Yooo

J'imagine que vous ne m'attendez plus (snif) néanmoins je suis très heureuse de l'intérêt que vous témoignez pour cette fanfiction et je souhaite être à la hauteur avec ce deuxième entretien. J'ai beaucoup aimé l'écrire (et j'ai aussi bien galéré) donc j'espère que vous prendre plaisir à la lire. On se voit en bas si tout vas bien.

Mim : Mille mercis ! Je suis enchantée que tu aimes ! oui je comprends tout est un peu confus et censé s'éclaircir tardivement, je compte sur toi pour mener l'enquête de ton côté eheh.

kitKat : Hello you ! eheh n'est-il pas? oui oui les réponses viendront en temps voulu. Je suis contente que tu continues à suivre et que tu t'inquiètes pour notre brune. La pression monte pour elle aussi. Le truc un peu tordu c'est que que la chronologie entre entretien et aparté et un peu confuse et c'est voulu mais ne t'inquiète pas toutes les questions trouveront une réponse d'ici le final ! J'espère que tu liras la suite.

Katoo77 : oooooow merci ! je suis contente que le style te plaise. Tu vas être servi parce que j'affectionne aussi les trois et j'ai bien l'intention de les interviewer (Deidara est le prochain normalement, je dis normalement parce que j'ai encore un mini doute). J'espère que l'entretien de Sasori te plaira en tout cas.

xErza12 : Ow, et bien comment on se retrouve ! J'espère que tu aimeras autant la suite de ADTA que du Bloc dans ce cas. Merci pour tes gentils compliments qui réchauffent mon coeur et ma plume et en te souhaitant (bien évidemment) une très bonne lecture.


Entretien - Confessions d'un pantin de chair

Sasori Akasuna

Nationalité : Suna

Sexe : masculin

Date de naissance : 8/11/198 ?

Taille : 164,1 cm

Poids : 47,3 kg

Groupe sanguin : AB

Nombre de victimes : 298

Procédé des meurtres : chaque victime a été entièrement dépecée, la plupart d'entre elles étaient dans un hangar où leur ossature avant été remplacée par des armatures en fer. Il ne semble pas exister de caractéristiques physiques communes entre les victimes.

La jeune psychiatre était de nouveau dans la pièce où se déroulait les entretiens. Elle éprouvait une vive douleur à l'endroit où une tâche violacée venait colorer son visage des pommettes à la commissure des lèvres. Sans miroir, c'est du bout des doigts et à renfort de grimaces qu'elle avait évalué les dégâts. Les infirmières ne lui avaient rien dit, ni surprise, ni compassion hypocrite. Une indifférence crue et ordinaire qu'Hinata avait depuis longtemps apprivoisée.

Mais le corps est mu d'une volonté propre, difficile à dompter tant elle vient du fond des âges. Chaque fibre de sa silhouette agonisait depuis qu'elle avait mis un pied ici. Comme une bobine de film, son cerveau lui brandissait les images aussi ancrées dans son esprit que les pieds de la table l'étaient au sol. Sa chaise avait raclé les dalles jusqu'à toucher le mur alors qu'elle luttait patiemment contre le désir irrationnel de hurler tout ce que ses poumons contenaient de souffle.

Hinata attacha ses cheveux en une queue de cheval basse. Ses mains tremblaient. Elle inspira profondément. Son halètement apeuré s'atténua à peine. Elle tria ses stylos par couleur dans la poche de sa blouse. Son nez en trompette se fronçait nerveusement.

Elle adressa un sourire douloureux à l'objectif de la caméra.

Clic. Clic-clic-clic. Clic.

De l'extérieur parvint un cliquetis aussi répétitif que dérangeant. Comme si l'engrenage d'une horloge avait été mis à nu et cent fois amplifié à en rendre le roulement de chaque rouage audible et pesant. Un bruit de machine et de fer qui résonnait continuellement avec une régularité inhumaine, plus fort, plus proche.

Clic. Clic-clic-clic. Clic.

Ses yeux blancs écarquillés virent la poignée s'abaissait. L'homme à l'origine du bruit entra.

Seul.

Hinata bondit de sa chaise. Elle l'attrapa à deux mains pour en faire un rempart entre elle et le danger. Ses pieds étaient en garde de combat, vestige d'une éducation martiale. Sa chair était hérissée par la vision du patient sans chaîne.

Clic. Clic-clic-clic. Clic.

