Bonsoir,
Après une absence qui, je l'avoue, a été un peu longue qu'habituellement je vous livre ce cinquième chapitre qui explore un peu plu le passé d'Hinata et est un peu plus long que d'habitude. J'espère que vous aimerez le jour sous lequel j'éclaire les personnages et que vous me pardonnez de faire traîner l'action car je pense que c'est un mal pour un bien et qu'il faut étoffer le background si je veux que le reste de l'histoire fasse sens.
Kajol : Merci pour ta review ! je suis contente que l'histoire te plaise toujours autant, j'espère que la suite sera à la hauteur de tes attentes.
Anonymous fan : c'est vraiment adorable de ta part d'avoir pris le temps de laisser une trace de ton passage, je suis contente que tu aimes les personnages et je m'excuse pour les petits écarts par rapport à l'original, c'est une interprétation très personnelle de qui ils sont. J'espère que tu aimeras la suite !
Hinata était née par césarienne, d'une mère aimante au sein d'une famille tout ce qu'il y a de plus respectable. Elle avait grandi de travers pourtant. La petite brune avait un besoin de reconnaissance maladif qui l'avait transformée en silhouette soumise dès ses plus jeunes années.
Elle était docile à en donner la gerbe comme s'accordaient à le dire tous les précepteurs de la famille Hyuga. Des hommes très cultivés aux moeurs archaïques dont les leçons si elles avaient bien un but pédagogique étaient surtout là pour inculquer les manières d'un sang noble. Ils en avait vu passer des petits bruns aux yeux nacrés qu'il convenait de mater, des gamines aux idées modernes qu'ils avaient pour mission de guider sur la voie de la bienséance. Ils aimaient leur job ces professeurs privés, n'hésitant pas à faire du zèle quand l'occasion se présentait. Ils faisaient parti de la famille Hyuga depuis près de trois générations et se gargarisaient d'élever la fine fleur d'un pays qui se laissait aller ces dernières décennies.
Hinata pourtant n'avait jamais haussé le ton. Elle avait accepté chacune des brimades sans jamais répondre. Même l'injustice de ses professeurs elle l'acceptait. C'était embêtant. Leur mission de rendre cette femme digne de son nom reposait certes sur l'obéissance de leur disciple mais pas seulement. Il y avait une close perverse. Il fallait parvenir à exciter suffisamment le caractère de leur protégé pour en faire une personne redoutable et redoutée. Souvent, punir leurs élèves à tort et à travers sans excuse valable suffisait à réveiller chez eux une colère parfaitement justifiée. Une colère qu'ils avaient ensuite pour devoir d'éduquer pour faire du petit masque froid Hyuga une menace sous-jacente pour n'importe quel interlocuteur.
Sauf que l'aînée du père de la branche principale n'avait jamais au grand jamais contredit un de ces ordres cruels et gratuits. Elle souffrait. Sa gouvernante rapportait souvent qu'elle pleurait des heures entières dans sa chambre. Mais elle ne disait rien, chaque matin, elle faisait face à ses professeurs le visage respectueusement baissé et le dos droit.
A ses sept ans, tous les hommes en charge de son éducation avaient recommandé à Hiashi la danse classique. Un sport qui ne manquait généralement pas de briser les jeunes femmes comme sa fille si on savait choisir le professeur adéquat. Ils s'imaginaient alors que la douceur de l'enfant n'était qu'un entêtement puéril, qu'ils leur suffisaient de détruire s'ils voulaient la rendre plus malléable.
Hinata s'était rendue quatre fois par semaine à des séances où une femme au visage impassible et à la voix glaçante faisait souffrir mille maux à ses membres et la couvrait des remarques les plus désobligeantes qui soient. Et la jeune brune, toujours s'excusait, toujours hochait la tête avec véhémence sans cri ni heurt.
