Note de l'auteur :

Désolé pour cette looooongue absence et un grand merci à vous. Je passais par hasard sur après une période IRL intense et je suis tombée sur vos petits mots qui m'ont donnée envie de remettre la main au clavier. C'est important pour moi alors merci 3, vous êtes mon carburant contre la page blanche !
Deux mots sur ce chapitre, rédigé à des moments différents il a un aspect décousu je trouve mais j'espère qu'il vous plaira quand même et que vos retours seront nombreux. Sans plus attendre ...

Des odeurs et des couleurs pleuvaient en un audacieux déluge qui noyaient la masse de jeunes adultes et de vieux enfants venus de tous les quartiers pour faire trembler la piste. Sous le talons de femmes enjouées on faisait battre la mesure de quelques musiques aux sonorités latines. Les courbes roulaient, les corps valsaient dans des bras menus ou seul, entraînés par un courant qui les dépassant. Gaara attendait. Il laissait glisser sur lui les titres commerciaux, les merveilles de la pop et les envoutantes voix de starlettes. Il était accoudé sur le bar, ses yeux reluquant au hasard les midinettes pressées sur les estrades. Dans sa main gauche, un verre de gin tonic qu'il remplaçait à intervalle régulier. Dans sa main droite un zippo dont il faisait rouler le couvercle sans même s'en apercevoir.

Enfin, son corps menu reparut. Le roux sentit le délassement de ses muscles, prit conscience qu'il était demeuré crispé cinq bonnes minutes, les muscles bandés, prêt à intervenir. Elle, la brune du palier d'au-dessus, que de grands gaillards rustres s'étaient mis en tête de faire virevolter. Elle n'y allait pas de bon coeur, déclinait de son mieux les invitations mais la masse était plus forte. Elle était comme une enfant luttant en vin contre la marée, regagnant de temps le rivage que constituait le bar pour mieux être happée ensuite par une main enhardie, un groupe de copines confuses. N'importe quoi aurait pu faire ployer cette gracieuse poupée de toute manière.

Mais c'était la dernière fois que la voisine sombrait dans la tempête. Gaara n'était pas aveugle, chaque heure passée ici rendait les mains plus baladeuses, les remontées de la piste de danse plus harassantes, aussi il s'était promis que cette fois il la garderait près de lui. Sur son petit ilot de secours en forme de tabouret et ses bras de garçon dans la force de l'âge comme bouée. Il posa donc gin et zippo sur le comptoir, fit un clin d'oeil à Shikamaru, le barmaid, pour que celui veille sur sa place et franchit les quelques mètres qui le tenait encore éloigné d'Hinata. Le destin voulu que la foule jette la jolie brune contre son torse. Il ne dit rien. Il devinait les joues pivoines plaquées contre sa poitrine. L'odeur de sa voisine lui parvenait faiblement, il aurait voulu la tenir plus proche encore pour identifier plus clairement ce parfum qu'elle portait discrètement.

Il passa un bras autour de sa taille et la sentit frissonner. Sans doute croyait elle qu'à son tour il allait la précipiter sous les néons, la renvoyait dans l'enfer qu'elle venait à peine de quitter. L'avait-elle seulement reconnu ? Il lisait dans ses yeux baissés une fatigue terrible, il aurait du venir la chercher plus tôt. Mais aurait-elle accepté sa proximité ? La peur qu'elle se débatte avait poussé le roux à attendre, attendre qu'elle s'épuise d'elle-même, s'écroule sur lui comme une proie dans la gueule du loup.

Le garçon recula lentement, de son dos massif il frayait un passage parmi les quelques invités qui stationnaient encore entre la piste et le bar, de longues et odorantes cigarettes aux lèvres. Sa partenaire n'avait même pas chercher à se dégager, calant le rythme de ses pas sur les siens, simplement apaisée par ce rythme qui ne nécessitait pas qu'on la brasse comme un shaker.

Si au début Gaara avait imaginé la poser sur le bar et lui mettre une flute de champagne dans les mains, il en était désormais hors de question. Il était à deux doigts de la ramener si la volonté égoïste de la garder pour lui, toute indolente qu'elle était à présent, n'avait pas été plus forte. Il adressa de nouveau un signe de tête au barmaid et poussa une porte à proximité des vestiaires. Ca allait jaser mais tant pis, Hinata était trop naïve pour connaître le jeu mesquin des rumeurs.

