Garp
Peu de temps après son inauguration, Garp s'était rendu seul au mémorial. Il avait apporté des fleurs avec lui, et les avait déposées juste devant, au milieu de centaines d'autres. Ça lui faisait chaud au cœur de voir que beaucoup avaient pris la peine de venir et de prier pour les morts. Il parcourut des yeux la longue liste de nom qui avait été gravées dans la pierre. Il avait perdu deux personnes chères à son cœur dans cette bataille à laquelle il n'avait pu participer. Deux personnes qui s'étaient battu de toutes leurs forces, se sacrifiant pour leurs hommes, tandis que lui attendait dans un petit village, hors de tout danger, que le combat se termine. Resté planté devant ce grand écran, regardant la guerre se dérouler sous ses yeux sans pouvoir rien faire, était extrêmement difficile et frustrant. Il n'avait pas pu empêcher ces êtres humains de mourir, ni d'être blessés. Il s'était contenté d'assister à la victoire de son petit-fils, et de la célébrer avec les autres villageois, un faux sourire sur le visage alors qu'il pensait à toutes ce qu'ils avaient sacrifiés pour en arriver là. Deux jours plus tard, il était à la Capitale avec ses hommes, et il apprenait la mort de ces deux personnes.
Son regard se posa sur l'un des noms gravés et il s'emplit de tristesse. Sengoku était son meilleur ami. Ils étaient très proches et se connaissaient par cœur. Sengoku était l'un des rares à pouvoir le comprendre, et Garp avait toujours eu confiance en lui. Il avait un sens de la justice remarquable, et il avait des valeurs qu'il s'appliquait à respecter. Après Marineford, il avait démissionné de son poste, mais il n'avait pas quitté le Marine pour autant. Son fruit du démon était très puissant, ce qui l'avait amené à se retrouver sur le champ de bataille. La dernière fois que Garp l'avait vu, c'était avant de partir pour le village de Shimotsuki. Ils avaient simplement discuté de choses et d'autres en mangeant des gâteaux. Ils s'étaient promit de se revoir, mais malheureusement ce n'était plus possible. Sengoku était mort en sauvant ses soldats, ainsi que les Révolutionnaires, qui étaient prisonniers des décombres des bâtiments touchés par les tirs du canon de Franky. C'était tout à fait son genre de se soucier de ses compagnons, et Garp éprouvait de la colère en sachant que c'était ce qui lui avait coûté la vie. Il adressa une prière silencieuse à Sengoku.
-Adieu mon ami…
« On se retrouvera dans l'au-delà » pensa-t-il amèrement. Qui sait combien de temps cela prendrait… Il devait maintenant dire au revoir à une autre personne, dont le nom était inscrit tout en haut du mémorial : son fils, Monkey D Dragon. Tous les deux, ils avaient suivi des chemins différents, mais il n'y avait jamais eu de tension entre eux. Dragon était libre d'emprunter le chemin qu'il voulait, de poursuivre ses ambitions et de réaliser ses rêves. Bien sûr, il avait éprouvé de la colère et de la peine lorsque Dragon avait décidé de partir pour fonder un mouvement Révolutionnaire. Savoir son fils loin de lui, devenant un criminel en cavale, était insupportable. La dernière fois qu'ils s'étaient réellement parlé, c'était lorsque Dragon lui avait confié la garde de Luffy. A Marineford, ils s'étaient à peine vus. Maintenant que son fils était parti, Garp se disait qu'il n'avait pas assez profité du temps qu'il avait pour le voir. Mais à quoi servent les regrets. Ceux qui nous ont quittés ne pourront jamais revenir, quoi que l'on fasse.
En apprenant leurs morts à tous les deux, Garp avait ressenti une rage et une tristesse, comme jamais auparavant. C'était si puissant et dévastateur. Il avait profité d'un moment d'intimité pour laisser son cœur s'exprimer, pour pleurer et hurler autant qu'il le voulait, sans que personne ne puisse l'entendre. Il s'était senti un peu mieux sur le coup, mais il lui faudrait bien plus de temps pour vraiment faire son deuil. Au moins, il n'avait pas perdu toute sa famille. Il lui restait encore ses trois petits-fils. Un sourire apparu sur son visage lorsqu'il repensa à ses retrouvailles avec eux, il y a de cela quelques jours seulement.
Garp était passé par le Mont Corvo. Il ne fut pas surpris de voir que Dadan l'y attendait de pied ferme. Elle n'avait rien raté des derniers combats, et la première chose qu'elle fit fut d'exiger qu'il l'emmène avec lui à la Capitale. Les autres bandits des montagnes étaient derrière elle, essayant de cacher la peur qu'ils ressentaient face à lui. Et au milieu de toutes ces grosses brutes se tenait la frêle et petite Makino, ainsi que le maire du village. Tous, ils avaient connu les trois petits garçons, et tous voulait les revoir, comme pour s'assurer par eux-mêmes qu'ils étaient encore en vie. Garp avait simplement éclaté de rire et leur avait fait signe de le suivre. Puisqu'ils y tenaient, ils allaient découvrir ensemble ce qui était arrivé à Luffy et à ses frères. Il s'était efforcé de ne rien laisser paraître, mais au fond de lui Garp était terrorisé. Il avait peur de ce qu'il allait découvrir. Luffy était vivant, mais allait-il bien ? Quant aux deux autres, il ne savait rien. Ils débarquèrent tous au château, surprenant ceux qui y avaient élu résidence. Ces derniers tentèrent bien sûr de les arrêter, mais personne ne pouvait se mettre entre Dadan et ses enfants sans en payer les conséquences.
-Laissez-moi passer ! Je n'ai pas peur de vous foutre un coup de poing !
-Calmez-vous, la supplie Makino.
-Elle a raison chef, s'exclame l'un des bandits. Si on leur explique, ils nous laisseront sûrement les voir !
-Excusez-moi. Puis-je vous aider ?
Tous se turent, dévisageant celui qui avait parlé sans trop oser répondre. Garp reconnu alors Marco, et ce dernier aussi puisqu'il fit signe à ses camarades de les laisser passer, assurant qu'il allait s'en occuper. Puis, sans attendre la moindre explication de leur part, il tourna les talons et se mit à marcher. Ils le suivirent à travers les couloirs jusqu'à la salle de réunion. Les portes étaient grandes ouvertes et Marco s'arrêta à côté d'elle, leur adressant un regard malicieux. Il fit un signe de tête vers l'intérieur comme pour les inviter à entrer. Ils entendirent alors des voix qu'ils reconnurent sans mal et se précipitèrent, un souffle tremblant leur échappant lorsqu'ils les virent. Les trois frères étaient là, penchés sur les plans du mémorial alors en construction. Ils cessèrent de parler lorsqu'ils les entendirent arriver, se tournant vers eux. Ils ne purent cacher leur surprise, ne s'attendant pas à les voir ici. Luffy fit alors un pas vers eux, penchant la tête de côté avec confusion.
-Qu'est-ce que vous faites tous ici, demande-t-il.
-Oh mon dieu, gémit Makino, les larmes aux yeux.
Elle se mit à courir, sautant dans les bras de Luffy avant d'éclater en sanglot. Il avait tellement grandi depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu. Tous les trois d'ailleurs. Ils étaient bien plus grands qu'elle maintenant. Elle pleura à chaude larmes contre Luffy, lequel essayait de la réconforter. L'explosion de Makino sembla réveiller les autres et bientôt le maire et les bandits se précipitèrent vers eux, les entourant en pleurant de soulagement. Décontenancés, les trois frères reprirent tant bien que mal leurs esprits, s'efforçant de rassurer tout le monde. Derrière la porte, Marco ne pouvait se retenir de sourire. Eux aussi avaient une famille qui s'était inquiété pour eux. Dadan s'avança alors, lentement, comme hypnotisée, la vision brouillée par les larmes. Elle tendit les bras, attirant Ace et Luffy contre elle. Bien que surpris, ils sentirent tous les deux une douce chaleur les envahir.
-Idiots, murmure Dadan. Je me suis inquiétée pour vous deux !
-Désolé, souffle Ace.
-Je suis si heureuse de voir que vous allez bien !
-On s'en est bien tiré, ricane Luffy. Et pas seulement nous deux !
S'écartant d'elle, ils se tournèrent tous deux vers leur frère qui se tenait un peu en retrait. Ça faisait plus d'un an que Dadan n'avait pas vu Ace et Luffy. Les évènements de Marineford l'avaient beaucoup inquiété. Mais elle avait cru Sabo mort pendant dix ans. Il avait brusquement surgi de nulle part pendant l'exécution d'Ace. Il avait conscience d'avoir causé beaucoup de tort à ses proches en leur cachant qu'il était encore en vie. Il ne savait pas trop comment agir avec eux. Les yeux de Dadan se posèrent alors sur sa cicatrice et quand il s'en rendit compte, Sabo se détourna pour la cacher. La rousse s'avança alors pour le rejoindre. Elle ne lui laissa pas le temps de dire quoi que ce soit, l'attrapant par les épaules et le tirant contre elle. Dadan ne faisait jamais de preuve d'affection, mais cette fois-ci serait une exception. Surprit, Sabo laissa échapper un souffle tremblant, se sentant lui aussi sur le point de pleurer. Il lui rendit son étreinte tout en luttant contre les larmes.
-Je t'ai cru mort, s'écrit Dadan. Quel soulagement.
-Pardon… Je ne voulais pas…
-Ça va. Ce n'est rien. L'important, c'est que tu sois là.
Elle savait ce qu'il avait enduré, mais elle ne le lui dit pas. Elle savait pour la torture, et pour sa blessure durant la bataille. Elle avait eu peur de le perdre à nouveau, mais elle le garda pour elle. Tout ce qu'elle voulait, s'était de profiter de cet instant. Ils étaient encore en vie, et ils allaient bien. Ils n'étaient pas aux portes de la mort, ils n'avaient pas perdu de membres et ils n'étaient pas non plus dans un lit d'hôpital. Ils étaient en vie et elle pouvait à nouveau les serrer contre elle. Sans plus pouvoir se retenir, elle éclata en sanglot bruyant, faisant quelque peu paniquer Sabo. Alors qu'il se tenait immobile et un peu à l'écart, Garp se décida à les rejoindre à son tour. Il ébouriffa les cheveux de Luffy, acceptant que ce dernier se jette à son cou. Il attira les deux autres dans ses bras, ignorant leurs cris de protestation et les couvrant de son propre rire.
-Je suis heureux que vous soyez en vie tous les trois !