A onze ans, il avait fallu grassement payer Madame Oyona pour l'empêcher d'emmener dans une école de danse privée celle qu'elle appelait « son plus grand prodige ». Hinata était devenue une danseuse remarquable pour son âge. Elle faisait le ravissement des convives de son père qui ne cessaient de la comparer à sa gracieuse et défunte mère. On avait dit au géniteur de la placer dans un institut spécialisé, de ne pas gâcher un tel talent et lui avait amèrement refuser.
Les Hyuga n'étaient pas des artistes mais les futurs maîtres de ce monde. Il refusait qu'on traite un jour sa fille de rat d'opéra et ne croyait pas en son succès. Il voyait son talent comme banal, s'imaginait que ses amis comme les professeurs désiraient seulement flatter son ego en multipliant les compliments.
Il avait renvoyé la professeure de danse aux douze ans de sa fille. Celle-ci avait toujours cru que son père la punissait d'avoir perdu en niveau avec la puberté. Il faut dire qu'Hinata avait si subitement acquis tous les attributs d'une jeune femme mûre qu'elle avait connu trois ans de maladresse dans ce nouveau corps et en avait aussi hérité une honte profonde dont elle ne s'était jamais réellement débarrassée.
L'héritière n'avait cependant jamais arrêter de danser. Elle s'entraînait trois fois par semaine avant d'entrer en classes préparatoires, le cachant de son mieux à son père. La brune avait aussi garder secrète la relation qu'elle conservait avec son ancienne professeure. Il faut dire que cette vielle femme androgyne avait pris avec le temps le relief du mot « famille ».
Ainsi, lorsque son père était en voyage d'affaires, Hinata s'arrangeait avec les domestiques dont elle était appréciée pour revoir Madame Oyona. En plus d'intenses séances de danse, celle-ci lui dispensait une multitude de conseils sur la façon de mener sa vie. C'était la femme la plus sage que la brune eut jamais rencontré et elle en avait désespérément besoin pour faire face au monde que son père lui avait caché jusqu'au collège .
Etendue sur le lit, les bras en croix, la brune repensait au visage de l'Est de son entraîneuse. La vieille dame lui manquait. Avec sa soeur, c'était les deux personnes qu'elle avait le plus redouté de quitter en emménageant à Paris. La jeune femme se perdait en rêvasseries exquises faisant flotter dans son esprit les visages de ces gens qu'elle aimait d'un amour qu'on ne lui avait jamais appris à exprimer correctement.
Comme si son voisin avait été mis au courant de ce soudain apaisement qui saisissait un corps qu'elle laissait aller à une doucereuse nostalgie, elle entendit la brutalité caractéristique des coups contre le bois de sa porte.
L'enflure, elle avait vérifié la semaine dernière : il y avait bien une sonnette à cette porte. Elle se leva en maugréant de sa voix rendu aiguë par l'angoisse diffuse que provoquait ces visites impromptues. Le rouquin avait été invisible pendant plus d'une semaine et elle s'en était presque voulue, considérant qu'elle l'avait surement involontairement froissé. La paix que lui procurait son absence avait cependant rapidement et efficacement ôté toutes traces de culpabilité.
Ce tambourinement infini lui vrillait déjà les tympans. Elle avait même pris une voix menaçante, prévenant qu'elle était prête à appeler la sécurité si ça ne s'arrêtait pas quand deux orbes bleues familières lui avaient fait face.
Naruto Uzumaki. Un blond au sourire Colgate et à la détermination jamais vue. Ils s'étaient rencontré l'année dernière dans sa classe. Ce garçon était une légende. Il avait minoré le premier semestre et tous les professeurs s'étaient frottés les mains en lui suggérant de chercher rapidement un plan B. Il avait ensuite connu une ascension fulgurante de la dernière place au top cinq établissant un nouveau record en terme de progression.
Il était bon conteur et cette histoire Hinata l'avait entendue de nombreuse fois de sa bouche, si y avoir assisté de ses propres yeux n'étaient pas suffisant. La brune avait à cette même période manqué d'abandonner ses études. Elle vivait les mêmes entretiens pour l'y pousser que Naruto et elle était loin d'avoir la farouche assurance du blond. C'est le fait de voir qu'il ne baissait pas les bras, redoublant au contraire d'efforts qui l'avait poussée à l'imiter.
