Hello lectrices et lecteurs,
Je suis très heureuse de partager avec vous le huitième chapitre de cette histoire. L'action est assez resserrée. Il faut dire que Gaara est un personnage qui me donne du fil à retordre (ce qui fait tout son charme à mes yeux hihi). Je vous souhaite un bonne lecture et vous présente mes excuses pour les délais...
Ai Megurine : mooooh une nouvelle lectrice, je suis contente que tu aimes les personnages et le développement de leurs relations. J'ai quelques retournements de situation en réserve, stay tuned!
xErza12 : Merci beaucoup ! Tes encouragements me vont droit au coeur ! J'espère que la suite te plaira tout autant.
Vegegon : Merciiii ! Grâce à tes encouragements cette suite vient de voir le jour, j'espère qu'elle te plaira tout autant.
Gaara avait des envies de garçons de son âge. Il avait beau avoir un parcours atypique, une anomalie du sommeil et un passé couleur carmin, c'était un garçon de vingt ans. La nuit dernière il était resté muet pour éviter les questions lascives de sa sœur et Naruto. Il s'était muré dans un silence de plomb et pourtant il hurlait derrière les parois de son crâne. Il faisait défiler chaque image, chaque son, chaque fragment de parfum, comme pour s'assurer que rien de cette nuit ne lui échapperait. Son corps entier criait à l'injustice de l'avoir aperçue telle qu'elle était vraiment et de devoir se contenter de ce flash. Cette poupée d'ivoire habillée dans une robe de reine, plus il y pensait, plus ses poings se contractaient. Était-il encore ivre ? Temari et Naruto étaient partis dormir, épuisés autant par la soirée que par le visage fermé du roux.
Lui ne dormirait pas cette nuit. Son expérience lui avait appris que le royaume des songes n'était pas compatible avec un sang bouillonnant. En temps normal, cet énième tête-à-tête avec lui-même ne l'aurait pas dérangé. Mais il sentait que cette nuit était bien plus dangereuse pour sa santé mentale que les autres.
Sous l'éclairage trouble d'une lune fragmentée, il développait une obsession.
Elle occupait chaque terminaison nerveuse de son esprit. Tout ce que ses sens avaient absorbé, son cerveau en composait mille mélodies visuelles. Ça aurait pu être agréable mais c'était suffoquant. Ça prenait trop de place, il avait le sentiment de boire la tasse. Cette marée le recrachait par instant, abruti de fatigue et terrorisé. Jusqu'au petit jour, il resta ainsi tétanisé et allongé à même le parquet froid.
Il se leva avec des courbatures. Il but des litres d'eau sous le regard médusé de son meilleur ami qui enfilait maladroitement deux chaussettes dépareillées. Naruto lança quelques vannes qui essuyèrent un vrai bide, le rouquin n'ayant toujours pas desserré la mâchoire. Le blond finit par abandonner toute tentative de conversation. Avant de passer la porte, il s'arrêta et jeta un regard hésitant à Gaara qui se tenait les deux mains appuyées sur le bar comme si sa dernière heure était arrivée.
« Eh mec. Le regard que t'as… Il ressemble beaucoup à celui que t'avais la première fois qu'on s'est rencontrés. »
Gaara leva ses yeux. L'iris s'était étrécie et la partie blanche était rougie par un vaisseau éclaté. Au-dessus de son menton, un drôle de sourire amère s'étalait bizarrement.
Un jour, il y a longtemps, Naruto l'avait vu se tenir ainsi avec ce même rictus malsain, le visage couvert du sang d'un autre lycéen qui gisait à ses pieds. Dans le petit jour des rues qui sentent l'essence et les épices, Naruto l'avait alors attrapé au col et ils s'étaient battus. Il n'y avait pas eu de vainqueur, juste deux garçons en marge, haletants et au sol. Gaara avait pleuré. Ces sanglots lourds de rage et de désespoir ressemblaient aux râles d'un animal à l'agonie. C'est Naruto qui l'avait aidé à se relever sans rien ajouter, juste en lui tendant une main chancelante. Gaara avait dès lors arrêté d'être le monstre que les autres voulaient voir en lui.
