Disclaimer : MFB ne m'appartient pas.


Ils ne comprennent pas


Ginga leva la tête vers le ciel. Le soir tombait et quelques étoiles faisaient timidement leur apparition. Il aurait aimé rester plus longtemps mais il avait d'autres occupations – des devoirs de blader.

Il se percha sur la pointe des pieds et posa un baiser sur les lèvres de Kyouya. Il recula, souriant.

- On se voit demain ?

Kyouya haussa les épaules.

- Tant que je ne récupérerai pas Leone, j'aurais rien de mieux à faire, alors...

- Ha !

Kyouya lui répondit par un demi-sourire narquois. Il lui tourna le dos et commença à s'éloigner.

- À demain ! le salua Ginga.

Il n'eut pour toute réponse qu'un geste de la main. Difficile de croire que Kyouya et lui sortaient ensemble depuis plusieurs jours. De l'extérieur, les choses semblaient à peine avoir changé, surtout qu'ils étaient toujours rivaux – ni l'un ni l'autre ne souhaitait se priver d'un adversaire aussi doué au Beyblade. Kyouya passait seulement un peu plus de temps avec lui.

Ginga partit dans la direction opposée à celle de Kyouya. Il se dirigea vers le centre de la ville. Il avançait de plus en plus vite, impatient d'arriver à destination et de récupérer Pegasus, comme n'importe quel blader digne de ce nom.

Le ciel s'assombrissait. Avant que les étoiles ne puissent l'envahir, les éclairages artificiels de la ville s'allumèrent, créant des flaques lumineuses à intervalles réguliers et réduisant la lueur des étoiles. Peut-être que Ginga sortirait de la ville pour les admirer.

Le B-Pit lui apparut enfin. Il accéléra une dernière fois. Il ouvrit la porte en grand et bondit à l'intérieur.

- Est-ce que Pegasus est réparé ?

Il n'eut aucune réponse. Il cligna des yeux, surpris, puis laissa son regard dériver sur la boutique. Elle était sombre et silencieuse. Un puits de lumière provenait du sous-sol. Ginga se dirigea d'un pas plus tranquille vers les escaliers – Madoka ne supportait pas de les voir courir dans la boutique. Il descendit et attendit d'être au bas des marches pour interpeller son amie, installée à son bureau.

- Tu as fini de réparer Pegasus ?

Madoka sursauta et se retourna. Elle plaça ses lunettes sur ses cheveux, dévoilant des yeux écarquillés.

- Tu n'es pas avec Kyouya ?

- Je suis venu chercher Pegasus.

- Je ne t'attendais pas aussi tôt.

Les épaules de Ginga s'affaissèrent.

- Ça veut dire que tu n'as pas fini de le réparer... soupira-t-il, déçu.

Il avait écourté son rendez-vous avec Kyouya pour rien.

- Bien sûr que j'ai terminé ! Je pensais juste que tu resterais avec Kyouya, comme hier. Et avant-hier. Et à chaque fois que tu peux passer du temps avec lui.

Ginga s'illumina. Il bondit vers le bureau. Madoka eut à peine le temps de lui tendre Pegasus qu'il le récupéra d'un geste vif et se mit à l'observer sous toutes les coutures. Sa toupies était parfaitement réparée, comme à chaque fois que Madoka prenait soin d'elle. Elle semblait neuve, tout droit sorti d'une usine, même si Ginga percevait toujours le lien qui les unissait, forgé à travers les épreuves qu'ils avaient surmontées.

C'était son Pegasus.

Il le frotta contre sa joue.

- Je suis tellement heureux de te revoir. Tu m'as tellement manqué...

Il regarda de nouveau Pegasus.

- Dire que tu as un petit ami...

La remarque de Madoka fit éclater sa bulle. Il la regarda avec agacement.

- Je vois pas le rapport.

- Tu te conduits toujours de la même façon. Je m'attendais à ce que tu évolues un peu.

- Ça veut dire quoi ? demanda Ginga, un brin vexé.

- J'espérais que t'arrêterais de faire le gamin quand je répare ta toupie.

- Sympa, marmonna-t-il.

Si Madoka n'avait pas aussi bien réparé Pegasus, il lui en aurait voulu un peu plus.

- Bon, on va aller dormir, déclara-t-il en se tournant vers les escaliers.

- "On" ?

- C'est ça, moque-toi.

- Attends, soupira Madoka.

Ginga s'immobilisa, le pied posé sur la première marche.

- Quoi ?

- Tu ne restes pas dormir ici ?

- Je ne voudrais pas te déranger avec mon comportement de gamin.

- Kyouya a une mauvaise influence sur toi, commenta Madoka en se réinstallant devant son bureau. J'ai encore deux trois trucs à faire puis je te laisse la place.

Ginga hésita un instant avant de revenir sur ses pas. Il se dirigea vers la banquette et se laissa tomber dessus. Il n'avait pas de meilleur endroit où aller, à part s'il comptait dormir une fois de plus à la belle étoile. Il pourrait s'allonger sur les rives du fleuve et regarder les astres jusqu'à s'endormir...

Il plia un bras derrière sa tête et garda Pegasus dans son autre main. Son bleu sombre captait la lumière et renvoyait des éclats. Il ressemblait à un minuscule ciel étoilé.

- Tu as bientôt réparé Leone ?

- Je m'y mets demain. Si vous pouviez trouver un autre moyen de passer le temps qu'en vous battant jusqu'à l'épuisement, les réparations ne seraient pas aussi longues.

- Tu ne peux pas demander ça à des bladers.

- Vous êtes les seuls à le faire.

Ginga glissa un regard vers son amie. Elle le toisait avec sévérité. Il rangea Pegasus dans sa pochette et lui tourna le dos.

- Je suis fatigué. Bonne nuit.

- C'est ça, fuis la discussion.

Ginga s'efforça de respirer profondément. Madoka soupira. Des bruits lui indiquèrent qu'elle se remettait au travail. Il se détendit et s'endormit.


XXX


- Tu vas passer la journée avec Kyouya ?

- Bien sûr ! Dès que tu auras fini de réparer Leone, Kyouya repartira s'entraîner. Il ne nous reste pas beaucoup de temps.

- Vous êtes graves.