La modestie naturelle de la Hyuga lui faisait dire que c'était uniquement grâce à lui qu'elle avait pu passer sa première année. Elle le comparait souvent à la lumière d'une embarcation en péril, un phare dans la tempête en somme.
Bon Dieu mais que faisait-il devant sa porte ? Il sentait la bière et portait une tenue de tous les jours, un t-shirt orange flottant sur un jean clair. Hinata resta pétrifiée un moment pendant lequel, loin de se démonter, Naruto l'embrassa chaleureusement sur les deux joues en lui exprimant à quel point il était heureux de cette coïncidence. Tout en babillant sur les raisons de sa venue : à savoir son meilleur ami et une incroyable soirée à laquelle elle était conviée, Naruto entrait dans l'appartement. Il n'eut aucune remarque de la brune qui ouvrit au contraire la porte plus grand, perdue sur l'attitude à adopter.
Le fait que Gaara accompagna son camarade de classe la perturbait doublement. Elle pensait impossible que le roux se présente à nouveau à elle de son plein gré. D'ailleurs l'héritière doutait encore que ça soit le cas parce qu'il ne la salua pas et se contenta de passer la porte à son tour en haussant un sourcil.
Hinata était encore sur le pas de la porte, les observant en rougissant tant les moyens venaient à lui manquer quand Naruto croisa les bras derrière sa tête en se tournant vers elle.
« Alors Hyuga, on va pas refuser une invitation pareille hein ? Il est sympa ton appartement, vachement mieux rangé que celui de Gaara. »
Hinata referma la porte sur eux. La suspension lumineuse éclairait faiblement le petit canapé en velours et la table de salon où était aligné une tasse de thé vide et un livre de Shakespeare : le thème de culture général était l'amour. Elle esquiva la question de Naruto, leur proposant de boire quelque chose. Elle n'attendit pas la réponse, l'objectif de la brune était de gagner du temps. Elle s'excusa en servant un jus de fruits à ses invités inattendus précisant qu'elle n'était pas très penchée sur l'alcool.
La jeune femme était d'une part enchantée de voir Naruto autrement que dans un cadre scolaire car elle fantasmait depuis près d'un an le jour où elle pourrait le remercier de tout ce qu'il lui avait apporté. D'autre part, beaucoup moins, elle était soucieuse de cette drôle d'idée que de vouloir l'embarquer en boîte pour fêter l'anniversaire d'une femme qui ne l'aimait manifestement pas, soucieuse aussi que Gaara eut franchit le seuil de sa porte et carrément angoissé par l'état d'ébriété des deux compères. Le blond et le roux s'étaient en effet confortablement installés sur le canapé en velours et Naruto s'amusait à réciter les tirades de Roméo qu'il était censé connaître par coeur à quelques semaines des concours. Le plus comique étant certainement le fait que Gaara jouait sa Juliette avec une voix haut perché qui ne lui allait pas le moins du monde.
Hésitante Hinata finit pas leur apporter les deux verres, choisissant de s'asseoir par terre.
« Vous les lisez mal Gaara, on dirait que Juliette va à la fête foraine avec cette voix. »
Naruto la regarda avec interrogation, ne comprenant certainement pas pourquoi la brune vouvoyait son voisin qui avait son âge. C'est vrai que c'était surement déplacé maintenant que le roux était chez elle. Les yeux turquoise du concerné la regardait d'un air de défi comme s'il soupçonnait qu'elle n'assumerait pas toutes ses manières devant son ami. Et effectivement la brune se rattrapa aux branches assez lamentablement.
« Enfin je veux dire vous lisez mal tous les deux, Gaara tu lis comme si Juliette allait à la fête foraine.