Luffy avait tenu à les présenter à ses amis et il avait passé la soirée à leur raconter les aventures qu'ils avaient vécus tous ensemble. De temps en temps, Ace intervenait pour le corriger sur certains détails. Garp et Dadan avaient pu voir à quel point les amis que les trois garçons s'étaient fait étaient attachés à eux. Ils plaisantaient tous ensemble, se moquant les uns des autres et riant ; comme si aucun nuage n'avait jamais obscurci le ciel. Comme s'ils n'avaient jamais connu la douleur. Ils s'étaient fait des amis fidèles et de confiance. Ils avaient également pu rencontrer Marco, qui s'était présenté comme le petit-ami d'Ace, ce qui n'avait pas manqué de faire rougir ce dernier. Les bandits ne s'étaient pas retenus de plaisanter à ce sujet, jusqu'à ce que le brun menace de les faire griller pour les manger.
-Ils sont bien accompagnés, avait ricané Garp.
-Tout ira bien pour eux, renchérit Dadan. Ils sont heureux maintenant.
Le vieil homme gardait de bons souvenirs de cette soirée. Après avoir si souvent entendu Ace dire qu'il ne méritait pas de vivre, après avoir perdu Sabo, après avoir vu Luffy se refermer de plus en plus sur lui-même en cachant ses blessures ; les savoir libres et heureux l'avait soulagé d'un poids. Avec un petit sourire moqueur, Garp déposa au sol devant le mémorial deux coupes qu'il remplit à ras-bord de saké. Il devait en profiter que personne n'était là pour le surprendre. Il leva la sienne, le regard braqué sur l'immensité du ciel. Il imagina Dragon qui se tenait à ses côtés, calme et détendu alors qu'il levait l'autre coupe de saké. Peut-être que cette douleur dans son cœur ne disparaitrait jamais. Mais ça n'allait pas l'empêcher de profiter du temps qu'il lui restait avec sa famille.
-Santé !
Koshiro
Quelques jours après le couronnement de Luffy, Zoro avait prévu de rentrer au village.
Il avait demandé à Koshiro de ne pas l'attendre et de rentrer à Shimotsuki avant lui, avec Johnny et Yosaku. Il avait quelques petites choses à régler, mais il avait promis de venir. Lorsque le vieil homme avait annoncé la nouvelle aux villageois, ces derniers décidé d'organiser une fête en son honneur. C'était aussi l'occasion de célébrer la fin de ce long calvaire. Leur village avait subi une plus grande oppression que dans la majorité des autres villes de Grand Line. Ils voulaient à tout prix faire revenir Zoro à Shimotsuki, au début pour le recruter, puis pour le tuer parce qu'il était devenu trop dangereux. Mais quand le sabreur allait enfin rentrer chez lui, c'était d'immenses sourire qu'il allait trouver sur leurs visages. Ils ne voulaient pas le laisser savoir ce qui leur était arrivé, parce que ça n'avait plus d'importance désormais. En peu de temps, les préparatifs furent terminés. Une grande banderole de bienvenu avait été suspendu et tous attendaient avec impatience à l'entrée de la ville. Dès que Zoro fut visible au loin, tous se mirent à hurler son prénom.
-Il est revenu ! Enfin !
-Bon retour chez toi Zoro !
-On est content de te revoir !
Le sabreur ne put retenir un sourire. Ça faisait si longtemps qu'il n'était pas revenu ici, et il était content de voir que rien n'avait changé. Il avait presque l'impression de n'être jamais parti. Presque. Parce que si le village était pareil au jour où il l'avait quitté, lui avait changé. Beaucoup. Il était bien différent de l'homme qu'il était autrefois, aussi bien physiquement que mentalement. Il passa distraitement une main sur sa cicatrice. Pendant un instant, il s'était demandé s'ils allaient le reconnaître, mais il comprit bien vite que cette question était ridicule. Même s'il les avait revus quelques jours plus tôt, Johnny et Yosaku se jetèrent à son cou en pleurant comme s'il avait disparu pendant dix ans. Les autres villageois les imitèrent, le serrant dans leur bras à tour de rôle. Ils le tirèrent ensuite à l'intérieur du village, lui racontant plusieurs choses qui s'étaient passées en son absence et lui montrant tout ce qu'ils avaient préparé pour la fête en son honneur. Ils avaient même renommé le dojo en son honneur. Zoro se sentit rougir alors qu'il protestait faiblement. Koshiro balaya ses plaintes d'un geste de la main, disant qu'il était le héros local et qu'il méritait d'avoir un bâtiment qui porte son nom.
-C'est bon pour le tourisme, se moque quelqu'un.
-Prend le temps de t'installer ! Viens faire la fête avec nous quand tu seras prêt !
-D'accord.
Zoro n'avait pas beaucoup d'affaires. Il se contenta de laisser tomber son sac dans son ancienne chambre. Elle était vide, parce qu'il ne possédait pas grand-chose. Pas par manque d'argent, mais plutôt parce qu'il avait toujours su qu'un jour il devrait fuir cet endroit qu'il aimait tant. Maintenant qu'il était libre, peut-être qu'il allait commencer à s'attacher aux objets. Après avoir fait le tour du dojo, se remémorant de doux souvenirs, Zoro s'éloigna un peu du village pour rejoindre le cimetière. Il était assez tard, et le ciel se parait peu à peu d'une belle couleur orange tandis que le soleil se couchait lentement à l'horizon. Zoro passa le petit muret de pierre, se faufilant aux milieux des tombes jusqu'à atteindre celle qu'il cherchait. Il l'effleura du bout des doigts, avant de se laisser tomber en tailleur au sol. Il pria silencieusement une minute, puis un petit sourire nostalgique apparut sur ses lèvres alors qu'il murmurait.
-Je suis de retour Kuina.
Il n'était pas venu ici depuis qu'il était tout gamin. Il avait passé son temps à s'entraîner pour devenir plus fort. Il n'aimait pas vraiment les cimetières, mais avec tout ce qui s'était passé, il avait ressenti le besoin de venir ici et de lui parler. Il resta assis là, devant la tombe de son ami d'enfance, pendant de longues heures. Il lui parle de toutes les choses qu'il avait faites depuis qu'il avait dû fuir le village, des amis qu'il s'était fait, des personnes qu'il avait affrontées et de tous les lieux qu'il avait visités. Il lui décrivit en détail son combat contre Dracule Mihawk, le fait qu'il avait gagné le titre de meilleur épéiste du monde au prix de son œil gauche. Il lui parla de ses projets d'avenir, de ses avis et de son nouveau but. Puis, il lui parla de Sanji, lui disant qu'ils se seraient sans doute très bien entendu tous les deux. Lorsqu'il lui eut tout raconté, il lui promit de revenir la voir un jour, puis se leva et quitta le cimetière.
La nuit était tombée, et le village était éclairé de milles lumières colorées. Un grand feu brûlait sur la place et de la musique retentissait alors que les gens dansaient et chantaient. Des éclats de rires lui parvenaient aux oreilles. Un grand buffet avec de la nourriture et de l'alcool à volonté avait été dressé. Zoro salua poliment les quelques personnes qu'il croisa, attrapant une bouteille de saké et deux coupes. Quelques tables avaient été installées un peu à l'écart pour ceux qui voulaient se poser un instant. Koshiro se trouvait à l'une d'elle, toujours dans son fauteuil roulant. Une couverture était drapée sur ses genoux et il tapait des doigts sur sa jambe au rythme de la musique. Il s'arrêta cependant en voyant Zoro s'approcher. L'épéiste se laissa tomber sur une chaise face à lui, remplissant les coupes de saké avant de lui en tendre une.
-Merci.
-Pas de quoi.
-Trinquons en ton honneur.
Zoro marmonna à voix basse que ce n'était pas la peine et ils entrechoquèrent leurs coupes de saké. Le sabreur chercha des yeux ses deux amis, avant de finalement les apercevoir un peu plus loin, en train de danser. Il pensa qu'il ne devait pas oublier de les remercier pour être rester ici et pour avoir veillé sur Koshiro en son absence. D'ailleurs, son sensei lui avait affirmé qu'ils comptaient tous les deux s'installer ici définitivement. Ils n'avaient pas vraiment de maison à eux, et ne restaient jamais bien longtemps au même endroit. Mais après plus d'un an ici, ils avaient fini par s'attacher au village de Shimotsuki et ses habitants. Tout le monde les appréciait et Koshiro n'était pas contre un peu de compagnie. Il aimait les taquiner et leur présence rendait cet immense dojo moins silencieux et froid. Ils allaient rester vivre avec lui. Bientôt, les cours allaient reprendre avec beaucoup plus d'élèves inscrits. La vie allait reprendre son cours normal. Après avoir bu une gorgée d'alcool, Koshiro se tourna vers Zoro avec un regard curieux, l'interrogeant.
-Qu'as-tu l'intention de faire ?
-En tant que meilleur épéiste du monde, et en tant qu'ami, j'ai promis à Luffy de rester à ses côtés pour le protéger.
C'était pour cette raison qu'il n'était pas rentré au village tout de suite. Après le couronnement, Luffy avait réunis toute son équipe pour leur parler de ses projets. Il leur expliqua qu'il avait nommé Marco comme conseiller, mais qu'il avait également une proposition à leur faire. Il leur avait demandé de ne pas accepter tout de suite et de bien prendre le temps d'y réfléchir. Luffy leur avait ensuite demandé de choisir entre rentrer chez eux, auprès de leurs proches ; et rester ici au château avec lui, recevoir un titre de noblesse et faire partie de sa cour. Il avait également proposé à certains d'entre quelque chose en plus, pour Zoro de devenir son garde du corps personnel. Il avait pris son temps pour choisir, mais à la fin la réponse lui semblait évidente. Il avait accepté.
-Je suis désolé de ne pas rester plus de quelques jours…
-Ce n'est rien voyons. Je ne veux que ton bonheur. Et puis, je ne serai pas seul.
Il parvient tout de même à lui faire promettre qu'il reviendrait les voir souvent. Il leur avait beaucoup manqué. Tout le village était heureux de le voir, mais Koshiro était certain que tous comprendraient sa décision. Il était fidèle à Luffy, et il voulait rester auprès de lui et de ses amis. Il devait suivre sa propre route et jamais le vieil homme ne s'y opposerait. Sa place était au château avec leur nouveau souverain, et avec le cuisinier blond qui était si proche de lui pendant la cérémonie. Koshiro les avait même vu s'embrasser, et il ne manqua pas de taquiner son élève à ce sujet. Voir les joues de Zoro prendre brusquement une teinte rouge pivoine le fit rire. L'épéiste tenta de s'expliquer, mais il ne parvient qu'à bredouiller quelques paroles incohérentes. Koshiro ne put s'empêcher de rire, décidant finalement de le laisser tranquille. Il préférait changer de sujet.
-Parle-moi de tes aventures Zoro.