- Nous sommes des bladers passionnés ! rétorqua Ginga avec un grand sourire.

- Je commence à croire que c'est la même chose.

Ginga finit d'engloutir son beignet sans prendre en compte sa remarque. Il avait hâte de rejoindre Kyouya. Il leur restait un, voire deux, jours à passer ensemble. Il comptait profiter de chaque seconde. Surtout que, lorsqu'ils se reverraient, ce serait pour combattre et essayer de se départager enfin. Ginga ne comptait pas perdre. Il ne céderait face à personne, et surtout pas face à Kyouya. C'était son plus grand rival. Il lui devait de se battre de toutes ses forces contre lui.

Surtout qu'il détestait perdre.

Ginga se leva et quitta la table.

- On se voit plus tard !

- Passe une bonne journée. Moi, je vais voir ce que je peux faire pour Leone.

Madoka semblait épuisée d'avance.

- Tu vas réaliser un miracle, comme toujours.

Madoka leva la tête vers lui, surprise. Un sourire apparut timidement sur son visage.

- Tu as raison. Merci.

Les deux adolescents quittèrent la cuisine pour se rendre dans la partie boutique. Ginga se dirigea vers la porte d'un pas léger. Il ralentit en voyant Hikaru, avec son habituelle expression sérieuse, de l'autre côté de la vitre. Il lui ouvrit.

- Il y a un problème ?

- Rien d'urgent.

Ginga n'eut rien le temps d'ajouter que son père apparut à son tour. Il semblait tout aussi sérieux que son assistante. Ça n'augurait rien de bon.

- Papa ? Quelque chose ne va pas ?

Il y avait un problème ? Le monde du Beyblade était de nouveau en danger ? Le Nébuleuse Noire recommençait à faire parler d'elle ?

(Ginga savait que Daidouji était censé être mort, mais ils l'avaient déjà crus disparu après l'Ultime Bataille. Il n'était plus prêt à parier dessus, quitte à être catalogué de paranoïaque.)

L'expression de Ryuusei se crispa.

- Nous devons parler à Madoka.

- Moi ? demanda l'adolescente, inquiète.

Ryuusei hocha la tête.

- D'accord.

Les deux employés de l'AMBB s'avancèrent, passant devant Ginga qui s'écarta.

- Vous voulez que je reste ? proposa-t-il.

Il s'en voudrait de ne pas aller voir Kyouya, mais il s'en voudrait bien plus s'il ne répondait pas présent quand on avait besoin de lui. Il savait que Kyouya comprendrait.

- Pas pour l'instant.

- D'accord.

Ginga leur tourna le dos et commença à s'éloigner.

- Ginga ? l'interpella son père. Nous devons parler.

- Maintenant ?

- Plus tard.

Comme Ryuusei ne semblait rien vouloir ajouter, Ginga partit. La porte se referma derrière lui. De l'autre côté de la vitre, son père et Hikaru s'approchèrent de Madoka. Le trio se mit à discuter. Ginga attendit un instant avant de s'éloigner. Si on avait eu besoin de son aide, on le lui aurait demandé. En plus, à son retour, Madoka lui expliquerait sans doute la raison de cet échange.

Tout de même, il trouvait étrange d'être congédié ainsi. Surtout avec son père qui tenait à lui parler. À part. À un autre moment.

Plongé dans ses pensées, il faillit dépasser le lieu de rendez-vous. Il revint sur ses pas, sauta par-dessus la barrière et se laissa glisser sur la pente herbeuse qui bordait le canal. Kyouya n'était pas encore arrivé. Ça n'avait rien d'étonnant vu l'heure matinale.

Ginga s'assit. Il croisa les bras derrière la tête et s'allongea. Il n'arrivait pas à sortir cette réunion de sa tête. Il se demandait ce qui s'y disait et pourquoi son père faisait autant de mystères.

Une ombre se projeta sur lui. Surpris, Ginga se releva d'un mouvement si brusque qu'il manqua de tomber. Kyouya l'observait, une main sur la hanche, un sourcil haussé.

- Kyouya ?

- Pourquoi tu es surpris ? C'est toi qui tenais à ce qu'on se voie aujourd'hui.

Ginga ferma les yeux et se passa une main sur la nuque.

- Ginga ?

Il leva la tête vers Kyouya. Son petit ami avait une expression inquiète. Ginga lui sourit.

- Je pensais à autre chose. C'est tout.

Il aurait tout le temps d'y réfléchir plus tard, quand il aurait le fin mot de l'histoire. Se torturer en se posant des questions dont il n'avait pas la réponse ne servait à rien.

Il se leva.

- Et si on allait se promener ?

Kyouya l'observa un instant, jugeant de sa sincérité, avant d'esquisser un bref hochement de tête. Ginga lui frôla la main, complice. Il ne la prit pas malgré son envie : Kyouya était très strict vis-à-vis des démonstrations d'affection en public.


XXX


Ginga se sentait léger. Passer une journée entière avec Kyouya le remplissait de bonne humeur. Même quand il rêvait d'être son ami, à une époque où il croyait que Kyouya le détestait, il n'imaginait pas que passer du temps avec lui serait aussi agréable.

Sa joie s'effrita quand, de retour au B-Pit, il aperçut son père, affichant un air très sérieux.

- Tu as attendu toute la journée ? s'inquiéta-t-il.

- Non. Je suis retourné au bureau. Madoka m'a dit vers quelle heure tu reviendrais.

- OK.

Il y eut un silence, qui parut étrangement inconfortable à Ginga. Sa joie finit de disparaître et une barre vint comprimer sa poitrine. Il s'efforça de conserver une respiration calme. Ce n'était rien. Forcément.

- Tu veux... me parler ?

- Sortons.

Le malaise de Ginga augmenta. Il suivit son père à l'extérieur et marcha. Ils se dirigeaient vers le QG de l'AMBB.

- Daidouji est revenu d'entre les morts ?

Ce n'était pas une plaisanterie pour alléger l'atmosphère. Plus rien ne l'étonnerait de la part de ce type.

- Non.

- La Nébuleuse Noire fait parler d'elle ?

- Non plus.

- L'AMBB va organiser un tournoi ?