- Ah oui ? Je t'en pris fais nous une démo, le rouquin devait sincèrement lui en vouloir car le sourire avec lequel il lui tendit l'ouvrage n'avait rien de bienveillant.
- Oh non, on est pas là pour ça, Hinata, excuse nous de débarquer sans prévenir mais il faut que tu viennes ce soir, coupa court Naruto en remettant Shakespeare sur la table.
- Ce ne serait pas sérieux et puis… je ne connais personne, avança timidement la brune.
- Mais si, tu me connais moi, j'étais là pour ton premier vomi, on est des partenaires de soirée pour toujours maintenant, en plus Gaara est super content de t'inviter. »
L'enthousiasme du blond eut le mérite de faire rougir les deux autres occupants de la pièce. Si Hinata baissa farouchement les yeux en direction du sol se demandant comment cette unique soirée qu'elle avait faite pouvait bien continuer à lui porter préjudice ; Gaara lui fusilla l'Uzumaki du regard.
Il y eut encore quinze minutes de débat auquel Gaara ne chercha pas à prendre parti, observant avec curiosité les réactions de l'Hyuga si différentes de celles qu'il lui connaissait. La brune était tellement embêtée de refuser quelque chose à celui qu'elle considérait comme un mélange de sauveur et de modèle. Il fallait bien qu'il entende raison pourtant, elle n'aimait pas les soirées de son âge et elle n'aimait pas non plus interrompre sa routine de travail en plein milieu de ses dernières révisions.
Comme elle parvenait à défaire chacune des tentatives de Naruto avec un certain talent puisqu'elle n'haussait pas le ton et faisait uniquement appelle à des arguments raisonnables et bien pensés, le garçon parût s'agacer. Il lâcha un long soupir interrompant un des énième refus de l'héritière. Il maugréa un petit « invisible mais redoutable » qu'Hinata ne put même pas entendre d'où elle était et s'agenouilla par terre.
Il était certes au même niveau que la brune mais ça ne changea rien à la solennité sur son visage lorsqu'il s'empara de sa main et la porta à son visage.
« Chère Hinata Hyuga, votre respectabilité n'a d'égal que votre sérieux mais voudriez m'accorder à moi et mon fidèle ami, ce soir, le plaisir de votre ravissante compagnie ? Si vous accepter ma dame, je jure solennellement, moi, Naruto Uzumaki, de vous aidez personnellement à préparez vos futurs oraux. »
Hinata rougit de façon abrupte et bien plus violente que d'habitude. Elle n'aurait su dire si c'était les paroles du blond ou bien la sensation de son souffle chaud contre sa peau mais la brune aurait été incapable d'articuler quoique ce soit tant la chaleur qui lui montait au joue était suffocante. Elle se rappela avoir acquiescer vivement plus soucieuse de se débarrasser de cette position inconfortable qu'autre chose. Le blond s'émerveilla de sa propre victoire aidant Hinata à se relever d'une main et annonçant qu'il avait un apéro à finir avec Gaara et elle des trucs-de-fille-qui-mettent-une-heure à faire avant qu'ils partent. Il alla nonchalamment jusqu'à la porte, entrainant le rouquin avec lui et annonçant à Hinata qu'ils reviendraient la chercher bientôt
Ils passèrent la porte. Elle reprit son souffle. Elle resta un moment par terre à étudier les vingt dernières minutes. La brune ne pouvait pas ignorer le trouble sous son crâne. Elle se demandait si fuir n'était pas s'éviter le pire. Avait-elle encore le choix ?
Hinata n'aimait pas les sorties violentes de son âge. Cet empressent à vouloir noyer ses problèmes sous des verres elle ne le comprenait pas. Ils lui faisaient peur tous à battre la mesure de rythmes endiablés en chancelant. Le lâcher prise n'était de toute évidence pas compris dans l'éducation Hyuga.