La pièce où il l'avait amenée était en forme demi cercle, un couloir où pendait de multiples rideaux de strass et de velours y conduisait. Sa soeur avait l'habitude de l'appeler son « cercle VIP ». Un endroit connu exclusivement par les employés, son frère et à l'occasion quelques clients privilégiés. Une table ronde était entourée par un sofa de cuir noir et au centre un bac de glaces où deux bouteilles de champagnes attendaient patiemment.

Gaara installa doucement son invitée sur le canapé, laquelle, enfin sortie de sa torpeur, observait avec stupéfaction les lieux. Il se sentit obligé de la rassurer, il aurait haï qu'elle se méprenne sur ses intentions :

« J'ai vu que tu commençais à fatiguer, je me suis dit que tu serais mieux ici. C'est réservé au personnel normalement mais disons qu'il y a des petits privilèges à être le frère de la patronne. »

Il avait essayé de le dire sur un ton enjoué avec un sourire qu'elle ne lui connaissait pas. Pourtant lui aussi était mal à l'aise, nerveux. Il alla fouiller un placard, fuyant son regard de peur d'y trouver un jugement insupportable.

« Merci. »

La voix fluette de la jeune femme était un filet d'eau dans cette salle insonorisée. Le roux se détendit un peu, elle n'était pas fâchée, peut-être pas si angoissée que ça. Peut-être qu'ils allaient enfin pouvoir parler tous les deux. Parler sans que ça ne ressemble à une bataille rangée, il voulait dire. Il apporta deux flûtes et d'un geste expert fit sauter le bouchon du premier mousseux avant de servir deux verres raisonnables. Il s'attabla face à elle, épiant rapidement, ce visage de porcelaine à peine maquillé, et la pâleur de ses longs bras que le jais de la robe rendait fantomatiques.

« On peut attendre Naruto ici, je lui envoie un message pour le prévenir, il devrait revenir quand le DJ va commencer à passer de la techno. C'est pas son truc. »

« Pourquoi tu fais tout ça ? »

Hinata se saisit de sa coupe et en vida la moitié. Gaara ne la connaissait pas mais il savait que ce n'était pas de bon augure. Il avait peur de donner une réponse. Peur de ces grands yeux nacre las qui le torpillaient dejà. Il avala lentement sa salive, se composa une expression de parfaite incompréhension et murmura :

« Faire quoi ? »

Il compris que la brune était ivre quand en voulant poser son verre sur la table elle le renversa. Ses sourcils se froncèrent et elle parut chercher en elle-même la priorité entre le liquide précieux qui frayait à présent de longues rigoles jusqu'au sol et la réponse qu'elle voulait obtenir de son interlocuteur. Gaara choisit pour elle, il retourna au placard pour en sortir un torchon et nettoyer la table. Il tourna vers elle un regard accusateur :

« Tu as bu dans le verre de quelqu'un ? »

« C'est vos affaires ? »

Elle avait regagné le vouvoiement avec hargne, comme un repli défensif abandonné trop vite. Gaara enrageait, il pouvait à loisir sentir l'odeur de ses cheveux il y a quelques minutes et maintenant elle lui opposait de nouveau ce ton de bourgeoise effarouchée. Lui aussi été soul, il ne le savait juste pas encore. Il n'avait pas compté le nombre de gin tonic qu'il avait consommé avant de se décider à aller la voir. Il s'était laissé distraire par cette idée acharnée que lui aussi avait le droit à un peu de tendresse, qu'il n'y avait pas de raison que Naruto soit l'unique dépositaire de ses sourires francs. Il frappa la table du poing et brisa du même coup la mince assurance d'Hinata.

« Bon sang ! Tu ne vois pas que c'est moi qui veille sur toi ? Moi qui t'aies tirée de ce mauvais pas ? Moi qui t'aie emmenée à l'abri ? C'est si dur que ça de m'accorder une toute petite parcelle de ta confiance ? »

Le rouquin ne le regardait même pas en parlant, il avait les yeux rivés sur le couloir donnant l'impression de penser à voix haute et non de s'adresser à quelqu'un. Recroquevillée contre le dossier, Hinata luttait péniblement contre son ébriété pour ne pas simplement fondre en larmes. Elle ferma les yeux, croyant retrouver un peu de contrôle sur sa propre panique mais se sentit au contraire vaciller sous les effet combinés des cocktails et de la fatigue. Elle inspira lourdement, yeux bien ouverts cette fois. Lentement elle posa une de ses mains froides sur le poing de Gaara resté fermé contre la table. Elle ouvrit ses grands yeux trop clairs sur ce garçon dont elle n'avait en toute sincérité aucune idée des intentions et s'appliqua à articuler des mots qui menaçaient de se transformer en sanglots.