Il n'y avait pas la moindre once d'enthousiasme dans la voix de Ginga. Ça ne lui semblait pas très crédible au vu de l'atmosphère de malaise qui régnait. Mais son père ne donnait pas l'impression de vouloir s'expliquer. S'il ne voulait pas attendre sans rien faire, il n'avait pas beaucoup d'autres choix que de lancer des hypothèses.

- Non, mon fils. Ça n'a rien à voir avec le Beyblade.

De quoi son père pouvait-il vouloir lui parler s'il n'était pas question de Beyblade ?

Il frissonna. Une profonde inquiétude lui tenailla les entrailles.

- C'est Maman ? Il lui est arrivé quelque chose ?

Ginga ne la voyait pas souvent – très rarement même – mais c'était sa mère et il l'aimait.

- Non, elle va bien.

Ginga s'étonnait de voir son père l'affirmer avec tant d'aplomb. Ils s'évitaient de leur mieux depuis leur divorce.

- Alors quoi ?

Ryuusei hésita. Il ralentit puis s'arrêta. Ginga fit de même.

- J'ai entendu dire que tu sors avec Kyouya.

- Ah ? C'est vrai. J'aurais dû t'en parler.

Il n'y avait pas du tout pensé, alors qu'il avait passé plusieurs jours à réfléchir à la manière d'annoncer leur relation à leurs – pardon, à ses – amis. Ce qui n'avait servi à rien, au final : certains d'entre eux croyaient que Kyouya et lui sortaient ensemble depuis des mois, voire des années, tandis que les autres avaient poussé un énorme soupir de soulagement.

- Je n'ai pas essayé de te le cacher.

J'ai seulement pas pensé à te le dire.

Il ne parlait pas à son père, hormis à propos de Beyblade.

- Tu ne devrais pas.

- Pas quoi ? demanda Ginga tout en redoutant la réponse.

- Être avec lui. Ce n'est pas... quelqu'un de bien.

- Pardon ?

- Tu l'as dit toi-même.

- Je ne me souviens pas d'avoir dit une chose pareille.

- Si, quand Yuuki est venu nous prévenir pour les bladers légendaires.

Ginga fit fonctionner sa mémoire à toute allure. Son cœur battait trop fort, au point de résonner contre ses tempes et de lui donner la nausée. Il peinait à réfléchir. Ce n'était pas en train d'arriver. Ça ne pouvait pas être en train d'arriver.

- J'ai dit qu'il peut être dur et égoïste. Ce n'est pas tout le temps, et ça ne veut pas dire qu'il est quelqu'un de mauvais.

Ginga pouvait compter sur Kyouya plus que sur n'importe qui d'autre, quels que soient les dangers qui l'attendaient.

- Ce n'est pas quelqu'un de bien. Il finira par te faire du mal. Ginga, je suis ton père. Je ne veux pas que tu souffres.

Ginga se sentait mal pourtant.

- Kyouya...

- Réfléchis-y.

Son père partit, sans lui laisser le temps de répliquer. C'était peut-être mieux. Ginga n'aurait pas su quoi lui répondre. Il avait d'innombrables arguments pour défendre Kyouya mais il se sentait engourdi. Son esprit était cotonneux et refusait ce qui venait de se produire. Ça lui semblait à peine croyable. Il ne s'attendait pas à devoir défendre Kyouya et leur relation devant son père. Il savait, pourtant, tout ce que Kyouya avait fait. Il était à ses côtés depuis le début de ses aventures. Il était celui qui les faisait toujours basculer vers la victoire.

Il fallut un moment pour que Ginga songe à retourner au B-Pit. Il revint lentement sur ses pas. La plus petite once d'énergie semblait avoir quitté son corps. Il ne savait pas quoi faire.

Franchir le seuil de la boutique ne lui donna pas son confort habituel – presque comme s'il rentrait à la maison. Il continuait de se sentir vide. Et mal.

Ginga descendit dans l'atelier de Madoka. Il avisa la jeune fille, endormie à son bureau. Un Leone rutilant reposait à ses côtés. Le cœur de Ginga se comprima. Leone était réparé, ou sur le point de l'être. C'était sûrement mieux ainsi.

Son regard dériva sur Madoka. Elle semblait paisible. Il alla éteindre la lumière de son bureau, puis celle de la pièce. Il ne pouvait pas l'ennuyer avec cette histoire. Ça ne concernait que son père et lui. Il ne pensait pas en parler à Kyouya non plus. Ce serait l'ennuyer avec des détails inutiles. C'était son problème, à lui et à lui seul. Il ne devait embêter personne avec ça. Il devait le régler.

Et il le réglerait seul.


XXX


Ginga monta péniblement les escaliers. Il avait mal dormi. Il avait peiné à trouver le sommeil et, même quand il avait finalement sombré, il n'avait cessé de se tourner et de se retourner sur sa banquette.

Il émergea dans la boutique. Madoka se tenait derrière le comptoir, lisant une liasse de feuilles. Yuuki était auprès d'elle.

- Yuuki ? Qu'est-ce que tu fais là ?

- Bonjour M. Ginga. Madoka m'a demandé de lui donner un coup de main.

- Ah oui ?

Madoka releva la tête et lui sourit.

- Ça a été la discussion avec ton père ?

Ginga afficha un sourire parfaitement crédible. Il était doué pour ça. Peu importait ce qu'il ressentait en réalité, ses sourires donnaient toujours une illusion de joie et d'enthousiasme.

- Bien sûr. Qu'est-ce que l'AMBB te voulait ?

- L'Association m'a proposé un contrat plus sérieux.

- C'est génial.

Madoka opina. Elle ouvrit un tiroir et en sortit Leone. Elle le tendit à Ginga avec un grand sourire.

- J'ai fini de le réparer. Tu veux l'apporter à Kyouya ?

Les épaules de Ginga se tendirent. Il ne pensait pas que ce serait une bonne chose de voir son petit ami aujourd'hui. Kyouya était très observateur. Il comprendrait que quelque chose n'allait pas et Ginga ne pouvait pas lui mentir.

- Tu... devrais le lui rendre toi-même.

- Quoi ?

Ginga déglutit.

- Tu devrais rendre Leone à Kyouya.

- J'ai entendu. Pourquoi ? Vous vous êtes disputés ?

- Non. C'est juste que...