Il vint s'asseoir sans précipitation à la place qui lui était attribuée pour l'entretien. Un ultime claquement le stabilisa face à elle : Sasori Akasuna.

Sasori était dépourvu de toute trace apparente de chair à l'exception de son visage où un masque de peau était étiré par un enchevêtrement complexe de pinces métalliques situées à la base de son cou. Ses mains étaient faites de prothèses couleur blanche et chaque articulation révélait un boulon et une visse. Son uniforme de patient empêchait de distinguer clairement si c'était aussi le cas du reste de son anatomie.

Le contraste avec la beauté du visage de la créature prenait de court. Alors que tout son corps ressemblait à un brouillon raccommodé par des mécaniciens peu soucieux de l'esthétique finale, la figure en forme de cœur de Sasori était lisse d'imperfection : une peau porcelaine aux pores serrés, une symétrie défiant mère nature et une chevelure écarlate qui, bien qu'emmêlée, éclatait de santé. La tendresse émanant des pupilles artificielles était fascinante. Hinata eut un haut-le-cœur bruyant.

« Asseyez-vous. Je n'aime pas perdre mon temps. »

Sa voix n'avait rien avoir avec celle des cellulaires. Sans imiter aucune des respirations humaines, elle sortait comme un ronflement grave qui se précipitait sur la dernière syllabe des mots. Les lèvres roses et féminines du pantin avaient beau imiter sans faute la forme des sons, l'impression d'entendre ronronner un moteur et non un individu était désagréable.

L'intonation péremptoire qu'il avait utilisée fit sursauter l'héritière Hyuga. Elle fit tomber la chaise que ses paumes moites avaient rendue glissante et se hâta maladroitement pour la redresser. Sans s'asseoir, la psychiatre orienta son calepin dans une position où elle pouvait prendre des notes. Elle humecta ses lèvres sèches.

« Je suis le Docteur Hyuga, mais vous pouvez m'appelez Hinata. Enchantée de faire votre connaissance Sasori Akasuna. »

Hinata courba poliment l'échine. Sa voix avait conservé cette note de douceur évasive malgré les fines perles de sueur qui coulaient sous sa chemise. A l'inverse d'Hidan, rien dans l'expression du pantin ne laissait transparaître une quelconque forme de démence ou d'agressivité. Au contraire, il y avait un inexplicable apaisement dans le noisette de ses iris.

« Hidan est vraiment un rustre, il faut toujours qu'il abîme le beau matériel. »

La brune déglutit lentement. Les autopsies des victimes du roux étaient incompatibles avec l'heure des repas. Sous les traits angéliques construits de toute pièce existait un géni obsessif qui avait ouvert plus de cadavres que la jeune femme n'avait ouvert de livres.

« Vous connaissez bien Hidan ? »

La curiosité bienveillante contenu dans sa voix était charmante. Sasori produit une nouvelle série de cliquetis la bouche grande ouverte sur sa dentition blanche et alignée. Il riait et cet éclat contre-nature fit naître un nouveau hoquet nauséeux chez la psychiatre.

« Vous savez que ce teint livide qui est le vôtre est rare ? C'est un vrai gain de temps, on visualise beaucoup plus facilement le rendu final. »

Les paroles de Sasori étaient dénuées d'enthousiasme avide ou de cynisme. L'imaginait-il en forme de poupée ? Son sens de l'observation était aiguisé. La méticulosité de ses meurtres suggérait qu'il connaissait déjà la taille des scalpels qu'il utiliserait pour découper la brune. Hinata baissa les yeux pour noter trois phrases succinctes sur son carnet. Le mur avait été un appui solide jusqu'ici pour ses jambes flageolantes. Elle consentit malgré tout à s'asseoir sur le formica blanc, la multiplicité de ses réactions physiques devenant incompatibles avec la station debout.

« Vous esquivez sciemment ma question. Elle n'est pas digne d'intérêt ou vous souhaitez aborder un sujet précis ? »

Le roux n'avait même pas l'air de respirer. Le masque de cire par excellence, celui qui avait gommé toute trace de spontanéité. Les pensées et réflexions y étaient cadenassées pour toujours. La rencontre de ces deux poupées était aussi cocasse que malsaine. Le corps d'Hinata n'en finissait plus de se rebeller contre ce reflet d'elle-même : un pantin.