« Ne t'énerves pas s'il te plaît, je suis désolée, je ne te connais pas, je suis fatiguée. Ce n'est pas une histoire de confiance, je n'ai pas l'habitude, je ne te connais pas, je ne sais pas,… »

Elle aurait pu s'engluer encore longtemps dans cette lamentation de fille perdue si la seconde main de Gaara n'était pas venue recouvrir la sienne. Pour la première fois, la brune plongea réellement ses yeux dans celui du roux. Pour la première fois, et ce malgré le faible éclairage de la pièce, elle décela dans ce turquoise pur la douceur des regrets. Ils restèrent un long moment à se regarder parce que Gaara aurait été incapable de s'excuser avec des mots. Hinata comprenait dans ce regard chargé de sens l'absence de danger et s'apaisait. La seule personne avec qui elle pouvait échanger de telles oeillades était sa soeur, aussi accorda-t-elle beaucoup de crédit à ce qu'elle lisait dans l'infini tranquillité de ces iris.

Elle le voyait avec des yeux neufs, enfin débarrassée des milles manières inculquées par son passé. Elle voyait les contours de son visage : la façon dont sa mâchoire carrée s'exhibait d'elle-même quand il serrait les dents, la ligne très droite de son nez et ses lèvres gercées et rougies. Mais plus que voir, la jeune adulte sentait. Elle sentait la pression de cette main d'homme avec des cales dans les paumes et une tiédeur exquise.

Hinata n'avait pas peur. Hinata ne sentait pas de menace, Hinata sentait au contraire croître en elle un sérénité rare. Elle se sentait protégée. En temps normal chaque contact était une épreuve abrupte parce qu'inconnue. Des gestes tendres, elle ne se rappelait que des mains de sa professeure de danse coiffant ses cheveux en chignon avec une douceur de mère.

Malgré elle, Hinata déglutit. Elle était encore assez lucide pour savoir que si la situation avait les apparences du bien, ce n'était certainement pas le cas. Elle voulut en avoir le coeur net. Elle humecta ses lèvres, son regard encore vissé dans celui du rouquin.

« Pourquoi ? »

Sa voix ne contenait plus la méfiance précédemment avancée, au contraire la sincérité en adoucissait la tonalité. Gaara hésita longtemps. Il ne bougea pas d'un pouce, masquant à son interlocutrice à quel point il était affecté par cette petite voix innocente. Le temps s'étira. Hinata attendait et la patience dont elle faisait preuve rappelait à Gaara combien sa réponse était importante. Mais s'en rappellerait-elle seulement ? Comment savoir le degré de son ivresse ? Lui-même avait l'impression de laisser son sang-froid habituel lui échapper. Il ouvrit la bouche une fois sans trouver de bonnes formulations. Il réessaya encore offrant sans doute un spectacle comique. Il en vint à la conclusion qu'il ne saurait donner une autre forme à la vérité que les mots tels qu'il les pensait. Il resserra son emprise sur la main gracile de la petite brune pour se donner du courage et put sentir le frisson qui hérissa la chaire de cette dernière.

« Parce que je t'aime bien, parce que je ne comprends pas pourquoi tu me détestes, parce que j'ai pensé que si je t'aidais peut-être que tu arrêterais de me regarder comme le diable. »

Il avait baissé les yeux. Il délivrait ces mots graves avec le lexique excessif d'un gamin en faute. Hinata ne cilla pas, laissant le sens puis la compréhension imprégnait son esprit. Elle réalisa qu'elle ne pensait rien de cette déclaration. La lumière se fit : elle se moquait des raisons du garçon. La brune n'avait pas le temps de lui expliquer comment et pourquoi sa vie l'avait rendue hermétique à la nouveauté, aux interactions, inapte socialement pour être bref. D'ailleurs lui non plus n'avait pas de temps à gaspiller au récit de ces saloperies qui jonchent les vies humaines, qui n'ont de valeur que la manière dont nous les surmontons. En vérité, le seul indicateur qui la passionnait dans ces paroles, c'était les nuances de sa voix, les expressions choisies.