Ginga réfléchit à une excuse plausible, haussa les épaules.

- Il va repartir en voyage pour s'entraîner.

Il y eut un silence.

- Ginga, est-ce que tu as un problème ?

Alors que Ginga ouvrait la bouche pour dire à Madoka que tout allait bien, qu'elle n'avait pas à s'inquiéter, elle reprit la parole :

- Ne mens pas s'il te plaît. Je sais que tu ne veux pas nous inquiéter mais ça ne marche pas comme ça l'amitié. Tu préfère savoir quand moi ou Kenta ou Tsubasa allons mal, pas vrai ? Quitte à t'inquiéter.

Ginga pinça ses lèvres. Oui, il préférait savoir quand ses amis allaient mal, même s'il devait s'inquiéter, même s'il devait se sentir impuissant – comme c'était arrivé tant de fois. Au moins, il pouvait toujours essayer quelque chose pour arranger la situation.

Il tapota le comptoir. Sous la vitre, étaient exposées des toupies qui n'avaient jamais encore combattu.

- Papa... ne veut pas que je sorte avec Kyouya.

Madoka écarquilla les yeux.

- Tu es sûr ?

- Il me l'a dit hier. Il... a dit que Kyouya n'est pas quelqu'un de bien et que je serais plus heureux sans lui.

- Tu lui as annoncé que vous sortez ensemble ?

- Non. Il a deviné... ou quelqu'un lui a dit.

Ginga s'en moquait. Son père aurait fini par le savoir de toute façon : sa relation avec Kyouya n'était pas un secret, même s'il ne la criait pas sur tous les toits. Le seul problème, c'était sa réaction. Ginga n'aurait jamais imaginé qu'il le prendrait comme ça. Peut-être que son père avait juste besoin de temps pour s'habituer à l'idée.

...ou pas. Il n'avait jamais spécialement apprécié Kyouya.

La barre refit son apparition.

- Je ne vois pas ce que je peux faire, avoua Ginga.

- Ton père n'a pas vraiment tort, intervint Yuuki.

Ginga se tourna vers lui.

- Comment ça ?

- Kyouya t'a quand même abandonné face à Nemesis. Pire, il était prêt à abandonner le monde.

- Kyouya est venu à la fin. C'est grâce à lui que nous avons trouvé le dernier blader légendaire et que nous avons pu vaincre Nemesis. C'est tout ce qui compte.

- Ça n'efface pas ce qu'il a fait avant.

- C'est une blague ? Tu ne peux pas être contre lui.

- Je ne suis pas contre. Je comprends le point de vue de ton père, voilà tout.

- Il n'y a rien à comprendre, grogna Ginga. Sans Kyouya, on aurait tout perdu... et ça n'a rien à voir avec notre décision d'être ensemble.

Ginga ne voyait pas pourquoi il devait justifier leur couple à ce point. Kyouya devait quoi ? Se conduire comme un héros pour avoir le droit de sortir avec lui ? C'était ridicule.

- Ne t'énerve pas Ginga...

- Je ne suis pas énervé !

Madoka et Yuuki tressaillirent. Ginga soupira. Il tendit la main vers Leone et le récupéra. Finalement, passer du temps avec Kyouya aujourd'hui était une bonne idée. Il n'avait aucune envie de rester ici.

- Ginga !

Il quitta la boutique sans se retourner. Il s'éloigna à grands pas, passant entre les badauds. Il ignorait le poids sur sa poitrine qui tentait de l'empêcher de respirer. Il repoussait toutes les pensées qui voulaient envahir son esprit : les paroles de son père, celles de Yuuki. Il avançait, se concentrait pleinement sur chacun de ses pas. Il ne voulait pas y penser. Ce qu'elles lui faisaient éprouver était dangereusement proche de la colère. Il ne pouvait pas se mettre en colère contre son père et ses amis. C'était... Il n'était pas capable de s'énerver normalement. S'agacer, ça passait, mais sa colère était destructrice. Il risquait de leur faire du mal et il le regretterait.

N'y pense pas, n'y pense pas, n'y pense pas.

Si jamais il mettait un pied sur ce chemin, ce serait catastrophique.

Une brise marine caressa son visage. Ginga s'arrêta, surpris, et cligna des yeux. Il avait déjà rejoint les bords du canal.

S'efforçant de respirer tranquillement, il observa les alentours. Kyouya n'était nulle-part. Ses épaules s'affaissèrent. Il avait besoin de le voir.

Il leva la main et déplia ses doigts, découvrant Leone.

- Il ne nous reste plus qu'à l'attendre.

La toupie étincela. "Attendons", semblait-elle dire.


XXX


- Tu es venu tôt aujourd'hui.

Ginga ouvrit les yeux. Kyouya se tenait debout, penché vers lui, les mains dans les poches. Même sous cet angle improbable, il était beau.

Son visage se peignit d'un air soucieux.

- Il s'est passé quelque chose ?

Une poignée de secondes, et il avait remarqué.

Ginga s'assit. Il leva la main et lui montra sa toupie.

- Madoka a fini de réparer Leone.

Kyouya tendit une main et récupéra sa toupie du bout des doigts. Il l'observa, comme pour s'assurer de la qualité des réparations, avant de la ranger. Il prit place à côté de Ginga et le regarda de ses yeux tellement bleus.

- Tu... ?

Ginga passa un bras autour de sa taille et se blottit contre lui. Il appuya son front contre son cou et ferma les yeux. Il ne voulait penser à rien d'autre qu'à Kyouya pendant les prochaines minutes.

Son petit ami se crispa, surpris – il n'avait pas encore l'habitude de ce genre de démonstration, entre eux – avant de se détendre. Ginga eut l'impression de fondre. Il adorait l'avoir contre lui, et le savoir à l'aise en sa compagnie.

Kyouya posa ses mains sur le bas de son dos. Ginga savait qu'il pourrait éterniser cette étreinte autant qu'il le désirait. Une des choses agréables, dans le fait de sortir avec Kyouya, était qu'il ne le poussait jamais pour obtenir des réponses. Ginga n'avait pas besoin de chercher des justifications ou de l'éviter en espérant que le sujet quitte ses pensées. Il pouvait rester avec lui en silence, partir réfléchir de son côté, discuter d'autre chose avec lui... ou parler du sujet qui le préoccupait. De nombreuses personnes considéreraient cela comme de l'indifférence de la part de Kyouya, mais cette douce prévenance était exactement ce dont Ginga avait besoin. C'était reposant.