« J'ai déjà eu affaire à un membre de votre famille une fois, ça a été un désastre. Vous saviez qu'une mauvaise incision du nerf optique décolore la totalité de votre pupille ? »

Elle savait. Ce n'était qu'un grand-oncle éloigné qui appartenait de toute manière à la branche secondaire mais l'affaire avait fait grand bruit au manoir à l'époque. La fourmilière familiale s'était activée pour étouffer l'affaire. Il paraît que son père en personne s'était rendu à l'office de l'Hokage pour faire effacer l'acte de naissance du malheureux. A la cérémonie, tout le monde avait observé une minute de silence pour rendre hommage à cette vie qui devait ne plus jamais avoir existée. Hinata Hyuga avait alors naïvement pensé qu'une tombe pousserait à l'endroit où le corps avait été exhumé. Elle avait connu trois jours d'isolement pour avoir été surprise en train d'arroser une parcelle vide du cimetière un mois après les faits. Les morts n'ont pas soif.

« Une perte de temps donc ?

- Oui. »

Hinata redressa abruptement les yeux, un intérêt vif dans le regard. Il était toujours assis en équerre contre le dossier, ses mains d'emprunt emmêlées devant lui. L'impatience était son seul trait de personnalité notable. Comme chacune de ses actions était forcément volontaire, elle était aussi préméditée et calculée. Il n'y avait pas de place pour le hasard dans son comportement, il devait minimiser l'effort pour tirer parti de la situation. Un enfant qui positionnait soigneusement chaque domino pour s'assurer de l'étalement parfait d'une structure bien plus grande.

« Qu'est-ce qu'il y a de si grave à perdre son temps ?

- Il y a d'abord le fait que cela relève d'un terrible manque de délicatesse, puisque perdre son temps fait inévitablement ricochet sur celui des autres. »

La psychiatre ne répondit pas et offrit un sourire engageant. L'absence de motif à l'acceptation du dialogue par le meurtrier demeurait insondable.

« Ensuite je n'éprouve que du mépris pour les choses fugaces. Parler m'agace. Je le fais par obligation puisque je n'ai que deux options vous concernant : vous tuez ou vous aidez à résoudre le puzzle rapidement. »

La brune battit des cils avec frivolité, assimilant le personnage de Sasori. Le désir d'immortalité était un peu éloigné de ce son cœur d'étude. En fait, c'était une pulsion assez commune chez le commun de mortels, on la retrouvait beaucoup en politique. Une misère humaine étrangement éloignée de l'intelligence d'un des plus grands tueurs en série. C'était un marginal. S'il désirait réellement l'immortalité ce n'était pas celle des autres.

« Il ne tient qu'à vous de me donner les bonnes pièces alors. Expliquez-moi. »

Clic. Clic-clic-clic. Clic.

Sasori décroisa lentement ses mains. La chaise de la brune racla distinctement le sol. Il lui sourit innocemment. Ce portrait sorti d'un roman de Balzac avait conservé la vingtaine. Ses lèvres charnues étaient aussi enjôleuses que n'importe quel homme dans la fleur de l'âge. Ses yeux d'Hinata se baissèrent et ses joues se colorèrent. Ce visage était sans doute le plus beau qu'elle ait vu de son existence.

« J'aimerais bien. Mais vous ne reconstituez pas le même puzzle que vos prédécesseurs n'est-ce pas ? »

Les yeux de la psychiatre remontèrent dans les siens. Il s'écoula une longue minute où les deux pantins se jaugèrent, un sourire bienveillant sur les lèvres, une douceur tranquille dans le regard. Hinata traça deux lignes sur son carnet sans se départir de son calme. Un air absent se dessina sur le visage de la brune qui pinça sa joue mutilée sans frémir. Le sourire de Sasori s'agrandit

« Vous avez vraiment un joli nez. Dommage que mes activités soient en hiatus.

- Merci. »

Hinata inclina légèrement la tête. Sasori perdit son sourire et le retour à l'impassibilité marqua la fin d'une parenthèse. Il voulait qu'elle sache que lui, n'était pas une poupée. Il voulait être certain qu'elle avait compris le fossé qui les séparait. Il n'était pas de la même trempe et n'avait pas été sculpté dans le même ivoire. Lui, ne se cantonnait pas à une succession d'expressions serviles dictées par un autre. Lui, était le marionnettiste. C'est lui qui choisissait pour les autres et personne ne pouvait avoir la prétention de rivaliser.

