Bonsoir,
tu trouves ça dingue un chapitre par jour ? moi aussi, ça m'inquiète presque. J'espère que ça te fais plaisir en tout cas parce que je ne peux pas m'engager à ce que ça dure, juste te rappeler que tes commentaires sont une source de motivation inépuisable. A tout à l'heure, bonne lecture et bisous doux
Kajol :je suis très contente que la forme de l'histoire te plaise, c'est exactement l'idée que je voulais que ça donne donc ça me fait très plaisir que tu l'es remarqué. J'espère que la suite te plaira aussi, des bisous doux
L'odeur de la craie l'étouffait. Déjà une heure que elle et son trinôme de khôlle s'étaient repliés dans une pièce exiguë dont le seul intérêt était de posséder un tableau noir. Une heure qu'ils répétaient machinalement les mêmes lignes, les mêmes équations et inégalités dans l'espoir que les pages de calculs s'impriment dans la mémoire de leur main à défaut de pénétrer leur compréhension mathématiques. On ne plaisantait plus beaucoup à ce stade du jeu. L'ambiance de la classe en avait pris un coup, chacun révisait en petit groupe, soucieux de ne fournir aucune aide à ses futurs concurrents.
Hinata s'en désolait, elle n'aimait ni la compétition, ni les regards anxieux qu'ils se jetaient au moment des repas. Elle le vivait mal. C'était contraire à sa nature cette envie brutale qu'ils avaient tous développer de s'écraser mutuellement.
Elle regardait Kiba Inuzuka, le garçon n'en finissait plus d'écrire. Il était de loin celui qui prenait cela le plus à coeur. Il faut dire que sa famille n'avait rien à lui offrir s'il rentrait bredouille une fois les concours terminés. Plus que les autres, il avait ce sentiment d'être seul contre ce système de merde qui voulait que la réussite de sa vie se résume à un classement.
C'était un grand garçon avec des petits yeux noirs très vifs et un rire de canaille. Pourtant face au tableau c'était un autre homme, son dos devenait plus droit, il ne souriait plus, ses yeux étaient fixés sur la craie qu'il agitait à une vitesse déconcertante. Il écrivait mal. Hinata doutait qu'il réfléchisse suffisamment avant chaque ligne mais c'était l'atout de Kiba : écrire assez vite pour pouvoir faire le plus d'exercices indépendamment de leur exactitude. Il faisait le pari de la quantité quand la plupart de ses camarades misaient sur la qualité.
Il avait les défauts d'un garçon de vingt ans qu'on enferme à travailler alors qu'au-dedans les hormones bouillonnent et que ses amis d'enfance sortent fêter leur jeunesse plusieurs fois par semaines. Il avait une fausse assurance qui lui valait aussi bien ses meilleurs résultats que les pires. Si sa détermination épatait certains de leurs professeurs, elle faisait grinçait des dents la plupart qui y voyaient l'insolence d'une génération mal éduquée.
La craie se brisa dans un bruit mat. Le brun referma sa prise sur le copeau blanc qu'il lui restait entre les mains et continua à écrire imperturbable.
Hinata était assise en face de son second coéquipier. Il n'avait pas le dynamisme du premier. Il était tout entier muré dans un silence qu'il ne brisait que pour parler de choses sérieuses. Dépourvu de tout second degré, Shino Aburame avait été pendant plus d'un an un de ces intellos étranges excellant en sciences mais incapable de dépasser le dix lorsqu'il s'agissait de rédaction. Issu de bonne famille, il n'avait pas la rancoeur de Kiba contre le monde. Il était devenu leur ami avec le temps et non par affinité particulière. L'habitude d'être toujours fourrés ensemble surement, et puis aussi cette manie qu'avait Kiba de vouloir aller au restaurant chaque fois qu'un membre du trinôme était dans le top cinq d'un devoir sur table. Toutes ces petites choses mises bout à bout avait fait d'eux un trio soudé.
La brune se concentra sur les formules soigneusement recopiées et surlignées. Sa mémoire visuelle était son seul avantage compétitif. Elle apprenait des pages à une rapidité déconcertante se contentant de les regarder intensément pour les graver. La jeune femme n'était pas obligée de se battre pour apprendre, elle n'était pas là à perdre des heures en re copiage comme le faisait Kiba. Elle n'avait pas non plus de carences en littérature et sa plume faisait mouche auprès des professeurs de lettres.