La retenue et la réserve qu'elle avait assimilé dès le plus jeune âge lui dictaient que ses pairs n'avaient juste pas la bonne réponse au mal-être de leur jeunesse. Elle aussi était malheureuse parfois, comme tout le monde, elle avait juste appris à prendre sur elle jusqu'à ce que ses chagrins s'épuisent d'eux-même.
C'est en parfait automate qu'elle se dirigea à la salle de bain. Les mains pressés contre la céramique du lavabo, elle contemplait son reflet. Ce visage poupin qu'ornait deux yeux très larges yeux dont l'iris nacré dénotait du commun. Elle tourna la tête, observant le profil de son nez à la retroussette.
Elle était vêtue d'un pull noir trop large et d'un jean droit. La brune se sentait invisible dans ses tenues et c'était à ce sentiment qu'elle devait son confort de vie.
Elle pesait lentement le pour et le contre en démêlant d'une main gracile ses interminables cheveux bruns, un geste machinal qui la détendait.
La proposition de Naruto n'était pas à rejeter impulsivement. Il avait d'ailleurs choisi intentionnellement de mentionner les oraux car les syncopes d'Hinata étaient devenues célèbres dans l'établissement. Il s'agissait de son avenir, de l'honneur de sa famille, tout allait découler de ces concours.
Alors Hinata pris une courte inspiration comme quand elle s'apprêtait à entrer en kholle. Son regard s'endurcit, enveloppé d'une détermination nouvelle avant qu'elle ne brandisse le crayon khôl.
Hinata n'avait rien à enviée aux midinettes de son âge coté physique. Elle avait de plus fait les frais d'une vie bourgeoise où le vestiaire compte autant que la bienséance. De toute évidence, l'élégance était une prolongation de son corps. Rompu aux exercices physiques, elle embellissait la robe noire et longue de son port de danseuse. La brune prenait cinq ans dans cette tenue, son miroir ne pouvait lui mentir.
C'était bien ce qui l'inquiétait d'ailleurs. Elle n'avait jamais fait de soirées de son âge en tenue d'apparat mais le côté conventionnel qu'elle s'imaginait derrière le mot anniversaire l'avait poussé à enfiler ce qu'elle estimait en accord avec l'événement.
Triturant ses doigts, anxieuse, Hinata s'était lovée dans son canapé. Il restait trente minutes, au moins, avant que les garçons ne reviennent. Elle avait bien tenté d'étirer son temps de préparation mais Hinata était ce genre de femme efficace qui ne revient pas quinze fois sur sa tenue. L'héritière devait maintenant attendre et à son grand damn, la boule qu'elle avait au ventre l'empêcher de relire sérieusement le moindre cours.
Une idée malicieuse avait germé au fil des longues minutes : elle n'avait pas le moindre cadeau. Certes Naruto n'avait pas mentionné qu'il devait y en avoir un, mais c'était peut-être une ligne sous entendue dans l'invitation. L'idée la travaillait tant est si bien que lentement sa gorge s'assécha, elle commença à angoisser silencieusement et n'y tenant plus, attrapa son téléphone.
Sans réfléchir elle appela Hanabi qui décrocha à la première tonalité. Entendre la voix de sa soeur la rassura. Elle ne lui parla pourtant ni de la soirée, ni de cette trouille d'aller à un anniversaire sans cadeau. Elle aborda avec sa soeur toutes les banalités possibles, écumant les études, le sport, la vie au manoir. Sa cadette répondit avec un enthousiasme non feint à chacune des questions. La neutralité de cette conversation entre soeurs avait de quoi effrayer mais chacune savait en son fort intérieur que ce n'était pas les mots employés qui comptaient.
Elles enchaînaient météo sur santé et pourtant l'une comme l'autre n'écoutait que les petits rires discrets, le timbre familier, les sourires qu'on peut entendre derrière le combiné.
Les deux garçons avaient dégommé une bouteille de blanc en parlant de la voisine. D'ailleurs, le sujet tournait court puisque Gaara s'entêtait dans des réponses brèves qui bien loin de décourager son interlocuteur l'excitait davantage.