« Vous avez remarqué que les jeunes femmes d'ici sont toutes belles et ont votre âge ? »

Il parlait des infirmières. Ces femmes dont Hinata n'avait vu défiler qu'un tiers et auxquelles elle accordait moins d'importance qu'aux gardes. Elle n'avait même pas fait l'effort de retenir le nom de chacune, bien plus préoccupée par les dossiers de ses patients. Il faut dire qu'elles avaient toutes plus ou moins le même tempérament insipide. La brune n'avait pas fait attention à leur physique ou leur âge. Pourtant en se rappelant de chacune, elle était presque choquée de ne pas l'avoir remarquée avant. Toujours élancée, des cheveux ternes mais qui avaient sans doute était magnifique un jour, des yeux qui brillaient d'une intelligence usée, jamais au-dessus de la trentaine, … Les yeux d'Hinata s'agrandirent.

« Vous seriez adorable dans une blouse d'infirmière. Ça vous ôterait enfin ce petit côté supérieur avec lequel vous êtes si mal à l'aise. »

Le pouls d'Hinata s'accéléra et sa vision se mit à se troubler par intermittence. Elle pinça encore son ecchymose en tremblant, la douleur fulgurante l'aida à rester stoïque. Le marionnettiste n'en avait pas terminé.

« Toutes ces jeunes femmes venues s'enterrer ici. Quel gâchis. Ça devait vraiment être une offre d'emploi qui ne se refuse pas. »

On avait détruit l'acte de naissance de l'oncle d'Hinata. Il n'existait aucune archive de ses prédécesseurs. Les autres infirmières ne lui témoignaient qu'un mépris las à peine déguisé. Sasori avait délibérément choisi chaque phrase de leur conversation pour une raison précise : les infirmières n'étaient autres que les anciennes psychiatres du bloc. Aucune d'entre elles n'avait revu la lumière du jour. A la surface leurs proches devaient toujours les penser en service.

Hinata secoua la tête avec douceur. Elle lança un regard interrogateur dans la direction de Sasori. Sa tête se pencha légèrement sur le côté, mimant l'attitude puérile d'une enfant devant une chose trop compliquée pour elle.

« Je comprends, est-ce que cette situation vous frustre ? »

Il ne se passa rien. Le silence n'eut même pas le temps de devenir pesant. Hinata lâcha brutalement support, feuilles et crayons pour replier instinctivement ses avant-bras au-dessus de son visage.

Clic. Clic-clic-clic. Clic.

Sasori s'était levé.

« Dis-moi donc quelle âme perverse a eu la charité de t'accepter comme jouet ? »

Clic. Clic-clic-clic. Clic.

Sasori marchait dans sa direction.

« Dis-moi vite, je n'aime pas attendre. »

Clic. Clic-clic-clic. Clic.

La sensation du tueur à moins de quelques centimètres d'elle provoqué un tressaillement violent tout le long de son échine.

Clac.

La vision bouchée par ses avant-bras Hinata ne discernait pas le visage du marionnettiste à hauteur du sien. A cette distance, le générateur de sa poitrine palpitait assez fort pour être audible. Ni réponse, ni appel à l'aide ne traversèrent la pièce. Sasori montrait ostensiblement son dos à la caméra. Non. Il camouflait l'échange de la caméra.

Hinata osa un regard dans la direction du meurtrier. Le dernier claquement n'avait rien avoir avec le fait qu'il se soit arrêté.

Le menton de ce dernier s'était littéralement décroché de quelques centimètres et au fond de sa bouche béante et défigurée : une clé.

C'était une toute petite clé plate en métal brillant, révélée seulement par l'affaissement momentanée de sa mâchoire. La brune leva la main, la plongea dans la cavité sèche et froide, extra l'objet, reprit sa position initiale. La sensation du regard de Sasori qui continuait de se balader sur elle en silence était repoussante. Hinata ne sentait pas le souffle de son interlocuteur. De toutes les choses dérangeantes à cet instant précis, c'était la seule qui occupait son esprit. Sasori était-il encore vivant ? La brune fit glisser la clé dans la poche de sa blouse.

Son regard était fixé sur les narines du marionnettiste. Elles ne frémissaient pas. Le corps immobile de ce simulacre d'homme esquissa un pas en arrière, puis deux, toujours accompagné par les bruits d'engrenage en mouvement. Son expression indifférente ne permettait pas de savoir s'il était satisfait ou agacé. Il resta debout et à une distance où il aurait pu s'en prendre à elle juste en tendant le bras.