Naruto referma la porte derrière lui sans cacher la lueur anxieuse qui brillait dans ses orbes ciel. Gaara se laissa tomber par terre. Même là, alors que Naruto devenait grave, il ne pouvait pas s'empêcher de penser à la façon si charmante que sa voisine avait de rougir.
Il décida qu'il avait besoin d'air frais. Il se sentait prisonnier de son esprit, si au moins il pouvait se libérer de cet appartement il s'apaiserait peut-être un peu. Il se doucha à l'eau froide, la tête appuyée contre la faïence. Gaara réussit à articuler intérieurement l'idée qu'il n'avait pas les épaules. Il ignorait tout de qu'il lui arrivait mais il savait déjà qu'il était trop submergé pour prétendre contrôler quoique ce soit. Il oublia de nourrir Gus. En partant, sa tête bourdonnait. Puis il sentie son odeur.
Il sentit son odeur avant qu'elle ne trébuche. Elle était peut-être même encore en haut du palier à ce moment-là. Il resta là hébété en regardant son corps trouver des trésors d'énergie restante pour lui éviter une chute douloureuse. Il se vit la regarder avec avidité et impatience comme s'il existait un monde où il pourrait transformer ce sauvetage en une étreinte. Sa main avait maladroitement glissé sur ses cuisses nues au moment de tomber, et ce contact l'électrisa suffisamment pour paralyser toute tentative de rapprochement supplémentaire. Elle se redressait déjà, les joues rouges, une odeur de champagne polluant les effluves florales de ses cheveux quand il cherchait encore quelque chose à lui dire. Quelqu'un cria son nom en contrebas et la brune reprit sa course avec cet insupportable regard d'excuse.
C'était une voix d'homme qui l'appelait et ce fut une excuse suffisante pour courir à sa suite et épier le grand brun qui l'installait presque de force dans une petite voiture. Voir sa mince silhouette dévoilée se tasser maladroitement sur le tissu usé d'une bagnole d'occasion réveilla de vieux instincts chez le roux. Il resta sur le seuil de la porte de l'immeuble, incapable de décider s'il voulait courir derrière le pot d'échappement qui crachait de la fumée noire ou s'il voulait s'enfuir de cette vision. Il déglutit.
Il était dans la rue. Il marchait en sens inverse de la voiture. Il avait besoin d'évacuer.
Son précieux café l'accueillit comme la seule demeure chaleureuse qu'il eut connu dans ce Paris triste et hivernal. Le vieil homme le salua d'un haussement de sourcil derrière sa précieuse revue socialiste. Une fois encore, il n'y avait pas âme qui vive. L'écriteau indiqué que l'établissement était fermé, ni Gaara ni le propriétaire n'en firent cas. Ils s'attablèrent face à face sur les petits fauteuils à l'arrière seulement éclairé par une lampe à pétrole odorante. C'était la première fois que le vieillard quittait l'arrière du bar, comme si son âge lui avait murmuré qu'il ne s'agissait pas d'une journée anodine.
Gaara lui raconta tout. Il commença par l'oiseau et il finit par l'image nette et précise de la plaque immatriculée en province qui avait quitté son champ de vision en pétardant. Il n'omit aucun détail et le soleil courut jusqu'à haut dans le ciel avant qu'il ne termine son récit. Son vis-à-vis écoutait, son visage déjà tout plissé appuyé contre son poing droit. Il aurait donné l'impression de somnoler si l'éclat brillant de ses yeux bruns n'avaient pas témoigné au contraire la plus grande attention. Quand le roux s'arrêta se retenant d'inspirer profondément tant ces mots lui avaient coûté aussi bien en souffle qu'en intimité, le barbu eut un petit rictus.