Malgré tout, elle était mauvaise. Elle le savait pertinemment. Il lui avait fallut six mois pour ne pas fondre en larmes à chaque oral, trois mois de plus pour ne pas bégayer quand elle dissertait en kholle de philo. Encore cette année, alors que le conseil lui avait fait la grâce de ne pas la renvoyer de leur établissement, elle ne parvenait pas à s'endurcir. Les écrits étaient la seule raison de sa présence ici, sans être la meilleure Hinata avait lentement compensé ses lacunes et à force d'efforts s'était hissée au palmarès des dix premiers, une place enviée par le reste de son trinôme.
Elle aurait pu être fière d'elle. Fière du chemin parcouru, elle qui avait fait un malaise au premier devoir et s'était rendue malade d'angoisse des mois durant. Au lieu de ça, elle était extrêmement embarrassée par son niveau. Elle pensait à son cousin qui l'avait tend soutenue l'année dernière. Ce même cousin qui venait d'intégrer la meilleure école de France sans surprise puisque qu'il avait été majorant toutes matières confondues les deux semestres consécutifs de sa deuxième année.
D'ailleurs elle n'était pas la seule à être embarrassée. Ses professeurs dont le regard brillait d'anticipation les premiers jours s'étaient rapidement rembrunis en assistant à ses piètres performances. Ils n'avaient pas eu cette grâce de lui cacher, au contraire, ils étaient nombreux à lui demander des nouvelles de son cousin. Ils se gargarisaient du succès de ce dernier, essayant derrières leurs flatteries identiques de s'octroyer la responsabilité d'un tel prodige.
« C'est l'heure. »
Kiba était couvert de craie en consultant sa montre. Il était grave et Hinata se demanda quel visage il aurait le jour des concours. Le brun serait certainement encore plus sérieux, de ce sérieux qui contenait une panique générale, de ce sourire qu'on fait a l'examinateur en sentant la transpiration perlait sous la chemise. Oui, il serait probablement ce genre de candidat funambule dont le talent reposerait sur un fil.
Le jour tombait quand ils sortirent de l'examen. Il y avait eu une époque où ils débattaient sur les professeurs avec qui ils étaient, se moquaient, s'encourageait mais l'air était trop lourd maintenant. Kiba crevait d'envie de parler des annales qu'il avait épluché la veille, de partager son angoisse quant aux exigences de ces fameux concours mais il était trop fier pour avouer ses démons. La brune le regardait discrètement pendant qu'ils marchaient d'un pas réguliers vers l'internat.
Elle hésitait mais elle finit par lui tendre le paquet de Lucky Strike offert par se soeur. Shino eut un soupir et celui à qui s'adressait le présent eut un regard surpris avant de froncer les sourcils. L'héritière sentait qu'avec ce climat de tension il valait mieux qu'elle désamorce immédiatement le conflit qu'elle voyait se profiler.
« Je l'ai trouvé par terre en venant, je ne fume pas mais je sais qu'à l'internat vous êtes quelques uns à sortir. Si tu veux je te le donne, c'est pas quelques clopes à la veille des concours qui vont nous tuer. »
Les épaules du garçon s'affaissèrent comme s'il s'en voulait lui même d'être devenu aussi méfiant ces derniers temps. Il pinça l'arête de son nez en fermant les yeux, songeant qu'il n'avait jamais été aussi à fleur de peau de toute sa vie. Le brun avait été à deux doigts de s'énerver, de l'accuser de fumer et de vouloir les faire fumer, d'être stupide de croire que le tabac était une réponse au stress des concours. Il réalisait juste en voyant le visage tendre de sa camarade qu'elle était incapable de souhaiter autre chose que leur apaisement à tous.
La brune leur avait avoué, après tout, qu'elle haïssait cette deuxième année, que ça lui mettait la boule au ventre de venir et que l'animosité dégageait par la classe la prenait à la gorge à chaque fois qu'elle entrait en cours.