Ginga posa sa main libre sur le ventre de Kyouya – sa peau était douce et chaude – et le poussa légèrement. Kyouya le lâcha. Ils se regardèrent. Les yeux bleus étaient emplis d'interrogations, avec une pointe d'inquiétude. Ginga caressa sa joue, un léger sourire aux lèvres. Il se sentait mieux, à présent. Bien sûr, être avec Kyouya n'avait pas effacé ses problèmes, mais ça avait été suffisant pour qu'il les envisage plus calmement.

- Je t'expliquerai.

L'expression de Kyouya s'adoucit, confiante.

- D'accord.

Ginga appuya son front contre son épaule.

Être avec Kyouya était vraiment apaisant.


XXX


Ginga posa le carton sur le comptoir en poussant un soupir fatigué. Il se tourna vers Madoka.

- C'était le dernier ?

- Oui, merci, répondit-elle avec un grand sourire.

Ginga s'étira. Les cartons n'avaient pas été spécialement lourds – les déplacer n'avait rien de commun avec les efforts qu'il déployait lorsqu'il s'entraînait au Beyblade – mais ça avait été lent et ennuyeux.

- Je dois inscrire quoi sur le registre ? demanda Kenta.

- Écrit que la commande FU-52368 est arrivée.

Le trio était réuni au B-Pit. Pendant que Kenta tapait les nombres dictés par Madoka, Ginga laissa son regard dériver autour de lui. La boutique était calme et bien ordonnée, comme d'habitude.

- Dis Ginga.

L'interpellé tourna la tête vers Kenta.

- C'est vrai que Kyouya est toujours à Bey-City ?

- Oui. Pourquoi ?

Kenta secoua la tête.

- Benkei m'en a parlé et ça m'a surpris. Il a récupéré Leone, non ? Normalement, dès qu'il l'a, il part s'entraîner... pour... te vaincre, termina-t-il avec perplexité.

Ses amis avaient du mal à comprendre leur relation. Ils savaient qu'ils sortaient ensemble, et semblaient penser que ça devrait signer la fin de leur rivalité. Comme si l'un ou l'autre accepterait une telle conclusion. Ils étaient les meilleurs rivaux possibles, se poussaient au-delà de leurs limites... S'ils cessaient d'être rivaux, jouer au Beyblade perdrait en intérêt.

- C'est vrai ? s'étonna Madoka. J'ai terminé de réparer Leone. À part...

Elle adressa un regard soupçonneux à Ginga.

- Quoi ?

- Tu lui as rendu Leone, pas vrai ?

- Évidemment ! Tu me prends pour qui ?

- Bah, je me dis que pour passer du temps avec lui...

- Jamais je ne séparerais un blader de sa toupie. Et jamais je ne ferais une chose aussi horrible à Kyouya et Leone !

Pourquoi ne pas lui demander s'il avait l'intention de lui crever les yeux ou de lui arracher une main tant qu'elle y était ?

- Du calme, je plaisantais.

- Ouais, ben, la prochaine fois, dis quelque chose de drôle.

- Dit le garçon qui a ri après avoir dit que je serais enlevée par les Chasseurs de Tête...

Ginga eut un demi-sourire.

- Et tu as été enlevée par Tetsuya juste après... Ça prouve bien que j'avais raison.

Madoka poussa une exclamation indignée. Ginga laissa échapper un son moqueur.

- Les gars...

Kenta fut interrompu par la clochette de l'entrée. Le trio reporta son attention vers la porte. Ginga tressaillit. Il n'en croyait pas ses yeux.

- Hyouma ?

Le blader d'Aries sourit.

- Bonjour Ginga. Bonjour les amis.

- Hyouma ! s'exclamèrent Madoka et Kenta avant de courir vers le nouveau venu.

Ginga resta en retrait pendant qu'ils échangeaient des salutations et autres banalités. Il devrait être heureux de revoir Hyouma – c'était son ami d'enfance, après tout – sauf qu'il ne quitterait jamais Koma sans raison. Et, si peu de temps après son altercation avec son père, Ginga ne pouvait s'empêcher d'avoir un très mauvais pressentiment.

Peut-être que je me trompe...

Il l'espérait – même s'il n'y croyait pas.

- Tu ne viens pas me dire bonjour Ginga ?

Conciliant, le rouquin fit trois pas, un sourire plaqué sur le visage. Il s'arrêta à une certaine distance du groupe.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Tu n'es pas content de me voir ?

Une même expression confuse se peignit sur les traits de Kenta et Madoka. L'expression de Hyouma, elle, n'avait pas changé.

- Si, bien sûr, mais c'est surprenant. Tu n'es pas du genre à quitter Koma pour rien.

- Quelle meilleure raison j'aurais que rendre visite à mon ami d'enfance ?

Le sourire de Ginga s'effaça. Il n'avait plus la force ni la volonté de faire bonne figure. Si Hyouma tournait à ce point autour du pot, ça ne pouvait que signifier des mauvaises nouvelles.

- Des tas.

- Ginga ! s'indigna Madoka.

- Il n'est jamais descendu de Koma ces quatre dernières années, déclara Ginga sans quitter Hyouma des yeux. Pas une seule fois. Cette raison ne tient pas... alors pourquoi tu es vraiment là ?

Pendant un instant, le masque de Hyouma se fendit et laissa paraître une expression beaucoup moins amène. Cela ne dura qu'un instant. Son sourire doucereux réapparut, de telle manière que quelqu'un d'autre que Ginga aurait douté de ce qu'il avait vu.

Pas lui. Hyouma ne lui referait pas le coup.

- Ton père s'inquiète pour toi.

Nous y voilà.

C'était exactement ce qu'il redoutait.

- Si Papa a quelque chose à me dire, nous en parlerons face à face. Nous n'avons pas besoin d'intermédiaire.

- C'est nécessaire, dans certaines situations.

- Ce...

- Surtout quand une personne est sous influence.

- Tu viens de dire quoi là ? grogna Ginga.