Cette ébauche de sourire traversa sa barbe, comme un vieux sage savant se moquant avec douceur des bêtises de la jeunesse. Il toussota douloureusement et alluma une cigarette sans se presser. Le roux était revenu à un mutisme anxieux. Le gérant lui toucha l'épaule de façon paternelle avant d'articuler dans les nuages de fumée qu'il expirait.
« Eh bien mon garçon. C'est la première fois que tu tombes amoureux on dirait. »
Il se leva sans un ajouter un mot et retourna crayonner sur les mots fléchés dans la marge du journal. Gaara resta assis, les yeux ronds de stupeur. Il eut envie de fumer les herbes exotiques d'autrefois. Ce désir puissant de ne plus réfléchir acheva de le persuader que peu importe le respect qu'il lui portait, le vieil homme faisait erreur. L'amour Gaara l'avait imaginée comme une enveloppe douce et chaleureuse, un sentiment de sécurité constant. Cet amour-là n'avait rien de rassurant. C'était une paroi dépourvue de prises et avec l'océan déchaîné en contrebas.
Il s'enfuit du bar brutalement. Au fond, c'est juste un garçon de vingt, poussés de travers comme tous les autres. Il n'y avait qu'une chose qu'il puisse souhaiter et elle ne se trouvait pas ici. Il courut dans tout Paris, galopant sur les pavés comme un animal égaré à la recherche de son maître. La pente de Montmartre et l'effort physique que lui demandèrent les dizaines de marche l'apaisèrent un peu. Il arriva en transpirant au sommet et les yeux perdus dans le crépuscule rougeâtre qu'on discernait à peine à travers les contours des immeubles, il s'avoua vaincu. Cette nuit-là, Gaara la passa allongée sur la surface d'un banc conçu pour que les sans-abris ne s'y sentent pas à l'aise. Il eut mal partout et ne trouva bien entendu jamais le sommeil. La population de la nuit s'acharna à rendre l'expérience plus désagréable qu'on ne peut se le figurer. On l'interrompit dans sa contemplation du ciel sans étoile pour des cigarettes et du crack. On l'invita à des fêtes qui n'avait de festif que les robes pailletées des voix éraillées qui les portaient. On le traita de clochard et des chiens errant l'inspectèrent la patte arrière levée comme une menace. Il entendit des rats grouillés tout près de lui et le froid le mordit si férocement qu'il sentit distraitement ses dents claquées d'elles-mêmes.
Au petit matin quand il se décida à quitter cette torture qu'il s'était volontairement infligé, il eut la surprise de constater que son corps ne répondait plus. Son corps ne voulait plus. Ses jambes le lancèrent comme une plainte sourde. Son crâne émis un bourdonnement sourd et mira sa vue d'étoiles qui n'avaient rien de céleste. Si se relever fut une épreuve, marcher fut un supplice. Un concert de muscles endoloris accueillait chaque contact avec le sol remontant jusqu'à ses cervicales et lui tirant des grognements de bêtes. A nouveau les foules matinales le regardèrent comme une curiosité de cirque. Avec ses traits étrangers, il était le bienvenu au sein du zoo parisien.
En bas des pentes de Montmartre, il s'assit à même le sol et consulta mécaniquement son cellulaire. Il fit abstraction des appels manqués de sa chère sœur. Il alla directement sur le contact de Naruto et pianota avec une lenteur qui l'exaspéra un appel à l'aide. Il rejeta la tête en arrière les yeux plissés.
Naruto mit plus d'une heure à arriver. Un temps que le roux employât à se composer une allure placide, les poches noires de ses yeux ne pouvaient de toute manière pas plus s'accentuer. Naruto le trouva attablé dans un café exposé plein est, le soleil brûlant sa peau diaphane. Le petit expresso noir laissait de grandes vapeurs blanches dans l'air glacial d'un neuf heure tapante. Naruto s'installa face à lui et sans sembler éprouvait la moindre gêne embraya :
« Quelle épave. Je pensais que ta sœur n'ouvrirait pas le club après la cuite d'hier. »
Gaara le toisa comme s'il existait une hypothèse valable où il n'avait pas dormi sur un banc de Montmartre mais était parti se noyer l'esprit ailleurs. Il voulut répondre mais le froid avait noué sa gorge. Il toussa, cracha et finit par avaler son café cul sec. La brûlure du liquide l'ébroua.
