la cigarette dans son autre main pour en inspirer une longue latte, brûlant d'un souffle un quart du bâton incandescent. Il arborait un sourire amusé. Le meurtrier sentait bien que le rapport de force s'était renversé. La domination, sous toute ses formes, produisait l'effet d'un baume sur les nerfs du patient. Associée à cette vague tranquillisante des premières bouffées de nicotine, Hidan sentait ses muscles et son humeur se détendre imperceptiblement.

« J'ai commencé à fumer ici. C'est le seul truc qu'on nous donne en abondance : des clopes. Au début, tu comprends pas pourquoi mais bon ça tue le temps. Et puis un jour ils arrêtent de t'en donner. Tu passes deux trois jours avec les nerfs à vif et ils en profitent pour t'envoyer chez le psy. Au cas où ça te ferait causer. »

Il avait débité ça d'une traite en fixant un point fixe sur le mur où Hinata avait trouvé refuge, ne s'interrompant que pour inspirer quelques taffes. Il l'entendait tousser. Le corps de la brune tolérait mal l'effusion de fumée nauséabonde dans l'espace clos de leur entretien. Il était possible que les méthodes employées au bloc 64 soient difficile à avaler pour elle aussi.

Le choc de son agression et les tremblements irrépressibles qu'il avait fait naître dans le corps de la brune refluaient peu à peu. Les éléments s'intégraient au schéma général du bloc 64 dont elle était le nouveau pion. Elle regarda le fer brisé d'Hidan. Si cet homme pouvait dégager son bras de force de l'étau, alors la sécurité mise en place était juste une décoration. Hidan suivit le fil de ses pensées :

« Tu commences à comprendre dans quel merdier t'as mis les pieds Docteur ? »

Une violente quinte de toux de la brune fit naître des larmes aux coin de ses yeux irrités par les volutes grises. Elle pressa une main sur sa bouche et écrivit maladroitement deux phrases sur son carnet de l'autre. Hidan suivit son geste des yeux avant de lui affirmer :

« Tu crois que Jashin a cessé de m'accorder ses faveurs parce que je pourris le corps qu'il m'a donné ? Tu te trompes. »

Il étendit son bras sur la table s'attirant le raclement de la chaise d'Hinata qui s'était involontairement rapproché du mur. Hidan fit mine de ne pas le remarquer et remonta la manche qui occultait son avant-bras. L'épiderme d'un blanc rendu terreux pas l'absence de soleil était parsemée de dizaines cercles identiques de chaire brûlée. Il appuya durement le reste de son mégot dans un espace encore vierge de plaies.

Hinata glapit sans pouvoir déterminer si c'était la vision de la chaire fondue où l'odeur qui s'en dégageait qu'elle devait mettre en cause. Les boyaux tordus, elle sentit la nausée remonter son œsophage, brûlant gorge et palais de bile. Elle ravala son dégoût acide le teint livide.

L'automutilation était pourtant d'une complexité fascinante couchée dans un livre.

Le prêtre jeta au loin ce qu'il restait de sa cigarette avant d'expirer bruyamment. Ses traits relâchés ne témoignaient pas de douleur mais une certaine satisfaction de l'ordre de celle qu'on éprouve sous l'eau brulante en hiver. Paupières closes, il croisa ses bras devant lui.

« La souffrance est la seule émotion accessible à toutes les sensibilités. Elle nous rapproche Docteur. »

Hinata le fixa.

Hidan était comme dans un état second. Son calme et la proximité qu'il avait imposé à leur échange contrastait avec l'homme qui lui avait jeté ses menstruations à la figure en guise d'ouverture. Depuis le début, il avait décidé du rythme de leur entrevue. Il avait peut-être sciemment organisé son agression pour lui montrer que son sort importait peu au bloc et que lui, le « malade », possédait même des privilèges qu'elle n'avait pas.

La brune se sentit comme le gibier qu'on élève pour la chasse, celui qui s'accroche à la vie pour le plaisir de ceux qui arment les fusils. Le fait est qu'il était vertigineux de se demander jusqu'où le piège s'étendait maintenant que ses seuls repères avaient été ébranlés. Le visage parcheminé d'Hiruzen Sarutobi traversa son esprit, cette bonté naturelle qu'il dégageait était-elle factice ?