« Je vous invite à vous rasseoir. Nous avons encore le temps de discuter. »

Clac. Clic.

Le menton de Sasori retrouva sa forme initiale et sa tête se pencha dans un angle improbable. Son visage angélique était douloureux à regarder tordu dans une position inaccessible à un corps humain normalement constitué. Il ne s'exécuta cependant pas.

« Le temps. Il me semblait avoir mentionné que je n'en avais pas à gaspiller. »

Des perles du sueurs roulaient sous les aisselles de la brune. La moiteur de son corps s'intensifiait et pourtant son visage conservait une expression bienveillante. Ses lèvres gercées et enflées par son dernier entretien n'exprimaient rien de plus qu'une douceur écœurante.

« J'estime au contraire que notre échange est d'une grande qualité. »

Le pantin lui offrit un sourire calculé. Il irradiait de ses traits l'innocence d'un enfant. Ce visage séduisant était-il une construction purement hédoniste de sa part ? ou bien une partie intégrante du piège qu'il avait tendu à ses précédentes victimes. En tremblant, elle attrapa ce qu'elle avait laissé tomber au sol. Son professionnalisme était presque maladroit à cet instant. Il s'inscrivait dans la scène absurde que constituait ces entretiens.

Clic.

Clic.

Clic.

Le bruit la poussa à se redresser plus rapidement. Sasori défaisait un à un les boutons de son uniforme avec une lenteur lascive. Loin de révéler le buste d'un garçon, son torse était fait de plaque métallique sur lequel d'étranges nervures beiges semblaient vibrer au rythme des battements d'un cœur. Peu à peu, Hinata pu distinguer une bosse ronde de peau beige parcouru d'un maillage violacé qui évoquait un réseau de veines là où aurait dû se trouvait le cœur. Cette fois, la psychiatre ne hoqueta pas et son visage toujours livide resta hypnotisé devant l'abomination. Au centre du buste de fer se trouvait une véritable cœur humain vibrant en rythme, s'oxygénant différemment d'un organisme vivant. A ce stade, la seule chose qui lui restait d'humanité ressemblait plus à un immonde parasite greffé au reste de la machine que l'inverse.

Les mains de la brune ébauchèrent maladroitement l'esquisse de ce qu'elle voyait. Sur la feuille blanche, son souci du détail s'exprimait dans les petites branches à la fin des terminaisons qui venaient remonter jusqu'aux clavicules de Sasori.

« Tu es une bonne élève. Tu comprends vite. »

Encore ce ronronnement de moteur à glacer le sang, Hinata resta concentrée sur la pigmentation plus foncée au centre du réacteur. Sasori fit battre ses longs cils dans un geste gracieux et superflus puisque ses yeux ne souffraient ni la lumière ni la poussière.

« Puis-je vous demander à quand remonte cette transformation. »

Ce n'était pas une question. De toute manière, le criminel n'apportait aucun intérêt à ses questions, menant la conversation à sa guise. Il avait pu observer de plus près les cheveux épais de la brune sur lesquels on voyait apparaître des reflets bleus naturels. Leur récente proximité lui avait mis de confirmer que sa peau était sans défaut si on oubliait la partie qu'Hidan avait mutilé. Nul doute que le prête avait anticipé son désir de s'approprier cette poupée docile. Elle n'avait aucune valeur ainsi et une fois réduite à l'état de cadavre il n'y avait aucune chance pour que ses pommettes retrouvent leur perfection. Il ne pouvait qu'espérer que sa constitution soit assez solide pour récupérer sans garder de trace de l'incident et en l'absence de soin approprié. Il était contrarié qu'on lui ôte un si beau sujet d'expérience, surtout après son dernier échec Hyuga. Il n'avait qu'une hâte s'était de ré étirer un chef d'œuvre.

« Il y a une trousse à pharmacie. »

Hinata garda le silence et continua tranquillement à parfaire son dessin. C'est à peine si semblait avoir entendu. Ils n'étaient pourtant que deux dans cette pièce aux dimensions modestes. Deux et l'œil vigilant de la caméra qui clignotait en vert.