« Nigaud. Je viens de passer la nuit ici. »
Ce fut autour de Naruto de le regardait comme s'ils venaient de deux planètes différentes. Le blond retira le sweat orange qu'il affectionnait pour le jeter sur les épaules de son ami.
« Tu dois en avoir des choses à raconter hein ? »
Finalement, les deux comparses ne racontèrent pas grand-chose mais assez naturellement tous leur sujet de conversation étaient liés de près ou de loin à une certaine brune qui créchait un étage plus haut que le No Sabaku. Ainsi, Naruto lui raconta comment il avait vu son fantôme traversée la salle de devoir. Gaara lui parla de ce même fantôme embarqué dans une voiture qui ne passerait jamais le contrôle technique, Naruto lui apprit que le chauffeur s'appelait Kiba. Le blond fit mention de lui comme d'un rival douteux, hargneux mais dépourvu de réel talent. Et cela fit sourire le roux au point que malgré le fait que même sa mâchoire était aussi pâteuse que son corps il afficha un visage rayonnant tout le reste de la conversation. Naruto commanda un Uber pour son ami, pas qu'il ait les moyens mais il savait que l'autre les avait encore moins.
Gaara le remercia silencieusement. Le blond ne chercha pas à en savoir plus, pas plus qu'il ne le suivit dans les escaliers. Il respecta cette aura lourde et pesante qui s'échappait par tous les pores de la carcasse du rouquin. Gaara rentra lessivé de sa nuit mais déterminé à utiliser son après-midi pour satisfaire la petite voix de son esprit.
Il se lava avec des gels douches qui sentent le pin et la menthe, s'aspergea d'un parfum qui rappelle le musc sauvage, s'éternisa devant son miroir à mimer des mots et des regards. Il quitta la salle de bain seulement pour boire un shooter de vodka qui lui arracha des frissons. Il remercia le ciel d'avoir éloigné sa sœur de l'appartement, nul doute qu'elle aurait mis un terme à son entreprise.
Devant le miroir orné des mosaïques de son pays, Gaara s'étudia avec soin. Il portait ce grand t-shirt noir juste assez transparent pour deviner le buste d'un homme qui fréquentait les salles de sport. Il effleura du bout des doigts les millimètres de barbe rousse qu'il s'évertuait à entretenir comme si un jour sa pilosité se déciderait enfin à faire de lui un garçon viril. Il se demandait si elle le trouverait charmant. Naturellement ses doigts vinrent caresser l'encre rouge sur son front. Il était presque sûre que ce dessin qu'on lui avait attribué à la naissance ne devait pas lui plaire. Il avait tellement l'habitude qu'il ne remarquait plus le regard des autres à ce sujet. Mais avec elle s'était différent. Pour la première fois de sa vie, il souhaita que les traditions de sa famille est été plus discrètes. Il hésita un long moment et l'effaça.
Si par malheur sa sœur le croisait, il n'était pas sûr de pouvoir dormir chez lui ce soir.
Il monta doucement les escaliers. L'idée fixe qu'il devait la voir conjuguée à son état de fatigue rendait l'ascension lente. Lorsqu'il sonna, presque timidement, l'heure du déjeuner était à peine passée.
Hinata entrebâilla la porte les joues empourprées. Elle était noyée dans des pulls blancs et mauves qui formaient une amure duveteuse autour de son corps mince. Ses joues étaient rouges comme les cheveux de son visiteurs et Gaara pensa qu'elle devait avoir froid. Il pensa que lui prêter une veste supplémentaire ou la prendre dans ses bras ne l'aurait pas dérangé. Ses grands yeux blancs le dévisagèrent un instant avant de se baisser avec pudeur. Le rouquin aurait pu engager la conversation mais il avait tellement eu envie de la revoir qu'il préférait continuer à la détailler aussi longtemps que possible. Voir ses longs cheveux bruns aux reflets bleutés cascader de ses épaules à sa taille et la douceur de ses traits était un spectacle dont il n'était pas encore rassasié.