« Merci. Viens on va s'en griller une, j'en ai besoin, t'en veux une Shino ? Répondit-il en prenant le paquet des mains de l'Hyuga. »
Shino maugréa quelque chose comme quoi c'était ridicule de gaspiller autant d'énergie à réussir sa vie si c'était pour la foutre en l'air comme le dernier des imbéciles. Il rentra seul. Hinata et Kiba fumèrent ensemble, enfin Kiba fuma et Hinata le regarda en l'interrogeant sur ses révisions. Le brun lui était reconnaissant de pouvoir enfin parler de toute la quantité de savoir qu'il absorbait et de cet incurable sentiment de ne jamais en voir le bout. Il parlait, vidait sa tête et son coeur, se livrant même sur certaines de ses peurs et la brune l'écoutait. Elle aurait bien du mal à le réconforter avec des mots mais son regard attentif et compatissant était comme un baume pour l'Inuzuka qui s'en contentait avec reconnaissance.
C'était une reconnaissance pleine de tendresse qu'il adressait au visage de sa coéquipière. Il lui était arrivé de se demander s'ils pouvaient s'aimer. Pas maintenant bien sûr, pas dans l'atmosphère suffocante de ces derniers mois aux portes de leur avenir, mais peut-être avant, ils auraient pu glisser vers une autre relation. Avant c'était comme dire trop tard à l'heure actuelle, la brune se rangeait du côté des hypothèses qu'il avait mis trop longtemps à admettre.
Il y pensait en voyant sa silhouette toute de sombre vêtue s'effacer à la sortie du lycée. Kiba y pensait un tout petit peu parce qu'il manquait de rêve et d'air. Il faisait une belle supposition romantique de garçon de vingt ans puisque d'ici quelques minutes il allait s'ensevelir sous des suppositions enlaidies de raisonnements par récurrence ou par contraposée. Inévitablement la poésie du dos d'une jeune femme à l'horizon allait sombrer, cette image n'avait pas sa place dans la vie qu'il avait choisi, alors il ferma les yeux.
Sur le chemin du retour qu'elle faisait à pied ne supportant pas la cohue du métro en fin de journée, Hinata passa par la pharmacie. Elle acheta pour vingt euros de médicaments contre le rhume et eut un petit soupir triste pour les économies de ce mois ci. La jeune femme avait beau noyer son regard dans la contemplation de la grandeur des immeubles qui baignaient dans ciel orangé par le crépuscule elle ne parvenait à s'enlever de la tête son idée. Le petit sachet en plastique blanc lui rappeler à chaque balancement qu'il était fou qu'on puisse en arriver à pareilles extrémités.
Six nuits, si nuits consécutives qu'elle pouvait à peine fermer un oeil. Le locataire d'en dessous crachait l'intégralité de ses poumons et cela sans jamais s'interrompre plus d'une heure. Elle avait pu constater la faible isolation le matin où elle avait entendu une dispute violente mais de là à penser qu'elle partagerait l'audio de la grippe de l'étage du dessous ! Les quatre premières nuits elle avait souhaité faire abstraction et avait même eu un brin de compassion pour cette pauvre âme qui comme elle devait souffrir tous les maux du monde de ne pas pouvoir s'endormir.
Mais bon sang la cinquième nuit ! On se soignait quand on était malade, les frais étaient couverts pour peu qu'on se déplace voir un docteur, alors pourquoi diable se laisser mourir. Puisqu'elle ne dormait pas Hinata avait eu le temps de monter une solide argumentation en défaveur du comportement à la fois irrespectueux et dangereux de son voisin. La difficulté croissante qu'elle avait à suivre les cours n'avait fait que renforcer sa détermination et c'est la nuit dernière qu'elle avait planifié que si le roux refusait de se soigner par lui-même et bien elle lui forcerait un peu la main.
La meilleure amie de son cousin avait l'habitude de dire « un bon coup de pied au cul ça a le mérite de faire avancer d'une case » et même si elle avait toujours trouvé la formulation grossière au possible, il fallait bien s'avouer que certains cas semblaient désespérés.
La brune avait ressassé ces idées tout le long du chemin. Elle n'en revenait pas d'être sur le point de frapper à la petit porte peinte en vert du quatrième étage pour offrir des médicaments. Elle se sentait malpolie à un point… ça ne la regardait absolument pas, leurs affaires de maladie à ce qu'elle supposait être deux parents - elle avait noté qu'ils portaient le même nom sur la boîte aux lettres et pour le peu qu'elle en avait vu, le roux n'avait rien d'un homme marié.
L'héritière sentait nettement son courage lui faire faux bond. Ses yeux détaillant la peinture partiellement écaillée qu'elle trouvait d'ailleurs de très mauvais goût. Elle soupira espérant que tout allait se passer très rapidement.