« T'as couché avec ou quoi ? Finit par exploser le blond.
- Et toi ? Tu t'es vu en preux chevalier agenouillé ?! Répliqua acerbe le roux.
- Hinata ? Je n'y ai jamais pensé de cette façon… »
Le blond eut un air songeur et son ami se prit la tête entre les mains. Ce qu'il pouvait être bête pour son âge parfois. Il aurait préféré que la brune n'existât pas, on lui aurait épargné cette conversation désastreuse. Il se resservit avec les quelques gouttes du cul de la bouteille regrettant de ne pas en avoir acheter plus.
« Fais pas cette tête, je rigole, nous deux c'est plus que les gonzesses hein. »
En disant cela, l'Uzumaki lui avait tendu un poing amical son éternel sourire fiché au visage. Un peu las, Gaara lui rendit le geste avec un étirement des lèvres qui signifiait son accord. Naruto eut un regard en direction de l'horloge murale. Il intima silencieusement l'ordre de lever de camp, estimant qu'il était grand temps d'aller honorer la célébration à laquelle ils étaient invités.
Ils avaient retrouvé leur sourire de petits garçons, les joues rosées, ils escaladèrent à nouveaux les marches, détendus. Le blond exposait tranquillement son expérience, si Hinata passait un bon moment pour sûr elle finirait par vaincre ses réactions excessives en examen. Il avait déjà glissé un mot au roux sur les petits soucis qu'elle avait rencontré l'année dernière et son devoir à lui de ne jamais laisser un camarade dans le pétrin, surtout si l'en sortir signifier aller en boîte.
Gaara empêcha Naruto de frapper et prit les devant en appuyant une seule et unique fois sur la sonnette. Il voulait réellement passer un bon moment et si la brune lui jetait encore un de ses regards apeurés dont elle avait le secret ça ferait une ombre au tableau.
Hinata apparut un instant plus tard.
Elle était renversante. Tout simplement renversante. Pas du tout vêtue pour aller en boîte mais renversante. Les deux mâles restèrent un instant à regarder la silhouette mince qu'épousait un textile noir aux reflets brillants, sa chevelure épaisse dompté dans un chignon compliqué parcouru de fils argenté et ses yeux habillés d'un ébène élégant.
A ce moment là Gaara vit la femme. Il vit la gorge mûre et dégagée, le port de tête altier et son sang ne fit qu'un tour. Il allait lui tendre un bras galant presque gêné d'être en t-shirt et en jean mais Naruto le devança.
Son ami joua des coudes pour se retrouver face à la brune expédiant le rouquin derrière lui sans remord. Le plus ironique fut de voir que la brune acceptait le bras de son ami avec un sourire charmant même si ses joues étaient aussi roses que ceux des deux garçons et pas pour les mêmes raisons.
Ils l'emmenèrent bien qu'elle se plaignit de vouloir rentrer se changer, qu'elle avait mal fait, que les insinuations de Naruto portaient à confusion sur le code vestimentaire. Les deux garçons ne l'auraient laisser remettre un de ses pulls informes pour rien au monde. En concert, ils rétorquaient que c'était eux qui avait oublié de se changer à cause des bières, qu'ils étaient pressés maintenant, on avait plus le temps pour les coquetteries…
Et derrière leur visible amitié, leurs arguments combinés, Gaara faisait de son mieux pour étouffer sa rancoeur de ne pas être celui au bras de leur invitée.
Il ne connaissait pas des milliers de femmes le rouquin. Il connaissait sa soeur qui était à l'image de la perfection selon lui, son caractère bien trempé à l'abri de robes de femme, l'allégorie parfaite d'une « main de fer dans un gant de velours ». Il connaissait les filles du bar, pomponnées et avides de plaire. Il connaissait quelques filles de son village avec leurs secrets et leur fausse vertu. Il n'avait jamais rencontré d'Hinata, il n'avait jamais connu d'être semblable. Il ne comprenait pas comment il était possible d'avoir mis la maturité d'une petite fille dans ce corps de grande femme.