« Vous…. Tu veux prendre un thé ? »
Cette fois c'est le No Sabaku qui resta décontenancé. Il braqua un regard incrédule en direction de la brune comme s'il redoutait de l'avoir mal entendue. Le rouge sur ses joues pris une teinte encore plus foncée alors qu'elle trébuchait sur tous les mots qu'elle commençait. Elle finit par piteusement se courber dans une tentative d'excuse en marmonnant.
« Je.. J'ai… pensé que c'est peut-être une façon plus correcte de recevoir. »
Un petit sourire satisfait traversa le visage du roux. Il avait du mal à contenir la joie qui remplissait sa poitrine à l'entente de ses mots. Il avait l'impression que les cors de triomphe résonnaient quelque part.
Il se courba aussi assez bas pour sentir les odeurs de fleurs et de femme qui émanaient de sa voisine. Il voulait être taquin et comptait profiter de cette occasion pour voir à quel point leur relation avait évolué.
« Ne me dis pas que tu n'as jamais pris le thé seule avec un homme ? »
La brune se redressa avec tellement de brusquerie que Gaara ne put que remercier ses réflexes de lui avoir évité une fracture du nez. Il vit distinctement l'indignation étalée sur les traits de la brune. Il se demandait si elle était en colère, outrée, ou bien les deux. Il se demandait si c'était si facile à chaque fois de jouer avec son innocence.
Hinata laissa l'orage s'éteindre dans ses yeux clairs et expira un peu bruyamment. Il avait l'impression de souvent assister à ce genre de scène chez elle. Comme si elle mettait une laisse aux sentiments qu'elle avait ressenti spontanément.
« Ça fait à peine plus d'un mois que je vis seule. Il y a surement des milliers de choses que je n'ai jamais fait par moi-même. »
Son air déterminé était attendrissant. Comme si cet aveu loin de l'embarrasser était au contraire une promesse pour l'avenir. Gaara toisa ces joues roses et ce nez froncé avec intérêt. Il avait l'impression que chaque seconde à la contempler lui révélait une nouvelle facette à vénérer. Inconsciemment, son cerveau s'abreuvait d'images et de détails qui le tarauderaient jusqu'à tard dans les nuits à venir.
« J'aime assez l'idée de partager tes premières fois. »
Il avait parlé sans réfléchir et sa gorge se bloqua. Il se sentit déglutir en concentrant toute son attention sur la brune, terrorisé par l'idée qu'elle discerne un double sens et lui claque la porte au nez. La jeune femme ne laissa rien transparaître au contraire, la lueur à demi-interrogatrice dans ses yeux dépourvue de pupilles suggéra à Gaara qu'elle n'avait pas compris le sens de cette déclaration. Cette innocence attisa quelque chose d'animal en lui et il ne put s'empêcher de rougir en baissant les yeux tant le grondement dans ses entrailles le prenait à revers.
La porte s'ouvrit en grand sur le salon rangé avec soin et la brune s'effaça sur le côté l'invitant à entrer. Il passa le palier les dents serrés, cherchant encore à extraire de son esprit toute la lubricité que lui inspirait le charme naïf et dépourvu d'artifices de sa voisine.
Ils s'assirent face à face et en quelques minutes de tasses de thé au jasmin fumantes furent servi sur la table qui les séparait. Ils échangeaient des mots sur la météo et les épiceries du quartier. Une conversation fade en apparence mais que ni l'un ni l'autre n'aurait pensé pouvoir tenir un jour. La Hyuga se laissa lentement apprivoiser par cette ronde de mots qu'elle connaissait par cœur au point d'éclater dans un rire cristallin quand Gaara lui mima les sourcils froncés l'expression du gérant de son café préféré. L'atmosphère qui aurait dû être pesante devint incroyablement apaisée et une heure passa sans qu'ils n'osent finirent leur boisson de peur d'abréger l'accalmie de leur relation.