Un sourire s'étira sur les lèvres de l'épéiste. Koshiro ne se souvenait pas l'avoir déjà vu comme ça. Ou en tout cas, pas après la mort de Kuina. C'était la première fois depuis des années que Zoro était sincèrement heureux. Il lui raconta alors toute son histoire depuis qu'il avait quitté le village de Shimotsuki il y a plus d'un an. Il lui parla de son premier combat contre Mihawk et de sa rencontre avec Luffy. Il lui décrivit leur ancien quartier général, et toutes les personnes étranges et incroyables qu'il y avait rencontré. Il lui parla des membres de son équipe, des missions qu'ils avaient faites, des moments de joies et des coups durs. Chaque fois qu'il parlait de toutes les choses que Luffy avaient faites, de tous les adversaire qu'il avait battu, son regard s'illuminait. Il lui parla aussi de son entraînement pendant six mois et de sa victoire contre Mihawk. Ensuite, il lui parla de Sanji, de son passé et des moments qu'ils avaient passé ensemble. Quant à la bataille finale, il n'en dit rien. C'était encore trop récent pour qu'il veuille même l'évoquer, et Koshiro le comprenait, alors il n'insista pas.
Lorsqu'il termina de lui raconter ses aventures, et alors qu'il s'apprêtait à se servir un peu plus d'alcool, Johnny lui sauta sur le dos en riant. Zoro pesta contre lui, mais son ami se moquait de ses reproches. Yosaku les rejoignit et tous deux attrapèrent les bras de l'épéiste, le tirant pour le mettre debout. Il eut beau protester et se débattre, il fut bientôt sur ses pieds et ses deux amis le tiraient vers la foule qui hurlait son nom.
-Zoro, vient danser avec nous, s'exclame Yosaku.
-Hors de question !
-On ne te demande pas ton avis, ricane Johnny.
Sous le regard amusé de Koshiro, Zoro fut tiré jusqu'à la piste de danse où il fut contraint de se trémousser. Les histoires, c'était fini pour ce soir apparemment. Il attrapa la bouteille de saké abandonnée par son élève et se resservit. Il leva ensuite sa coupe vers le ciel. Il voulait aussi trinquer en l'honneur de sa fille. Elle avait toujours cru en Zoro, et ce depuis le premier jour. Il n'avait jamais réussi à gagner contre elle et pourtant Kuina n'avait jamais douté de lui. Elle croyait fermement qu'il deviendrait un jour quelqu'un d'important, un brillant épéiste qui renverserait le monde. Elle avait eu entièrement raison. Zoro faisait parti des héros qui les avaient sauvés, et il avait été récompensé pour cela. Il était devenu le meilleur épéiste du monde, et le bras droit de leur nouveau roi. Il avait accompli bien plus que la majorité des humains sur cette Terre. Ses yeux se posèrent à nouveau sur son élève et une douce chaleur emplit son cœur alors qu'il murmurait.
-Kuina aurait été fière de toi.
Nojiko
-Elle est arrivée ! Nami est là !
Ce cri qui avait brisé le silence confortable tira Nojiko de ses pensées. La jeune femme se précipita vers la porte, l'ouvrant peut-être un peu trop brutalement. Elle eut juste le temps d'apercevoir l'enfant qui l'avait prévenu disparaitre dans le chemin qui menait au village. Il faisait tout le tour de Cocoyashi pour informer tout le monde du retour de Nami. Nojiko avait hâte de la revoir. Elle avait à peine dormi la nuit dernière, trop occupée à penser à toutes les choses qu'elle allait pouvoir dire à sa sœur. Elle avait rangé la maison, nettoyer chaque recoin de chaque pièce et avait préparé un lit pour elle. Sans attendre, elle sortit de chez elle et se précipita à son tour vers le village. Un petit attroupement s'était formé avec en tête nulle autre que Gen-san. Nojiko le rejoignit, impatiente que Nami arrive. Puis, après de longues minutes qui leur parurent être des heures, ils aperçurent la jeune femme au loin. La rousse leur faisait de grands signes, un immense sourire aux lèvres. Incapable de se retenir, Nojiko se mit à courir vers elle avant de lui sauter dans les bras.
-Je suis si heureuse de te revoir Nami !
-Moi aussi Nojiko. Vous m'avez tellement manqué.
Les autres villageois s'approchèrent à leur tour, surprit de voir à quel point elle avait changé. Elle était un peu plus grande et bien plus mature qu'avant. Elle ressemblait davantage à une femme. Ses cheveux roux avaient beaucoup poussé, et atteignaient désormais le bas de son dos. Le tatouage que Arlong l'avait forcé à porter avait été remplacé depuis longtemps par un autre, mais aujourd'hui Nami était capable de le laisser à la vue de tous. Tous la complimentèrent, affirmant qu'elle était rayonnante. Alors qu'il s'était promit de ne pas pleurer, Gen-san fondit en larmes alors qu'il serrait la jeune fille dans ses bras. Nami et Nojiko essayèrent de le réconforter, mais c'était difficile parce qu'il leur donnait plutôt envie de rire. Les villageois avaient tenu à faire une visite guidée pour Nami, car beaucoup de choses avaient changé en son absence. Arrivée à la mairie, la rousse fut surprise de voir un exemplaire géant de son avis de recherche accroché sur le mur du fond.
-Pourquoi avez-vous mit ça ici ?!
-Tu es la star locale, ricane quelqu'un. On est fier de dire qu'une femme de notre village a rejoint les Révolutionnaires et nous a tous sauvé !
Tout le monde acquiesça bruyamment, faisant monter les larmes aux yeux de Nami. Il fut décidé que l'ensemble du village partage un repas pour entendre Nami parler de ses aventures. Toutes les maisons furent dépouillées de leurs tables et de leurs chaises. Elles furent installées sur la grande place. De la nourriture et des boissons furent apportés et tout le monde s'installa. De cette façon, ils pouvaient aussi montrer à Nami qu'ils allaient bien. Le village était prospère depuis qu'elle les avait sauvés de la tyrannie d'Arlong. Et maintenant que la Marine ne traînait plus ici, ils étaient libres de dire qu'ils étaient fiers d'elle. Le déjeuner commença et Nami fut assise à la place d'honneur. Tous l'écoutèrent parler des choses qu'elle avait vécues, des combats qu'elle avait menés et des amis qu'elle s'était faite. Ils ne virent pas le temps passer. Ce ne fut que quelques heures après que Nami et Nojiko se dirigeaient ensemble vers la maison dans laquelle elles avaient grandi, et que la plus âgée des deux habitait encore. Nami sourit en apercevant les mandariniers familiers. Elle cueillit un fruit au passage. Ça faisait bien longtemps qu'elle n'en avait pas mangé.
-Je suis contente de voir qu'ici, ça n'a pas changé.
-J'ai seulement fait quelques rénovations, mais je voulais que tout reste tel quel.
En partant, Nami lui avait laissé le trésor qu'elle gardait caché afin de racheter son village. Elle n'en avait pas eu besoin et elle ne pouvait pas l'emmener avec elle. Nojiko en aurait bien plus besoin. Cette dernière en avait profité pour effectuer quelques travaux. La maison était en bien meilleur état et la plantation aussi. Elle faisait régulièrement de très bonnes cueillettes. Elle vivait toujours modestement, mais ça lui convenait. Elle avait assez d'argent pour manger à sa faim et s'offrir de temps en temps quelque chose qu'elle voulait. Elle fit le tour de la maison avec Nami, lui montrant son lit et les maigres affaires qu'elle n'avait pas pu emmener et qui n'avaient pas bougé depuis son départ.
-Je vois que tu as su faire usage de l'argent que je t'ai donné.
-En réalité, je n'en ai utilisé qu'une petite partie.
Ça avait été bien suffisant, car Nami lui avait laissé une somme importante. Quant à ce qu'elle avait fait du reste, c'était une surprise qu'elle avait gardée pour Nami. Elle se dirigea vers la cuisine, proposant à sa sœur de faire un peu de thé. La rousse accepta et s'installa à table. Lorsque Nojiko la rejoignit avec deux tasses, elle avait également apporté un cadre photo qu'elle tendit à sa sœur. Sur le cliché on pouvait voir un petit garçon d'une dizaine d'année qui souriait fièrement. Derrière lui se trouvaient les portes d'une très prestigieuse école. L'une des meilleurs de tout le royaume de Grand Line, dans laquelle seuls des enfants des nobles avaient les moyens d'entrer. Mais Nami se doutait que si sa sœur avait cette photo dans sa cuisine, ce n'était pas n'importe quel enfant qui souriait au photographe. Elle lui adressa un regard interrogateur. Nojiko sourit. Elle avait hâte de lui révéler qui était ce petit garçon.
-Le reste de l'argent que tu m'as donné à suffit pour financer ses études dans cette école.
-Ce petit doit être très intelligent pour avoir été accepté.
-Il l'est. C'est surtout qu'il était très motivé. Ce gamin s'appelle Daisuke. C'est le bébé que tu as sauvé il y a des années.
-Tu es sérieuse ?!
-Il voulait te remercier alors il a travaillé très dur.
Nami se souvenait très bien de ce petit bébé. Sa mère n'avait pas suffisamment d'argent pour payer la taxe demandé par Arlong. Elle avait donné suffisamment d'argent pour son enfant, avant d'être tuée. Nami s'était proposée de payer pour la vie de cet enfant pour les mois à venir, mais Arlong avait refusé. Une femme avait donc pris le petit en charge à sa place et avait payé pour lui. Lorsque l'on avait raconté cette histoire à Daisuke, le jeune garçon s'était senti redevable envers Nami et sa mère adoptive pour lui avoir sauvé la vie. Il s'était mit à travailler pour gagner de l'argent. Il avait redoublé d'effort à l'école au point de devenir le meilleur élève du village et des alentours. Après que Nami se soit enfui du village, il avait demandé à intégrer une école prestigieuse. Il voulait gagner plus d'argent pour payer les frais d'inscription mais Nojiko l'avait fait pour lui, disant que c'était un cadeau de Nami. Daisuke avait de grandes ambitions malgré son jeune âge et un projet d'avenir bien défini. Personne au village ne doutait qu'il y arrive.
Nami remercia Nojiko d'avoir fait ça pour lui. Elle devrait aller le voir à son école, prendre de ses nouvelles et le féliciter. Nojiko récupéra le cadre photo et retourna dans la cuisine pour le remettre à sa place.
-Je suis heureuse que tu sois de retour parmi nous.
-Malheureusement, je ne vais pas rester.