Hinata était observatrice. Sa nature et son éducation s'accordait sur ce point. Toujours soucieuse de bien faire, Hinata avait appris à lire tous les silences et à anticiper les désirs de son entourage. On la traitait de fille timide, de femme de peu de mots mais, à dire vrai, la brune n'avait simplement pas tellement besoin de dialogue pour comprendre et interagir.

Délicatement, elle retira sa main de celle de Gaara. La panique qu'elle insémina dans le vert pâlissant de ses yeux fut immédiate. La Hyuga croisa ses bras sur la table et sans lâcher son voisin du regard annonça avec une voix très douce rendue ferme par un verre de trop.

« Considérons que c'est un nouveau départ alors. »

Elle lui offrit un sourire. Le roux aurait pu flanché sous la joie excitée que fit naître ce sourire. Il aurait souhaité être victorieux mais la gravité naturelle que dégageait son vis-à-vis lui en fit passer l'envie. Il se contraint à s'asseoir face à elle après avoir repoussé les deux flutes loin d'eux. Il aurait voulu être happé une dernière fois dans ses iris clairs, faire renaître un autre sourire sur ses lèvres mais l'étudiante avait le regard rivés sur un point invisible visiblement en pleine rêverie.

« Il faut que tu me ramènes à la maison, j'ai encore du travail. »

C'est partagé qu'il acquiesça. Naruto fut momentanément oublié et il offrit un bras bienvenue à la brune, l'aida à trouver et enfiler son manteau et l'entraina dans le Paris nocturne. Ils n'échangèrent plus de paroles. Gaara était heureux de l'avoir accrochée à son bras, enfin détendue, heureux de ne plus la sentir nerveuse et fuyante. Il savait d'expérience que tout ce qui est bon est bref, alors il s'attachait à apprécier l'intégrité de ce moment. Il gravait dans sa mémoire le bruit de ses talons sur le pavé, la façon dont elle crispait sa prise lorsque les phares d'une voiture les éclairaient, le ciel noir et pollué de Paris qui commençait à s'éclaircir. Tout, tout était important.

Hinata quant à elle, s'était donnée comme objectif de ne pas penser. Depuis qu'elle avait pris les rênes de la situation, par on ne sait trop quel miracle - qu'elle attribuait par ailleurs généreusement à l'alcool - elle était comme une funambule. Jusqu'ici elle avait lâché prise et laissé ses sens et son intuition la guider. Elle ne saurait que demain à quel point toute cette soirée n'avait été qu'une erreur. Oh, elle pourrait peut-être en rectifier certaines choses, mais la conviction que ses rapports avec le voisin avaient changé s'imposait.

Ca aurait pu s'arrêter là. Ca aurait du s'arrêter là ?

Les choses sont ainsi faites que c'est lorsqu'elles devraient ou pourraient qu'elles restent en suspensions dans les airs. Elles deviennent un moment intimement complexe. Elles deviennent des petits fragments brillants qu'on pioche au hasard dans les palais de nos mémoires.

La marche leur avait fait du bien. Elle avait ôté à Gaara cette impression fugace que son sang bouillait et qu'il allait s'embraser pour un mot ou une idée. Doucement, l'angoisse et l'assurance qui embrouillaient l'esprit si calme de l'héritière s'étaient consumées. Le silence entre eux n'étaient pas embarrassant, les bras d'Hinata fermement agrippés à lui peut-être un peu plus. Mais après tout ils n'en étaient plus à ce genre de détails ce soir.

Voir la porte de leur immeuble leur arracha simultanément le même soupir et ils se regardèrent entre gêne et amusement. Leurs raisons différées pourtant. Hinata était en proie à un grand apaisement, elle allait pouvoir tourner la page de cette curieuse soirée, retrouver son misérable studio qu'elle commençait à affectionner malgré tout. Gaara était presque déçu, il aurait voulu que cette marche arrête le temps encore un peu, il était maintenant lucide mais ça ne l'empêchait de savourer l'étrange fierté d'avoir la plus jolie fille à son bras.

Dans l'entrée, il se racla la gorge nerveux :

« Tu aimes le jasmin alors ? »

Hinata tendit vers lui ses iris nacres, un néant de douceur qui le fixait incertain.