« Tu devrais profiter de fréquenter autant de jeunes femmes de ton âge pour leur demander. »

Même si sa voix ne contenait aucune trace d'émotion, le sarcasme restait évident. Hinata reboucha tranquillement son stylo. Elle croisa ses bras sur sa poitrine, ramenant son rapport contre elle. La raideur dans ses muscles indiquait qu'elle n'avait pas réussi à se détendre depuis que l'entretien avait commencé. A ce stade, une fatigue physique la menaçait si pour une raison ou une Sasori devenait agressif. Après tout il n'y avait aucune chaîne pour le limiter physiquement, il semblait s'être vu grandi le droit de se balader librement de sa cellule aux entretiens. Une dérogation aux règles qui ne pouvait être le fruit que de deux choses : il était inoffensif ou bien il s'était vu accordé une faveur grâce à sa coopération.

Depuis l'incident de l'entretien avec Hidan, le bloc 64 n'était plus un allié de la jeune psychiatre. Ainsi que le prête l'avait prévenu, ce qui la différenciait des prisonniers était devenu plus confus que jamais. Le bien, le mal… sans le nombre de morts accolés aux noms de ses patients, il était facile d'en perdre la notion.

« Vous fréquentez beaucoup les infirmières Sasori Akasuna ? »

Clic. Clic-clic-clic. Clic.

Il marchait vers sa place. Les épaules d'Hinata s'affaissèrent. Il prit son temps pour s'asseoir comme si ce corps était pénible à manœuvrer. Le contraste entre ce visage de vingt ans et ses déplacements de vieillard révélait un nouveau paradoxe.

« Ceux sont les infirmières qui me fréquentent. Elles veulent entendre des secrets. »

Hinata s'assit avec reluctance sur sa chaise. Ses jambes devenaient plus douloureuses à chaque seconde qui s'écoulait. Elle ajouta de nouvelles annotations à son dossier, entourant vigoureusement le mot « secrets ».

« Quel genre de secrets ? »

Sasori darda vers elle ses yeux chaleureux. Elle ne pouvait se soustraire à ce regard envoûtant, ça n'avait rien à voir avec de la folie sauvage. On était plus proche de l'odeur sucrée des fleurs vénéneuses qui attirent leurs proies en silence.

« Mauvaise réponse. Demande plutôt ce qu'elles concèdent en échange de ces secrets. »

Hinata eut à peine le temps de prendre une dernière note qu'un garde ouvrait la porte en grand. Cette fois pas d'armée pour anesthésier Sasori mais un soldat maigre et désarmé avec un cache-œil et une longue cicatrice s'étalant de l'oreille droite à sa lèvre inférieure.

Clic. Clic-clic-clic. Clic.

Le criminel aux cheveux carmin se leva et prit la direction de la porte. Sans se retourner il adressa un dernier avertissement à la brune.

« Si tu tiens à résoudre le puzzle tu ferais bien de penser à sauver ta peau en premier lieu. »

Le militaire n'accorda pas un regard à Sasori mais il toisa la psychiatre comme si elle était la peste incarnée. Avec sa soixantaine passée, il ressemblait au patriarche Hyuga, la même expression dure et méprisante. Aussi la brune n'y prêta aucune attention, elle inclina sa tête avec déférence en sa directio. Il referma la porte brutalement derrière le prisonnier. Une fois de plus la jeune femme se retrouvait dans la cellule qu'on nommait salle d'entretien. La dernière fois on l'avait laissé mariner ici un temps infini. En l'absence de toute repère temporel, il était cependant impossible de définir si son état de choc avait influencé sa notion du temps.

Elle s'allongea à même le sol et installa le calepin à l'arrière de son crâne. Les tremblements continus de son corps étaient dû à la fatigue et l'état de nerf dans laquelle la plongeait ces rencontres. Ses paupières se fermèrent lentement et elle plongea dans un sommeil profond malgré l'éclairage agressif des néons blancs.


Youhou! Deuxième entretien et encore plus de mystères ! Vous êtes ra-vis. Ne vous inquiétez pas les réponses arriveront tôt (ou tard). Je suis curieuse d'écouter votre avis ou vos hypothèses alors n'hésitez pas à me les envoyer. Le prochain aparté devrait éclaircir le pourquoi du comment donc c'est peut-être votre dernière de me proposer une idée folle.
Je vous remercie énormément d'avoir pris le temps de lire et vous confirme que ceux sont vos gentils mots qui m'ont poussée à prendre le temps d'écrire une suite alors n'hésitez pas à recommencer ou commencer tout court.
Bisous chastes

Cap'