Nami avait appréhendé le moment où elle devrait le dire à sa sœur. Nojiko ne put cacher sa surprise, mais elle ne paraissait pas en colère. La rousse expliqua que Luffy leur avait à tous fait une proposition à laquelle ils devaient réfléchir soigneusement. Le château était bien assez grand pour qu'ils puissent s'y installer. Luffy savait que pour la plupart d'entre eux, ils avaient une maison et une famille qui les attendait. Mais il ne voulait pas qu'ils se séparent sans les avoir invités à rester près de lui. Les seuls nobles qu'il voulait à ses côtés, c'étaient ses amis. Nami et Robin avaient donc reçu la même proposition : un titre de noblesse et devenir les dames les plus importantes de la cour. Elles avaient été surprises de l'entendre utiliser ce vocabulaire. Ses frères avaient essayé de lui expliquer les bases et voilà ce que ça avait donné.
-Tu comptes accepter, demande Nojiko.
-Je déteste les nobles ! Et je n'ai rien d'une dame.
Pourtant, lorsque Nojiko revient à table, elle remarqua que Nami avait accepté la proposition, parce qu'elle souriait. C'était doux et ses yeux brillaient. Elle ne l'avait jamais vu comme ça, et ça la laissa sans voix. Elle n'avait jamais rencontré ce Monkey D Luffy, pourtant elle savait qu'il était incroyable. Il avait réussi à rendre le sourire à des personnes qui avaient souffert toute leur vie, qui avaient perdu espoir. Il les avait sauvés de leurs ténèbres. Nami était épanouie et heureuse désormais. Tout cela grâce à lui. Elle lui en serait à jamais reconnaissante. Nojiko adressa à sa sœur un petit sourire narquois, son menton posé sur ses mains entrelacées.
-Personne ne t'en voudra d'être parti, tu sais.
Nami haussa simplement les épaules et elles n'en reparlèrent pas de la soirée. Elles se contentèrent de discuter de tout et de rien pendant des heures. Nojiko lui racontait tout ce qu'elle avait raté et Nami lui parlait de ses amis. Même lorsque la nuit fut tombée, elles n'avaient pas cessé leur conversation. Ça faisait trop longtemps depuis la dernière fois qu'elle avait pu bavarder sans craindre quoi que ce soit. Nami était si peu souvent dans la petite maison, passant le plus clair de son temps à voler ou auprès d'Arlong. Puis elle s'était enfuit et elles ne s'étaient pas vues pendant plus d'un an. Aucune des deux ne se souvenait de la dernière fois qu'elles avaient pu passer une soirée à discuter. Elles finirent cependant par tomber de fatigue et partirent se coucher, le sourire aux lèvres et avec la sensation que tout allait bien. Les jours à venir seraient agréables, Nojiko en était persuadé. Pourtant, ce sont des cris qui la tirèrent de son sommeil le lendemain matin.
-Nojiko ! Réveille-toi, vite !
Nojiko se redressa brusquement, regardant autour d'elle avec inquiétude. Mais sa maison n'avait pas changé depuis la veille. Il n'y avait pas d'attaque. Le soleil brillait dehors et ils n'avaient plus rien à craindre. Pourtant Gen-san la regardait, la respiration haletante et le regard remplit de colère. Il avait posé une main sur l'épaule de Nojiko. Dès qu'il comprit que la jeune femme était réveillée, il expliqua la raison de son état.
-Nami est parti dans la nuit avec les portefeuilles de tout le monde !
Nojiko cligna des yeux, puis éclata de rire. Sa chère sœur ne changerait jamais. Elle ne voulait pas d'adieu déchirant, ni qu'on s'inquiète pour elle. Maintenant, elle allait bien. Elle avait un avenir devant elle. Elle avait des amis dignes de confiance. Derrière Nojiko, Gen-san continuait de pester à vois basse contre Nami, même s'il n'était pas réellement en colère. Elle se tourna vers la fenêtre, promenant son regard sur les mandariniers avec un petit sourire amusé.
-Bonne chance petite sœur.
Yasopp
La fin était souvent effrayante, parce qu'on ne savait jamais ce qui arriverait après. Lorsque l'on avait passé plusieurs années à se battre, laissant de côté tout le reste, on se sentait vide et sans but lorsque les combats cessent. Que faire ensuite ? A quoi consacrer son existence ? Yasopp s'était posé toutes ces questions. Il avait quitté sa femme et son fils pour suivre Shanks dans cette guerre. Il avait laissé derrière lui sa famille et son village. Il avait une bonne raison de le faire : sauver le royaume et empêcher que le gouvernement ne s'en prenne à son fils. Il voulait un monde meilleur pour Usopp. Mais il s'était si souvent demandé si sa décision avait été la bonne. Avait-il eu raison de tout laisser tomber ? Sa femme croyait en lui et l'avait toujours soutenu. Son fils ne lui avait jamais reproché d'être parti. Les autres affirmaient qu'il avait fait ça pour eux, et c'était vrai, mais sa vie aurait-elle était meilleure s'il avait choisi de rester ? Les incertitudes étaient l'une des plus grandes peurs de l'être humain. Maintenant que la guerre était finie, Yasopp devait décider de ce qu'il ferait.
Grand Line avait un nouveau souverain. Ils n'avaient plus à s'inquiéter de l'avenir du royaume. Leur capitaine, quant à lui, était complètement guéri maintenant. Ils n'avaient plus aucune responsabilité. Ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient. Yasopp avait prit son temps pour choisir ce qu'il voulait. Il ne voulait pas regretter à nouveau sa décision. La nuit était tombée depuis plusieurs heures, et il était encore en train d'y penser. Seul dans sa chambre, avec une bouteille d'un délicieux saké à peine entamée devant lui. Il regardait les étoiles comme si elles allaient lui donner la réponse qu'il attendait. Mais personne ne pouvait choisir à sa place. Il aurait tellement préféré ne pas avoir le choix. Que quelqu'un lui ait demandé de faire tel ou tel chose, ou bien que la situation soit telle qu'il ne puisse en faire autrement. Mais il y avait trop de possibilité. Quand on a eu une vie comme la sienne, la liberté était presque terrifiante. Trop de choix, et trop de risque de prendre la mauvaise route. S'il voulait s'arrêter sur une décision, il devait d'abord apaiser son esprit. Et alors, la réponse lui parut clair comme l'eau pure d'une rivière.
-C'est là que tu étais ! Je t'ai cherché partout !
Yasopp sursauta, renversant la coupe de saké qu'il tenait dans la main. Un petit juron lui échappa alors qu'il fixait la tâche que le liquide avait laissé sur son tee-shirt. Un petit rire moqueur retentit derrière lui et il adressa une moue boudeuse à son fils. Usopp leva les mains en signe d'excuse, même s'il ne pouvait réprimer son sourire. Yasopp leva les yeux au ciel, malgré tout un peu amusé lui aussi. A quoi bon s'énerver ? Ce n'était qu'un vieux vêtement usé, et qui sentait l'alcool maintenant. Tirant une chaise avec son pied, Yasopp invita son fils à venir s'assoir près de lui. Le jeune sniper s'empressa de s'y installer, appuyant ses pieds contre le rebord de la fenêtre devant lui. Il avait toujours les mêmes lunettes sur le sommet de sa tête et une ceinture à laquelle étaient attachés ses outils autour de la taille. Il portait un bleu de travail ouvert en haut, exposant son torse à la vue de tous. Il avait la peau couverte de tâche de cambouis.
Ivankov, ainsi les Révolutionnaires qui n'avaient nulle part où aller, avaient élus domicile dans l'ancien quartier général, formant une grande famille sans aucun lien de sang, mais unie malgré tout. Toutes les affaires que les Révolutionnaires y avaient laissés, et qui ne serviraient pas aux nouveaux résidents, avaient été ramenées. Les inventions inachevées, les archives et le matériel qu'ils avaient récupérés pendant des années, aussi bien pour l'infirmerie que pour les cuisines, les chambres et autres pièces. Tout ce qui pouvait encore servir. Certains meubles avaient été donné à ceux dont les maisons furent détruites pendant la bataille, afin qu'ils puissent aménager leurs nouveaux chez eux. Une partie du matériel médical était resté au château, et le reste avait été confié à quelques hôpitaux. Les archives étaient conservées dans une pièce sécurisée. Un atelier avait été construits au sous-sol du château et ceux qui le souhaitaient pouvaient aller y travailler. Usopp y passait des journées entières et il en revenait justement lorsqu'il avait décidé de voir si son père se trouvait dans sa chambre. Il était introuvable ces derniers temps.
-Est-ce que quelque chose te tracasse, l'interroge-t-il.
-Je réfléchissais à mon avenir.
Usopp lui jeta un regard curieux. Lui-même n'avait jamais vraiment prit le temps d'y penser. Il vivait au jour le jour, rendant visite à Franky avec ses autres amis et bricolant quelques petites choses dans l'atelier. Mais s'il l'avait repoussé autant que possible, lui aussi devait choisir. Son père et lui avaient quitté leur village pour rejoindre l'armée Révolutionnaires. Cette dernière n'existait plus maintenant. Ils devaient décider de ce qu'ils feraient ensuite. Mais Usopp ne voulait pas se prendre la tête avec ça. Il devait simplement écouter son cœur, alors il saura où est sa place. Il attrapa la bouteille de saké et remplit la coupe de son père, l'avalant d'un seul coup, manquant de s'étouffer. Il éclata de rire, faisant sourire son père. Yasopp était heureux de voir que son fils allait bien. La guerre avait été longue et difficile. L'équipe de Luffy avait particulièrement souffert lors de cette dernière bataille. Avec Franky dans le coma et Kid dans un sale état, sans parler de la mort de Law. Yasopp craignait qu'ils ne restent tous traumatisés, incapable de sourire. Il tendit le bras, le passant autour des épaules d'Usopp pour l'attirer contre lui.
-Je ne t'ai pas félicité convenablement pour tes exploits durant la guerre.
-Oh, ce n'est pas grand-chose…
-Au contraire ! Tu mérites ce titre de héros. Je suis fier de toi, et je suis sûr que ta mère aussi.
Usopp lui sourit chaleureusement. Sa mère lui manquait terriblement. Il pensait à elle encore plus qu'avant depuis qu'on lui avait remit cette médaille de héro. Il lui avait promis de se battre pour que le monde soit meilleur, pour que les enfants n'aient pas à vivre ce que lui avait vécu. Il n'avait jamais réalisé qu'au fond de lui, il espérait aussi rendre ses parents fier. Petit, il avait souvent pensé que peut-être son père n'avait pas voulu rester avec lui parce qu'il n'était pas assez fort. Mais ces quelques mots suffisaient à lui prouver que Yasopp l'aimait. Il n'avait pas honte de lui, bien au contraire. Lui aussi était fier d'avoir pu se tenir à ses côtés pendant la bataille. Soudain, Yasopp se recula de lui et il put distinguer une lueur de tristesse dans ses yeux. Quelque chose n'allait pas. Pourquoi son père avait l'air aussi abattu. Inquiet, il se pencha en avant, essayant de lire en lui, de comprendre. Il guettait chacune des réactions de son père alors qu'il lui demandait.