« J'espère que je n'ai causé aucun souci à Naruto… »
La remarque venait de la brune et instaura un silence gênant. Ils avaient brièvement mentionné la soirée et Hinata lui avait confirmé que son foie avait fini par récupérer de l'incident. En entendant le nom du blond, Gaara n'avait pas pu s'empêcher de mordre avec frustration sa lèvre inférieure. Cette détresse qu'il sentait dans son regard à l'idée d'avoir froissé son de meilleur ami le rendait dingue. Il fit craquer son index et son majeur, un geste qui avait pour habitude de le calmer mais qui résonna sinistrement dans le modeste studio. La brune redevint nerveuse, son regard commença à scruter les quatre coins de la pièce, son visage prit une couleur carmin et elle semblait sur le point d'esquisser un départ abrupt lorsque le rouquin la stoppa net.
« Reste. »
Il avait attrapé naturellement le poignet de la brune au-dessus de la table. Il le relâcha aussi sec en regardant sa main comme si elle l'avait brûlé. Avec pudeur, il garda les yeux rivés sur sa tasse avant d'articuler sans conviction.
« Enfin, je veux dire... tu peux rester assise. C'est normal que tu te fasses du souci pour Naruto. C'est ton ami après tout. »
Hinata avait le visage plissé par l'incompréhension et la vigilance. Elle relâcha ses épaules néanmoins, apparemment en grande dilemme en son for intérieur. Elle devait se demander ce qui clochait avec son voisin. Le roux se maudissait. Il s'insultait de tous les noms en regardant hargneusement la porcelaine bleu et blanche de sa tasse. Il avait l'impression d'être incapable d'agir normalement avec elle et d'enchaîner les erreurs bêtes. Le pire restait qu'il ne se sentait pas maître de lui-même en sa présence. Il n'y avait pas d'espoir pour une relation de confiance si à chaque fois qu'elle lui tendait la main, il réagissait en la rendant plus méfiante.
« Avec cette expression, tu me rappelles ma petite sœur quand elle essaye de me cacher qu'elle m'en veut. »
Gaara pencha sa tête sur le côté en relevant un regard intimidé vers la brune. Il était aussi surpris par sa perspicacité que par la douceur de sa voix en parlant de sa cadette. Le tendre sourire sur ses lèvres s'étirait avec nostalgie et ses yeux semblaient perdus dans les souvenirs. Elle finit par rediriger son attention sur lui, le fard sur ses joues toujours aussi évident.
« Quand elle fait ça, je lui parle de maquillage. Elle adore se maquiller. Elle oublie qu'elle est contrariée quand elle en parle. »
Hinata se livrait. Bien que ce soit un aspect anodin de son intimité, Gaara pouvait sentir à quel point ces images lui étaient précieuses. Il était touché qu'elle lui parle sans détour, sans même qu'il ait eu besoin de l'y inviter. Il voulait garder la volute framboise de ses lèvres et les notes maternelles de ses paroles dans son esprit pour toujours. Puérilement, il se jura de ne jamais oublier cette étrange confidence.
« Je suppose que le même tour ne fonctionnera pas avec toi. »
Instinctivement, il porta la main à son front. Là où l'encre d'un dessin qu'il était supposé ne jamais retirer se trouvait. Il avait presque oublié qu'il l'avait gommé avant de venir. Il se sentit honteux d'avoir renié une partie de lui. Il était aussi gêné à l'idée qu'elle puisse lui demandait la raison. Hinata ne l'avait pas regardé différemment de d'habitude. Il y avait toujours ce mélange de peur et d'excuse chez elle. Sa timidité excessive, le rouquin l'avait souvent trouvée agressive. Comme si le simple fait qu'elle détourne le regard était une preuve qu'elle le jugeait, hissait un mur entre leur monde et leur vie. Plus qu'un mur, il devait s'agir d'un escalier. En refusant de le voir et de lui parler avec familiarité, elle l'avait condamné à lorgnait les marches du palier supérieure. Le réaliser donna à Gaara le sentiment que son attirance était peut-être un simple complexe d'infériorité.