Hyouma cessa finalement de sourire pour afficher une expression débordant d'inquiétude. Ginga se demanda à quel point elle était travaillée. En fait, il se demandait s'il y avait une quelconque once de sincérité là-dedans.

- Je parle de Kyouya Tategami. Ce n'est pas quelqu'un de bien. Tu ne peux pas compter sur lui...

Les poings de Ginga se serrèrent. Son père, Yuuki et maintenant Hyouma ? Ils s'étaient donné le mot ou quoi ?

- Mais... commença Kenta.

- Je peux compter sur Kyouya. T'es peut-être pas au courant mais ça fait cinq ans qu'il me sauve la mise.

Même s'il ne l'avait pas fait exprès, Kyouya l'avait sauvé à l'instant même où Ginga avait mis le pied à Bey-City. C'était grâce à lui qu'il avait fait la connaissance de ses amis, et c'était grâce à lui qu'il avait décidé de s'attarder dans cette ville.

Hyouma eut un petit sourire.

- Je vois... Tu lui es reconnaissant et tu t'imagines que c'est de l'amour.

- Je comprends parfaitement mes sentiments, merci bien. J'aime Kyouya, et ça n'a rien à voir avec ce que je ressens pour mes amis.

Ces sentiments étaient à la fois plus intenses et plus doux. Sans compter que Ginga était physiquement attiré par le blader de Leone. Personne ne lui avait jamais plu de cette façon. Il en aurait sûrement fait un argument si Kenta et Madoka n'étaient pas à portée d'oreille. Il ne voulait pas les choquer.

- Si c'est tout ce que tu avais à me dire, tu peux partir. Je ne te retiens pas.

Hyouma soupira avec condescendance, comme s'il faisait face à un enfant turbulent qui refusait de comprendre son erreur.

Va-t'en. Pars maintenant.

Ginga bouillonnait à l'intérieur. Il avait l'impression – non, il savait – qu'il ne tarderait pas à exploser. Il fallait que Hyouma parte immédiatement pour qu'il puisse éviter cette situation.

Sauf que Hyouma restait planté là. Au milieu de l'entrée, en plus, comme s'il voulait l'empêcher d'avoir la moindre échappatoire. Peut-être était-ce volontaire. Ginga détestait douter de son ami d'enfance ainsi, mais Hyouma ne se caractérisait pas par sa spontanéité. Ce serait tout à fait son genre de penser à ce genre de détail.

Va-t'en.

- Tu vois, c'est exactement ce que je disais.

Va-t'en !

- Tu es sous influence.

VA-T'EN !

- Jamais tu ne m'aurais parlé comme ça avant.

Les pensées de Ginga se turent, un calme de très mauvais augure, comme un prédateur à l'affût. Il toisa Hyouma d'un regard si froid que le blader d'Aries eut l'air incertain. Comme il était son ami d'enfance, et qu'ils avaient partagé des années de jeu et d'aventure, Ginga était prêt à lui laisser une dernière chance.

- Avant quoi ?

Sa voix était emplie de menace. Si Hyouma choisissait ce chemin, il ne lui ferait aucun cadeau.

Il en serait incapable.

- Avant de rencontrer Kyouya Tategami. Tu étais si joyeux, si innocent. Tu ne t'en souviens pas ?

- D'après toi, c'est à cause de Kyouya que j'ai changé de cette façon ? Tu n'as pas une autre idée ?

Hyouma sourit.

- Tes autres amis sont des gens bien. Ils ne risquent pas d'être une mauvaise influence...

- Mon père est mort sous mes yeux !

Le sourire de Hyouma se mua en un air de réprimande.

- Il a fait ça pour...

- Moi. Je sais. J'ai entendu ! Sauf que je l'ai vu mourir, et que j'ai été incapable de le protéger. Je n'ai même pas réussi à le venger. Ryuuga et Daidouji avaient toujours un temps d'avance. Et moi... et moi je ne pouvais que leur courir après et me faire piétiner. J'ai échoué, et échoué encore, et à chaque fois, ça me donnait le sentiment de trahir mon père et de salir sa mémoire.

Faible, bien trop faible, si faible que c'en est pathétique.

Il n'y avait rien de pire qu'être incapable de protéger ceux auxquels on tenait.

- Grâce à ça, tu es devenu plus fort.

- Non. Si je suis devenu fort, c'est uniquement parce que j'ai rencontré Kyouya et les autres. Je me dirigeais droit dans le mur.

Hyouma roula des yeux, comme s'il faisait beaucoup de cinéma pour rien. Comment osait-il ?

- Tu as gagné l'Ultime Bataille. L'objectif a été rempli.

- Tu ne m'écoutes pas Hyouma !

- Pourquoi je t'écouterais alors que tu évites le vrai sujet ?

- Le "vrai sujet" ? C'est toi qui as commencé. Tu veux parler de ce qui m'a influencé négativement ? J'ai passé six mois à la rue. Est-ce que tu t'es demandé une seule fois ce qui a pu m'arriver ? Est-ce que tu t'es inquiété ? Non ! Toi, tu étais tranquillement à Koma pendant ce temps.

- Il fallait...

- Ne te cherche pas d'excuses. Quand je suis revenu, tu ne m'as pas demandé une seule fois comment j'allais. Tu t'en fichais complètement ! Et tu ne savais même pas que j'avais rencontré Kyouya, Kenta, Benkei et Madoka. Tu ne savais même pas que sur les neuf mois que j'ai passé loin de la maison, des personnes ont pris soin de moi pendant trois.

- Ginga, murmurèrent Kenta et Madoka.

- Tu crois que les petites économies de Papa m'ont aidées comment ? J'ai dû me débrouiller pour la nourriture, et j'ai passé toutes mes nuits dehors. En hiver.

- Tu me reproches un événement aussi vieux ?

- Tu me reproches d'avoir changé, répliqua Ginga. Je t'explique pourquoi.

Le blader de Pegasus indiqua Madoka et Kenta d'un geste de la main.

- J'étais en train de craquer. Si je ne les avais pas rencontrés à ce moment-là, je me serais complètement effondré.

S'il n'avait pas croisé le regard de Kyouya, si passionné, ce jour-là, il aurait continué sa route... et il serait passé à côté d'amitiés salvatrices.

Il serait certainement mmort.