-Papa, qu'est-ce qu'il y a ?
-Ce n'est rien…
-Je vois bien que si. Tu peux me le dire, tu sais.
-Eh bien… C'est Shanks. Il a dissous le groupe cet après-midi.
Usopp ne put cacher sa surprise. Quelques heures plus tôt, Shanks avait réuni son groupe dans sa chambre. Il en avait discuté avec Ben et avait convenu que c'était la meilleure chose à faire. Ils étaient nombreux à avoir un endroit où retourner, sans oser le faire par fidélité. Alors, il avait déclaré que leur équipe avait fait son temps, et qu'il fallait y mettre fin. Ils restaient amis malgré tout, et il leur fit promettre de revenir le voir. Ils s'étaient alors séparés, se jurant de rester en contact. C'était pour le mieux, Yasopp le savait. Mais ça n'en était pas moins douloureux. Ils avaient passé tellement de temps ensemble. On ne pouvait pas mettre fin à une aventure aussi simplement. Il lui faudrait du temps. Il savait qu'il y arriverait un jour. Usopp lui demanda alors ce qu'avaient décidé les autres.
-La plupart sont partit rejoindre leurs familles. Quelques personnes comme Ben vont rester à la Capitale. Shanks et Baggy se sont installés au château définitivement.
-Et toi ? Qu'est-ce que tu comptes faire ?
-Je vais retourner au village de Sirop. Auprès de Bankina.
Il y avait longuement réfléchi, mais son cœur lui disait que c'était ce qu'il devait faire. Si son plus grand regret était d'être parti, alors il devait y retourner. Finir sa vie paisiblement, dans la maison qui avait vu grandir son fils. Bankina n'était peut-être plus de ce monde, mais sa présence était partout dans cette maison. Yasopp avait donc préparé ses affaires, fait ses adieux à ses amis, et avait prévu de partir le lendemain. Dans quelques jours, il serait arrivé au village de Sirop. Ce serait un voyage long mais reposant. Il n'y avait rien de pressant. Il pouvait prendre son temps désormais. Il avait appelé son vieil ami, l'informant de son retour. Ce dernier lui avait assuré que leur petite maison était encore là, prête à l'accueillir. Usopp acquiesça avec un petit sourire. Son père serait sans doute plus heureux là-bas qu'en restant ici. Yasopp se tourna alors vers lui, le regard brillant. Il ressemblait à un enfant devant un magasin de bonbon.
-Veux-tu venir avec moi, s'exclame-t-il. On pourrait vivre tous les deux ! Qu'est-ce que tu en dis ?!
-Quoi ?! Euh… C'est-à-dire…
-Tu ne veux pas ?
-Si ! J'aurais bien voulu ! Mais…
Le lendemain du couronnement, Luffy leur avait proposé à tous de rester avec lui, de faire partie de sa cour. Usopp, en tant que sniper, avait une place dans sa garde personnelle, en plus de pouvoir gérer l'atelier. Personne n'avait encore donné de réponse. Zoro et Nami étaient rentrés chez eux, et Sanji avait quitté la ville ce matin sans dire où il allait. Luffy leur avait dit de prendre leur temps pour se décider, et qu'il attendrait autant qu'il le faudrait. Depuis leur toute première mission, Usopp voulait le suivre où qu'il aille et quoi qu'il fasse. Même si plus rien ne le retenait, il ne voulait pas partir. Luffy était roi et n'attendait pas d'eux qu'ils restent avec lui pour toujours. Il leur offrait la possibilité de s'installer au château, de faire leur vie ici. Ils n'avaient pas d'obligations. Mais Usopp sentait que sa place était ici maintenant. Il continuerait de soutenir Luffy, de l'aider et de le protéger. Il n'avait aucun doute sur le fait que les autres allaient en faire autant. Un doux sourire prit place sur les lèvres de Yasopp alors qu'il croisait le regard de son fils.
-Je veux rester avec lui. Je ne peux pas le quitter.
-Je comprends.
Ils avaient chacun leurs propres chemins à suivre. Même si leurs routes se séparaient aujourd'hui, ça ne voulait pas dire qu'ils ne se reverraient jamais. La fin n'était pas nécessairement une mauvaise chose. Elle n'empêchait pas toujours les retrouvailles. Elle n'arrêtait certainement pas l'amour. Yasopp ne pouvait qu'être plus fier de lui. Il suivait sa propre destinée. Il tapota l'épaule de son fils et lui ébouriffa les cheveux, riant lorsque Usopp essaya de repousser sa main tout en se plaignant. Cette nuit serait donc la dernière qu'ils pouvaient passer ensemble avant son départ. Il avait bien l'intention d'en profiter. Ils se blottirent l'un contre l'autre, observant les étoiles pendant que Usopp racontait à son père des histoires de sa propre invention. Yasopp l'écoutait en silence, le regard perdu dans les étoiles qui parsemaient le ciel. Il n'avait plus à s'inquiéter maintenant.
Après chaque fin, il y avait un commencement.
Zeff
Depuis la fin de la guerre, le Baratie affichait complet tous les jours. Leurs habitués venaient célébrer leur nouvelle liberté avec eux. Les cuisiniers n'avaient pas une seconde de répit, mais c'était ce qu'ils préféraient. Zeff aussi, car plus ils étaient occupés, moins ils se chamaillaient entre eux. Malgré tout, ce rythme intense l'avait épuisé. Il dormait très peu la nuit, trop inquiet pour son petit cornichon, qu'il n'avait pas revu depuis plus d'un an. Il savait qu'il était vivant, l'ayant vu assister à la cérémonie de couronnement. Il avait entendu dire qu'il avait quitté la capitale sans prévenir personne, et il ignorait où il avait bien pu aller. Quand Sanji avait une idée derrière la tête… Ce jour-là, Zeff était dans son bureau, essayant de se concentrer sur quelques papiers sans vraiment y parvenir. Il ferma les yeux en poussant un soupir agacé. Peu importe ce qu'il essayait de faire, il était trop inquiet pour porter son attention sur autre chose. Ses yeux se fermaient presque tout seul tant il était fatigué. La porte de son bureau s'ouvrit brusquement, le faisant presque sursauter, et l'un des cuisinier entra précipitamment, la respiration haletante parce qu'il avait couru.
-Chef ! Vous avez de la visite !
Zeff lui jeta un regard ennuyé. La dernière chose qu'il voulait, s'était de devoir gérer un client mécontent. Il marmonna qu'il arrivait dans une minute et le cuisinier repartit immédiatement. Il avait l'air pressé, ce que le vieil homme trouvait étrange. Mais il n'avait pas le temps pour ça. Il allait expédier rapidement cette histoire de client et ensuite il allait partir à la recherche de son petit cornichon. Il ne pouvait pas continuer à s'inquiéter pour lui comme ça. Il se leva de son fauteuil et se traina jusqu'à la porte, constatant qu'il y avait beaucoup d'agitation dans la grande salle. Est-ce qu'une autre bataille avait commencé ? Il n'avait pas la force de gérer ça. Il espérait pouvoir régler cette histoire rapidement et sans trop de difficulté. Sa jambe de bois claquant contre le carrelage, il traversa le petit couloir, passant devant la porte qui menait à la cuisine pour arriver dans la grande salle où se trouvaient les clients. Il lâcha un grognement mécontent et quelques personnes se retournèrent pour le dévisager avec de grands sourires enjoués.
-Que signifie tout ce bazar ?
-Chef ! Regardez qui est revenu nous voir !
Le vieil homme leva enfin les yeux, se figeant de stupeur. Les cuisiniers du Baratie étaient tous là, les larmes aux yeux. Leurs habitués s'étaient également approchés, et tous formaient un attroupement autour d'un homme. Ils lui donnaient de grandes tapes dans le dos, le serrant à tour de rôle dans leurs bras. Le pauvre garçon était secoué dans tous les sens, sous les rires et les pleurs de ceux qui l'avaient vu grandir. Enfin, il leva la tête et croisa le regard de Zeff. Il avait tellement changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu. Il était un peu plus grand, le corps plus svelte et musclé. Il avait changé de côté cette mèche de cheveux blond, plus longs qu'avant, bien qu'elle couvrît toujours l'un de ses yeux. Il avait une petite barbe et le début d'une moustache. Son visage s'était affiné et il paraissait plus mature.
Sanji était heureux de revoir enfin la famille qui l'avait élevé pendant la partie la plus heureuse de sa vie. Le Baratie lui avait beaucoup manqué, et si avant il aurait râlé d'être ainsi traité par eux, il leur rendait joyeusement leurs accolades, pas le moins du monde contrarié. Mais tous avaient cessé de bouger lorsque Zeff était arrivé, s'écartant pour lui laisser de la place. Sanji adressa à son père adoptif un grand sourire. Il y avait tellement de chose qu'il voulait lui dire. Qu'il était heureux de le revoir, qu'il était désolé de l'avoir inquiété et qu'il n'avait plus à s'en faire pour lui. Il voulait lui raconter ses aventures, les combats. Mais avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, le vieil homme parcourut la courte distance qui les séparait, l'attirant contre lui, le visage inondé de larmes alors qu'il pouvait enfin étreindre son petit garçon.
-Tu es enfin rentré, petit cornichon…
-Oui. Je suis à la maison.
Des cris de joies résonnèrent autour d'eux alors que tous célébraient le retour de Sanji parmi eux. On avait rarement vu une telle euphorie dans le restaurant. Malgré les taquineries de ses employés, Zeff mit un long moment avant d'enfin pouvoir lâcher Sanji. Il craignait de le voir disparaître à nouveau. Mais son fils était bel et bien là, devant lui, vivant. Les cuisiniers du Baratie exigèrent qu'il leur raconte tout dans les moindres détails. Tous voulaient entendre le récit de ses aventures, Zeff le premier. Sanji se retrouva donc au centre de la grande salle, racontant le temps passé au sein de l'armée Révolutionnaires, auprès de ses amis. L'alcool coulaient à flot tandis que tous écoutaient ses paroles avec attention. Après cela, ils firent la fête. La musique raisonnait si fort que l'on pouvait l'entendre depuis l'extérieur. Zeff et Sanji s'éclipsèrent, se retrouvant dans le bureau du vieil homme. Sanji ferma la porte derrière lui, se laissant tomber dans le fauteuil confortable face à son père adoptif. Une longue conversation les attendait. Il avait encore beaucoup de choses à lui dire.