« Gaara n'est-ce pas que v… tu prends soin du petit oiseau ? Demanda la concernée en jetant un oeil au jeune homme un peu en retrait.
- Bien sûr, il s'appelle Gus maintenant, répondit le rouquin sans chercher à lui cacher l'intensité avec laquelle il la regardait. »
Sans qu'il puisse y trouver d'explication, les yeux perles de la brune se baissèrent et elle sembla renoncer à lui parler. Elle n'avait pas besoin de toute façon, son cavalier parlait pour deux avec cette aisance qui manquait cruellement au roux. Nous c'est plus que les gonzesses. Il s'était bien foutu de lui. Gaara lui en voulait mais en même temps s'il n'avait pas été aussi hermétique à l'idée que peut-être, possiblement, éventuellement, sa voisine lui plaisait, le blond aurait eu une attitude surement différente.
C'est donc passablement de mauvaise humeur que le rouquin passa la porte de la boîte. Les quelques verres ne l'aidaient pas vraiment à prendre du recul. Le contact de la main froide d'Hinata sur son avant-bras le ramena brutalement à la réalité. Il se noya dans le nacre de ses iris refusant de la regarder autrement.
« Je te remercie pour l'invitation, c'est très gentil de ta part.
- Ah ? C'est rien du tout, de toute façon ma soeur avait déjà proposé que tu viennes. »
Il comprit à la façon dont l'expression radieuse de son interlocutrice se fana immédiatement qu'elle avait mal interprété le sens de ses mots. Abruti. Elle devait croire qu'il n'avait jamais prévu de l'inviter, voir avait tenter de l'éviter, que sa présence ici n'était dû qu'à la force de persuasion de Naruto. Comme pour confirmer le pire, elle esquissa un impitoyable sourire navré et se retourna pour rejoindre Naruto qui était déjà au vestiaire.
La violence des lumières roses et vertes l'agressa dès qu'elle passa la porte. Son coeur atteint en un temps record le rythme des basses qui faisaient vibrer son corps tout entier. Elle sentit ses jambes trembler et les minces talons qui la supportaient devinrent brutalement instables. Des souffles chauds, des voix qui jaillissaient en éclat, des rires étouffés, la foule se mouvait autour d'elle en une agitation qu'elle jugeait inquiétante.
Instinctivement elle resserra sa prise sur la paume large de Naruto. Le blond dût comprendre qu'il avait emmené l'agneau chez les loups car d'une impulsion il la ramena plus près de lui et joua des épaules pour libérer un peu d'espace.
Il posa ses yeux bleus comme les jours estivaux sur ce corps menu, ce visage effrayé par les néons y trouvant quelque chose d'attendrissant. Il parla un moment de tout et de rien, il voulait la faire rire, la voir se détendre, il redoutait qu'elle s'échappa d'une seconde à l'autre avec un prétexte de gentille fille.
La jeune femme buvait ses paroles, infiniment reconnaissante. Plus il babillait, plus elle sentait la pesanteur se dissoudre. Les sons anarchiques reprenaient l'apparence des mélodies entraînantes qu'ils étaient supposés être. Les flash épileptiques devenaient des lumières joueuses qui projetaient un éclairage charmant sur le sourire de Naruto. Hinata absorbait peu à peu cet univers sans s'en rendre compte. Elle n'avait qu'à écouter les inepties de son camarade, se concentrait dessus, faire fit du reste.
Il y avait Gaara en arrière-plan. Le roux avait le visage des mauvais jours, il sirotait quelques chose d'ambré ou de brun ? L'éclairage jouait des tours aux yeux de la brunette. La jeune femme ne pouvait s'empêcher de le trouver effrayant avec son expression grave au milieu du bonheur désordonné de ce décor. Elle dut lui faire face qu'en son interlocuteur cessa de jouer les nurses pour partir saluer des visages inconnus.