Elle frappa. Deux coups secs qui furent suivent par un emballement de bruits de talons sur le parquet. Ce son la aussi elle l'entendait depuis chez elle mais seulement deux fois par jour et pas au milieu de la nuit.
Une blonde au regard polaire lui ouvrit. Une femme toute en longueur dont le corps épousait une robe fourreau noire, son visage maquillé n'avait rien d'amical. Elle dégageait un charisme sauvage. Son nez droit, sa mâchoire légèrement carrée et l'intensité de son regard rappelaient à Hinata une prestance presque virile. Pourtant la blonde s'était sublimée comme une femme et le contraste la rendait imposante.
« C'est pourquoi ? »
Le ton impatient de son interlocutrice interrompit l'étude de l'Hyuga. Elle marmonna nerveusement, s'empourpra, soudain franchement mal à l'aise. Elle se dit qu'elle aurait presque préféré tomber sur le roux, lui au moins n'avait pas ce mépris féroce affiché. Elle tendit le petit sac se sentant soudain ridicule mais il était trop tard pour faire machine arrière.
« Eh bien, je… j'ai cru entendre que vous… l'un de vous était malade et… je me suis dit que vous n'aviez peut-être pas le temps d'acheter des médicaments puisque ça va bientôt faire une semaine. Alors j'ai…, Hinata n'eut même pas le courage de la regarder dans les yeux elle se sentait comme une enfant en faute, j'ai pris l'initiative de vous en amener quelques uns. »
Elle arrivait au bout de sa tirade avec effroi. Le silence de la blonde était plus tranchant qu'elle ne l'aurait imaginé. Les yeux baissés sur le paillasson où des dromadaires étaient dessinés Hinata pouvait sentir le poids du regard de sa voisine comme une chape de plomb.
La brune avait pourtant l'habitude de ces individus qui dégagent une aura, ils pullulaient dans l'entourage de son père. Sauf qu'habituellement elle ne les rencontrait que dans des circonstances particulières tellement codifiées que chaque réponse et chaque geste était un acte mécanique de sa part.
« Je pense que si mon frère était malade je m'en serais rendue compte, il y avait du reproche dans son timbre de voix, et puis t'es qui d'abord ? L'agressivité de la blonde transparaissait au travers de cette question.
- Hinata Hyuga, enchantée, je suis votre voisine du palier supérieur, je ne voulais pas insinuer un telle chose, simplement j'ai déjà croisé votre frère dans l'immeuble et je m'inquiétais de son état de santé, je vous assure il ne ferme pas l'oeil de la nuit. »
Et moi non plus. Le mensonge était une fenêtre d'ouverture tellement tentante. Elle espérait qu'à l'image de leurs disputes les deux ne communiquaient pas trop et que l'idée qu'elle s'inquiète pourrait paraître plausible à l'aînée du roux. Elle avait relevé les yeux, offrant un beau sourire candide à l'occupante des lieux.
Le regard de celle-ci n'avait pas gagné un degré et elle fronçait à présent imperceptiblement le nez. Elle avait l'air en proie à un profond dilemme, chose qui ne dérangeait pas spécialement la brune qui se sentait moins traqué par cet air absent que celui avec lequel elle avait été accueillie. Au bout d'un moment la blonde se relâcha, elle n'avait pas l'air beaucoup plus aimable mais elle avait quitté l'expression peu amène du début.
« No Sabaku Temari, elle serra brièvement la main d'Hinata, Gaara est sorti pour l'instant et je vais moi-même partir d'une minute à l'autre. Vos histoires ne me regardent pas, amène lui plus tard. Au revoir. »
La porte se referma avec fracas et Hinata se demanda si son voisin avait eut ce même sentiment de terreur en sentant la violence du courant d'air dégagé par quelqu'un qui vous claque la porte au nez. Elle resta une bonne minute les yeux écarquillaient devant le porte, son sachet suspendu dans le vide comme l'étendard de son échec.
Elle se finit par se ressaisir pour rentrer piteusement chez elle, incapable de dire si elle aurait effectivement le courage de frapper une deuxième fois à cette porte dans sa vie.
En arrivant elle aurait sincèrement voulut travailler mais le silence qui régnait enfin alourdissait ses paupières. Elle songea que ce n'était pas une heure de sieste qui allait ruiner ses révisions, qu'elle le méritait bien surtout si cette nuit elle n'avait le loisir de dormir. La brune rejoint les bras de de Morphée avant d'avoir régler l'alarme sur son téléphone. Un sommeil lourd et sans rêve que lui réclamait avidement son corps épuisé.