-La plupart des expatriés sont revenus sur le territoire il y a quelques jours, annonce-t-il.
Toutes ces personnes que les Révolutionnaires avaient sauvées et emmenés hors de Grand Line pendant plus de vingt ans avaient pu revenir en tout sécurité. Les camps de réfugiés étaient pour la plupart déserts. Des soldats de la Marine et quelques Révolutionnaires volontaires étaient allés le chercher et les aider maintenant à regagner leur foyer, ou à en trouver d'autres. Parmi eux se trouvaient des villageois et des esclaves que l'équipe de Luffy avait pu sauver à Navarone et Sabaody, ainsi que de pauvres personnes qui avaient servi de sujet d'expérience à César sur Punk Hazard. Savoir qu'ils allaient tous bien et qu'ils étaient en train de revenir était un soulagement pour Sanji. Mais ils n'étaient pas les seuls à avoir quitté le territoire, et Zeff le savait. Il hésitait cependant à poser la question. Ça avait toujours été un sujet sensible pour Sanji, et avec les récents évènements, c'était peut-être encore pire. Après une hésitation, il se risqua tout de même à poser la question.
-Et… Pour tes frères ?
-J'ai eu Ichiji au téléphone il y a deux jours. Ils ne reviendront pas.
Sanji avait quitté discrètement la capitale afin d'être un peu seul pour mettre de l'ordre dans ses pensées et ses sentiments. Ensuite, il avait appelé son frère aîné, savoir quand ils comptaient revenir. Mais Ichiji l'avait informé d'une toute autre décision qu'ils avaient prise à l'unanimité. Ses frères et sa sœur préféraient ne pas revenir sur Grand Line. Ils avaient trouvé le moyen d'être utile autrement. Quelques réfugiés avaient émis le souhait de ne pas retourner sur le territoire, mais ils n'avaient nulle part ailleurs où se rendre. La famille Vinsmoke avait proposé de les guider, de chercher avec eux un endroit où s'installer, pour se créer une nouvelle vie. Sanji avait été surprit et n'avait pas su quoi répondre. Ichiji s'était excusé pour cette décision soudaine, mais il sentait que leur place n'était plus là-bas. Ils devaient chercher une raison à leur existence, sans Sanji, car leur frère avait déjà trouvé la sienne. Zeff tendit le bras, posant une main sur son épaule, inquiet.
-Est-ce que ça te va ?
-Tu sais que nous n'étions pas très proches.
Sanji lui sourit, mais Zeff sentait que ce n'était pas réel. Il aurait sans doute préféré que ses frères et sa sœur revienne, sans vraiment s'en rendre compte. Le vieil homme lui-même avait un peu de mal à comprendre le pourquoi de cette décision. Ichiji avait l'air de vouloir réparer les erreurs de leur père, la dernière fois qu'ils s'étaient vu. Étais-ce sa façon de remplir cette mission ? En disparaissant du royaume et de la vie de Sanji sans laisser de trace ? Zeff secoua la tête. Il ne pouvait pas intervenir ici. C'était une histoire entre les membres de la famille Vinsmoke. Si Sanji voulait réellement qu'ils restent, il le leur aurait demandé. Mais le petit blond respectait la décision de son aîné. Il n'y avait peut-être bien aucune chance qu'ils puissent se rapprocher, et former une vraie famille un jour. Mais qui sait de quoi l'avenir sera fait ? Peut-être reviendront-ils. Peut-être que Sanji aura l'occasion d'aller les voir. Personne ne pouvait le dire. Quoi qu'il en soit, Zeff devait laisser le jeune cuisinier décider seul. Il se pencha sur son bureau, l'air pensif.
-Je suppose qu'ils ont emmenés avec eux les recherches de ton père.
-Non. Je les ai détruites. Je suis le seul à connaître la vérité désormais.
Zeff devait reconnaître qu'il était plutôt surpris. Ils avaient mis tellement d'efforts pour protéger ces documents. Qu'est-ce qui avait finalement décidé Sanji ? Son fils adoptif lui expliqua qu'il ne voulait pas qu'elles disparaissent tant que ses frères et lui étaient encore en vie, au cas où il y aurait un problème. Alors il les avait lu et mémorisé. Tout ce qui pouvait être important, il le connaissait par cœur. Ensuite, il les avait détruits. Il hésita un peu avant de lui parler de Big Mom, et de la façon dont elle l'avait utilisé pour obtenir des informations auprès de ses frères. Il lui raconta qu'elle l'avait épargné parce qu'il était le seul à avoir les réponses qu'elle cherchait, et qu'il avait été prêt à mourir pour les protéger. Mais Luffy l'avait sauvé, et Zoro l'avait convaincu de ne pas abandonner sa vie si facilement. Zeff se sentit alors très reconnaissant envers leur nouveau souverain, pour avoir sauver la personne qui comptait le plus à ses yeux.
C'était grâce à Luffy si aujourd'hui, Sanji avait pu rentrer chez lui. La guerre était finie et Zeff n'avait plus à craindre de se réveiller un matin pour apprendre que son petit garçon avait péri lors d'un combat. Il pourrait dormir à nouveau correctement. Mais il restait tout de même une question qui restait pour le moment sans réponse. Que voulait Sanji ? Il avait milles possibilités d'avenir désormais. Il était libre de choisir, sans craindre que les nobles ne le poursuivent, ou que le gouvernement veuille le capturer. Il pouvait faire sa vie n'importe où. Il pouvait suivre ses frères, ou rester ici avec lui et reprendre son travail de cuisinier. Quelque soit sa décision, Zeff l'accepterait.
-Alors, ricane-t-il. Veux-tu revenir au Baratie ?
-Désolé. J'ai des obligations ailleurs.
-Vraiment ?
-Luffy m'a proposé le poste de cuisinier officiel du roi. J'ai déjà dit oui.
Il avait été dans les premiers à donner sa réponse. Zoro avait accepté la proposition juste avant de partir pour Shimotsuki. Marco avait pris le poste de conseiller avant même le couronnement. Sanji avait été le troisième à dire oui, juste avant de quitter la capitale discrètement. Luffy était le seul au courant cependant. Les autres ne savaient, et lui-même ignorait quelle était leurs réponses. Mais il ne doutait pas de tous les retrouver au château lorsqu'il y retournera. Zeff lui sourit, hochant la tête alors qu'il le félicitait. Il était vraiment fier de son fils. Il avait bien grandi, laissant derrière lui ses peurs d'enfants. Il avait trouvé le courage d'affronter son passé, et de poursuivre ses rêves. Maintenant, il vivait pour lui. Le vieil homme se leva alors, prenant son cher fils adoptif dans ses bras encore une fois. Sanji lui rendit son étreinte avec reconnaissance.
-Merci le vieux. Je n'en serais jamais arrivé là sans toi.
-Ce n'était rien. Je te souhaite d'être heureux, petit cornichon.
Kureha
Avec ses cent trente ans d'existence, Kureha pensait avoir tout vu. Puis Monkey D Luffy était apparu dans sa vie. Il était l'incarnation de tout ce qu'elle ignorait, un espoir qu'elle pensait perdu à jamais. Contrairement à Hiluluk et Chopper, elle avait depuis bien longtemps perdu foi en l'être humain. Elle pensait que certaines choses, aussi difficile soient-elles, étaient impossible à changer. Mais Luffy lui avait prouvé le contraire. Il n'avait jamais cessé de se battre, pas un seul instant, jusqu'à la victoire et la réalisation de son rêve. Il était devenu roi, et Kureha sentait qu'il serait un excellent souverain. Celui qu'ils attendaient depuis si longtemps. Elle avait vu des gouvernements se succéder sans jamais vraiment y croire. Elle avait vu Roger, son prédécesseur, les Shichibukai et maintenant ce jeune homme de dix-neuf ans. Pour elle, Luffy était le candidat idéal. Elle espérait pouvoir encore suffisamment longtemps pour voir toutes les choses incroyable qu'il allait faire. Elle avait déjà eu un très bon aperçu de ce que serait son règne. Luffy n'avait pas attendu longtemps avant de donner des directives, et étonnement, elle les approuvait toutes.
En plus de faire don de pas mal de matériel médical à différents hôpitaux, Luffy avait créé un département de recherche pour aider les victimes des expériences de César Clown. Enfin, il voulait leur venir en aide, et Marco avait suggéré l'idée. Il avait également interdit l'esclavage, fait fermer toutes les salles de ventes de Sabaody et libéré les esclaves qui avaient été achetés par les nobles. Tous ceux qui portaient sur eux la marque des esclaves, une marque de brûlure au fer rouge, avait eu droit à un tatouage pour le couvrir. Luffy avait nommé Jinbei responsable des anciens esclaves, ce que l'homme-poisson avait accepté avec détermination. Il était fier de pouvoir se rendre utile en les aidant tous à retrouver un style de vie normal. Luffy s'efforçait aussi d'aider tous les réfugiés rapatriés à Grand Line pour leur trouver un foyer. Il était aussi en communication constante avec Ichiji, lequel s'occupait des expatriés qui ne souhaitaient pas rentrer, pour s'assurer qu'ils n'avaient perdu personne et que tout allait bien pour eux. Il restait encore beaucoup de choses à discuter, et Luffy passait ses journées avec Marco et ses frères pour tout régler. Mais il mettait du cœur à l'ouvrage, sans jamais se plaindre.
Malgré tout, il avait trouvé le temps d'écouter les demandes de Chopper. Le petit renne avait attendu avec impatience que Luffy devienne roi, afin de lui présenter une requête. Il lui avait expliqué la situation à Drum. Le noble Wapol avait privé la région de médecin, et les habitants mourraient les uns après les autres. Autrefois, Kureha et Chopper avaient pu soigner clandestinement la plupart d'entre eux, mais ça faisait plus d'un an qu'ils étaient tous livrés à eux-mêmes. Luffy avait écouté l'histoire attentivement, et il avait à nouveau surprit Kureha en déclarant qu'il allait s'en occupe immédiatement. Il avait ordonné à Marco de prendre une division avec lui et d'aller régler ça. A peine dix minutes après que Chopper ait fait sa demande, le blond partait avec des hommes et les nouvelles tombèrent trois jours plus tard. Wapol avait été destitué de son titre de noble et contraint de fuir Drum. Les médecins avaient à nouveau droit d'officier là-bas. Désormais Dalton, le maire de la ville, avait la seule autorité.
Grand Line avait vu se succéder des rois, et si certains d'entre eux étaient bons envers leur peuple, ils respectaient les lois que les nobles s'amusaient à contourner. Mais Luffy, lui, ne se souciait d'aucune loi. Il comptait plutôt réécrire celles qui le dérangeaient afin qu'elles lui conviennent. Un noble qui faisait le mal autour de lui ne méritait pas d'être protégé par la loi. Au retour de Marco, après que ce dernier eut affirmé avoir accompli sa mission, Luffy s'était tourné vers Chopper avec un immense sourire aux lèvres.