Le silence qu'il y avait entre eux était désormais embarrassant. Ca avait quelque chose de peu naturel cette entrevue improvisée quand on savait qu'ils ne se connaissaient que sur le pas d'une porte. Elle triturait ses doigts cherchant en vain une banalité satisfaisante pour noyer ce blanc que la musique n'atténuait en rien.
C'est la femme de cette soirée qui y mit fin. Elle arriva paré dans une robe brillante et lourde qui transformait chacun de ses mouvements en une ondulation de strass. Dans ses mains des flutes débordantes dont le contenu ne cessait d'osciller en direction du sol. Temari, Temari et ses éclats de rire foudroyants, ses talons ahurissants de hauteur, son sens inné du mépris distingué, Temari venait d'apparaître majestueuse au point que tous les convives se poussaient pour lui libérer le passage. Elle embrassa son petit frère sur la joue révélant son teint rosé d'alcool et une odeur de bulles sucrées.
« Et bien alors ? On ne salut même plus sa grande soeur ? »
Gaara grogna. Il enlaça brièvement sa soeur, fit un commentaire sur la démesure de ses soirées et murmura quelque chose qui ressemblait à un compliment sur son business florissant. Hinata éprouvait une curiosité malsaine à épier la fratrie. Elle lorgnait les gestes si fluides entre eux, la complicité de leur regard, elle se demandait où ils avaient appris à s'aimer de cette façon ne pouvant s'empêcher de comparer à sa relation avec Hanabi.
Temari ne lui laissa pas le loisir de s'extasier longtemps. Elle se retourna avec dans les yeux cette même sauvage effronterie qu'à leur première rencontre. La blonde placa une flûte entre les mains de la brune et approcha son visage pour être entendue, joueuse :
« Sympa la robe de gala, je n'en méritais pas temps. »
Touchée. L'Hyuga maudit les garçons de ne pas l'avoir laissée se rhabiller. Elle eut un rire de convenance, de ceux parfaitement adorables qu'on place souvent en bonne société quand l'alcool rend les maris agressifs au point d'en devenir embarrassants.
Hinata n'avait pas pour habitude de boire à outrance. Elle avait en horreur les femmes qui riaient à gorge déployée une fois libéré de toute pudeur. Elle était en permanence gênée par ses individus qui oubliaient le principe même de bienséance sous l'effet de drogues traditionnelles. La brune avait développé de tactiques scientifiques pour consommer avec une lenteur calculée, éviter tout épisode de perte de contrôle, tout en demeurant toujours son verre à la main, esquissant de partager la jovialité factice des autres.
C'est donc avec un talent insoupçonné qu'elle porta un toast, trempa ses lèvres et goûta avec une satisfaction feinte le goût aigre et sucré du champagne. Elle sentait sur elle, le regard d'arbalète du benjamin. Il la fixait. Elle en était certaine, tout comme elle se doutait qu'il allait comprendre son manège avant tout les autres. Si Hinata avait eu un peu de cran, elle aurait combattu ce regard trop intense pour être honnête, seulement sa profonde inexpérience ne lui en donnait même pas l'idée.
Ah, et là vous vous dites comment peut-elle autant écrire alors qu'il ne se passe rien ? je vous comprends mais j'espère que vous commencez à percer le personnage d'Hinata ou du moins à la trouver moins fadasse que dans les premiers chapitres. On en parle de la rivalité Gaara/Naruto ? Vous voulez choisir un camp ? (le jeux sont faits de toute façon) J'espère que mon interprétation du relationnel Hinata-Naruto vous parait cohérente. Le béguin de Gaara devient claire, le pauvre est handicapé face à la forteresse que représente notre héroïne. Vous pensez qu'il va s'en sortir comment ? Cette soirée, une belle avancée ou un naufrage finalement ? Continuez à me donner votre avis, votre point de vue, ça n'a pas de prix et je vous jure que ça guéri le syndrome de la page blanche.
Aimablement vôtre,
Cap'