22h53. Bordel ! La panique gagna instantanément Hinata qu'un tambourinement sonore venait de réveiller. Elle avait dormi presque trois heures. Elle se lamenta sur son sort, la nuit allait être longue vue le retard qu'elle venait de prendre. Le pire c'est que cette sieste l'avait à peine requinquée, son corps en voulait plus, il voulait cette foutue nuit complète qui manquait à sa vie depuis près d'une semaine.
Et les coups qui n'en finissaient plus. Le martèlement lui donnait un début de migraine. Elle se leva du matelas au désespoir. La station debout était pire. C'était le rouquin, elle allait lui dire sa façon de penser à ce grand malade. Une colère nerveuse faisait battre ses tempes. Il fallait qu'elle se calme, elle se sentait épuisée à en pleurer. Mais allait-il arrêter de frapper à cette porte ? Ne pouvait-il pas attendre comme tout individu normalement constitué. Elle glapit un « j'arrive » éraillé plus proche du cri d'agonie que de la voix humaine qui eut le mérite de faire cesser les coups.
Elle s'appuya un instant contre l'encadrement qui séparait le séjour de la chambre, histoire de rassembler ses esprits. Elle inspira et expira, il venait peut-être chercher ses médicaments après tout. Ce serait une assez bonne nouvelle, ça lui évitait de se demander si elle devait lui apporter en personne ou non. Pour faire bonne figure, elle se passa un coup d'eau sur son visage où la marque de l'oreiller était encore imprimée et attrapa un de ses grands gilets en maille informe. Le petit sachet de médicament n'avait pas bougé de la table du salon cependant elle n'allait pas prendre le risque de se faire rembarrer une deuxième fois inutilement non plus.
En déverrouillant la porte, elle se trouva bien moins consciencieuse que la dernière fois. Il faut dire qu'ils étaient intime maintenant, elle aurait pu reconnaître sa façon de tousser entre mille pensa-t-elle avec ironie.
Bingo. Le roux l'attendait adossé sereinement contre le mur d'en face. Il avait un peu plus d'allure que la dernière fois qu'il était ramassé contre celui-ci. Hinata lui en voulut d'être aussi grand, d'avoir des yeux aussi cernés et une assurance aussi flagrante. Comme lorsqu'elle l'avait croisé près des boîtes aux lettres, elle était profondément gênée. Il faut dire que privée de contact avec la gente masculine de son âge jusqu'à ses dix-huit ans, elle avait développé une paranoïa maladive à l'égard de celle-ci.
« Je crois que je t'ai réveillée. »
Elle le regarda avec une condescendance qui eut le mérite de lui ôter son sourire. La brune le trouvait sans manière. Il devait bien se rendre compte qu'il polluait sa vie et surtout son sommeil si sa soeur l'avait mis au courant. La moindre des choses n'aurait elle pas été de témoigner un peu de regret? d'embêtement? tout plutôt que ces blagues vaseuse et cette expression satisfaite.
Malgré son amertume, malgré le désarroi qu'il lui inspirait, elle savait bien que l'émotion qui la dominait était l'angoisse. Elle avait les bras fermement croisés contre sa poitrine, avait pris le parti de s'éloigner de la porte pour être hors de sa portée et surtout le regardait comme s'il s'était agit de la faucheuse personnifiée.
« Ma soeur m'a fait passée le mot que tu avais quelque chose pour moi. »
Il avait l'air d'avoir repris un peu d'assurance, il insistait beaucoup sur le « quelque chose ». Un détail qu'Hinata ne comprit pas forcément, elle venait de remarquer à quel point son nez était rouge et pelé et se demandait comme Temari avait pu passé à côté. Il avait beau se raclait la gorge à chaque prise de parole pour éviter d'être saisi de la toux grasse à laquelle elle avait le droit toutes les nuits, elle, Hinata, faisait attention à ces détails. Il avait pâli, peut-être même un peu maigri au vu de la ceinture resserrée au dernier cran de son jean troué.
Elle fronça les sourcils, c'était peut-être plus qu'un simple rhume.