-Ça te convient, avait-il demandé.
-Oui ! Merci beaucoup Luffy !
Après ça, Kureha avait compris qu'il était temps pour elle et Chopper de partir. Elle avait soutenu les Révolutionnaires autant qu'elle le pouvait, et sa mission était terminée. Il lui fallait maintenant retourner à Drum, où les habitants avaient besoin d'elle. Ils n'avaient aucun médecin pour s'occuper d'eux pour le moment, et elle était l'une des meilleurs. Drum était une région difficile où il était aisé de tomber malade. Il n'y avait pas de temps à perdre. Luffy avait comprit l'urgence et avait fait venir une voiture pour qu'ils atteignent Drum au plus vite. La blonde pensait qu'elle ne pourrait pas lui être plus reconnaissante qu'elle ne l'était déjà. Il avait tant fait pour elle, pour Chopper et pour Drum ; et semblait penser que ce n'était pas assez. Il n'y avait pas de limite à sa gentillesse. Elle lui avait assuré que s'il avait besoin d'elle, elle répondrait toujours présente. Bouclant ses valises, Kureha jeta un dernier regard à la chambre qui l'avait accueilli ces dernières semaines, avant de sortir pour rejoindre celle de Chopper. Elle toqua deux fois avant d'entrer.
-Tu es prêt ? Nous devons nous dépêcher pour arriver à Drum au plus vite.
Elle aperçut alors la grande valise de Chopper posée sur le lit, encore vide. Quelques affaires avaient été placés à côté d'elle, mais c'était comme si le petit renne ne pouvait se résoudre à les mettre à l'intérieur. Elle chercha son disciple des yeux, le trouvant assit sur le rebord de la fenêtre. Il fixait tristement la voiture qui les attendait en bas, prêt à les emmener jusqu'à Drum. Le conducteur était en train de discuter avec Marco de la meilleure route à suivre pour arriver vite et sans encombre. Le temps était souvent mauvais là-bas et il voulait éviter d'avoir un accident. Il avait un sac de voyage avec lui, posé près de la voiture. Le trajet allait être long. Chopper poussa un petit soupir, jetant un coup d'œil à sa propre valise. Il avait repoussé autant que possible le moment de la faire, parce qu'il voulait réfléchir. Mais il n'avait plus le temps. Kureha l'attendait. Ils devaient retourner chez eux. Il remarqua alors la présence de la vieille femme, qui s'approcha de lui. Elle lui caressa affectueusement la tête avant de demander avec inquiétude.
-Chopper, qu'est-ce que tu as ?
-Doctorine… Je ne veux pas partir.
Il avait tenté de s'y résoudre, mais il ne le pouvait pas. L'idée de s'éloigner de Luffy et de ses amis lui faisait mal. Il avait vécu tellement d'aventures incroyable avec eux. Ils avaient tissé des liens bien trop puissants, bien au-delà de l'amitié ou de la fraternité. C'était plus fort que tout. Il expliqua à Kureha que Luffy les avait réunis après son couronnement pour leur proposer de rester à ses côtés. Il comprenait que la plupart avaient un endroit où retourner, mais il voulait leur offrir une place au château, près de lui. Tout comme Sanji avait reçu une proposition de poste en tant que cuisinier officiel du roi, Chopper avait eu celui de médecin. Luffy lui avait dit qu'il ne faisait confiance à personne d'autre pour lui sauver la vie chaque fois qu'il est blessé. Il leur avait interdit de répondre tout de suite, parce qu'il devait y réfléchir. Zoro et Marco avaient déjà répondu. Ses frères aussi. Même Brook avait dit accepté. Chopper s'était alors rendu compte que lui aussi, il voulait rester.
-Je veux accepter sa proposition ! Je ne veux pas quitter mes amis !
Kureha se retrouva sans voix. Elle ne s'attendait pas à ce que Chopper lui dise ça un jour. Elle pensait qu'il avait hâte de revenir à Drum et elle s'en voulait un peu. Il avait dû souffrir de devoir prendre cette décision. Elle aurait dû lui demander ce qu'il voulait, ainsi il n'aurait pas eu peur de le lui dire. Ses mots l'avaient également particulièrement touché pour une tout autre raison. Un souvenir avait refait surface dans sa mémoire dès qu'elle les avait entendus. Un souvenir qu'elle pensait avoir complètement oublié. Ça c'était passé peu de temps après la mort d'Hiluluk. C'était le jour où Kureha avait comprit la souffrance de Chopper.
Le petit renne n'avait pas accepté la mort de celui qui l'avait accueilli. Hiluluk était le seul à avoir prit soin de lui, à l'avoir aimé. Hiluluk ne le considérait pas comme un monstre, et il était mort pour le protéger. On l'avait fait passer pour lui. Les villageois avaient peur de Chopper et Hiluluk s'était sacrifié pour qu'ils arrêtent de le chercher. Accablé par le chagrin et la culpabilité, le petit renne s'était emporté. Il avait tout détruit autour de lui, poussant des hurlements de rage et de souffrance. Kureha l'avait laissé faire, comprenant qu'il avait besoin d'extériorisé ses sentiments. Une fois son carnage terminé, Chopper avait éclaté en sanglot, serrant le drapeau pirate d'Hiluluk contre lui. Puis, il avait crié ces mots qui avaient brisé le cœur de Kureha. Ces mots qui continuaient de résonner en elle encore aujourd'hui. Ces mots qui lui avaient fait réaliser la cruauté des hommes. Des mots qu'elle avait malheureusement fini par croire.
-Jamais je ne trouverai quelqu'un qui m'acceptera pour ce que je suis ! Jamais !
Le temps avait fini par leur prouver le contraire. Aujourd'hui, Chopper n'était plus seul. Il s'était fait des amis, qui croyaient en lui et qui l'aimaient. Des amis qui ne l'avaient jamais vu comme un monstre, qui savait l'apprécier pour ce qu'il était. Des amis qui trouvaient cool qu'il puisse se transformer. Des amis qui se soucient de lui et qui jamais ne l'avait laissé tomber. Des amis dont Chopper se souciait lui aussi. Kureha se souvenait de l'inquiétude dans ses yeux quand il avait appris pour la blessure d'Usopp pendant la bataille. Il s'était précipité pour l'aider, se moquant bien de se retrouver au cœur même du danger. Plus tard, ils avaient tous les deux volé un char d'assaut et Chopper avait utilisé sa transformation monstrueuse. Non seulement leur initiative les avait tous sauvé, mais en plus Kureha avait pu constater que personne n'avait eu peur du petit renne sous cette forme. Ça n'avait pas changé la façon dont il le voyait, ni l'estime qu'ils avaient pour lui. Kureha sourit, redressant ses lunettes sur son nez.
-Je suis fière de toi Chopper. Tu as enfin trouvé des amis qui t'acceptent.
-Doctorine…
-Reste si c'est ce que tu veux. Je serai un médecin bien suffisant pour Drum.
Les larmes apparurent dans les yeux de Chopper alors qu'il lui sautait dans les bras. Kureha sourit tendrement alors qu'elle essayait de le réconforter. Kureha reprit ensuite ses valises et lui fit signe de la suivre. Ils sortirent ensemble du château, rejoignant la voiture qui les attendait. Le chauffeur les remarqua et s'approcha, récupérant les valises de Kureha pour la charger dans la voiture. Il était temps pour eux de se dire au revoir. Ni l'un ni l'autre ne savait vraiment quoi dire. Ils auraient voulu avoir plus de temps, mais Kureha devait partir maintenant. Elle avait repoussé le moment autant que possible. Elle serra le petit renne contre elle une dernière fois, le cœur lourd. Ne plus l'avoir à ses côtés allait être dur. Elle réprima avec peine ses larmes.
-Au revoir Doctorine.
-Au revoir mon petit Chopper. Je te souhaite d'être heureux.
Kureha monta dans la voiture, claquant la portière derrière elle. Le chauffeur lui jeta un coup d'œil confus, mais ne posa pas de question lorsqu'il remarqua son expression triste. Il démarra la voiture et commença à s'éloigner lentement. Kureha regarda par la fenêtre, apercevant Chopper qui la saluait de la main en faisant de son mieux pour retenir ses larmes. Elle lui rendit son signe, s'efforçant de sourire. Ils allaient se revoir, elle en était sûr. La voiture s'éloigna de plus en plus, jusqu'à disparaître du champ de vision du petit renne. Marco vient vers lui, posant une main réconfortante sur le haut de sa tête.
Une toute nouvelle aventure les attendait.
Iceburg
Les journées se succédaient et se ressemblaient toutes. Iceburg suivait une routine qu'il avait fini par trouver réconfortante. Il se levait généralement assez tôt, et il se rendait dans la cuisine pour récupérer du café et de quoi manger. Après ça, il se rendait directement dans la chambre de Franky, y trouvant Robin qui dormait auprès de son frère. Il la réveillait doucement avant de tirer les rideaux et ils déjeunaient ensemble. Ils passaient la journée au chevet du cyborg jusqu'à ce que la nuit soit tombée depuis des heures et qu'Iceburg retourne dans sa chambre, clôturent sa routine. Parfois, ils restaient dans un silence confortable alors qu'il dessinait des plans de bateau et que Robin lisait un livre. Ils avaient parfois de la visite tandis que les membres de leur équipe venaient prendre de leur nouvelles et veiller Franky avec eux. Chopper et d'autres médecins venaient tous les jours pour vérifier son état. Ils leurs servaient toujours le même discours : Franky allait bien, et ne tarderait pas à se réveiller. Ce diagnostique faisait aussi parti de leur routine. Mais cet équilibre fragile était sur le point de se briser.
Iceburg l'avait senti. Il s'était réveillé alors qu'il faisait encore nuit, sans parvenir à se rendormir. Il était allé prendre du café et s'était rendu machinalement jusqu'à la chambre de Franky. Arrivé devant la porte, il hésita. Pouvait-il vraiment entrer ? Robin dormait peut-être. Il l'ouvrit prudemment, jetant un coup d'œil à l'intérieur. La jeune femme était assise sur le bord du matelas, passant distraitement ses doigts dans les mèches bleu ciel. Elle leva les yeux vers lui, l'ayant entendu entrer, et lui adressa un faible sourire. Iceburg entra alors, refermant doucement derrière lui, puis s'avança pour la rejoindre, lui proposant l'un des gobelet en carton plein de café qu'il avait apporté. Robin le prit en lui adressant un signe de tête en remerciement. Iceburg se laissa tomber dans l'un des fauteuils avec un soupir de fatigue. Il n'avait pas osé regarder l'heure. Quelque chose les empêchait tous les deux de dormir, et il n'avait aucune idée de ce que c'était.