Dans son pays, même en étant une graine de tyran on l'avait toujours respecté et redouté. Il était de la fine aristocratie de son peuple. Plus que cela et même s'il avait tout fait pour s'en soustraire, il était le fils d'un roi. Un prince moderne avec des taches de sang partout sur son adolescence et un héritage aussi pompeux que lourd. Ici à Paris, il n'était plus un prince. Au contraire, ses origines faisaient du lui un étranger de plus, un indésirable pour certains. Ni sa fratrie ni lui ne se souciait de leur rang ici. Ils vivaient honnêtement en expatriés, incapable de soutenir un régime qui reniait une partie du progrès mondial. Leur père un jour leur avait dit de soutenir leur rôle ou de partir en exil. Pour sa sœur, Temari, cela avait été une évidence. Une femme aussi bruyante, moderne et ambitieuse qu'elle n'aurait pas pu supporter les usages restrictifs de sa terre d'origine. Mais pour Gaara l'histoire avait été différente, il avait été contraint de partir. On l'avait chassé parce que son nom était synonyme de peur et de terreur. Lui-même refusait d'être le souverain d'un peuple qu'il n'avait pas choisi et dont il se sentait aujourd'hui indigne. Il avait besoin de se prouver sa valeur à lui-même.
Quand il regardait Hinata, il voyait les fragments de cette noblesse dans une culture différente. Plus que tout, il voyait une femme qui sortait des récits qu'il avait lu. Comme si là où la modernité l'avait séduit Temari et lui, la brune avait trouvé le moyen d'éclore sous une cloche en verre à l'abri des évolutions de sa génération. Sa rareté la magnifiait. Il était inquiet pourtant qu'une personne aussi innocente et gracieuse qu'elle trouve un triste destin dans un mariage arrangé où sa voix basse ne serait plus écoutée par personne. Gaara s'ébroua comme pour se sortir du cheminement tortueux que prenait ses pensées.
« La première fois que je t'ai vu, je pensais que c'était un tatouage. »
Il lui fut reconnaissant de l'avoir interrompu. Il regarda son sourire désolé. Encore cet air d'excuse, il se sentait pitoyable quand elle lui adressait cette expression.
« Non mais c'est tout comme. Je suis censé ne jamais le retirer. »
Devant son expression défaite, il se sentit obliger d'ajouter.
« Il ne va rien m'arriver, du moment que ma sœur ne s'en aperçoit pas, ce n'est pas grand-chose. »
Cette fois un sourire lumineux traversa le visage de sa voisine. Ses yeux brillaient d'excitation et Gaara aurait eu du mal à déterminer la cause de cet engouement. Elle mordillait ses lèvres, hésitante. Le roux avait fini par comprendre que la meilleure façon d'obtenir des réponses d'Hinata était de ne rien dire. Il assimilait petit à petit que s'exprimer lui demandait du temps et un certain courage. Lorsqu'on l'interrompait ou la questionnait directement, son assurance volait en éclat et elle abandonnait l'idée de pouvoir aller au bout de sa pensée initiale.
« Je suis vraiment envieuse de votre relation. Toi et Temari semblaient si… proches… tout à l'air tellement… naturel entre vous. »
Elle l'avait dit et ses mains avaient tracés des cercles dans les airs pour compenser le vocabulaire approximatif qu'elle utilisait. La brune rougissait de plus belle comme si le dire à voix haute était un genre de vulgarité et qu'elle ne savait pas bien comme faire avec. Gaara haussa les épaules avec un air indifférent. Même si Hinata était de loin la femme qui l'intéressait le plus ces derniers temps, il n'avait pas envie d'en révéler plus sur lui et sa sœur. C'était un garçon fier et même exténué, il y avait des mots qui ne trouverait jamais son chemin jusqu'à ses lèvres. Son regard se posa sur l'unique fenêtre velux de l'appartement. Il s'étonna que le jour ait déjà commencé à décliner.