« L'examen visuel est terminé Mademoiselle ? »
Elle rougit instantanément relevant les yeux vers lui, pétrifiée. La brune ne s'était pas rendue compte qu'elle le fixait avec indiscrétion. Elle articula une série de mots intelligibles, encore plus déstabilisée par le regard mi-victorieux, mi-moqueur dont il la gratifiait.
« Je… Je vais vous le chercher, je reviens. »
Elle renonça par la même occasion à se justifier. Après tout ce ne serait qu'une occasion supplémentaire de lui donner le plaisir de la mettre mal à l'aise. Elle attrapa le sac de médicament set constata avec effroi en se retournant que Gaara était maintenant sur la pas de la porte. Le rouquin détaillait le petit salon avec curiosité comme si de rien n'était.
« Reculez immédiatement, je ne vous ai certainement pas invité à entrer. »
Sa voix glaciale était à la mesure de la terreur qu'il lui inspirait. Il recula non sans lui jeter un regard las. Le coeur de l'héritière battait fort. L'idée qu'il soit déséquilibré lui revint en tête. Elle regrettait amèrement d'avoir voulu jouer les grandes dames avec cette histoire de médicaments, mieux valait des semaines d'insomnie que ces coups de pression. Elle revint lentement vers la porte, aux aguets. Elle lui tendit les médicaments sans un mot, elle scrutait avec une attention décuplée ses faits et gestes à présent.
Le garçon lui prit avidement la poche des mains et la porta à ses yeux pour en découvrir le contenu. Avec une infinie lenteur, son regard pétillant d'excitation se terni et le petit pli joyeux de ses lèvres se décontracta. Il ressemblait vaguement à un gamin de six ans qui s'attend à découvrir des bonbons et trouve à la place des cahiers de vacances.
Comme le silence devenait gênant et que l'absence déçue du roux n'en finissait pas, Hinata toussota doucement pour attirer son attention.
« Je pense que vous avez de quoi vous soignez avec ça. Je vais vous souhaiter une bonne nuit, je suis sûre qu'elle sera bien meilleure que les précédentes. »
La situation était pathétique. Elle voyait bien que la soeur du garçon lui avait joué un tour, involontairement ou non. La brune n'allait pourtant pas lui tendre un mouchoir et s'excuser pour les individus déplorables qui lui faisaient office de famille. Ils n'avaient aucun lien et bien loin d'elle l'idée d'en nouer.
Gaara finit par relever les yeux, affichant une expression neutre. Il devait se sentir bête. Hinata n'osait même pas imaginer ce qui avait bien pu lui passer par la tête en venant réclamer « quelque chose ».
« Bonne nuit Monsieur ? »
Les iris turquoises du garçon était soudain d'une pesanteur insoutenable. La bienséance l'empêchait de lui claquer la porte au nez mais elle ne pouvait s'empêcher de hâter la fin de cette conversation de plus en plus embarrassante.
« Merci Mademoiselle ?
- De rien, rentrez chez vous, vous êtes épuisé je le vois bien. Bonne nuit. »
N'y tenant plus elle referma la porte, ce n'était pas franchement la sortie la plus correcte qui existe mais elle n'allait quand même pas se justifier de lui avoir acheté des médicaments. Cet air de reproche comme si c'était elle la responsable de cette mauvaise blague. Le mauvais esprit elle le laissait aux No Sabaku ça avait l'air de bien leur réussir.
Elle ne s'appesantit cependant pas longtemps sur les états d'âme du voisin. Un travail monstre l'attendait et si elle voulait savourer les bienfaits de la réussite de l'opération nuits complètes, autant s'y atteler au plus tôt.
C'est le moment du compte-rendu non exhaustif du chapitre. Alors j'avais dit que la pose du décor prenait bientôt fin mais j'ai pas pu m'empêcher de détailler les études d'Hinata parce que étant en classe préparatoire elle peut pas vraiment faire l'impasse dessus la petite. Le personnage de Kiba te plaît ? (si oui j'aimerais bien lui donner une importance particulière dans le suite des événements, sans parler de romance mais juste des petits zooms sur sa vie perso). J'espère que l'opération nuits complètes t'auras arraché un sourire il était temps qu'Hinata rencontre sa voisine. Tu as une idée de ce que pouvait s'imaginer Gaara ? (si la curiosité te démange c'est que les points de vue alternés sont définitivement une bonne idée). J'essaye de garder le rythme, encourage moi et laisse un petit mot pour me dire ce que tu en penses.
Aimablement vôtre,
Cap'