« Nous sommes enterrés vivants. Nous partageons le même sort. L'absence de lumière, la précarité, l'odeur du désinfectant…. Toutes ces choses dégradantes Docteur, elles vont bientôt faire de nous des camarades de cellules. C'est un lien qu'on ne brise pas si facilement. »

Il tira sur la chaîne qu'il lui restait avec une ironie non dissimulée. Le meurtrier dévoilait une nouvelle facette. Le fanatisme sur lequel il avait bâti sa vie céder la place à la lassitude amère du prisonnier. Le bloc 64 l'avait rongé et usé, sans le masque de colère et de sadisme Hidan était un homme aussi abusé que la silhouette d'Ino Yamanaka sous les néons blafards.

« Tu penses que nous sommes différents ? Pourtant on mange la même merde et on regrette le même Soleil Docteur. »

Hidan réajusta sa manche laissant la brûlure sanguinolente formait une tâche sombre sur le tissu beige. Son regard absent s'alluma un instant et il adressa un regard mauvais à la psychiatre.

« La vraie différence c'est que moi je sais exorbiter un homme avec le pouce, juste comme ça. »

Il mima l'action et fit un « ploc » sonore avec sa bouche, se nourrissant du long tressaillement qui parcouru son vis-à-vis.

La jeune femme resta interdite puis s'humecta finalement les lèvres. Elle redressa la tête et raidit le dos comme on lui avait appris à le faire lors des grandes réceptions. Elle composa sur mesure l'expression du déni : lèvres pincées, regard indifférent, tête légèrement inclinée.

« Joli numéro Hidan. »

Elle recoiffa une mèche de sa chevelure débraillée par l'altercation. Hinata poussa le vice jusqu'à forcer un sourire gracieux dans une élégance absurde.

« Vous avez dit que Jashin ne vous accordez plus de faveurs, c'est vrai ? »

Hidan la trouva ridicule et jolie. Il eut un rire froid et balaya l'air de sa main libre comme s'il voulait se débarrasser de cette dernière impression. Les filles qu'il trouvait jolie ne le restaient pas longtemps quand il restait quelque chose d'elles.

« La foi, le doute, c'est un sujet pour les hommes d'esprit et t'as bien assez de notes comme ça. Fais-moi plutôt part d'un conseil avisé Docteur que je m'assure qu'il n'y a pas que la plastique qui est bien faite. »

Il lui offrit un regard indécent au cas où le salace de ses paroles n'aurait pas été assez transparent. Hinata s'empourpra naturellement mais ne se démonta pas pour autant. Acculée au mur, elle avait retrouvé assez d'assurance pour prétendre ignorer la douleur sur sa joue et son propre épuisement.

« Je ne sais pas, ce n'est pas plutôt à moi de vous demander un conseil ? »

Elle balaya la pièce du regard pour appuyer le fait qu'elle faisait référence au bloc 64. Le prêtre sembla apprécier la répartie puisque son sourire s'adoucit sensiblement. Il n'eut pas le temps de formuler une réponse qu'un claquement résonna dans toute la pièce et que la marche forcée de trois hommes armés de pistolets anesthésiants mit un terme définitif à leur conversation.

Le dos criblé de six fléchettes dont le liquide vert phosphorescent formaient des tâches sombres à travers l'uniforme, Hidan soutint une dernière fois le regard d'Hinata Hyuga.

« Je suis gaucher Docteur. »

Puis sa tête heurta violement la table dans un bruit inquiétant. Deux hommes remorquèrent son corps détaché vers la porte tendit qu'un troisième s'assurait que la brune dans son viseur ne bouge pas de sa place. Ils reculèrent ainsi en formation serrée.

La porte se referma. Hinata tomba de sa chaise.

Elle ne chercha pas à se retenir. Elle était vidée de ses forces. La sensation du carrelage froid était presque confortable à ce stade. Ses grands yeux blanc orientés en direction du plafond de la même couleur et les bras en étoile, Hinata souriait mystérieusement.


Here we are.

Premier entretien avec (j'espère) tout le mordant promis dans le préambule de cette histoire. Je me rends compte que toute cette histoire va tirer sur le polar mais ce n'est pas désagréable à écrire (et à lire ?).

Je voulais vous préciser que concernant la petite fiche technique du début j'ai utilisé les données officielles sur le personnage. Ainsi Hidan ne fait "que" 1m77 mais il est effectivement un des plus grands personnages de l'Akatasuki (juste après Itachi et vraiment de pas grand chose). J'ai préféré ne pas ajuster les proportions à des standards plus européens pour plus de fidélité au manga original.

Merci d'avoir lu, j'attends avec impatience vos reviews sur ce chapitre et premier entretien !

Je vous embrasse chaleureusement,

Cap'