-Nous devrions sortir, propose-t-il. Nous passons tout notre temps dans cette chambre. Ce n'est pas bon.
-Je ne me sens pas capable de le laisser, avoue Robin.
-Je sais. Mais si on reste là, on va devenir fou.
Robin secoua la tête, fixant tristement le visage paisible de Franky. Elle savait que rester ici à se tourmenter n'était pas bien. Elle n'avait pas quitté cette pièce depuis des jours. Elle devrait sortit, voir d'autres personnes et voir enfin le soleil autrement qu'à travers la fenêtre. Mais elle ne pouvait s'enlever de la tête la possibilité qu'il se réveille, et qu'il se retrouve tout seul. Elle voulait être près de lui quand il ouvrira enfin les yeux, pour le rassurer. Iceburg ressentait la même chose, mais s'ils ne faisaient rien, leur propre santé allait décliner. Il devait convaincre Robin, et surtout se convaincre lui-même, de sortir ne serait-ce que pour quelques minutes. Son regard se posa sur le livre que la jeune femme avait laissé sur la table de chevet. Il pourrait lui proposer d'aller en acheter un nouveau. Quoique la librairie était un peu loin. Un rire moqueur lui échappa. Ils avaient besoin d'une excuse pour sortir maintenant. C'était pathétique. Il prit sa tête entre ses mains, fermant les yeux dans une veine tentative pour reprendre ses esprits. Soudain, Robin se redressa, lâchant un petit cri de surprise.
-Iceburg !
L'homme se redressa à l'entente de son nom, surprit de voir la jeune femme dans un état de choc. Son regard se posa alors sur le lit et il fut debout en un instant. Franky était toujours allongé, parfaitement immobile. Mais cette fois-ci, quelque chose avait changé.
Il avait ouvert les yeux.
-Oh mon dieu, souffle Robin. Il s'est réveillé…
Tous deux se retrouvèrent paralysé, fixant Franky comme s'il n'était que le fruit de leur imagination. Était-il réellement conscient ? Était-il bien sorti du coma ? L'avaient-ils imaginé ? Le cyborg lâcha alors un petit grognement, bougeant pour se lever. Cela les sorti tous les deux de leur transe et ils se précipitèrent vers lui. Iceburg l'aida à se redresser, lui interdisant de se mettre assit tout de suite. Il devait y aller doucement. Même si son corps était à moitié robot, il n'avait pas bougé depuis plusieurs jours et il lui faudrait un moment pour s'habituer. Robin attrapa des bouteilles de cola qu'ils avaient placé dans un petit réfrigérateur, juste pour lui. Elle les donna à Iceburg, le laissant les mettre dans le ventre du cyborg. Franky se sentit tout de suite mieux. Il avait maintenant conscience de ce qui se passait autour de lui. Il tourna la tête vers Robin, prenant sa main dans la sienne tendrement.
-Vous allez bien… Quel soulagement.
-C'est nous qui sommes soulagés idiot, s'exclame Iceburg, les larmes aux yeux.
-Que s'est-il passé ?
-Tu as failli mourir, répond Robin. Nous t'avons tiré des décombres à temps.
La jeune femme lui raconta ce qui s'était passé après l'explosion de Pluton. Elle parla de leurs recherches dans les débris de l'arme. Aucun des deux ne voulait l'abandonner et leur persévérance avait payé. Ils avaient trouvé son corps et l'avait emmené de toute urgence auprès de la division médicale. Elle lui expliqua qu'Iceburg était parvenu à remettre son système en marche et à le sauver. Ce dernier lui avoua ensuite qu'il était resté dans le coma depuis et qu'il venait seulement de se réveiller. Ils promirent de n'avoir parlé de Pluton à personne. Seuls eux trois connaissaient la vérité à propos de cette arme qu'ils avaient utilisé puis détruite, et qui avait failli enlever la vie au cyborg. En apprenant le nombre de jour qui s'était écoulé depuis la bataille, Franky resta sans voix. Il n'arrivait pas à croire qu'il ait pu rester inconscient aussi longtemps. Il devait avoir raté beaucoup de choses. Il regarda autour de lui, légèrement inquiet.
-Où sommes-nous ?!
-Au château, le rassure Robin. Il n'y a aucun danger.
-Comment s'est fini la guerre ?!
Robin et Iceburg échangèrent un regard, hésitant à lui raconter. Il venait tout juste de se réveiller. Mais ils cédèrent face à l'insistance du cyborg. Il avait besoin de savoir. Alors ils lui parlèrent des combats, des soldats qu'ils avaient perdus, et de la victoire de Luffy. Ils lui parlèrent du mémorial et du couronnement qui avait eu lieu quelques jours plus tôt. Franky écoutait en silence. Plusieurs sentiments différents se mélangeaient en lui, sans qu'il ne sache lequel exprimer. La joie d'avoir gagné la bataille, le soulagement d'être enfin libre, la tristesse d'avoir perdu plusieurs personnes durant cette guerre, et le regret de ne pas avoir pu assister à la réalisation du rêve de Luffy. Robin posa une main rassurante sur son épaule. Elle comprenait que tout cela soit difficile à assimiler pour lui. Il devait se sentir perdu au milieu de toutes ces révélations. Elle prit sa main entre les siennes, y déposant doucement un petit objet. Franky lui adressa un regard interrogateur en voyant la petite médaille que la jeune femme lui avait donné. Robin lui sourit en réponse, le regard brillant.
-C'est la tienne Franky. Comme nous tous, tu as reçu un titre de héros de guerre pour nos exploits.
-Mais… Je ne suis pas…
-Tu le mérites, le contredit Iceburg. Ton sacrifice à sauver des centaines de vies.
Sans lui, le bataillon du Vice-Amiral Bastille aurait massacré leur division médicale. Les blessés et les médecins auraient tous été tués. L'issu de la bataille aurait été radicalement différente sans lui. Il avait été brave et il méritait cette médaille. Franky la regarda alors, un petit sourire sur le visage. Elle était si petite, mais elle avait une grande signification. Il avait suivi son destin en faisant usage de Pluton, et cette médaille prouvait qu'il avait fait le bon choix. Qu'il ne fût pas le monstre que le gouvernement pensait qu'il était. Le fait qu'ils aient les plans de cette arme en tête ne signifiait pas forcément qu'il allait faire le mal. Il se sentait libre, soulagé d'un poids immense. Cette bataille contre lui-même avait prit fin. Un nouveau chapitre de sa vie allait commencer.
-Que faisons-nous maintenant, demande-t-il.
-Je vais rentrer chez nous, annonce Iceburg. Je dirige toujours l'entreprise de Tom-san, et je suis parti depuis bien trop longtemps.
-Laisse-moi quelques jours pour récupérer. Je te rejoindrai ensuite.
Il venait tout juste de sortir du coma, alors il lui faudrait un peu de temps. Mais Franky était persuadé que ça ne serait pas long. Il était à moitié robot, alors il récupérait beaucoup plus vite. Il ne lui faudrait qu'une semaine ou deux avant de pouvoir rejoindre son frère. Iceburg et Robin échangèrent à nouveau un regard et Franky fronça les sourcils. Y avait-il un problème ? Pourquoi faisaient-ils ces têtes-là ? Ils commençaient à l'inquiéter. Iceburg secoua alors la tête négativement.
-Tu ne viens pas avec moi Franky.
-Quoi ? Pourquoi ?
-Luffy a proposé à toute son équipe une place au château. Tu y as droit aussi.
Le jeune homme était venu les voir alors que Franky était encore dans le coma pour leur dire que la proposition qu'il avait faite à Robin était aussi valable pour le cyborg. Lui aussi avait sa place dans sa cour. Il leur avait demandé de le lui dire si jamais il se réveillait, en lui précisant bien qu'il devait y réfléchir et qu'il était en droit de refuser. Mais Iceburg et Robin en avaient longuement discuter et ils avaient convenu que le mieux pour Franky était d'accepter. Iceburg craignait qu'il ne soit pas vraiment heureux à l'atelier avec lui, loin de ses amis ; mais il savait qu'il le suivrait quand même pour ne pas l'abandonner. Avec Robin, ils s'étaient fait la mission de le convaincre d'accepter. Franky secoua la tête en signe de protestation.
-Je ne suis pas fait pour ce genre de vie.
-J'ai accepté, intervient Robin. Tous les autres également. Veux-tu bien rester avec nous ? Avec moi ?
Ils avaient tous répondu à Luffy. Zoro, Nami, Usopp, Sanji, Chopper et Brook avaient dit oui. Marco avait déjà accepté depuis longtemps, tout comme Ace et Sabo. Robin n'avait de toute façon nulle part où aller. Son village avait été détruit et Aokiji était mort pendant la bataille. Mais elle voulait rester avec Franky. Quoi qu'il décide, s'était près de lui qu'elle voulait construire son avenir. Heureusement, le fait qu'elle reste sembla le décider. Il lui sourit amoureusement, lui pressant les mains doucement.
-D'accord. J'accepte la proposition.
Iceburg retourna dans sa chambre un peu plus tard, laissant le petit couple seul pour profiter de leurs retrouvailles. Robin se blottit contre le cyborg, lui murmurant à quel point elle l'aimait. Franky lui répondit en affirmant qu'il l'aimait encore plus, faisant rire l'archéologue.
Le baiser qu'ils échangèrent annonça le début d'un bel avenir pour eux.
A suivre
Je ne pensais pas que ce chapitre serait aussi long ! Il a été étonnement simple à écrire. Chaque fois que je commençais une scène, j'étais prise dans l'instant et tout allait très vite. Je suis plutôt fière de ce que j'ai écris. Quelle scène est votre préférée ?
Ce chapitre était plein d'émotion. Il y avait beaucoup d'émouvantes retrouvailles. Il a aussi permit de mettre au point quelques détails de cette conclusion. Vous savez maintenant ce que chaque personnage va devenir, aussi bien les principaux que les secondaires comme la famille Vinsmoke. Ce chapitre conclu parfaitement cette histoire et pourtant elle n'est pas totalement finie.
Le chapitre 60 est pour bientôt. C'est incroyable !
Je publierai l'épilogue en même temps que le dernier chapitre, car je trouve inutile de vous faire attendre alors qu'il ne sera pas très long. J'ai hâte de pouvoir vous offrir tout ça !
Je posterai peut-être également un mot de l'auteur. Ce sera essentiellement un long texte dans lequel je me confierai sur beaucoup de chose. Je ferai également quelques petites annonces importantes.
A bientôt pour le chapitre 60 !