- J'étais épuisé. Je ne ressentais presque plus rien.

- Tu exagères.

Ginga releva la tête avec défi.

- Toi et notre village, vous ne représentiez plus rien pour moi.

Pour la première fois depuis le début de la conversation – de sa vie peut-être – Hyouma parut sincèrement choqué.

Et Ginga était loin d'avoir fini.

- La seule raison pour laquelle je me suis souvenu de vous, c'est parce que j'ai passé du temps avec eux. Ils m'ont rappelé ce que c'était d'avoir des amis et un foyer. Kyouya m'a rappelé Koma, grâce à son esprit de blader. Au lieu de leur reprocher mes changements, tu ferais mieux de regarder sérieusement mon passé. Si j'ai changé à ce point, c'est à cause de Ryuuga, Daidouji... et Papa.

- Comment tu peux...?!

- Et tu ferais mieux de remercier Kyouya. Sans lui, on ne serait plus amis.

Ginga avança à grands pas vers la porte. Voyant qu'il ne ralentissait pas, Hyouma dut s'écarter de son chemin. Ginga fit halte sur le seuil et jeta un regard par-dessus son épaule.

- Je dois admettre que tu as raison sur un point : sans Kyouya, je serais bien différent aujourd'hui. C'est lui qui ne cesse de me rappeler que le Beyblade est avant tout un jeu. Et c'est lui qui me montre que rien est impossible.


XXX


Ginga n'était qu'à une centaine de mètres du B-Pit quand il croisa Kyouya. Il eut envie de se jeter à son cou et de le serrer dans ses bras. Il parvint à se retenir uniquement parce qu'il y avait du monde et qu'il savait que ça mettrait son petit ami mal à l'aise – il avait reçu une éducation impeccable, malheureusement.

- Salut Kyouya.

- Ginga.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je venais te voir.

Le corps de Ginga se détendit. Kyouya pensait à lui même quand ils étaient séparés et, vu son expression, il était en train de s'inquiéter pour lui. Il détestait le voir triste, et plus encore en être la cause, mais c'était agréable d'avoir quelqu'un qui se préoccupait de lui.

Ginga jeta un regard méfiant par-dessus son épaule.

- Partons d'ici.

- Ça a empiré ?

Ginga opina d'un mouvement sec.

Kyouya et lui s'éloignèrent du B-Pit. Ginga ne se permit de ralentir qu'une fois qu'ils furent à proximité du canal. Il ne s'arrêta pas toutefois. Il ne se sentait pas assez détendu pour profiter d'une sieste.

- Tu veux quitter Bey-City ?

- Quoi ?

- Ça te ferait peut-être du bien de voyager seul ou...

Kyouya détourna le regard. Ginga eut l'impression que son cœur fondait. Il était si adorable parfois.

- J'adorerais voyager avec toi. Il n'y a rien qui me ferait plus envie dans le monde. Je dois juste régler cette histoire avant.

Sans compter que ce serait dommage que Kyouya se retrouve accusé de son meurtre... Au train où allaient les choses, s'ils partaient tous les deux, ce serait sans doute la piste privilégiée.

- Et tu veux te débrouiller seul.

- Oui.

- J'espère que tu régleras ça vite. Je ne suis pas très patient.

- Ha ! Bel euphémisme.

Ginga regarda autour de lui. Ils étaient seuls. Il en profita pour prendre la main de Kyouya. Son petit ami le regarda avec surprise, avant d'afficher un léger sourire.

Il ne dégagea pas sa main de la sienne.


XXX


Ginga se sentait mieux après avoir passé l'après-midi avec Kyouya. Savoir qu'ils partiraient en voyage tous les deux lui donnait l'énergie et l'optimisme nécessaires pour prendre son problème à bras le corps. Dès ce soir.

- Je dois parler à Papa, Hyouma et Yuuki, se rappela-t-il.

Il ne les convaincrait sans doute pas, mais il devait leur dire ce qu'il pensait et leur montrer qu'il ne changerait pas d'avis, peu importait leur point de vue. Il savait ce qui était bon pour lui, la manière dont il voulait mener sa vie. Il n'avait pas besoin de leur approbation. C'était juste que c'était difficile de parler sincèrement de quelque chose qui le touchait si intimement et qui n'avait pas de rapport avec le Beyblade.

Allez, c'est juste pour cette fois, s'encouragea-t-il.

Ginga devait traverser Bey-City pour rejoindre le siège japonais de l'AMBB. Il n'était pas pressé d'arriver à destination. La confrontation avec son père était la moins tentante des trois.

Il passa devant le B-Pit et jeta un coup d'œil à l'intérieur. Il se figea. Hyouma s'y trouvait toujours, se promenant d'étagère en étagère. Ginga ne voyait ni Kenta ni Madoka.

- Quand faut y aller... soupira-t-il.

Il ouvrit la porte. Hyouma se retourna et son expression se durcit. Au moins ne faisait-il plus semblant.

- On doit parler.

- Tu as oublié des reproches que tu veux faire à ton ami d'enfance ?

La phrase blessa Ginga, mais il n'en laissa rien paraître. Il était particulièrement doué pour cacher ce qu'il ressentait.

À part avec Kyouya.

- Ne te place pas en victime. C'est toi qui as commencé à faire des reproches déplacés à Kyouya.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- Je suis amoureux de Kyouya et j'espère que nous resterons ensemble longtemps. Si tu tiens à notre amitié, tu dois l'accepter.

- Tu plaisantes ?

- Non.

- C'est du chantage ! s'offusqua Hyouma. Si toi, tu tenais à notre amitié, tu n'essayerais pas de m'obliger à apprécier ce type.

Nous y voilà.

Hyouma admettait enfin qu'il avait une dent contre Kyouya. Ginga ne pensait pas que ça arriverait un jour. Il avait supposé que Hyouma continuerait de prétendre à sa neutralité, ne penser qu'à son bien-être. Il y avait peut-être de l'espoir, finalement.

- Je ne te demande pas d'apprécier Kyouya. Ce serait complètement stupide : ce genre de chose, ça ne se décide pas.

-...Qu'est-ce que tu veux dans ce cas ?

- Arrête de t'acharner sur Kyouya comme tu le fais.

- Je ne...