« Je peux te poser une question personnelle ? »
L'air de rien, le No Sabaku avait dévié la conversation. La curiosité dans les yeux de son interlocutrice lui prouva qu'il avait réussi. Elle hocha silencieusement la tête. Étonnamment, malgré toute sa retenue et la culpabilité évidente qu'elle témoignait à chaque fois qu'elle s'ouvrait volontairement à lui, le roux l'a trouvée franche et sincère. Elle ne revenait jamais sur ses paroles et même si elle rencontrait des difficultés à le faire, elle parlait d'elle-même en toute transparence et, avec une lucidité presque choquante. Lui à côté jouer les bravaches à venir frapper à sa porte sans arrêt alors qu'il avait besoin de plusieurs verres pour avouer un dixième de ce qu'il ressentait. Il se sentit de nouveau mal à l'aise de lui faire face. La question qu'il préparait mourut instantanément dans sa gorge. Il ferma furieusement les yeux. Ce n'était pas correct d'être aussi intrusif alors qu'il rechignait encore à parler de lui. Elle dut percevoir sa confusion parce qu'elle prit les devants.
« Si c'est encore au sujet de ce que je n'ai jamais fait seule avec un homme. Je passe la question. »
Elle lui adressa un sourire joueur. Manifestement, Hinata s'essayait à l'humour et ça ne prenait pas aussi bien qu'espérait. Gaara la regardait ébahi, les joues rouges d'entendre de tels mots sortir de la bouche d'une fille plus prude que les nymphes des contes. Est-ce qu'elle saisissait ce qu'elle venait de dire ? Vu la malice qu'elle avait mis dans sa réplique oui. Cette femme entière était un mystère. Il semblait au roux que rien ne lui permettrait jamais de comprendre l'énigme Hyuga. Il restait donc estomaqué ce qui finit par transformer le sourire moqueur de la brune en une grimace nerveuse.
« Il se fait tard non ? Je devrais réviser encore un peu. On se verra une autre fois. »
Non. Les jolies iris turquoise du roux le scandèrent. C'était à son tour de ressemblait à un enfant, implorant silencieusement la silhouette délicieusement féminine de son interlocutrice qui s'était déjà levée. Il devinait la moue étalait sur son visage. Il fut surpris de sentir la main d'Hinata trouvait son chemin jusqu'à la sienne fébrilement. La poigne de la brune tremblait et la couleur pivoine de ses oreilles ne trompait pas, cependant c'était bien un geste de consolation qu'elle venait de lui offrir. L'étreinte de leurs doigts dura une brève seconde avant qu'Hinata ne disparaisse derrière son évier pour essuyer le service à thé.
« L'app… l'appartement… n'est pas …pas assez gr…grand p… pour t…te raccompagner. Je… Je te l… laisse s… sortir. »
Gaara regardait la main qu'Hinata avait touché comme s'il la redécouvrait. Elle semblait bien plus important maintenant que le contact tiède de celle si petite et mince de sa voisine s'y était imprimée. Il regagna la sortie en automate. Avant de fermer la porte, il se racla la gorge et lança d'une voie enfantine.
« Merci pour le thé, c'était délicieux ! On devrait faire ça plus souvent. »
Et il partit l'air de rien. Pourtant une fois la porte close il se laissa glisser dos contre la porte et inspira profondément sa paume pour y récupérer le mince fragment fleuri de son odeur. Il leva ensuite un regard désespéré vers le plafond. Il était fou d'elle. Pour le meilleur et pour le pire.
Merci d'avoir lu ! C'est un plaisir de pouvoir publié et bénéficier de vos retours et encouragements donc n'hésitez pas à laisser une trace de votre passage. Pour ceux qui suivent (et attendent), vais essayer de m'y remettre sérieusement
Bonne soirée et plein de tendresse!
Capryss