« Oui, en fait c'est l'odeur que j'aime beaucoup. L'air des grandes espaces me manque ici. »

Un once de nostalgie avaient pénétraient ses yeux désormais rivés sur les délicates fleurs blanches. C'est vrai qu'ici, dans le Paris noir et grouillant, elle ne retrouvait pas la fraîcheur et la lumière du vaste domaine du manoir. Même la lune et les étoiles étaient devenus des visiteurs ponctuels dans le ciel opaque de la capitale. Une pression de la main de Gaara contre son bras toujours blotti contre lui lui arracha un hoquet et elle se retira de l'étreinte du même coup. Le rouquin frissonna aussi de sentir le contact froid laissé par son absence. Il ne chercha pas à la retenir, simplement à capter son regard apeuré avant de dire d'une voix apaisante qu'elle ne lui connaissait pas.

« Quand j'étais petit, on avait un grand jardin d'orangers, je préférais le printemps quand toutes les fleurs étaient écloses, j'aimais l'odeur. »

La brune lui offrit un petit sourire avant de prendre la direction des escaliers. Gaara restait immobile hypnotisé par cette silhouette découpée dans l'obscurité du hall encore éteint. La jeune femme se retourna un pied sur la troisième marche.

« Bonne nuit Gaara. »

Il cligna des yeux enjamba en deux pas la distance pour laquelle il lui en avait fallu dix, attrapa sa main prudemment. Comme il avait peur qu'elle s'échappe, comme il redoutait de la voir s'évaporer, elle et ce flash de sa lumière qu'elle déniait finalement lui accordé.

« Peut-être qu'on pourrait attendre Naruto ensemble ? Il m'a dit qu'il rentrait bientôt et qu'il comptait dormir ici, la compagnie de Gus est divertissante mais je risque de tomber de sommeil tout seul. »

Mensonge. Il se retenait de se mordre l'intérieur des joues. Elle le savait bien qu'il mentait, il n'avait pas touché son téléphone depuis la seconde où ils étaient ensemble. Elle jugea ce visage très pâle où un kanji rouge sang barrait le front. Hinata se demanda à quel moment on pouvait avoir l'audace de se tatouer à cet endroit. C'est drôle comme tout chez ce garçon la rebutait et comme à la fois l'expression presque implorante de ses traits et le charme de ses yeux d'un vert si rare le rendaient en même temps inoffensif.

« Je ne devrais pas, j'ai beaucoup de travail, murmura-t-elle. »

De la deuxième marche, elle le surplombait de quelques centimètres et la déception qu'elle lut sur sa moue lui parut intolérable. Il ressemblait tellement à un petit garçon ce soir ou à quelqu'un qui perd prise et Hinata n'était que trop familière de ce sentiment pour ne pas éprouver de compassion.

« Je bois toujours un thé avant de dormir, c'est une habitude qui est devenu une sorte de rituel. Je ne trouverais jamais le sommeil sans. Tu as du thé chez toi ? »

Les yeux du roux brillèrent.

« Oui ! Au jasmin d'ailleurs. »

On a qu'une vie. C'est l'enseignement que Gaara avait tiré des égarements de son existence. Plus il était tombé bas, plus ce mantra lui était revenu. Il fallait avoir vu la lumière au bout du tunnel pour comprendre le sens de ces mots. Leur poids aussi, la pression qu'ils exerçaient sur chaque action entreprise.

Personne n'est libre. C'était peut-être la sagesse d'Hinata. Celle de voir qu'au-delà des codes rigides de sa famille qui étaient les barreaux bien réels de son avenir, chacun était emmêlé dans la toile complexe de ses relations et de ses devoirs.

La brune tendit doucement une main en direction de la joue du garçon qui lui faisait face. Elle effleura à peine le haut de sa pommette gauche mais le frisson qui parcourut simultanément leur deux corps les paralysa. Les grandes orbes pales s'écarquillèrent, un glapissement animal remonta sa gorge et Hinata s'enfuit dans les escaliers en courant.

Gaara l'aurait suivi. Sans rire, il n'allait pas la laisser filer maintenant. La princesse du cinquième étage n'avait pas le droit de le planter là comme le dernier des chiens. Il lui aurait couru après aurait tambouriné à sa porte toute la nuit durant si cela avait été nécessaire.

Mais non.

Il n'en ferait rien car au même moment la porte d'entrée restée fermée derrière lui s'ouvrit dans un grand fracas. Des rires mâles et femmes emmêlés dans une cacophonie chaleureuse lui parvinrent avant que la voix de Naruto ne rugisse :

« Alors la petite Hinata ? Elle te plait pas hein ? »

Il n'entendit pas les moqueries de sa soeur qui se joignait à son meilleur ami, son regard était prisonnier de la cage d'escalier où la voisine venait de disparaître.