Ginga se contenta de le regarder. Cela suffit à faire taire Hyouma. Tant mieux. Ginga n'avait aucune envie de lui rappeler l'attitude qu'il avait eu envers Kyouya, à Koma. Si Ginga n'avait rien dit, sur le moment, ça ne l'avait pas empêché de tout remarquer. Il n'était pas intervenu parce que Kyouya était capable de se défendre seul – une des nombreuses choses qu'il aimait chez lui – et, étonnamment, Kyouya avait choisi de ne pas répliquer.

- Madoka, non plus, n'apprécie pas Kyouya. Pourtant, elle ne passe pas ses journées à me dire du mal de lui.

- Deux de tes amis proches ne l'apprécient pas et ça ne te fait pas poser de questions ?

- Non.

Hyouma grimaça.

- Arrête de vouloir nous empêcher d'être ensemble et nous pourrons redevenir amis. Si tu n'en es pas capable, nos chemins se sépareront.

Hyouma esquissa un sourire triste.

- Je vois. Du chantage.

- Ce n'est pas du chantage. Je te demande un minuscule service au nom de notre amitié. Tu n'as pas à changer ta façon de penser, ni à être heureux de la situation.

Même si tu pourrais être heureux pour moi.

- Pourquoi Madoka tolère Kyouya si elle ne l'apprécie pas ?

- Benkei est son ami et il admire Kyouya autant que c'est possible. Elle est mon amie, aussi.

Et, dernièrement, la technicienne s'était liée d'amitié avec Kakeru, le petit frère de Kyouya, qui admirait son aîné.

Hyouma se plongea dans ses réflexions. Il finit par relever la tête.

- Soit. Je veux rester ton ami alors... je tolérerai Kyouya.

- Je ne demande rien de plus, mon ami.


XXX


Bon, il ne me reste que deux personnes à voir.

En réalité, une seule était importante – son père – mais Ginga préférait imaginer qu'il n'était qu'une partie d'un tout. Ça rendait la situation moins impressionnante, même si ça n'effaçait pas entièrement ses inquiétudes.

Yuuki se rangerait de l'avis du directeur de l'AMBB, de toute façon.

Ginga avait repris sa route vers le siège de l'AMBB. Il était certain d'y trouver son père. Sa rencontre avec Hyouma s'était mieux passée que prévue – il n'était pas obligé de lui tourner le dos – mais il ne relâchait pas sa vigilance. C'était une situation complètement différente. Il n'avait pas la possibilité de couper les ponts avec son père et il n'avait pas l'intention de le menacer. Il voulait qu'il comprenne.

Il ne lui restait plus qu'à espérer qu'il parviendrait à le convaincre.

Ginga finit par atteindre le bâtiment de l'AMBB. Les portes s'ouvrirent et il se figea au bas des marches, surpris.

- Qu'est-ce que vous faites tous là ?

- Gingy !

Yuu se précipita au bas des marches et lui attrapa la main. Ginga avait du mal à savoir s'il devait le regarder lui ou s'il devait garder son attention sur le reste du groupe, massé dans l'encadrement de la porte. Il y avait Kenta, Madoka, Benkei, Tsubasa et Yuuki.

- C'est Kéké qui nous a tous réunis. Il voulait qu'on parle à ton papa.

- Ah bon ?

Ginga releva la tête. Kenta se grattait le crâne. Il s'efforçait de sourire malgré sa gêne évidente.

- J'espère que je n'ai pas dépassé les bornes.

Tout dépend de ce que tu as fait...

- On a passé plus d'une heure à parler de Yoyo.

- Quoi ?

La voix de Ginga n'exprimait rien. Il avait l'impression de tanguer au bord d'un abîme. Il ne pouvait pas se disputer contre tous ses amis. Ce serait horrible.

Quoique... Même si Yuu aimait taquiner Kyouya, jamais il ne dirait du mal de lui – surtout derrière son dos. Et Benkei n'aurait jamais supporté d'entendre des médisances sur Kyouya pendant une heure. Déjà qu'il avait du mal quelques minutes...

Le reste de ses amis descendit les marches et vint l'entourer. Madoka sourit.

- Nous avons dit à ton père à quel point vous êtes heureux ensemble.

- Oui ! s'exclama Yuu en tirant sur sa main. Et nous lui avons aussi dit que, même si Yoyo aime jouer les grands méchants bladers, il n'est pas vraiment méchant.

- Heureusement, certains d'entre nous ont utilisé des termes plus sérieux, ce qui nous a permis de convaincre le directeur, intervint Tsubasa.

Yuu arrêta de tirer sur la main de Ginga pour lever la tête vers le blader d'Eagle.

- Ça veut dire quoi ça ?

- Nous avons parlé de la fois où il nous a conduit à Koma et de la quête des bladers légendaires, déclara Madoka.

- J'ai raconté ce que je sais du voyage des Wild Fang et nos entraînements. Kyouya-san est une personne sérieuse, en qui on peut avoir confiance.

- Quand il ne fait pas ses caprices d'altesse.

- Hein ?!

- Ses interventions à l'Ultime Bataille et à la Cité d'Hades ont été primordiales, déclara Tsubasa.

- Et moi j'ai parlé de notre voyage avec Tithi et Yoyo !

- Et bien que c'est l'épisode le moins long, c'est le récit qui a duré le plus longtemps.

- Bah quoi ? Je voulais rien oublier.

Des larmes débordèrent des yeux de Ginga et dévalèrent ses joues. Ses amis se turent pour le dévisager.

- Ginga, murmurèrent-ils.

- Gingy, l'interpella Yuu, toujours à part.

- Dé-désolé.

Ginga essuya son visage de son bras libre puis les regarda un par un. Il finit par Kenta et lui sourit.

- Merci Kenta. J'ai vraiment de la chance d'avoir des amis comme vous.

L'enfant rougit de plaisir.

Finalement, Ginga pouvait avoir foi en l'avenir.


FIN


Note : J'ai eu cette idée d'histoire après avoir revu la partie Koma de Beyblade Metal Fusion. Ginga mériterait un meilleur ami que Hyouma...

(1). Les démonstrations d'affection en public au Japon sont considérées comme malpolies. Donc Kyouya a reçu une meilleure éducation que Benkei, Ginga et Masamune XD